{"id":10853,"date":"2016-12-01T16:49:02","date_gmt":"2016-12-01T21:49:02","guid":{"rendered":"https:\/\/lawjournal.mcgill.ca\/index.php\/article\/le-rle-des-normes-comptables-dans-la-responsabilit-civile-des-auditeurs-de-socits\/"},"modified":"2019-07-02T12:29:11","modified_gmt":"2019-07-02T16:29:11","slug":"le-rle-des-normes-comptables-dans-la-responsabilit-civile-des-auditeurs-de-socits","status":"publish","type":"articles","link":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/fr\/article\/le-rle-des-normes-comptables-dans-la-responsabilit-civile-des-auditeurs-de-socits\/","title":{"rendered":"Le r&ocirc;le des normes comptables dans  la responsabilit&eacute; civile des auditeurs  de soci&eacute;t&eacute;s"},"content":{"rendered":"<h1 id=\"c32-4fc-4a5-864-18e\">Introduction<\/h1>\n<p>Les scandales financiers r\u00e9p\u00e9titifs et leur \u00e9cho m\u00e9diatique se chargent r\u00e9guli\u00e8rement de rappeler \u00e0 notre attention l\u2019importance fondamentale de l\u2019\u00e9thique et de la responsabilit\u00e9 sociale dans le cadre de la gestion financi\u00e8re des compagnies. Au centre de cette pr\u00e9occupation plan\u00e9taire, la comptabilit\u00e9 appara\u00eet comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment autour duquel se fixe le d\u00e9bat politique, l\u00e9gislatif et judiciaire. En effet, la comptabilit\u00e9 est \u00e0 la fois l\u2019outil principal d\u2019information dont les parties concern\u00e9es par l\u2019entreprise disposent, et un m\u00e9canisme de gestion \u00e0 l\u2019aide duquel les dirigeants prennent et justifient leurs d\u00e9cisions. Les informations en r\u00e9sultant doivent donc \u00eatre justes et fiables.<\/p>\n<p>Dans cette optique, l\u2019auditeur (ou v\u00e9rificateur) externe d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0occupe une fonction de premier plan dans la protection des investisseurs et la promotion du bon fonctionnement des march\u00e9s financiers\u00a0\u00bb, car il permet de garantir \u00ab\u00a0la publication d\u2019une information financi\u00e8re v\u00e9ridique et compl\u00e8te\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. La fiabilit\u00e9 de l\u2019information financi\u00e8re est une n\u00e9cessit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 par actions moderne, car elle permet aux actionnaires, dans la perspective de la th\u00e9orie de l\u2019agence<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, de contr\u00f4ler les d\u00e9cisions des dirigeants<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Garant de la fiabilit\u00e9 des informations diffus\u00e9es, l\u2019auditeur se doit de r\u00e9pondre des erreurs contenues dans les documents transmis. L\u2019auditeur ne r\u00e9pond en effet pas qu\u2019envers sa soci\u00e9t\u00e9 cliente de la qualit\u00e9 de ses services, mais est \u00e9galement susceptible d\u2019\u00eatre inqui\u00e9t\u00e9 par toutes les parties qui se fient aux renseignements diffus\u00e9s avec sa validation pour prendre leurs d\u00e9cisions. Ce cercle inclut notamment les investisseurs et les cr\u00e9anciers, qui utilisent les renseignements comptables pour \u00e9valuer le risque encouru par leurs op\u00e9rations et les perspectives de gain.<\/p>\n<p>L\u2019auditeur, parfois organis\u00e9 sous la forme d\u2019une grande soci\u00e9t\u00e9 multinationale, toujours d\u00e9tenteur d\u2019une police d\u2019assurance professionnelle, appara\u00eet alors comme le plus \u00e0 risque de r\u00e9pondre d\u2019une action en responsabilit\u00e9 et \u00e0 assumer les \u00e9ventuels dommages-int\u00e9r\u00eats qui pourraient en r\u00e9sulter.<\/p>\n<p>Au cours de la d\u00e9cennie \u00e9coul\u00e9e et \u00e0 la suite notamment des scandales financiers d\u2019Enron et de WorldCom, les normes comptables<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> ont acquis une importance pr\u00e9pond\u00e9rante dans la r\u00e8glementation et la surveillance des activit\u00e9s de gestion. On assiste d\u00e9sormais \u00e0 un renforcement des m\u00e9canismes de v\u00e9rification, soit typiquement l\u2019audit des comptes par des comptables-v\u00e9rificateurs ind\u00e9pendants<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, de m\u00eame qu\u2019\u00e0 un gain en importance des pratiques comptables formalis\u00e9es<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. C\u2019est sur la port\u00e9e de ce dernier point que focalisera notre analyse.<\/p>\n<p>Cette recherche interroge la place qu\u2019occupent aujourd\u2019hui les normes comptables dans l\u2019espace juridique canadien, et ce, dans le contexte bien particulier du droit de la responsabilit\u00e9 civile. En effet, la responsabilit\u00e9 civile soul\u00e8ve la question fondamentale de la norme de comportement \u00e0 laquelle les acteurs juridiques sont tenus. Le recours \u00e0 un standard \u00e9tant n\u00e9cessaire, les normes comptables apparaissent comme le candidat id\u00e9al pour cette fonction. Les normes comptables constituent un corpus de r\u00e8gles prescriptif, exhaustif, d\u00e9taill\u00e9, et tr\u00e8s largement codifi\u00e9, auquel les instruments l\u00e9gislatifs et r\u00e8glementaires se r\u00e9f\u00e8rent express\u00e9ment.<\/p>\n<p>Que ce soit en common law ou en droit civil, la responsabilit\u00e9 civile peut \u00eatre sch\u00e9matiquement r\u00e9sum\u00e9e en trois conditions classiques que sont la violation fautive d\u2019un devoir, l\u2019existence d\u2019un dommage, et un lien de causalit\u00e9 les unissant. Notre sujet de recherche nous conduit \u00e0 nous int\u00e9resser \u00e0 la premi\u00e8re condition, la faute ou n\u00e9gligence, car c\u2019est \u00e0 ce stade que les normes comptables sont susceptibles d\u2019\u00eatre utilis\u00e9es afin de mesurer la conformit\u00e9 du comportement de l\u2019auditeur au standard attendu. \u00c0 cette \u00e9tape, les m\u00e9thodes de la common law et du droit civil diff\u00e8rent certes, mais n\u00e9cessitent toutes deux le recours \u00e0 un standard de mesure objectif.<\/p>\n<p>Notre hypoth\u00e8se est que, compte tenu de leur pr\u00e9cision, de la reconnaissance dont elles b\u00e9n\u00e9ficient et de l\u2019adh\u00e9sion qu\u2019elles suscitent, les normes comptables se r\u00e9v\u00e8leront un outil central dans la d\u00e9termination de la faute d\u2019un auditeur. Une telle affirmation ne va pourtant pas de soi. En effet, la common law canadienne et le droit civil qu\u00e9b\u00e9cois consacrent tous deux un principe d\u2019ind\u00e9pendance entre la faute civile, source de responsabilit\u00e9 en droit, et la contravention \u00e0 une norme externe<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, telles la r\u00e9glementation technique ou la pratique professionnelle.<\/p>\n<p>Diff\u00e9rentes affaires canadiennes traitant de la responsabilit\u00e9 civile d\u2019auditeurs relativement \u00e0 une mauvaise v\u00e9rification des \u00e9tats financiers d\u2019une soci\u00e9t\u00e9<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a> permettent de tester cette hypoth\u00e8se. Notre r\u00e9flexion s\u2019articulera autour de deux points particuliers\u00a0: le niveau d\u2019attention que les juges accordent aux normes comptables, premi\u00e8rement, et la corr\u00e9lation entre l\u2019existence (ou l\u2019absence) d\u2019une faute professionnelle et d\u2019une faute civile, secondement. Notre recherche adopte le cadre d\u2019analyse de l\u2019internormativit\u00e9, afin de mettre en lumi\u00e8re l\u2019int\u00e9gration des normes comptables dans le droit de la responsabilit\u00e9 civile<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Notre propos est organis\u00e9 en deux parties. Nous rappelons d\u2019abord le cadre juridique dans lequel les auditeurs agissent et sont susceptibles de voir leur responsabilit\u00e9 civile engag\u00e9e\u00a0(partie\u00a0I). Nous confrontons ensuite ces principes th\u00e9oriques \u00e0 nos observations sur l\u2019utilisation des normes comptables dans la jurisprudence en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 civile des auditeurs\u00a0(partie\u00a0II).<\/p>\n<h1 id=\"498-f4b-4d5-b6d-082\"><a name=\"_Toc461890446\"><\/a>I.\u00a0 Contexte juridique de la responsabilit\u00e9 des auditeurs<\/h1>\n<p>Afin de permettre une \u00e9tude \u00e9clair\u00e9e de notre sujet, il semble important de d\u00e9finir les \u00e9l\u00e9ments essentiels permettant de saisir la nature et l\u2019\u00e9tendue des normes comptables (partie\u00a0I-A), de poser les principes juridiques r\u00e9gissant une action en responsabilit\u00e9 des auditeurs (partie\u00a0I-B) et d\u2019\u00e9tudier le r\u00f4le jou\u00e9 par les normes juridiques et parajuridiques dans la d\u00e9termination du standard de comportement attendu (partie\u00a0I-C).<\/p>\n<h2 id=\"61a-2ea-46f-a69-e68\"><a name=\"_Toc461890447\"><\/a>A.\u00a0 Cadre juridique applicable aux normes comptables<\/h2>\n<h3 id=\"74c-c1b-48f-879-508\"><a name=\"_Toc461890448\"><\/a>1.\u00a0\u00a0\u00a0 Notion de normes comptables<\/h3>\n<p>L\u2019appellation \u00ab\u00a0normes comptables\u00a0\u00bb englobe plusieurs corpus de r\u00e8gles distincts qui s\u2019appliquent \u00e0 l\u2019activit\u00e9 comptable. Deux types de normes sont particuli\u00e8rement importants\u00a0: il s\u2019agit des normes d\u2019\u00e9tablissement des comptes (ou \u00ab\u00a0normes comptables au sens strict\u00a0\u00bb) et des normes d\u2019audit.<\/p>\n<p>Les normes comptables, au sens strict, d\u00e9signent l\u2019ensemble des r\u00e8gles s\u2019appliquant \u00e0 l\u2019enregistrement des op\u00e9rations financi\u00e8res et aux modalit\u00e9s d\u2019\u00e9tablissement des \u00e9tats financiers<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. L\u2019appellation tend \u00e0 \u00eatre confondue avec l\u2019expression <em>Principes comptables g\u00e9n\u00e9ralement reconnus<\/em> (PCGR, ou GAAP pour <em>Generally Accepted Accounting Priciples<\/em>)<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Selon la d\u00e9finition du Conseil des normes comptables (CNC):<\/p>\n<p>Les normes comptables sont des normes qui font autorit\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019information financi\u00e8re et constituent la source premi\u00e8re des principes comptables g\u00e9n\u00e9ralement reconnus (PCGR). Elles pr\u00e9cisent de quelle fa\u00e7on les op\u00e9rations et autres \u00e9v\u00e9nements doivent \u00eatre constat\u00e9s, mesur\u00e9s, pr\u00e9sent\u00e9s et communiqu\u00e9s dans les \u00e9tats financiers.<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a><\/p>\n<p>Les normes d\u2019\u00e9tablissement des comptes sont contenues dans le <em>Manuel de CPA Canada\u00a0: comptabilit\u00e9<\/em><a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, subdivis\u00e9 en quatre corpus de r\u00e8gles diff\u00e9rents, selon la nature de l\u2019entit\u00e9 appel\u00e9e \u00e0 les appliquer. Ces r\u00e8gles ont une nature prescriptive et servent d\u2019instructions pour d\u00e9terminer la fa\u00e7on dont et le montant pour lequel les op\u00e9rations financi\u00e8res doivent \u00eatre port\u00e9es dans ses comptes. Elles contiennent \u00e9galement des prescriptions plus g\u00e9n\u00e9rales sur la structure et la pr\u00e9sentation des \u00e9tats financiers.<\/p>\n<p>Les normes d\u2019audit et de certification sont quant \u00e0 elles contenues dans le <em>Manuel de CPA Canada\u00a0: certification<\/em><a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Les Normes canadiennes d\u2019audit (NCA), en particulier, constituent les <em>Normes d\u2019audit g\u00e9n\u00e9ralement reconnues<\/em> (NAGR, ou GAAS pour <em>Generally Accepted Auditing Standards<\/em>) au Canada<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a> et sont suivies par les auditeurs dans l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un audit des \u00e9tats financiers<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Parmi les <em>Autres normes canadiennes<\/em> (ANC), on peut notamment pr\u00e9ciser que les chapitres 8\u00a0000 \u00e0 8\u00a0600 dudit <em>Manuel<\/em> sont consacr\u00e9s aux missions d\u2019examen<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>.<\/p>\n<p>Les normes d\u2019audit d\u00e9finissent les r\u00e8gles de pratique des auditeurs applicables \u00e0 la v\u00e9rification des \u00e9tats financiers de leurs clients. Elles ne prescrivent pas la mani\u00e8re dont les op\u00e9rations doivent \u00eatre trait\u00e9es, ce qui est l\u2019objet des normes comptables au sens strict, mais portent plut\u00f4t sur les processus, techniques et principes devant \u00eatre respect\u00e9s dans le contexte des v\u00e9rifications effectu\u00e9es<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Dans certains cas, les normes d\u2019audit contiennent des marches \u00e0 suivre d\u00e9taill\u00e9es afin d\u2019assister l\u2019auditeur dans la r\u00e9alisation de son mandat<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>.<\/p>\n<p>Les normes d\u2019\u00e9tablissement des comptes et les normes d\u2019audit partagent la caract\u00e9ristique d\u2019\u00eatre adopt\u00e9es par un comit\u00e9 ind\u00e9pendant issu de la profession comptable. En effet, les normes comptables au sens strict sont adopt\u00e9es par le Conseil des normes comptables (CNC), qui est compos\u00e9 de professionnels de la finance et de la comptabilit\u00e9, et dont les membres sont nomm\u00e9s. La supervision de ses travaux et de ses membres est exerc\u00e9e par le Conseil de surveillance de la normalisation comptable (CSNC). Les normes d\u2019audit, quant \u00e0 elles, sont issues du Conseil des normes d\u2019audit et de certification (CNAC), lequel est supervis\u00e9 par le Conseil de surveillance de la normalisation en audit et certification (CSNAC).<\/p>\n<p>Le CNC, le CSNC, le CNAC, et le CSNAC ont tous \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s par l\u2019Institut Canadien des Comptables Agr\u00e9\u00e9s du Canada (ex-ICCA, d\u00e9sormais devenu CPA Canada). Les normes comptables sont donc des normes priv\u00e9es d\u2019origine professionnelle. Elles sont compil\u00e9es dans une publication sp\u00e9cifique, le <em>Manuel de CPA Canada\u00a0: comptabilit\u00e9<\/em><a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>, mais ne font pas l\u2019objet d\u2019une publication gouvernementale officielle.<\/p>\n<p>Dans certains cas, les diff\u00e9rents conseils adoptent des normes internationales \u00e0 titre de normes applicables au Canada. Pour l\u2019\u00e9tablissement des comptes des soci\u00e9t\u00e9s publiques, le Canada applique les <em>Normes internationales d\u2019information financi\u00e8re<\/em><a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>, et dans le cas des normes d\u2019audit, les <em>Normes internationales d\u2019audit<\/em> sont mises en \u0153uvre<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>. Ces normes internationales, tout comme les normes nationales, sont par nature adopt\u00e9es par des organismes priv\u00e9s et ind\u00e9pendants repr\u00e9sentant la profession.<\/p>\n<p>Sur le plan des diff\u00e9rences, on aura compris que l\u2019objet des normes est distinct et que leur niveau prescriptif diff\u00e8re. Alors que les normes d\u2019\u00e9tablissement des comptes peuvent, dans certains cas, promouvoir un \u00ab\u00a0r\u00e9sultat\u00a0\u00bb, qui est la prise en compte exhaustive et exclusive des \u00e9l\u00e9ments indiqu\u00e9s, les normes d\u2019audit se concentrent plut\u00f4t sur les processus mis en \u0153uvre pour effectuer la v\u00e9rification ou, en d\u2019autres termes, les \u00ab\u00a0moyens\u00a0\u00bb par lesquels les auditeurs forment leur opinion au sujet des \u00e9tats financiers.<\/p>\n<h3 id=\"13b-6b7-461-8a7-ec5\"><a name=\"_Toc461890449\"><\/a>2.\u00a0\u00a0\u00a0 Int\u00e9grations l\u00e9gislatives et r\u00e8glementaires des normes comptables<\/h3>\n<p>Bien que les normes comptables \u00e9manent d\u2019organismes priv\u00e9s, leur respect est impos\u00e9 par plusieurs lois et r\u00e8glements f\u00e9d\u00e9raux et provinciaux qui renvoient explicitement au contenu du <em>Manuel de CPA Canada<\/em><a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Par exemple, le <em>R\u00e8glement sur les soci\u00e9t\u00e9s par actions de r\u00e9gime f\u00e9d\u00e9ral<\/em> <em>(2001)<\/em> prescrit notamment que \u00ab\u00a0les \u00e9tats financiers annuels mentionn\u00e9s \u00e0 l\u2019alin\u00e9a\u00a0155(1)a) de la Loi doivent \u00eatre \u00e9tablis selon les PCGR canadiens\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. Les PCGR sont d\u00e9finis dans le <em>R\u00e8glement SPA<\/em> comme \u00e9tant ceux \u00e9nonc\u00e9s dans le <em>Manuel de CPA Canada\u00a0: comptabilit\u00e9<\/em><a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>. Des r\u00e9f\u00e9rences similaires sont utilis\u00e9es relativement aux activit\u00e9s d\u2019audit<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>.<\/p>\n<p>Des dispositions identiques sont applicables aux compagnies de r\u00e9gime provincial, notamment en Ontario<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a> ou en Colombie-Britannique<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>. Les dispositions l\u00e9gislatives et r\u00e9glementaires en vigueur au Qu\u00e9bec ne se r\u00e9f\u00e8rent pas au <em>Manuel<\/em>, sauf pour les soci\u00e9t\u00e9s inscrites \u00e0 la bourse qui y sont soumises via un r\u00e8glement particulier<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>. Il convient en effet de noter que les soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es en bourse sont soumises \u00e0 des exigences relevant des autorit\u00e9s en valeurs mobili\u00e8res, qui requi\u00e8rent g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019application des PCGR et l\u2019audit en vertu des NAGR<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>.<\/p>\n<p>La situation des normes comptables en droit canadien et qu\u00e9b\u00e9cois \u00e9volue dans un contexte d\u2019internormativit\u00e9. Cette vision pluraliste du droit<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a> consid\u00e8re les relations nou\u00e9es entre les diff\u00e9rents ordres normatifs identifi\u00e9s \u2014 ici, le droit \u00e9tatique de la responsabilit\u00e9 civile et la normalisation priv\u00e9e des normes comptables \u2014 \u00e0 l\u2019aune de leur perm\u00e9abilit\u00e9, qui permet le transfert des normes de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>. Pour les th\u00e9oriciens de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, ce transfert repose g\u00e9n\u00e9ralement sur des passeurs \u2014 ou traducteurs \u2014 de normes. Selon la situation, et donc, d\u00e9pendamment des ordres normatifs mis en mouvement, chaque individu concern\u00e9 par la norme<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>, soit en raison de ses fonctions au sein d\u2019un \u00e9tablissement<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>, ou bien en tant qu\u2019expert technique<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>, peut jouer le r\u00f4le de passeur.<\/p>\n<p>La diversit\u00e9 des relations qui peuvent \u00eatre entretenues entre le droit et une vari\u00e9t\u00e9 de normes extra\u00e9tatiques rend difficile l\u2019\u00e9laboration d\u2019un mod\u00e8le conceptuel qui refl\u00e8terait exhaustivement les diff\u00e9rents modes de cohabitation et d\u2019assimilation. On trouve toutefois une telle proposition chez Anne Saris qui d\u00e9nombre trois syst\u00e8mes de \u00ab\u00a0comp\u00e9n\u00e9tration\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>. Le premier consiste en un \u00ab\u00a0pluralisme institutionnalis\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0structurel\u00a0\u00bb, par lequel l\u2019ordre juridique reconna\u00eet \u00e0 l\u2019ordre normatif alternatif et \u00e0 ses institutions \u00ab\u00a0la possibilit\u00e9 de r\u00e9aliser la justice\u00a0\u00bb, qui se traduit tant par la \u00ab\u00a0capacit\u00e9 d\u2019engendrement des normes\u00a0\u00bb que par \u00ab\u00a0leur application\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>. Cette acception du pluralisme repose essentiellement sur une d\u00e9l\u00e9gation \u00e0 l\u2019ordre alternatif.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me est un \u00ab\u00a0pluralisme <em>ad hoc<\/em>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0fragment\u00e9\u00a0\u00bb, qui consiste, pour l\u2019ordre juridique dominant, \u00e0 reconna\u00eetre le pouvoir normatif de l\u2019ordre alternatif sur certains aspects sp\u00e9cifiques uniquement<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>. Il s\u2019agit essentiellement d\u2019un emprunt \u00e0 la norme ext\u00e9rieure<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>. Cette version du pluralisme ad hoc repose sur les individus pour assurer le r\u00f4le de passeurs de normes et pour les interpr\u00e9ter. Il est alors dit \u00ab\u00a0subjectif\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a>. Le troisi\u00e8me est un pluralisme ad hoc dit \u00ab\u00a0objectif\u00a0\u00bb, dans la mesure o\u00f9 les normes emprunt\u00e9es sont d\u00e9finies non pas par les individus, mais par les institutions de l\u2019ordre normatif alternatif<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette typologie, d\u00e9velopp\u00e9e par l\u2019auteure en r\u00e9f\u00e9rence aux normes religieuses, constitue un cadre g\u00e9n\u00e9ral d\u2019analyse tout \u00e0 fait \u00e0 propos pour comprendre la situation normative des normes comptables, expliquant tant le passage des normes que ses modalit\u00e9s. Il se r\u00e9v\u00e8le parfaitement applicable au cas des normes comptables, qui sont ins\u00e9r\u00e9es dans l\u2019ordre dominant par emprunt aux institutions financi\u00e8res et comptables. En effet, la place des normes comptables au sein du corpus juridique a \u00e9t\u00e9 d\u00fbment institutionnalis\u00e9e par le l\u00e9gislateur au travers des d\u00e9l\u00e9gations de comp\u00e9tence habilitant les r\u00e8glements \u00e0 se r\u00e9f\u00e9rer au contenu du <em>Manuel de CPA Canada<\/em>. Bien qu\u2019il attribue un pouvoir normatif \u00e0 un autre ordre, le droit, en tant qu\u2019ordre dominant, reste n\u00e9anmoins ma\u00eetre du choix des normes qu\u2019il retient et de l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019il leur accorde<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a>. Un lien est ainsi cr\u00e9\u00e9 entre l\u2019ordre juridique et l\u2019ordre normatif comptable. Le droit n\u2019entend pas s\u2019immiscer dans les pratiques comptables, ni limiter leur \u00e9volution et les adopte donc \u00e0 travers un renvoi au <em>Manuel de CPA Canada<\/em>, mais leur sanction juridique reste soumise \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation judiciaire<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>. On constate n\u00e9anmoins, au travers de cette formalisation de la relation d\u2019internormativit\u00e9, que le droit int\u00e8gre sciemment les normes comptables \u00e0 l\u2019arsenal juridique \u2014 ce qui rend la question de leur prise en compte pour une d\u00e9finition de la responsabilit\u00e9 civile d\u2019autant plus pertinente.<\/p>\n<h2 id=\"208-9eb-43e-aba-59e\"><a name=\"_Toc461890450\"><\/a>B.\u00a0 Nature des devoirs \u00e0 charge des auditeurs<\/h2>\n<p>Dans le contexte d\u2019une action en responsabilit\u00e9 des auditeurs, il importe de comprendre le contexte dans lequel ceux-ci effectuent leur mandat\u00a0(partie\u00a0I-B-1), mais surtout, relativement au droit de la responsabilit\u00e9 civile, \u00e0 qui ce devoir est d\u00fb\u00a0(partie\u00a0I-B-2) et selon quel standard ce devoir doit \u00eatre \u00e9valu\u00e9\u00a0(partie\u00a0I-B-3).<\/p>\n<h3 id=\"102-10f-40d-ad6-c5f\"><a name=\"_Toc461890451\"><\/a>1.\u00a0\u00a0\u00a0 Contexte du mandat d\u2019audit<\/h3>\n<p>La v\u00e9rification des \u00e9tats financiers par un comptable professionnel agr\u00e9\u00e9 est une obligation r\u00e9sultant des diff\u00e9rentes lois, f\u00e9d\u00e9rale ou provinciales, sur les soci\u00e9t\u00e9s<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a>. Les v\u00e9rificateurs interviennent donc dans un cadre l\u00e9gal d\u00e9fini et assurent une mission d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>. En v\u00e9rifiant les \u00e9tats financiers et en les certifiant, le v\u00e9rificateur leur conf\u00e8re une valeur accrue. Son rapport, et sa validation, suscitent la confiance chez leurs utilisateurs<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>. L\u2019audit des \u00e9tats financiers constitue la mission historique des comptables agr\u00e9\u00e9s, qui est \u00e9galement d\u00e9sign\u00e9e par l\u2019expression \u00ab\u00a0comptabilit\u00e9 publique\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a>.<\/p>\n<p>Relativement aux \u00e9tats financiers, les comptables-auditeurs peuvent \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 assumer trois types de missions, fournissant un niveau accru d\u2019assurance. Le premier type est la mission de compilation, qui ne fournit aucune assurance d\u2019exactitude des renseignements\u00a0: le comptable se borne \u00e0 r\u00e9unir ceux-ci et \u00e0 les pr\u00e9senter d\u2019une mani\u00e8re conforme \u00e0 la pratique. Le deuxi\u00e8me type est la mission d\u2019examen, qui porte sur le caract\u00e8re \u00ab\u00a0plausible\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a> des informations publi\u00e9es. Le rapport d\u00e9livr\u00e9 par le v\u00e9rificateur comporte une \u00ab\u00a0assurance de forme n\u00e9gative\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a> indiquant que celui-ci \u00ab\u00a0n\u2019a rien relev\u00e9 qui le porte \u00e0 croire que les informations ne sont pas conformes, dans tous leurs aspects significatifs\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a>. Le troisi\u00e8me type est la mission de v\u00e9rification, ou d\u2019audit, qui est la plus compl\u00e8te et fournit le niveau d\u2019assurance le plus \u00e9lev\u00e9 puisque le v\u00e9rificateur exprime alors une assurance positive de conformit\u00e9 des \u00e9tats financiers.<\/p>\n<h3 id=\"b28-337-43e-b60-599\"><a name=\"_Toc461890452\"><\/a>2.\u00a0\u00a0\u00a0 Fondement de l\u2019action en responsabilit\u00e9<\/h3>\n<p>Les auditeurs peuvent voir leur responsabilit\u00e9 engag\u00e9e dans deux contextes\u00a0: tout d\u2019abord, contractuellement, lorsque l\u2019action en responsabilit\u00e9 est intent\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 en sa qualit\u00e9 de mandante des auditeurs et, ensuite, extracontractuellement, lorsque l\u2019action en responsabilit\u00e9 est intent\u00e9e par d\u2019autres parties utilisatrices des \u00e9tats financiers, tels les actionnaires, investisseurs, ou cr\u00e9anciers. La majorit\u00e9 des d\u00e9cisions recens\u00e9es par nos recherches mettent en cause des actions en responsabilit\u00e9 intent\u00e9es par des investisseurs s\u2019estimant l\u00e9s\u00e9s du fait du caract\u00e8re erron\u00e9 des informations financi\u00e8res diffus\u00e9es. C\u2019est donc le cas de la responsabilit\u00e9 extracontractuelle qui sera plus amplement d\u00e9velopp\u00e9 ici<a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans le contexte extracontractuel, la d\u00e9termination du devoir de diligence des auditeurs se pose d\u2019une mani\u00e8re particuli\u00e8rement saillante en common law, compte tenu de la m\u00e9thodologie propre au droit de la n\u00e9gligence qui n\u00e9cessite la reconnaissance d\u2019un <em>duty of care<\/em>. De plus, la responsabilit\u00e9 des auditeurs se place dans la cat\u00e9gorie de la responsabilit\u00e9 pour un dommage purement \u00e9conomique, envers laquelle la common law a historiquement fait preuve de circonspection<a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>, et plus encore dans le domaine de la responsabilit\u00e9 pour repr\u00e9sentation n\u00e9gligente (<em>negligent misrepresentation<\/em>), qui n\u00e9cessite la mise en lumi\u00e8re d\u2019un \u00ab\u00a0lien sp\u00e9cial\u00a0\u00bb existant entre les parties au litige<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a>.<\/p>\n<p>Si l\u2019existence d\u2019un lien sp\u00e9cial est facilement admise dans le cas d\u2019un rapport contractuel, notamment dans les situations impliquant la soci\u00e9t\u00e9 et ses auditeurs<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a>, une action intent\u00e9e par d\u2019autres parties devra, pour \u00eatre couronn\u00e9e de succ\u00e8s, d\u00e9montrer l\u2019existence d\u2019un rapport de proximit\u00e9 suffisant entre l\u2019utilisation faite des \u00e9tats financiers et leur destination. Deux arr\u00eats de la Cour supr\u00eame font \u00e0 ce jour jurisprudence sur cette question. Dans le premier, <em>Haig c. Bamford<\/em> (<em>Haig<\/em>), la Cour supr\u00eame accepta de reconna\u00eetre un devoir de diligence des auditeurs envers les tiers dans la mesure de la \u00ab\u00a0connaissance expresse de la cat\u00e9gorie de personnes qui va utiliser l\u2019\u00e9tat et s\u2019y fier\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>. Le second, <em>Hercules Management Ltd c. Ernst &amp; Young<\/em>, insiste toutefois sur la n\u00e9cessit\u00e9 \u00ab\u00a0de circonscrire \u2014 pour des raisons de principe \u2014 la port\u00e9e de la responsabilit\u00e9 potentiellement infinie de l\u2019auteur des d\u00e9clarations\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>. Or, le juge LaForest consid\u00e8re que les rapports de v\u00e9rifications sont pr\u00e9par\u00e9s dans le seul but \u00ab\u00a0de permettre aux actionnaires, <em>en tant que groupe<\/em>, de superviser la gestion et de prendre des d\u00e9cisions relativement [\u00e0] la bonne administration globale <em>des soci\u00e9t\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb [italiques dans l\u2019original]<a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a>. L\u2019arr\u00eat <em>Hercules<\/em> limite donc clairement une \u00e9ventuelle responsabilit\u00e9 des auditeurs<a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a> puisqu\u2019en d\u00e9pit du constat que \u00ab\u00a0les intim\u00e9s avaient une obligation <em>prima facie<\/em> de diligence envers les appelants\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a>, compte tenu de leur connaissance du cercle des actionnaires, la Cour \u00e9carte n\u00e9anmoins la responsabilit\u00e9 des auditeurs au titre de consid\u00e9rations de principe<a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans <em>Hercules<\/em>, les actionnaires, qui avaient subi des pertes du fait d\u2019investissements additionnels dans la soci\u00e9t\u00e9, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 en mesure de les recouvrer dans la mesure o\u00f9 les \u00e9tats financiers n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s et v\u00e9rifi\u00e9s dans le but de les aider \u00e0 prendre des d\u00e9cisions individuelles d\u2019investissement<a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a>. La plus r\u00e9cente jurisprudence r\u00e9fute donc explicitement la cr\u00e9ation d\u2019\u00ab\u00a0une obligation de diligence [des auditeurs] envers toute cat\u00e9gorie connue de demandeurs potentiels, quelle que soit la fin \u00e0 laquelle ces derniers ont utilis\u00e9 les rapports des v\u00e9rificateurs\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a>.<\/p>\n<p>Le droit civil, en revanche, se montre bien moins restrictif quant \u00e0 l\u2019ouverture d\u2019une action en responsabilit\u00e9 dans le contexte extracontractuel<a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\">[63]<\/a>. En effet, l\u2019action en responsabilit\u00e9 contre les auditeurs, qui repose sur l\u2019article\u00a01457 du <em>Code civil du Qu\u00e9bec<\/em>, est ouverte \u00e0 \u00ab\u00a0tous les lecteurs potentiels des \u00e9tats financiers\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\">[64]<\/a>. Lorsqu\u2019il est question de la responsabilit\u00e9 des auditeurs envers la soci\u00e9t\u00e9 qui les emploie, la relation est r\u00e9gie par les r\u00e8gles contractuelles<a href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\">[65]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans <em>Caisse populaire de Charlesbourg c. Michaud<\/em>, le juge Baudouin indique ce principe de mani\u00e8re parfaitement explicite\u00a0:<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019une firme comptable accepte de rendre un service professionnel, elle doit, en principe, assumer les cons\u00e9quences des repr\u00e9sentations qu\u2019elle fait, <em>ind\u00e9pendamment de la destination initiale du document<\/em>. Le professionnalisme est fond\u00e9 sur la confiance du public dans la qualit\u00e9 des actes pos\u00e9s\u00a0\u00bb [nos italiques].<a href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\">[66]<\/a><\/p>\n<p>La Cour d\u2019appel a d\u2019ailleurs r\u00e9cemment pu r\u00e9it\u00e9rer cette d\u00e9termination \u00e0 l\u2019occasion de la c\u00e9l\u00e8bre affaire dite \u00ab\u00a0Castor Holdings\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn67\" name=\"_ftnref67\">[67]<\/a>.<\/p>\n<h3 id=\"68c-bdf-48f-bb1-ce0\"><a name=\"_Toc461890453\"><\/a>3.\u00a0\u00a0\u00a0 Norme de diligence applicable<\/h3>\n<p>La diligence, la n\u00e9gligence ou la faute sont des concepts g\u00e9n\u00e9raux qui se pr\u00eatent mal \u00e0 une d\u00e9finition unique et exhaustive, et qui ont d\u00e9j\u00e0 fait couler beaucoup d\u2019encre. Nous rappelons donc ici succinctement les formulations les plus courantes de ces concepts telles qu\u2019elles ressortent de la doctrine et de la jurisprudence, sans toutefois nous y attarder plus que n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Les approches de la common law et du droit civil, si elles diff\u00e8rent sur certains aspects m\u00e9thodologiques, convergent pour mesurer le comportement des auteurs potentiels de dommages \u00e0 l\u2019aune d\u2019une norme de comportement objective refl\u00e9tant le contexte social pr\u00e9dominant. En common law, la n\u00e9gligence est en effet d\u00e9finie par r\u00e9f\u00e9rence au comportement attendu d\u2019une \u00ab\u00a0personne raisonnable\u00a0\u00bb faisant preuve de la prudence n\u00e9cessaire dans les circonstances en question<a href=\"#_ftn68\" name=\"_ftnref68\">[68]<\/a>, un standard qui est \u00e9galement applicable dans le cas sp\u00e9cifique de la repr\u00e9sentation n\u00e9gligente<a href=\"#_ftn69\" name=\"_ftnref69\">[69]<\/a>. En droit civil, la faute est g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0un manquement \u00e0 la conduite attendue d\u2019une personne raisonnablement prudente et diligente plac\u00e9e dans des circonstances similaires\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn70\" name=\"_ftnref70\">[70]<\/a>. Ainsi, la faute peut r\u00e9sulter d\u2019un \u00ab\u00a0manquement \u00e0 un devoir\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn71\" name=\"_ftnref71\">[71]<\/a>, de la \u00ab\u00a0violation d\u2019une norme de conduite [&#8230;] appr\u00e9ci\u00e9e par rapport \u00e0 la norme g\u00e9n\u00e9rale d\u2019un comportement humain socialement acceptable\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn72\" name=\"_ftnref72\">[72]<\/a> ou, plus g\u00e9n\u00e9ralement, du d\u00e9faut d\u2019avoir pris \u00ab\u00a0les pr\u00e9cautions qu\u2019une personne prudente et raisonnable prendrait dans les m\u00eames circonstances\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn73\" name=\"_ftnref73\">[73]<\/a>.<\/p>\n<p>Le standard de comportement est donc appr\u00e9ci\u00e9 d\u2019un point de vue objectif, en excluant la prise en compte des caract\u00e9ristiques subjectives de la personne<a href=\"#_ftn74\" name=\"_ftnref74\">[74]<\/a>, sous r\u00e9serve toutefois d\u2019une modulation de ce standard en fonction des circonstances dans lesquelles la personne a d\u00fb agir<a href=\"#_ftn75\" name=\"_ftnref75\">[75]<\/a>. Dans le cas o\u00f9 le comportement rel\u00e8ve d\u2019une activit\u00e9 professionnelle, on tiendra compte des connaissances et comp\u00e9tences sp\u00e9cialis\u00e9es attendues du professionnel qui s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 comme tel<a href=\"#_ftn76\" name=\"_ftnref76\">[76]<\/a>. Le standard sera donc appr\u00e9ci\u00e9 par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un professionnel raisonnablement comp\u00e9tent exer\u00e7ant le m\u00e9tier en question<a href=\"#_ftn77\" name=\"_ftnref77\">[77]<\/a>. En mati\u00e8re comptable, la faute de l\u2019auditeur est celle de ne pas s\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0comport\u00e9 comme l\u2019aurait fait un comptable normalement prudent et diligent\u00a0\u00bb plac\u00e9 dans les m\u00eames circonstances<a href=\"#_ftn78\" name=\"_ftnref78\">[78]<\/a>.<\/p>\n<p>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, pour la Cour supr\u00eame, les auditeurs doivent \u00ab\u00a0remplir leurs devoirs avec la prudence, l\u2019attention et l\u2019habilet\u00e9 qu\u2019un autre auditeur comp\u00e9tent montrerait dans des conditions identiques\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn79\" name=\"_ftnref79\">[79]<\/a>. Il s\u2019agit, tant dans un contexte contractuel qu\u2019extracontractuel, d\u2019une obligation de moyens, sauf cas tr\u00e8s sp\u00e9cifiques comme un engagement expr\u00e8s du comptable en faveur d\u2019un r\u00e9sultat ou en mati\u00e8re de respect des d\u00e9lais<a href=\"#_ftn80\" name=\"_ftnref80\">[80]<\/a>.<\/p>\n<h2 id=\"099-5a2-49c-aa3-adc\"><a name=\"_Toc461890454\"><\/a>C.\u00a0 R\u00f4le de la norme externe dans l\u2019appr\u00e9ciation de la faute<\/h2>\n<p>Consid\u00e9rant la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de la norme de comportement du droit de la responsabilit\u00e9 civile, il semble naturel de rechercher d\u2019autres normes, plus explicites, contre lesquelles le comportement de l\u2019auteur potentiel d\u2019un dommage pourrait \u00eatre \u00e9valu\u00e9 de mani\u00e8re claire. Cette d\u00e9marche soul\u00e8ve la question probl\u00e9matique de l\u2019utilisation d\u2019une norme externe au droit de la responsabilit\u00e9 civile pour conclure \u00e0 l\u2019existence ou \u00e0 l\u2019absence d\u2019une faute g\u00e9n\u00e9ratrice de responsabilit\u00e9. Trois types de normes peuvent \u00e0 ce titre \u00eatre identifi\u00e9es\u00a0: la norme l\u00e9gislative ou r\u00e8glementaire, \u00e9manant de l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique, d\u2019abord; la norme priv\u00e9e incorpor\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rence l\u00e9gislative ou r\u00e8glementaire, adoub\u00e9e par l\u2019autorit\u00e9, ensuite<a href=\"#_ftn81\" name=\"_ftnref81\">[81]<\/a>; la norme priv\u00e9e ne disposant pas d\u2019une reconnaissance officielle, enfin<a href=\"#_ftn82\" name=\"_ftnref82\">[82]<\/a>.<\/p>\n<p>Tant la common law canadienne que le droit civil qu\u00e9b\u00e9cois ont consacr\u00e9 ce que nous appelons un principe d\u2019ind\u00e9pendance entre la faute civile et la contravention \u00e0 une norme externe, quelle que soit sa nature. Pour Maurice Tancelin, \u00ab\u00a0[l]a faute n\u2019est pas la violation d\u2019un texte pr\u00e9cis; c\u2019est la violation d\u2019une obligation juridique r\u00e9sultant du devoir g\u00e9n\u00e9ral d\u2019agir raisonnablement\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn83\" name=\"_ftnref83\">[83]<\/a>. C\u2019est donc uniquement la violation des standards de la \u00ab\u00a0personne raisonnable\u00a0\u00bb ou de la \u00ab\u00a0personne raisonnablement prudente et diligente\u00a0\u00bb qui pourra fonder une responsabilit\u00e9 civile, et non la contravention \u00e0 une autre disposition normative.<\/p>\n<p>Cette position r\u00e9sulte, en common law, de l\u2019arr\u00eat de la Cour supr\u00eame <em>Canada c. Saskatchewan Wheat Pool<\/em> (<em>Saskatchewan Wheat Pool<\/em>) qui \u00e9nonce ceci\u00a0:<\/p>\n<p>La notion d\u2019un d\u00e9lit civil sp\u00e9cial de violation d\u2019une obligation l\u00e9gale qui donnerait droit \u00e0 des dommages-int\u00e9r\u00eats sur simple preuve d\u2019une violation et d\u2019un pr\u00e9judice, doit \u00eatre rejet\u00e9e, comme doit l\u2019\u00eatre \u00e9galement le point de vue selon lequel une violation sans excuse valable constitue de la n\u00e9gligence.<a href=\"#_ftn84\" name=\"_ftnref84\">[84]<\/a><\/p>\n<p>Il existe d\u00e8s lors une totale ind\u00e9pendance des notions de faute civile et de violation d\u2019une obligation d\u2019origine l\u00e9gislative. Dans les cas o\u00f9 la norme l\u00e9gislative co\u00efncide avec l\u2019obligation de diligence civile, elle est trait\u00e9e comme une confirmation de l\u2019obligation de droit commun<a href=\"#_ftn85\" name=\"_ftnref85\">[85]<\/a>. L\u2019ind\u00e9pendance des deux notions s\u2019applique de la m\u00eame mani\u00e8re en sens oppos\u00e9, soit lorsque le respect d\u2019une disposition l\u00e9gale est invoqu\u00e9 afin d\u2019\u00e9carter la n\u00e9gligence<a href=\"#_ftn86\" name=\"_ftnref86\">[86]<\/a>.<\/p>\n<p>En droit civil, la situation est appr\u00e9ci\u00e9e par rapport aux arr\u00eats de la Cour supr\u00eame <em>Morin c. Blais<\/em><a href=\"#_ftn87\" name=\"_ftnref87\">[87]<\/a> (<em>Morin<\/em>) et <em>Ciment du Saint-Laurent Inc. c. Barrette<\/em><a href=\"#_ftn88\" name=\"_ftnref88\">[88]<\/a> (<em>Ciment du Saint-Laurent<\/em>). Le premier traite du cas sp\u00e9cial de la violation d\u2019une disposition l\u00e9gislative ou r\u00e9glementaire exprimant une norme \u00e9l\u00e9mentaire de prudence. Sa violation doit alors \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une faute civile permettant de pr\u00e9sumer un lien de causalit\u00e9 en cas de dommage imm\u00e9diat<a href=\"#_ftn89\" name=\"_ftnref89\">[89]<\/a>. Le second \u00e9nonce une r\u00e8gle plus g\u00e9n\u00e9rale\u00a0:<\/p>\n<p>[L]a violation d\u2019une norme l\u00e9gislative ne constitue pas en soi une faute civile. Il faut encore qu\u2019une infraction pr\u00e9vue pour un texte de loi constitue aussi une violation de la norme de comportement de la personne raisonnable au sens du r\u00e9gime g\u00e9n\u00e9ral de responsabilit\u00e9 civile.<a href=\"#_ftn90\" name=\"_ftnref90\">[90]<\/a><\/p>\n<p>Ces principes s\u2019appliquent de mani\u00e8re identique aux normes qui ne sont ni l\u00e9gislatives, ni r\u00e8glementaires, tels les codes de d\u00e9ontologie. Ainsi, la m\u00eame ind\u00e9pendance peut \u00eatre constat\u00e9e s\u2019agissant de la violation d\u2019une r\u00e8gle professionnelle, qui ne constitue pas automatiquement un comportement fautif<a href=\"#_ftn91\" name=\"_ftnref91\">[91]<\/a>, ou de son respect, qui ne l\u2019exclut pas non plus <em>de facto<\/em><a href=\"#_ftn92\" name=\"_ftnref92\">[92]<\/a>.<\/p>\n<p>On comprend de ces principes que l\u2019\u00e9tat du droit canadien pose un d\u00e9fi \u00e9vident \u00e0 qui souhaite utiliser les normes professionnelles, telles les normes comptables, aux fins de d\u00e9montrer directement la faute d\u2019un auditeur. C\u2019est certainement pour cette raison que, dans son \u00e9tude, Odette Jobin-Laberge indiquait que les normes professionnelles jouent de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale un r\u00f4le de second plan dans le domaine de la responsabilit\u00e9 civile<a href=\"#_ftn93\" name=\"_ftnref93\">[93]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se de cette recherche s\u2019inscrit d\u2019une certaine mesure en porte-\u00e0-faux avec ces constats, et c\u2019est l\u2019objectif de l\u2019analyse jurisprudentielle de mieux comprendre l\u2019impact que les normes comptables exercent concr\u00e8tement dans de telles affaires.<\/p>\n<h1 id=\"9a3-882-458-a56-d58\"><a name=\"_Toc461890455\"><\/a>II. Faute des auditeurs et normes comptables dans la jurisprudence<\/h1>\n<p>Nous avons compil\u00e9 un inventaire de jugements canadiens portant sur la responsabilit\u00e9 professionnelle en mati\u00e8re de comptabilit\u00e9 et faisant appel \u00e0 la notion de norme comptable<a href=\"#_ftn94\" name=\"_ftnref94\">[94]<\/a>. Les affaires retenues proviennent de l\u2019ensemble du Canada, et recoupent tant la common law que le droit civil, car la profession comptable y est similairement r\u00e8glement\u00e9e et les normes comptables sont identiques dans toutes les provinces canadiennes. En outre, le principe d\u2019ind\u00e9pendance entre la faute civile et la contravention \u00e0 une norme externe est reconnu dans les deux syst\u00e8mes juridiques.<\/p>\n<p>Afin de s\u00e9lectionner les jugements pertinents, nous avons d\u2019abord recherch\u00e9 les affaires mettant en cause une question de responsabilit\u00e9 en lien avec la comptabilit\u00e9. Une lecture plus attentive nous a permis de s\u00e9lectionner les jugements qui traitaient principalement d\u2019une erreur en lien avec la comptabilit\u00e9, et en excluant ceux qui ne l\u2019abordaient qu\u2019\u00e0 titre accessoire. Cette \u00e9tape nous a permis, en partant d\u2019un premier groupe d\u2019une cinquantaine d\u2019affaires \u00e0 l\u2019issue de la premi\u00e8re recherche, de r\u00e9duire le nombre de jugements retenus \u00e0\u00a0vingt-deux.<\/p>\n<p>Cette \u00e9tape nous a \u00e9galement permis de constater que la grande majorit\u00e9 des cas discut\u00e9s par les tribunaux mettent en cause des actions en responsabilit\u00e9 intent\u00e9es contre des comptables agissant en leur qualit\u00e9 d\u2019auditeurs. Sur les vingt-deux\u00a0jugements retenus, seuls trois correspondaient \u00e0 une action invoquant la faute des dirigeants. Ce constat a n\u00e9cessairement influenc\u00e9 notre recherche, qui s\u2019est en cons\u00e9quence concentr\u00e9e sur le cas des auditeurs. Les jugements retenus peuvent \u00eatre r\u00e9partis en six cat\u00e9gories selon la nature du grief formul\u00e9 comme fondement de la responsabilit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<table width=\"474\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"360\">Nature du grief<\/td>\n<td width=\"114\">Nombre de cas<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"360\">D\u00e9faut d\u2019information ou d\u2019action suite \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019un cas suspect<\/td>\n<td width=\"114\">4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"360\">D\u00e9faut de d\u00e9tecter une erreur dans la gestion<\/td>\n<td width=\"114\">3<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"360\">Approbation de comptes non conformes<\/td>\n<td width=\"114\">4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"360\">D\u00e9faut de d\u00e9tecter ou d\u00e9noncer une fraude<\/td>\n<td width=\"114\">7<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"360\">\u00c9tablissement de documents non conformes (par les comptables)<\/td>\n<td width=\"114\">1<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"360\">\u00c9tablissement de comptes non conformes (par les dirigeants)<\/td>\n<td width=\"114\">3<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans l\u2019examen des jugements, notre analyse a port\u00e9 sur deux points\u00a0: l\u2019importance accord\u00e9e par les juges aux normes comptables, incluant les modalit\u00e9s selon lesquelles le tribunal a trait\u00e9 de ces normes, et la corr\u00e9lation entre l\u2019existence (ou l\u2019absence) d\u2019une faute professionnelle et d\u2019une faute civile.<\/p>\n<p>Notre \u00e9tude a permis de constater que la nature des griefs formul\u00e9s, en l\u2019esp\u00e8ce \u00e0 l\u2019encontre des auditeurs, d\u00e9termine \u2014 et restreint \u2014 largement l\u2019\u00e9tendue des normes comptables utilis\u00e9es par les tribunaux\u00a0(partie\u00a0II-A). Dans l\u2019examen de la faute, il appara\u00eet que les experts jouent un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant pour l\u2019appr\u00e9ciation des infractions aux normes comptables all\u00e9gu\u00e9es\u00a0(partie\u00a0II-B). Enfin, les normes comptables sont retenues par le tribunal au stade de l\u2019analyse de la faute, r\u00e9sultant en une claire corr\u00e9lation entre l\u2019irrespect des normes comptables et la faute civile, ou inversement\u00a0(partie\u00a0II-C).<\/p>\n<h2 id=\"27d-112-476-b12-c4d\"><a name=\"_Toc442865566\"><\/a><a name=\"_Toc461890456\"><\/a><a name=\"_Toc442865565\"><\/a>A.\u00a0 Nature des griefs formul\u00e9s et normes invoqu\u00e9es<\/h2>\n<p>Reprocher aux auditeurs de ne pas avoir d\u00e9tect\u00e9 une erreur pr\u00e9sente dans les \u00e9tats financiers constitue en r\u00e9alit\u00e9 une all\u00e9gation \u00e0 deux volets\u00a0: premi\u00e8rement, l\u2019existence d\u2019une erreur comptable et deuxi\u00e8mement, le d\u00e9faut de l\u2019avoir identifi\u00e9 et d\u2019en avoir demand\u00e9 la correction. Le questionnement est donc n\u00e9cessairement double, puisque sans erreur comptable initiale, on ne saurait reprocher aux auditeurs de ne pas l\u2019avoir d\u00e9tect\u00e9e<a href=\"#_ftn95\" name=\"_ftnref95\">[95]<\/a>. L\u2019un de nos premiers constats est que ce double raisonnement est rarement explicit\u00e9 dans les affaires \u00e9tudi\u00e9es.<\/p>\n<p>La nature des griefs formul\u00e9s \u00e0 l\u2019encontre des auditeurs est tr\u00e8s probablement la cause de cette absence. Sur les jugements recens\u00e9s concernant sp\u00e9cifiquement les comptables, six d\u2019entre eux, soit le tiers, portent sur un d\u00e9faut d\u2019avoir d\u00e9tect\u00e9 la commission d\u2019une fraude par des employ\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9<a href=\"#_ftn96\" name=\"_ftnref96\">[96]<\/a>. En outre, trois abordent des questions qui rel\u00e8vent de t\u00e2ches de gestion, notamment le paiement correct des taxes<a href=\"#_ftn97\" name=\"_ftnref97\">[97]<\/a>. Globalement, ce sont donc la moiti\u00e9 des affaires qui ne portent pas sur le caract\u00e8re correct des chiffres inscrits, mais plut\u00f4t sur une attente allant au-del\u00e0 de la mission de l\u2019audit.<\/p>\n<p>Les cas d\u2019erreurs forment l\u2019autre moiti\u00e9 des affaires recens\u00e9es<a href=\"#_ftn98\" name=\"_ftnref98\">[98]<\/a>. En l\u2019occurrence, il s\u2019agit ou bien des cas o\u00f9 les auditeurs ont accept\u00e9 d\u2019ent\u00e9riner des comptes ne refl\u00e9tant pas fid\u00e8lement la situation de l\u2019entreprise en accord avec les normes comptables, ou bien de cas o\u00f9 les auditeurs ont \u00e9chou\u00e9 \u00e0 porter \u00e0 l\u2019attention des destinataires des \u00e9tats financiers les implications \u00e9conomiques des chiffres fournis. Ce dernier cas sugg\u00e8re une fois de plus que le r\u00f4le des auditeurs d\u00e9passe la seule v\u00e9rification, et qu\u2019on s\u2019attend \u00e0 une certaine proactivit\u00e9 de leur part afin d\u2019attirer explicitement l\u2019attention des lecteurs sur des \u00e9l\u00e9ments ayant une port\u00e9e sp\u00e9cifique lorsque besoin est.<\/p>\n<p>Ainsi, les normes d\u2019audit exercent tr\u00e8s clairement une importance pr\u00e9pond\u00e9rante pour juger de la responsabilit\u00e9 des auditeurs, faisant presque appara\u00eetre les normes comptables au sens strict comme accessoires. Cette conclusion s\u2019av\u00e8re probante, dans la mesure o\u00f9 la responsabilit\u00e9 des auditeurs est fonction de l\u2019assurance qu\u2019ils procurent \u00e0 la suite de leurs investigations, qui ne visent pas l\u2019\u00e9tablissement des \u00e9tats financiers, mais bien leur v\u00e9rification.<\/p>\n<p>Ce point est particuli\u00e8rement bien exprim\u00e9 par le juge Brown dans <em>Kumar v. Picco<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>Mr. Kumar was not looking to Mr. Picco to tell him what the PST payable was, but to tell him that, after performing a review to appropriate standards, nothing had come to his attention that caused him to believe that the financial information being reported on was not in all material respects in accordance with generally accepted accounting principles.<a href=\"#_ftn99\" name=\"_ftnref99\">[99]<\/a><\/p>\n<p>Dans cette affaire, le juge va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 indiquer que l\u2019erreur comptable n\u2019a pas \u00e0 \u00eatre prouv\u00e9e d\u00e8s lors que la question porte sur la diligence avec laquelle l\u2019audit est effectu\u00e9<a href=\"#_ftn100\" name=\"_ftnref100\">[100]<\/a>. Cette derni\u00e8re indication doit cependant \u00eatre relativis\u00e9e\u00a0: dans les autres jugements \u00e9tudi\u00e9s, l\u2019erreur comptable sous-jacente est g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9crite et analys\u00e9e, quoique toujours avec moins d\u2019attention que le processus d\u2019audit<a href=\"#_ftn101\" name=\"_ftnref101\">[101]<\/a>. Elle illustre n\u00e9anmoins tr\u00e8s clairement pourquoi les normes d\u2019audit occupent une importance tr\u00e8s sup\u00e9rieure \u00e0 celle des normes d\u2019\u00e9tablissement des comptes dans le contexte de la responsabilit\u00e9 des auditeurs.<\/p>\n<h2 id=\"743-967-48b-8c6-a47\"><a name=\"_Toc461890457\"><\/a><a name=\"_Toc442865564\"><\/a>B.\u00a0 R\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant des experts<\/h2>\n<p>Le recours aux experts est tr\u00e8s fr\u00e9quent<a href=\"#_ftn102\" name=\"_ftnref102\">[102]<\/a>. \u00c0 la lecture des jugements, leur r\u00f4le appara\u00eet double\u00a0: premi\u00e8rement, indiquer au tribunal les normes comptables pertinentes au cas d\u2019esp\u00e8ce et, deuxi\u00e8mement, expliquer en quoi consiste leur application correcte<a href=\"#_ftn103\" name=\"_ftnref103\">[103]<\/a>.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce aux experts, les juges acqui\u00e8rent la connaissance de l\u2019existence des normes ainsi que de leur contenu. Comme l\u2019indique explicitement un jugement, \u00ab\u00a0[l]es r\u00e9f\u00e9rences au Manuel et aux Normes nous furent indiqu\u00e9es par les procureurs des parties et les experts\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn104\" name=\"_ftnref104\">[104]<\/a>. Point surprenant\u00a0: nous n\u2019avons pas syst\u00e9matiquement constat\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une base l\u00e9gale pour justifier le recours aux normes comptables. Pourtant, celles-ci ne manquent pas \u2014 que ce soit au sein de la l\u00e9gislation f\u00e9d\u00e9rale ou des l\u00e9gislations provinciales. Les experts jouent donc, plus encore que la loi, un r\u00f4le important de l\u00e9gitimation des diff\u00e9rentes normes comptables.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, les experts sont aussi fondamentalement utiles pour fournir leur appr\u00e9ciation de l\u2019application des normes et de leur respect par les professionnels attaqu\u00e9s<a href=\"#_ftn105\" name=\"_ftnref105\">[105]<\/a>. Leur influence semble d\u00e9terminante sur ce point. Selon les affaires, le raisonnement des experts sera plus ou moins retenu tel quel ou, au contraire, servira plut\u00f4t au juge pour se forger sa propre opinion.<\/p>\n<p>Dans un cas<a href=\"#_ftn106\" name=\"_ftnref106\">[106]<\/a>, le juge a oscill\u00e9 entre ces deux m\u00e9thodes. Il a, pour la premi\u00e8re partie de l\u2019affaire, principalement justifi\u00e9 son raisonnement par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la concordance des rapports d\u2019experts tout en explicitant, par la suite, les raisons qui l\u2019ont conduit \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 cette position <a href=\"#_ftn107\" name=\"_ftnref107\">[107]<\/a>. Pour la seconde partie, en revanche, il a men\u00e9 son propre examen \u2014 \u00e0 n\u2019en pas douter sur la base des \u00e9l\u00e9ments soulev\u00e9s par les experts \u2014 en analysant la port\u00e9e de chaque \u00e9l\u00e9ment pertinent. Dans un autre cas<a href=\"#_ftn108\" name=\"_ftnref108\">[108]<\/a>, la juge s\u2019est quant \u00e0 elle livr\u00e9e \u00e0 une analyse approfondie des questions comptables soulev\u00e9es. Elle a examin\u00e9 chaque erreur all\u00e9gu\u00e9e dans les \u00e9tats financiers et, pour chacune, a proc\u00e9d\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re\u00a0: une revue des preuves sur lesquelles les avis d\u2019experts reposent, une revue des avis des experts, \u00e9ventuellement une analyse des points soumis \u00e0 discussion, et une conclusion. Pour les questions d\u2019audit, elle a d\u2019une mani\u00e8re similaire revu les positions des experts, puis r\u00e9pertori\u00e9 tous les \u00e9l\u00e9ments de faits pertinents en les comparant avec les exigences des normes d\u2019audit. Ces deux affaires illustrent que les avis d\u2019experts ne sont pas forc\u00e9ment repris tels quels, mais servent plut\u00f4t \u00e0 assister le juge dans la conduite de son analyse et la formation de son opinion. Dans les cas plus simples toutefois, les juges pourront parfois se r\u00e9f\u00e9rer plus directement \u00e0 la position des experts et l\u2019adopter, sous r\u00e9serve toutefois d\u2019une analyse de la pertinence de leurs observations et de leur compatibilit\u00e9 avec les \u00e9l\u00e9ments factuels du litige<a href=\"#_ftn109\" name=\"_ftnref109\">[109]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans chaque jugement, la fiabilit\u00e9 de l\u2019expert et la pertinence de son jugement apparaissent d\u00e9terminantes pour la cr\u00e9dibilit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 ses conclusions. C\u2019est en effet tout autant le \u00ab\u00a0s\u00e9rieux\u00a0\u00bb de l\u2019expert que la compatibilit\u00e9 de son analyse avec le texte m\u00eame des normes et les faits du litige qui persuadent le juge d\u2019adopter son analyse. Comme l\u2019explique en effet la juge St-Pierre\u00a0:<\/p>\n<p>When a witness is able to assist the Court in understanding the facts to which he is testifying, is consistent in his answers and does not contradict himself on significant issues or significant aspects of the litigation, and when the evidence as a whole corroborates his version of the facts, chances are the Court will attach credibility and reliability to his or her sayings.<a href=\"#_ftn110\" name=\"_ftnref110\">[110]<\/a><\/p>\n<p>L\u2019examen des qualifications de l\u2019expert est une n\u00e9cessit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l\u2019admissibilit\u00e9 de son expertise<a href=\"#_ftn111\" name=\"_ftnref111\">[111]<\/a>; cet examen est donc syst\u00e9matique. Mais les juges vont plus loin que les seuls aspects formels\u00a0: ils prennent en compte l\u2019attitude des experts lorsque des questions d\u00e9rangeantes leur sont pos\u00e9es<a href=\"#_ftn112\" name=\"_ftnref112\">[112]<\/a>, le soin mis dans l\u2019accomplissement de leur mandat<a href=\"#_ftn113\" name=\"_ftnref113\">[113]<\/a>, ou la m\u00e9thodologie employ\u00e9e pour parvenir \u00e0 leurs conclusions<a href=\"#_ftn114\" name=\"_ftnref114\">[114]<\/a>. C\u2019est ainsi parfois le proc\u00e8s m\u00eame des experts qui est men\u00e9 avant de d\u00e9terminer si leur avis est probant.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des comp\u00e9tences techniques, les qualit\u00e9s p\u00e9dagogiques des experts entrent \u00e9galement en ligne de compte. Dans un argumentaire, le juge indiqua pr\u00e9f\u00e9rer le t\u00e9moignage de certains experts notamment parce que \u00ab\u00a0leurs explications [&#8230;] furent claires et limpides\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn115\" name=\"_ftnref115\">[115]<\/a> en comparaison \u00e0 l\u2019autre partie\u00a0:<\/p>\n<p>Le t\u00e9moin tenta \u00e0 plusieurs reprises de nous fournir ses explications mais ce fut peine perdue et jamais il n\u2019a r\u00e9ussi \u00e0 le faire convenablement. Non seulement le soussign\u00e9 indiqua qu\u2019il n\u2019y comprenait rien des explications fournies par le t\u00e9moin mais il en fut de m\u00eame des avocats de deux c\u00f4t\u00e9s qui le confirm\u00e8rent s\u00e9ance tenante.<a href=\"#_ftn116\" name=\"_ftnref116\">[116]<\/a><\/p>\n<p>Le mod\u00e8le du pluralisme objectif, que nous avons d\u00e9crit pr\u00e9c\u00e9demment, explique ad\u00e9quatement le r\u00f4le central des experts, en insistant sur le besoin d\u2019un passeur de normes externe. D\u00e8s lors que l\u2019interpr\u00e9tation des normes externes ne repose plus sur le for int\u00e9rieur des individus comme dans un pluralisme subjectif, le droit doit composer avec un m\u00e9canisme ind\u00e9pendant d\u2019interpr\u00e9tation. C\u2019est cet office que remplissent les experts. Ils assument le r\u00f4le de passeurs de normes au sens de la th\u00e9orie de l\u2019internormativit\u00e9 en s\u00e9lectionnant, appliquant, et expliquant les normes de leur domaine au cas qui leur est pr\u00e9sent\u00e9. Pour remplir ce r\u00f4le, ils doivent faire preuve non seulement d\u2019une comp\u00e9tence particuli\u00e8rement solide dans leur domaine, mais \u00e9galement d\u2019une sensibilit\u00e9 au vocabulaire du monde juridique et de qualit\u00e9s p\u00e9dagogiques particuli\u00e8res pour arriver \u00e0 faire entendre \u2014 et comprendre \u2014 leur message<a href=\"#_ftn117\" name=\"_ftnref117\">[117]<\/a>. Guy Rocher a d\u2019ailleurs bien expliqu\u00e9 la situation difficile des passeurs de normes, \u00e0 savoir combien leur cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00ab\u00a0est difficile \u00e0 \u00e9tablir et \u00e0 maintenir\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn118\" name=\"_ftnref118\">[118]<\/a>, ce que notre analyse jurisprudentielle a bien r\u00e9ussi \u00e0 mettre en lumi\u00e8re. L\u2019influence des experts est donc \u00e9vidente tant les conclusions des juges reposent sur leurs opinions, mais la route vers la reconnaissance est fastidieuse, les exigences \u00e9lev\u00e9es, et la cr\u00e9dibilit\u00e9 sans cesse remise en cause \u2014 ne serait-ce que par la partie adverse.<\/p>\n<p>L\u2019importance du recours aux experts suscite une crainte\u00a0: celle de les voir occuper une influence d\u00e9mesur\u00e9e dans le processus d\u00e9cisionnel, et ce, au d\u00e9triment du juge. Comme le rel\u00e8ve Robert Castel, \u00ab\u00a0le savoir d\u2019expertise ne se contente pas d\u2019\u00e9clairer des zones d\u2019ombre, ou d\u2019aider \u00e0 trancher des cas litigieux. Il tend \u00e0 devenir l\u2019\u00e9l\u00e9ment de base qui d\u00e9termine la d\u00e9cision\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn119\" name=\"_ftnref119\">[119]<\/a> amenant les experts \u00e0 exercer une \u00ab\u00a0juridiction scientifico-normative\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn120\" name=\"_ftnref120\">[120]<\/a>. Cette pr\u00e9occupation est d\u2019autant plus centrale dans un contexte o\u00f9 les experts jouissent d\u2019une reconnaissance croissante. Jean-Louis Baudouin, Patrice Deslauriers et Beno\u00eet Moore remarquent dans la derni\u00e8re \u00e9dition de leur trait\u00e9 que \u00ab\u00a0dans une s\u00e9rie d\u2019arr\u00eats r\u00e9cents, la Cour d\u2019appel s\u2019est \u00e9loign\u00e9e de cette tendance en estimant que la marge de man\u0153uvre du juge dans le cadre de son examen d\u2019une expertise relative aux pratiques professionnelles devrait \u00eatre davantage limit\u00e9e\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn121\" name=\"_ftnref121\">[121]<\/a>, une \u00e9volution qui re\u00e7oit d\u2019ailleurs leur approbation<a href=\"#_ftn122\" name=\"_ftnref122\">[122]<\/a>.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, la position du juge semble \u00eatre \u00e0 double tranchant\u00a0: celui-ci doit faire preuve de retenue, pour ne pas s\u2019immiscer dans l\u2019appr\u00e9ciation de la pratique professionnelle qui revient exclusivement \u00e0 l\u2019expert. En m\u00eame temps, le juge doit continuer d\u2019assurer un certain contr\u00f4le, afin de v\u00e9rifier que l\u2019expertise soumise est objectivement soutenable. Ce pouvoir de contr\u00f4le s\u2019exerce lorsque les comportements reproch\u00e9s rel\u00e8vent d\u2019une prudence \u00e9l\u00e9mentaire<a href=\"#_ftn123\" name=\"_ftnref123\">[123]<\/a> et que la pratique professionnelle, tout aussi d\u00e9montr\u00e9e qu\u2019elle soit, appara\u00eet inad\u00e9quate.<\/p>\n<p>Le juge reste donc le \u00ab\u00a0dernier rempart\u00a0\u00bb et le garant du bon sens. Il est \u00e9galement l\u2019intervenant susceptible de prendre du recul par rapport \u00e0 des normes professionnelles qui ne sont peut-\u00eatre pas totalement adapt\u00e9es \u00e0 la situation qui lui est pr\u00e9sent\u00e9e. Ainsi dans <em>Ter Neuzen c. Korn<\/em> (<em>Ter Neuzen<\/em>), la Cour supr\u00eame a indiqu\u00e9 que la n\u00e9gligence peut \u00eatre retenue \u00ab\u00a0lorsqu\u2019il s\u2019agit de questions relevant du sens commun\u00a0\u00bb, soit en pr\u00e9sence \u00ab\u00a0d\u2019autres m\u00e9thodes \u00e9videntes que toute personne raisonnable emploierait pour \u00e9viter un risque\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn124\" name=\"_ftnref124\">[124]<\/a>.<\/p>\n<h2 id=\"405-cec-465-98b-f0c\"><a name=\"_Toc461890458\"><\/a><a name=\"_Toc442865567\"><\/a>C.\u00a0 Impact des normes comptables sur la d\u00e9termination de la faute<\/h2>\n<p>Notre analyse d\u00e9montre que les normes comptables constituent un outil central de d\u00e9termination d\u2019une \u00e9ventuelle faute des auditeurs. Non seulement les juges acceptent volontiers de s\u2019y r\u00e9f\u00e9rer tr\u00e8s largement\u00a0(partie\u00a0II-C-1), mais encore, ils adoptent g\u00e9n\u00e9ralement une conclusion en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 civile en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces normes\u00a0(partie\u00a0II-C-2).<\/p>\n<h3 id=\"94b-0b2-418-bd0-45e\"><a name=\"_Toc461890459\"><\/a>1.\u00a0\u00a0\u00a0 Utilisation des normes comptables<\/h3>\n<p>Comme l\u2019indiquent Baudouin, Deslauriers et Moore dans leur trait\u00e9, \u00ab\u00a0[l]\u2019importance de la pratique et des usages dans l\u2019\u00e9valuation de la faute [&#8230;] [est] au c\u0153ur m\u00eame de [la] responsabilit\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn125\" name=\"_ftnref125\">[125]<\/a> des comptables. Notre recherche d\u00e9montre que les juges acceptent syst\u00e9matiquement de se r\u00e9f\u00e9rer aux normes comptables comme standards de r\u00e9f\u00e9rence pour mesurer l\u2019exactitude des \u00e9tats financiers et l\u2019\u00e9tendue des obligations des auditeurs lors de missions de v\u00e9rification. Sur les vingt-trois\u00a0d\u00e9cisions analys\u00e9es<a href=\"#_ftn126\" name=\"_ftnref126\">[126]<\/a>, vingt-et-une\u00a0d\u2019entre elles int\u00e8grent les normes comptables au jugement au minimum par l\u2019indication de r\u00e9f\u00e9rence(s) particuli\u00e8re(s) aux prescriptions sp\u00e9cifiques du <em>Manuel de CPA Canada<\/em> consid\u00e9r\u00e9es comme pertinentes. Cela indique que, pour les juges, les normes comptables sont une source de devoirs sp\u00e9cifiques et identifiables.<\/p>\n<p>Deux jugements sont particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateurs relativement au r\u00f4le accord\u00e9 par les tribunaux aux normes comptables, r\u00f4le dont l\u2019importance est identique dans les deux traditions juridiques canadiennes. Tout d\u2019abord, le juge Baudouin, dans un arr\u00eat d\u2019appel, indique que \u00ab\u00a0ces normes [&#8230;], si elles ne lient pas le Tribunal, ont cependant une utilit\u00e9 indiscutable dans la d\u00e9termination de la faute\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn127\" name=\"_ftnref127\">[127]<\/a>. Une position similaire a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e en Ontario o\u00f9 le juge MacPherson indiquait que \u00ab\u00a0les normes de conduite professionnelles telles celles prescrites dans le Manuel de l\u2019ICCA fournissent un guide persuasif quant \u00e0 ce qui constitue la norme de diligence raisonnable pour un professionnel\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn128\" name=\"_ftnref128\">[128]<\/a>.<\/p>\n<p>Le degr\u00e9 d\u2019importance accord\u00e9e par les juges aux normes comptables varie quelque peu, mais t\u00e9moigne toujours d\u2019une prise en compte effective de celles-ci. Dans la majorit\u00e9 des cas, les juges font reposer leurs analyses sur des r\u00e9f\u00e9rences explicites aux normes comptables. La norme sort ainsi du rapport de l\u2019expert et est accept\u00e9e par le juge qui s\u2019y r\u00e9f\u00e8re directement.<\/p>\n<p>Encore plus r\u00e9v\u00e9latrice de l\u2019adoption des normes comptables, on constate aussi l\u2019int\u00e9gration du texte des normes comptables dans le corps de la d\u00e9cision, voire un r\u00e9sum\u00e9 des normes, t\u00e9moignant de leur appropriation par le juge. \u00c0 l\u2019occasion, les tribunaux int\u00e8grent carr\u00e9ment le texte de nombreux paragraphes provenant du <em>Manuel de CPA Canada<\/em> dans le corps de la d\u00e9cision<a href=\"#_ftn129\" name=\"_ftnref129\">[129]<\/a>. Dans plusieurs affaires, le Tribunal ou la Cour cite les normes pertinentes au cas avant de commencer l\u2019analyse, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 effectuer une synth\u00e8se de certaines r\u00e8gles<a href=\"#_ftn130\" name=\"_ftnref130\">[130]<\/a>. On peut \u00e9galement trouver des applications directes des normes comptables dont les juges se servent pour tirer des conclusions<a href=\"#_ftn131\" name=\"_ftnref131\">[131]<\/a>. Dans la saga <em>Livent Inc. (Receiver of) v. Deloitte &amp; Touche<\/em><a href=\"#_ftn132\" name=\"_ftnref132\">[132]<\/a> (<em>Livent<\/em>), le juge ira jusqu\u2019\u00e0 prendre en compte les exigences pos\u00e9es par le manuel de proc\u00e9dures interne de l\u2019auditeur, qui va au-del\u00e0 des normes comptables; cette m\u00e9thode a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 valid\u00e9e en appel<a href=\"#_ftn133\" name=\"_ftnref133\">[133]<\/a>.<\/p>\n<p>Une utilisation quasi syst\u00e9matique des normes d\u2019audit a lieu au stade de l\u2019examen de l\u2019\u00e9tendue de la mission confi\u00e9e \u00e0 l\u2019auditeur<a href=\"#_ftn134\" name=\"_ftnref134\">[134]<\/a>. Comme on l\u2019a vu plus haut, un comptable peut \u00eatre charg\u00e9 d\u2019une mission de compilation, d\u2019un examen (<em>review<\/em>) ou d\u2019un audit<a href=\"#_ftn135\" name=\"_ftnref135\">[135]<\/a>. Selon la mission confi\u00e9e, diff\u00e9rentes normes s\u2019appliqueront<a href=\"#_ftn136\" name=\"_ftnref136\">[136]<\/a>. Il est donc important pour les auditeurs de clarifier l\u2019\u00e9tendue de la mission, et ses limites, dans la lettre d\u2019engagement adress\u00e9e au client afin que celles-ci soient bien d\u00e9finies et claires pour les deux parties. En particulier, une mission d\u2019examen (<em>review<\/em>) ne comporte pas d\u2019obligation d\u2019investiguer les cas de fraude<a href=\"#_ftn137\" name=\"_ftnref137\">[137]<\/a>. Les normes d\u2019audit sont syst\u00e9matiquement utilis\u00e9es pour \u00e9tayer ce point en pr\u00e9sence d\u2019un tel grief.<\/p>\n<h3 id=\"ffb-e96-4a3-835-b2a\"><a name=\"_Toc461890460\"><\/a>2.\u00a0\u00a0\u00a0 Corr\u00e9lation entre la (non-)conformit\u00e9 aux normes comptables et la faute<\/h3>\n<p>Le tableau synth\u00e9tique des jugements retenus se trouvant en annexe permet d\u2019\u00e9tudier la corr\u00e9lation entre le constat d\u2019une faute professionnelle, d\u00e9finie pour l\u2019analyse comme l\u2019infraction \u00e0 une norme comptable, et celui d\u2019une faute civile. Cette corr\u00e9lation ne fait aucun doute. Si l\u2019on se concentre exclusivement sur les vingt\u00a0affaires pour lesquelles une position d\u00e9finitive a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e en ce qui concerne la faute, on trouve quinze\u00a0affaires o\u00f9 la violation des normes comptables a \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ratrice de responsabilit\u00e9 civile<a href=\"#_ftn138\" name=\"_ftnref138\">[138]<\/a>, quatre affaires o\u00f9 le respect des normes comptables a permis d\u2019\u00e9viter d\u2019engager la responsabilit\u00e9 civile des v\u00e9rificateurs<a href=\"#_ftn139\" name=\"_ftnref139\">[139]<\/a>, et une affaire o\u00f9 le respect des normes comptables n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 de consid\u00e9rer les v\u00e9rificateurs comme n\u00e9gligents<a href=\"#_ftn140\" name=\"_ftnref140\">[140]<\/a>. Malgr\u00e9 l\u2019ind\u00e9pendance juridique th\u00e9orique entre les deux fautes, les cons\u00e9quences pratiques du respect ou de la violation des normes comptables apparaissent \u00e9videntes.<\/p>\n<p>Seul <em>Kripps v. Touche Ross &amp; Co<\/em><a href=\"#_ftn141\" name=\"_ftnref141\">[141]<\/a> (<em>Kripps<\/em>) a v\u00e9ritablement appliqu\u00e9 ce principe d\u2019ind\u00e9pendance des deux fautes. Ce litige portait sur la capitalisation des int\u00e9r\u00eats des emprunts immobiliers accord\u00e9s par l\u2019entreprise et tomb\u00e9s en d\u00e9faut<a href=\"#_ftn142\" name=\"_ftnref142\">[142]<\/a>. Gr\u00e2ce \u00e0 cette politique, l\u2019entreprise comptait effectivement comme un profit des emprunts dont la recevabilit\u00e9 \u00e9tait douteuse, et ce, pour au moins un tiers d\u2019entre eux, sans mention particuli\u00e8re dans les \u00e9tats financiers. En l\u2019occurrence, cette politique de comptabilisation \u00e9tait permise par les PCGR. Le juge de premi\u00e8re instance adopta une vision tr\u00e8s objective des normes comptables\u00a0:<\/p>\n<p>Here the auditors considered there was a disclosure that would assist prospective debenture holders. They proposed that it be made. The company declined. The auditors could not then insist that the disclosure be made; ultimately, they could only refuse to give an unqualified report if, in their opinion, the company\u2019s statements did not fairly present its financial position in accordance with GAAP without the disclosure.<a href=\"#_ftn143\" name=\"_ftnref143\">[143]<\/a><\/p>\n<p>Du point de vue des plaignants, l\u2019importance des int\u00e9r\u00eats capitalis\u00e9s requerrait une divulgation sp\u00e9cifique afin d\u2019assurer une pr\u00e9sentation fid\u00e8le des r\u00e9sultats m\u00eame en l\u2019absence d\u2019une exigence sp\u00e9cifique des normes comptables. Du point de vue des auditeurs, la divulgation ne pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme obligatoire en l\u2019absence d\u2019une telle exigence<a href=\"#_ftn144\" name=\"_ftnref144\">[144]<\/a>. Le juge retint cette deuxi\u00e8me opinion\u00a0: \u00ab\u00a0les auditeurs ne doivent pas \u00eatre critiques pour avoir donn\u00e9 le rapport d\u2019audit standard lorsque leur proposition de divulgation a \u00e9t\u00e9 refuse. Comme je l\u2019ai dit, ils n\u2019avaient pas le choix.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn145\" name=\"_ftnref145\">[145]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9cision fut toutefois infirm\u00e9e en appel la Cour indiqua alors que\u00a0:<\/p>\n<p>Given the aim in auditing, the understanding of audits that those who might rely on them have, and that auditors know of this understanding, auditors cannot hide behind the qualification to their reports (\u201caccording to GAAP\u201d) where the financial statements nevertheless misrepresent the financial position of the company.<a href=\"#_ftn146\" name=\"_ftnref146\">[146]<\/a><\/p>\n<p>However, Touche was not rendering its opinion after applying GAAP in a vacuum, i.e., without anything that would lead it to a belief that GAAP was insufficient or misleading. Touche had actual knowledge that a simple application of GAAP would omit material information and lead to financial statements that could not be said to have fairly presented the financial position of VMCL. Given this actual knowledge, Touche fell below the required standard of care when it made its auditor\u2019s report.<a href=\"#_ftn147\" name=\"_ftnref147\">[147]<\/a><\/p>\n<p>Cette position \u00e9tait accompagn\u00e9e d\u2019une dissension qui validait la position du juge de premi\u00e8re instance<a href=\"#_ftn148\" name=\"_ftnref148\">[148]<\/a>, mais la solution majoritaire fut reprise <em>verbatim<\/em> par la juge St-Pierre dans l\u2019affaire dite \u00ab\u00a0Castor Holdings\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn149\" name=\"_ftnref149\">[149]<\/a>. Cette distance prise par les Tribunaux face \u00e0 la lettre des normes comptables illustre, dans l\u2019esprit de l\u2019arr\u00eat <em>Ter Neuzen<\/em>, la recherche de la \u00ab\u00a0m\u00e9thode alternative\u00a0\u00bb qu\u2019une personne raisonnable aurait employ\u00e9e pour \u00e9viter le risque d\u2019\u00e9tablir des \u00e9tats financiers incorrects<a href=\"#_ftn150\" name=\"_ftnref150\">[150]<\/a>. La pratique professionnelle, qui acceptait la capitalisation des int\u00e9r\u00eats, \u00e9tait dans le cas d\u2019esp\u00e8ce inappropri\u00e9e pour s\u2019assurer que les utilisateurs des \u00e9tats financiers soient ad\u00e9quatement inform\u00e9s. Le juge dissident, dans l\u2019affaire <em>Kripps<\/em> port\u00e9e en appel, s\u2019est demand\u00e9 s\u2019il incombait aux auditeurs d\u2019\u00e9valuer contextuellement la port\u00e9e des normes g\u00e9n\u00e9rales. Il conclut que les auditeurs n\u2019avaient pas une telle responsabilit\u00e9, notamment du fait que les normes comptables sont modifi\u00e9es lorsque n\u00e9cessaire pour s\u2019adapter \u00e0 ces nouvelles situations<a href=\"#_ftn151\" name=\"_ftnref151\">[151]<\/a>.<\/p>\n<p>Ayant constat\u00e9 une corr\u00e9lation aussi \u00e9troite entre la violation d\u2019une norme professionnelle (ici comptable) et la constatation d\u2019une faute civile, on peut l\u00e9gitimement s\u2019interroger sur la mani\u00e8re de concilier cette corr\u00e9lation avec le traditionnel principe d\u2019ind\u00e9pendance, tel qu\u2019il est actuellement consacr\u00e9 par les arr\u00eats <em>Saskatchewan Wheat Pool<\/em> et <em>Ciment du Saint-Laurent<\/em>. Sans pr\u00e9tendre \u00e9puiser la question, nous proposons ici quelques pistes de r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>Les normes comptables constituent sans aucun doute un corpus de r\u00e8gles dont le niveau de pr\u00e9cision et les modalit\u00e9s d\u2019application directe d\u00e9passent celui d\u2019autres professions. Les comparer \u00e0 des r\u00e8gles d\u00e9ontologiques ayant vocation de principes \u00e9thiques ne fait pas sens. Pas plus que de les comparer \u00e0 des pratiques diagnostiques m\u00e9dicales qui comportent par nature un caract\u00e8re d\u2019incertitude ou qui sont sujettes au d\u00e9veloppement de la science. Cette caract\u00e9ristique particuli\u00e8re des normes comptables doit donc \u00eatre prise en compte dans notre analyse.<\/p>\n<p>En fait, dans les arr\u00eats pr\u00e9cit\u00e9s, la Cour supr\u00eame a envisag\u00e9 et a admis la possibilit\u00e9 qu\u2019une norme sp\u00e9ciale soit assimil\u00e9e \u00e0 la norme de conduite pertinente pour le droit de la responsabilit\u00e9 civile. Dans <em>Ciment du Saint-Laurent<\/em>, elle indiquait qu\u2019\u00ab\u00a0il appartiendra au juge de d\u00e9terminer la norme de conduite applicable eu \u00e9gard aux lois, usages et circonstances, dont la teneur pourrait se refl\u00e9ter dans les normes l\u00e9gislatives pertinentes\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn152\" name=\"_ftnref152\">[152]<\/a>. Encore plus clairement, dans le premier, elle concluait que \u00ab\u00a0[l]\u2019obligation formul\u00e9e dans un texte de loi peut constituer une norme, \u00e0 la fois pr\u00e9cise et utile, de conduite raisonnable\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn153\" name=\"_ftnref153\">[153]<\/a>, hypoth\u00e8se qui avait d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 appliqu\u00e9e dans <em>Ryan c. Victoria (Ville de)<\/em><a href=\"#_ftn154\" name=\"_ftnref154\">[154]<\/a>.<\/p>\n<p>Il revient donc maintenant de d\u00e9terminer si les normes comptables peuvent constituer un tel type de norme, et surtout sur quel fondement une telle d\u00e9termination repose.<\/p>\n<p>Les arr\u00eats de la Cour supr\u00eame nous indiquent le crit\u00e8re permettant \u00e0 une norme externe d\u2019\u00eatre accept\u00e9e comme standard de conduite en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 civile\u00a0: sa pr\u00e9cision. Un caract\u00e8re qui sied particuli\u00e8rement bien \u00e0 la nature des normes comptables, comme nous l\u2019avons vu plus haut. Les juges ont \u00e0 leur disposition des normes pr\u00e9cises, d\u00e9velopp\u00e9es sp\u00e9cifiquement pour les situations qui leur sont soumises, qui apparaissent ainsi pertinentes lors d\u2019un examen de la faute. Ces deux caract\u00e9ristiques semblent exercer un effet convaincant pour leur prise en compte au titre d\u2019un examen de la faute<a href=\"#_ftn155\" name=\"_ftnref155\">[155]<\/a>.<\/p>\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re de nos constats, notre hypoth\u00e8se peut maintenant \u00eatre valid\u00e9e\u00a0: la pr\u00e9cision des normes comptables les rend susceptibles d\u2019\u00eatre adopt\u00e9es comme standard de faute. Il s\u2019agit d\u2019une exception, ou \u00e0 tout le moins d\u2019un cas particulier, au principe g\u00e9n\u00e9ral tir\u00e9 des arr\u00eats <em>Saskatchewan Wheat Pool<\/em> et <em>Ciment du Saint-Laurent<\/em>, justifi\u00e9e par le caract\u00e8re pr\u00e9cis et adapt\u00e9 des normes comptables.<\/p>\n<p>Nous pouvons donc compl\u00e9ter notre pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale du principe d\u2019ind\u00e9pendance entre la faute civile et la contravention \u00e0 une norme externe pour retenir non pas un, mais deux cas o\u00f9 la violation d\u2019une norme externe est susceptible de constituer <em>de facto<\/em> une faute civile, (ou, inversement, son respect exon\u00e8re de la suspicion de faute)\u00a0: lorsque la disposition exprime une norme \u00e9l\u00e9mentaire de prudence<a href=\"#_ftn156\" name=\"_ftnref156\">[156]<\/a> et lorsqu\u2019elle exprime, de mani\u00e8re pr\u00e9cise, une obligation concr\u00e8te.<\/p>\n<p>Jacques Chevallier envisageait deux types d\u2019effets \u00e0 l\u2019interaction des syst\u00e8mes normatifs. Lorsque la norme est pr\u00e9sente dans deux syst\u00e8mes normatifs \u00e0 la fois, ces syst\u00e8mes en viennent \u00ab\u00a0\u00e0 se pr\u00eater un appui mutuel\u00a0\u00bb ou, au contraire, \u00e0 entrer en conflit l\u2019un avec l\u2019autre<a href=\"#_ftn157\" name=\"_ftnref157\">[157]<\/a>. C\u2019est ce que l\u2019auteur appelle \u00ab\u00a0l\u2019entrecroisement\u00a0\u00bb. La mati\u00e8re comptable nous semble une parfaite illustration de la premi\u00e8re hypoth\u00e8se<a href=\"#_ftn158\" name=\"_ftnref158\">[158]<\/a>. Gr\u00e2ce au droit, les normes comptables acqui\u00e8rent une force contraignante. R\u00e9ciproquement, en tenant compte de l\u2019ordre normatif externe, le droit s\u2019assure ainsi de l\u2019adh\u00e9sion des professionnels<a href=\"#_ftn159\" name=\"_ftnref159\">[159]<\/a> et renforce sa l\u00e9gitimit\u00e9<a href=\"#_ftn160\" name=\"_ftnref160\">[160]<\/a>.<\/p>\n<h1 id=\"066-120-49b-9ba-6ab\"><a name=\"_Toc461890461\"><\/a><a name=\"_Toc442865573\"><\/a>Conclusion<\/h1>\n<p>Cette recherche nous a donn\u00e9 l\u2019occasion d\u2019envisager les normes comptables sous deux angles\u00a0: premi\u00e8rement, du point de vue de leur int\u00e9gration \u00e0 l\u2019espace juridique, et secondement, du point de vue de leur pertinence pour l\u2019examen d\u2019une faute civile.<\/p>\n<p>En ce qui concerne le premier point, nous avons constat\u00e9 que les normes comptables font l\u2019objet d\u2019une reconnaissance concr\u00e8te par l\u2019ordre juridique tant au niveau l\u00e9gislatif qu\u2019au niveau op\u00e9rationnel de la responsabilit\u00e9 civile, permettant de qualifier cette situation de pluralisme fragment\u00e9 (ou ad hoc) objectif. Cette classification permet d\u2019expliquer et d\u2019insister sur le r\u00f4le des experts appel\u00e9s \u00e0 t\u00e9moigner lors d\u2019un litige. C\u2019est d\u2019eux que d\u00e9pend l\u2019influence normative des normes comptables au travers de leur r\u00f4le de passeurs de normes.<\/p>\n<p>Relativement au second point, nous avons constat\u00e9 que les tribunaux accordent une grande importance au respect ou \u00e0 la violation des normes comptables, selon le cas, pour d\u00e9cider d\u2019engager ou non la responsabilit\u00e9 civile des comptables, et ce, bien que les deux corps de r\u00e8gles soient ind\u00e9pendants. En suivant la jurisprudence de la Cour supr\u00eame, nous expliquons cet \u00e9tat de fait par le niveau de pr\u00e9cision particulier des normes comptables et proposons donc de compl\u00e9ter la r\u00e9serve traditionnelle de la \u00ab\u00a0norme \u00e9l\u00e9mentaire de prudence\u00a0\u00bb par celle de la \u00ab\u00a0norme de comportement utile et pr\u00e9cise\u00a0\u00bb qui serait le second cas dans lequel la norme externe peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme expression de la norme civile.<\/p>\n<p>Notre recherche pourrait, \u00e0 notre avis, \u00eatre \u00e9tendue de deux fa\u00e7ons. Premi\u00e8rement, comme nous l\u2019avons indiqu\u00e9 d\u00e8s l\u2019introduction, la sp\u00e9cificit\u00e9 de notre recherche a grandement circonscrit les circonstances dans lesquelles nous avons examin\u00e9 le r\u00f4le accord\u00e9 aux normes comptables. Une extension int\u00e9ressante serait donc de consid\u00e9rer un \u00e9ventail additionnel de situations juridiques. On peut notamment penser au domaine du droit fiscal, lequel est par nature plus proche de la comptabilit\u00e9, ou aux situations de fraude intentionnelle, notamment criminelles, qui d\u00e9passent le cadre de la n\u00e9gligence.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, dans la mesure o\u00f9 notre recherche a \u00e9tabli l\u2019importance relative des normes d\u2019audit par rapport aux normes comptables au sens strict, une extension prometteuse viendra \u00e0 notre avis des r\u00e9gimes de responsabilit\u00e9 objective pour diffusion d\u2019informations erron\u00e9es sur le march\u00e9 secondaire mis en place en mati\u00e8re de valeurs mobili\u00e8res<a href=\"#_ftn161\" name=\"_ftnref161\">[161]<\/a>. Ces diff\u00e9rents r\u00e9gimes, qui reconnaissent une cause d\u2019action directe contre la soci\u00e9t\u00e9 et ses dirigeants dans les cas de diffusion d\u2019une information fausse ou trompeuse (dont les \u00e9tats financiers font partie), imposent en effet une obligation d\u2019appr\u00e9cier l\u2019exactitude des informations diffus\u00e9es. Celle-ci se fera logiquement par rapport aux normes d\u2019\u00e9tablissement des comptes, sans aucune r\u00e9f\u00e9rence aux normes d\u2019audit. \u00c0 notre connaissance, aucun jugement de fond n\u2019a encore \u00e9t\u00e9 rendu en application d\u2019un de ces r\u00e9gimes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1 id=\"6ff-1d8-485-abe-a8b\"><a name=\"_Toc461890463\"><\/a><a name=\"_Toc442865574\"><\/a>Annexe\u00a0: Jurisprudence analys\u00e9e<\/h1>\n<p>Le tableau ci-dessous regroupe l\u2019ensemble de la jurisprudence analys\u00e9e dans le cadre de cette recherche. Notre tableau synth\u00e9tise nos crit\u00e8res d\u2019analyse\u00a0: constatation d\u2019une faute professionnelle (consistant en un irrespect des normes comptables), constatation d\u2019une faute civile, utilisation des experts et niveau d\u2019utilisation des normes comptables par le juge. Sur ce dernier crit\u00e8re, nous appliquons une typologie en quatre niveaux\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>Pas de r\u00e9f\u00e9rence explicite aux normes comptables.<\/li>\n<li>Des r\u00e9f\u00e9rences sont faites aux notions de PCGR \/ GAAP, NAGR \/ GAAS ou <em>Manuel de l\u2019ICCA<\/em> \/ <em>CICA Handbook<\/em>.<\/li>\n<li>Le jugement contient des r\u00e9f\u00e9rences aux normes comptables consid\u00e9r\u00e9es comme pertinentes.<\/li>\n<li>Le jugement int\u00e8gre une reprise textuelle de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 des normes comptables venant au soutien du raisonnement du juge.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"97%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"20%\"><strong>Nature du<br \/>\nreproche<\/strong><\/td>\n<td width=\"14%\"><strong>Affaire<\/strong><\/td>\n<td width=\"27%\"><strong>Faute professionnelle (irrespect des normes)<\/strong><\/td>\n<td width=\"10%\"><strong>Faute civile<\/strong><\/td>\n<td width=\"13%\"><strong>Experts<\/strong><\/td>\n<td width=\"13%\"><strong>Normes<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"97%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"20%\">\n<strong>D\u00e9faut d\u2019information ou d\u2019action suite \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019un cas suspect<\/strong><\/td>\n<td width=\"37%\"><em>102751 Canada inc. c. Black<\/em>, 2013 QCCS\u00a01321, 238 ACWS (3<sup>e<\/sup>) 490.<\/td>\n<td width=\"8%\">Oui<\/td>\n<td width=\"8%\">Oui<\/td>\n<td width=\"11%\">Oui<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"20%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"37%\"><em>Agri-capital Drummond inc c. Mallette sencrl<\/em>, 2009 QCCA 1589, [2009] RRA\u00a0935.<\/td>\n<td width=\"8%\">Oui<\/td>\n<td width=\"8%\">Oui<\/td>\n<td width=\"11%\">Non (appel)<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"20%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"37%\"><em>Racine v. Iggulden<\/em>, [2000] OJ no\u00a03930 au para\u00a035, 2000 CarswellOnt\u00a04330 (WL Can)<\/td>\n<td width=\"8%\">Non<\/td>\n<td width=\"8%\">Non<\/td>\n<td width=\"11%\">Oui<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"20%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"37%\"><em>Sherman v. Orenstein &amp; Partners <\/em>(2003), 125 ACWS (3<sup>e<\/sup>) 162 (disponible sur CanLII) (ONSC).<\/td>\n<td width=\"8%\">Non<\/td>\n<td width=\"8%\">Non<\/td>\n<td width=\"11%\">Oui<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"20%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"37%\"><em>Sherman v. Orenstein &amp; Partners<\/em>, 11 BLR (4<sup>e<\/sup>) 233, 205 OAC 75 (ONCA).<\/td>\n<td width=\"8%\">Non<\/td>\n<td width=\"8%\">Non<\/td>\n<td width=\"11%\">Oui<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"99%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"16%\"><strong>D\u00e9faut de d\u00e9tecter une erreur dans la gestion<\/strong><\/td>\n<td width=\"41%\"><em>Bloor Italian Gifts Ltd v. Dixon<\/em> (2000), 187 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a064, 2 CCLT (3<sup>e<\/sup>)\u00a073.<\/td>\n<td width=\"7%\">Oui<\/td>\n<td width=\"8%\">Oui<\/td>\n<td width=\"10%\">Non<\/p>\n<p>(appel)<\/td>\n<td width=\"14%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"16%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"41%\"><em>Kumar v. Picco<\/em>, 2007 BCSC\u00a01669, 37 CBR (5th) 29.<\/td>\n<td width=\"7%\">Oui<\/td>\n<td width=\"8%\">Oui<\/td>\n<td width=\"10%\">Oui<\/td>\n<td width=\"14%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"16%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"41%\"><em>Robertson v. Stevenson Accounting Ltd.<\/em>, 2011 SKPC\u00a0112, 380 Sask R 120.<\/td>\n<td width=\"7%\">Oui<\/td>\n<td width=\"8%\">Oui<\/td>\n<td width=\"10%\">Non<\/td>\n<td width=\"14%\">Niveau 1<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"100%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"15%\"><strong>Approbation de comptes non conformes<\/strong><\/td>\n<td width=\"34%\"><em>Malo c. Michaud<\/em>, [1993] RRA\u00a0760, 1993 CarswellQue\u00a01932 (WL Can) (CS).<\/td>\n<td width=\"15%\">Oui<\/td>\n<td width=\"8%\">Oui<\/td>\n<td width=\"10%\">Oui<\/td>\n<td width=\"14%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"15%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"34%\"><em>Murphy v. BDO Dunwoody LLP<\/em>, 2006 CanLII 22809, 2006 CarswellOnt\u00a04127 (WL Can) (ONSC).<\/td>\n<td width=\"15%\">N\/A<\/td>\n<td width=\"8%\">N\/A<\/td>\n<td width=\"10%\">Non<\/td>\n<td width=\"14%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"15%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"34%\"><em>Widdrington (Estate) v. Wightman<\/em>, 2011 QCCS, 83 CCLT (3<sup>e<\/sup>)\u00a01.<\/td>\n<td width=\"15%\">Oui<\/td>\n<td width=\"8%\">Oui<\/td>\n<td width=\"10%\">Oui<\/td>\n<td width=\"14%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"15%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"34%\"><em>Kripps v. Touche Ross &amp; Co<\/em>, 5 BCLR (3<sup>e<\/sup>)\u00a022, [1995] 6 WWR\u00a0180 (BCSC).<\/td>\n<td width=\"15%\">Non<\/td>\n<td width=\"8%\">Non<\/td>\n<td width=\"10%\">Oui<\/td>\n<td width=\"14%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"15%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"34%\"><em>Kripps v. Touche Ross &amp; Co<\/em> (1997), 33 BCLR (3<sup>e<\/sup>)\u00a0254, 35 CCLT (2<sup>e<\/sup>)\u00a060 (BCCA).<\/td>\n<td width=\"15%\">Non (normes)<\/p>\n<p>Oui (scepticisme)<\/td>\n<td width=\"8%\">Oui<\/td>\n<td width=\"10%\">Non<\/p>\n<p>(appel)<\/td>\n<td width=\"14%\">Niveau 3<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"98%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"17%\"><strong>D\u00e9faut de<br \/>\nd\u00e9tecter<\/strong><strong><br \/>\nou d\u00e9noncer une fraude<\/strong><\/td>\n<td width=\"41%\"><em>Irwin v. Thorne Riddell<\/em>, [1995] RRA 589, 55 ACWS (3<sup>e<\/sup>) 432 (CA Qc).<\/td>\n<td width=\"10%\">Oui<\/td>\n<td width=\"9%\">Oui<\/td>\n<td width=\"7%\">Oui<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 3<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"17%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"41%\"><em>Livent Inc v. Deloitte &amp; Touche<\/em>, 2014 ONSC\u00a02176, 10\u00a0CLLT (4<sup>e<\/sup>)\u00a0182.<\/td>\n<td width=\"10%\">Oui<\/td>\n<td width=\"9%\">Oui<\/td>\n<td width=\"7%\">Oui<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"17%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"41%\"><em>Livent Inc v. Deloitte &amp; Touche<\/em>, 2016 ONCA\u00a011, 393 DLR\u00a0(4<sup>e<\/sup>)\u00a01.<\/td>\n<td width=\"10%\">Oui<\/td>\n<td width=\"9%\">Oui<\/td>\n<td width=\"7%\">Non<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"17%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"41%\"><em>Hickey (R) &amp; Co v. Doane Raymond<\/em>, 116 NSR (2<sup>e<\/sup>)\u00a0115, 320 APR 115 (SC).<\/td>\n<td width=\"10%\">Oui<\/td>\n<td width=\"9%\">Oui<\/td>\n<td width=\"7%\">Oui<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 2<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"17%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"41%\"><em>Sydney Cooperative Society Ltd. v. Coopers &amp; Lybrand<\/em>, 2003 NSSC\u00a035, 122 ACWS (3<sup>e<\/sup>) 254.<\/td>\n<td width=\"10%\">Oui<\/td>\n<td width=\"9%\">Oui<\/td>\n<td width=\"7%\">Oui<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"17%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"41%\"><em>466715 Ontario Ltd v. Proulx<\/em>, 81 ACWS (3<sup>e<\/sup>) 1026, [1998] O.J. No\u00a03390 (QL) (Div g\u00e9n Ont).<\/td>\n<td width=\"10%\">Non<\/td>\n<td width=\"9%\">Non<\/td>\n<td width=\"7%\">Oui<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 3<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"17%\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"41%\"><em>RMA Restaurant Management Ltd c. Gallay<\/em>, [1996] RRA\u00a0485 au para\u00a089, [1996] QJ no\u00a0210 (QCCS).<\/td>\n<td width=\"10%\">Non<\/td>\n<td width=\"9%\">Non<\/td>\n<td width=\"7%\">Oui<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"99%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"17%\"><strong>\u00c9tablissement de documents non conformes (comptables)<\/strong><\/td>\n<td width=\"41%\"><em>Jeffrey v. Maritime Accounting Services<\/em>, 2008 NSSM\u00a060, 268 NSR (2<sup>e<\/sup>) 261.<\/td>\n<td width=\"10%\">Oui<\/td>\n<td width=\"9%\">Oui<\/td>\n<td width=\"7%\">Non<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 3<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"98%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td rowspan=\"3\" width=\"17%\"><strong>\u00c9tablissement de comptes non conformes (dirigeants)<\/strong><\/td>\n<td width=\"40%\"><em>Chan v. GMS Datalink International Corp<\/em>, 80 ACWS (3<sup>e<\/sup>) 697 (disponible sur CanLII) (BCSC).<\/td>\n<td width=\"9%\">Oui<\/td>\n<td width=\"10%\">Oui<\/td>\n<td width=\"8%\">Oui<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"40%\"><em>Hogarth v. Rocky Mountain Slate Inc<\/em>, 2011 ABQB\u00a0537, 517 AR 203.<\/td>\n<td width=\"9%\">Oui<\/td>\n<td width=\"10%\">Oui<\/td>\n<td width=\"8%\">Non<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"40%\"><em>Green v. Canadian Imperial Bank of Commerce<\/em>, 2012 ONSC\u00a03637, 29 CPC (7<sup>e<\/sup>) 225.<\/td>\n<td width=\"9%\">N\/A<\/td>\n<td width=\"10%\">N\/A<\/td>\n<td width=\"8%\">Oui<\/td>\n<td width=\"13%\">Niveau 4<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><u>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/u><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Raymonde Cr\u00eate et St\u00e9phane Rousseau, <em>Droit des soci\u00e9t\u00e9s par actions<\/em>, 3<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Montr\u00e9al, Th\u00e9mis, 2011 au para\u00a01181.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir Michael C Jensen et William H Meckling, \u00ab\u00a0Theory of the Firm: Managerial Behavior, Agency Costs and Ownership Structure\u00a0\u00bb (1976) 3:4 J Financial Economics\u00a0305. La th\u00e9orie de l\u2019agence s\u2019int\u00e9resse aux m\u00e9canismes d\u2019alignement des int\u00e9r\u00eats entre les diff\u00e9rentes parties prenantes \u00e0 l\u2019entreprise, plus particuli\u00e8rement ceux des dirigeants, des actionnaires et des pr\u00eateurs, et elle a trait au comportement des acteurs (les dirigeants) et aux moyens de les influencer.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir Kathleen M Eisenhardt, \u00ab\u00a0Agency Theory: An Assessment and Review\u00a0\u00bb (1989) 14:1 Academy Management Rev\u00a057 \u00e0 la p\u00a065. Voir aussi Jensen et Meckling, <em>supra<\/em> note\u00a02 \u00e0 la p\u00a0323.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Par mesure de simplification s\u00e9mantique, nous r\u00e9f\u00e9rons aux normes d\u2019\u00e9tablissement des comptes (ou \u00ab\u00a0normes comptables au sens strict\u00a0\u00bb) et aux normes d\u2019audit par l\u2019expression \u00ab\u00a0normes comptables\u00a0\u00bb. Cette notion sera d\u00e9finie de mani\u00e8re plus d\u00e9taill\u00e9e dans la Partie I de notre analyse.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Les affaires Enron et WorldCom ont notamment provoqu\u00e9 l\u2019adoption de la loi dite Sarbanes-Oxley aux \u00c9tats-Unis (voir <em>Sarbanes-Oxley Act of 2002<\/em>, Pub L No\u00a0107-204, 116 Stat\u00a0745), laquelle cr\u00e9a le <em>Public Company Accounting Oversight Board <\/em>(PCAOB), un organisme charg\u00e9 de superviser les op\u00e9rations d\u2019audit des compagnies, et imposa un renforcement des mesures de gouvernance d\u2019entreprise notamment au travers d\u2019un sous-comit\u00e9 du conseil d\u2019administration d\u00e9volu \u00e0 l\u2019audit. Au Canada, on remarquera la mise en place, de fa\u00e7on similaire, du Conseil canadien sur la reddition de comptes avec une mission comparable \u00e0 celle du PCAOB am\u00e9ricain.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir par exemple, dans l\u2019Union europ\u00e9enne, CE, <em>R\u00e8glement (CE) 1606\/2002 du parlement europ\u00e9en et du conseil du 19 juillet 2002 sur l\u2019application des normes comptables internationales<\/em>, [2002] JO, L\u00a0243\/1, dont l\u2019application a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e d\u00e8s le 1<sup>er<\/sup> juillet 2007 aux soci\u00e9t\u00e9s faisant appel public \u00e0 l\u2019\u00e9pargne (soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es). Ce r\u00e8glement a pour effet de d\u00e9signer les normes internationales d\u2019information financi\u00e8res (<em>International Financial Reporting Standards<\/em>, IFRS) applicables en Europe.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Nous entendons par l\u2019expression \u00ab\u00a0norme extrins\u00e8que\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0norme externe\u00a0\u00bb une norme \u00e9trang\u00e8re au domaine du droit de la responsabilit\u00e9 civile.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Nos observations et conclusions concerneront donc ce contexte particulier. Il convient d\u2019embl\u00e9e de remarquer que d\u2019autres domaines du droit pourraient \u00eatre susceptibles d\u2019adopter une autre approche des normes comptables que celle que nous discuterons ici. Nous pensons, particuli\u00e8rement, au domaine du droit fiscal, qui est traditionnellement plus proche de la comptabilit\u00e9 et qui dispose g\u00e9n\u00e9ralement de ses r\u00e8gles propres, de m\u00eame qu\u2019au domaine criminel, qui analyse le comportement des acteurs diff\u00e9remment qu\u2019en droit civil, ne serait-ce que par rapport \u00e0 la place de l\u2019intention dans la responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir Guy Rocher, \u00ab\u00a0Les \u201cph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019internormativit\u00e9\u201d\u00a0: faits et obstacles\u00a0\u00bb dans Jean-Guy Belley, dir, <em>Le droit soluble\u00a0: contributions qu\u00e9b\u00e9coises \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019internormativi\u00adt\u00e9<\/em>, Paris, Librairie g\u00e9n\u00e9rale de droit et de jurisprudence, 1996,\u00a025 aux pp\u00a027\u201328. Selon l\u2019une de ses acceptions, l\u2019internormativit\u00e9 est le \u00ab\u00a0transfert ou passage d\u2019une norme ou d\u2019une r\u00e8gle d\u2019un syst\u00e8me normatif \u00e0 un autre\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a027). L\u2019internormativit\u00e9 peut \u00e9galement \u00eatre comprise comme \u00ab\u00a0la dynamique des contacts entre syst\u00e8mes normatifs, aux rapports de pouvoir et aux modalit\u00e9s d\u2019interinfluence ou d\u2019interaction qui peuvent \u00eatre observ\u00e9s entre deux ou plusieurs syst\u00e8mes normatifs\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a028). Voir aussi Jacques Chevallier, \u00ab\u00a0L\u2019internormativit\u00e9\u00a0\u00bb dans Isabelle Hachez et al, dir, <em>Les sources du droit revisit\u00e9es\u00a0: th\u00e9orie des sources du droit<\/em>, vol\u00a04, Anthemis, 2012,\u00a0689 \u00e0 la p\u00a0694.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> \u00a0\u00a0 Les \u00e9tats financiers sont les documents publi\u00e9s, diffus\u00e9s et qui synth\u00e9tisent le r\u00e9sultat de l\u2019ensemble des op\u00e9rations individuelles men\u00e9es pendant l\u2019exercice comptable afin de pr\u00e9senter une image compl\u00e8te de la situation financi\u00e8re de l\u2019entreprise. Ils sont communiqu\u00e9s aux actionnaires de la soci\u00e9t\u00e9 ou, pour les soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es en bourse, au public. Sur la d\u00e9finition de l\u2019objet de la comptabilit\u00e9, voir R\u00e9my Bucheler, <em>Abr\u00e9g\u00e9 de droit comptable\u00a0: articles 957\u00a0ss CO et l\u00e9gislation sur les soci\u00e9t\u00e9s et autres entit\u00e9s<\/em>, Gen\u00e8ve, Schulthess, 2015 \u00e0 la p\u00a03.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>R\u00e8glement sur les soci\u00e9t\u00e9s par actions de r\u00e9gime f\u00e9d\u00e9ral<\/em>, DORS\/2001-512, art\u00a070, <em>sub verbo<\/em> \u00ab\u00a0PCGR canadiens\u00a0\u00bb [<em>R\u00e8glement SPA<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> \u00a0\u00a0 Conseil des normes comptables, \u00ab\u00a0Que sont les normes comptables?\u00a0\u00bb, en ligne\u00a0: &lt;www.nifccanada.ca\/conseil-des-normes-comptables\/notre-role\/le-cnc\/item56000.aspx&gt;. La notion de principes comptables g\u00e9n\u00e9ralement reconnus (PCGR) est \u00e9galement abord\u00e9e dans Comptables professionnels agr\u00e9\u00e9s du Canada, <em>Manuel de CPA Canada\u00a0: comptabilit\u00e9<\/em>, Toronto, Comptables professionnels agr\u00e9\u00e9s du Canada, 2014, ch\u00a01100.02 [<em>Manuel de CPA Canada\u00a0: comptabilit\u00e9<\/em>]. Ils sont d\u00e9finis ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0ensemble des principes g\u00e9n\u00e9raux et conventions d\u2019application g\u00e9n\u00e9rale ainsi que des r\u00e8gles et proc\u00e9dures qui d\u00e9terminent quelles sont les pratiques comptables reconnues \u00e0 un moment donn\u00e9 dans le temps\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Manuel de CPA Canada\u00a0: comptabilit\u00e9<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a012.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Comptables professionnels agr\u00e9\u00e9s du Canada, <em>Manuel de CPA Canada\u00a0: certification<\/em>, Toronto, Comptables professionnels agr\u00e9\u00e9s du Canada, 2016 [<em>Manuel de CPA Canada\u00a0: certification<\/em>]. Ce manuel contient trois corpus de r\u00e8gles relatives \u00e0 l\u2019audit et la certification\u00a0: les Normes canadiennes de contr\u00f4le qualit\u00e9 (NCCQ), les Normes canadiennes d\u2019audit (NCA) et les Autres normes canadiennes (ANC).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em>, Pr\u00e9face, aux para\u00a06,\u00a011.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em>Voir <em>ibid<\/em>, Pr\u00e9face, au para\u00a018.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> \u00a0\u00a0 Pour une distinction entre la v\u00e9rification (audit) et la mission d\u2019examen, voir ci-dessous, partie\u00a0I-A-2.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em>Voir <em>Manuel de CPA Canada\u00a0: certification<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a014, NCA 200 au para\u00a03\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019auditeur exprime une opinion indiquant si les \u00e9tats financiers ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s, dans tous leurs aspects significatifs, conform\u00e9ment au r\u00e9f\u00e9rentiel d\u2019information financi\u00e8re applicable\u00a0\u00bb. Le r\u00e9f\u00e9rentiel devant \u00eatre utilis\u00e9 n\u2019est pas prescrit, \u00e9tant donn\u00e9 que le choix de celui-ci revient \u00e0 la direction <em>(ibid <\/em>au para\u00a013)<em>.<\/em> Selon les lois canadiennes, les \u00e9tats financiers doivent \u00eatre dress\u00e9s conform\u00e9ment aux principes comptables g\u00e9n\u00e9ralement reconnus, soit conform\u00e9ment aux normes comptables canadiennes. \u00c0 ce sujet, voir ci-dessous, partie\u00a0I-A-2.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em>Voir <em>Manuel de CPA Canada\u00a0: certification<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a014. Ainsi, la NCA\u00a0240 est compl\u00e9t\u00e9e de trois annexes contenant des \u00ab\u00a0[e]xemples de facteurs de risque de fraude\u00a0\u00bb \u00e0 consid\u00e9rer (annexe\u00a01), des \u00ab\u00a0[e]xemples de proc\u00e9dures d\u2019audit possibles en r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019\u00e9valuation des risques d\u2019anomalies significatives r\u00e9sultant de fraudes\u00a0\u00bb (annexe\u00a02) et des \u00ab\u00a0[e]xemples de situations qui indiquent la possibilit\u00e9 de fraudes\u00a0\u00bb (annexe\u00a03). De m\u00eame, l\u2019annexe de la NCA 300 fournit \u00e0 l\u2019auditeur une liste d\u2019\u00ab\u00a0[\u00e9]l\u00e9ments \u00e0 prendre en compte pour l\u2019\u00e9tablissement de la strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale d\u2019audit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Supra<\/em> note\u00a012.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em>Voir <em>ibid<\/em>, partie\u00a0I.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em>Voir <em>Manuel de CPA Canada\u00a0: certification<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a014, Pr\u00e9face au para\u00a020\u00a0:<\/p>\n<p>Les NCA r\u00e9sultent de l\u2019adoption des Normes internationales d\u2019audit (normes ISA), \u00e9labor\u00e9es et publi\u00e9es par le Conseil des normes internationales d\u2019audit et d\u2019assurance (IAASB), qui sont conformes au <em>Cadre conceptuel international pour les missions d\u2019assurance<\/em> et s\u2019appliquent \u00e0 l\u2019audit d\u2019\u00e9tats financiers ou d\u2019autres informations financi\u00e8res historiques. Le CNAC apporte aux normes ISA des modifications de libell\u00e9 qui, sans avoir pour autant d\u2019incidence sur la fa\u00e7on dont le praticien r\u00e9alise un audit d\u2019\u00e9tats financiers, permettent l\u2019utilisation des NCA qui en r\u00e9sultent dans le contexte du Manuel de CPA Canada \u2014 Certification.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> \u00a0\u00a0 Du fait de la r\u00e9cente transformation de la profession comptable ayant men\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation de CPA Canada, les lois et r\u00e8glements r\u00e9f\u00e8rent au <em>Manuel<\/em> comme \u00e9tant le <em>Manuel de l\u2019Institut Canadien des Comptables Agr\u00e9\u00e9s<\/em> (<em>Manuel de l\u2019ICCA<\/em>). Nous emploierons exclusivement le terme le plus r\u00e9cent.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>R\u00e8glement SPA<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a011, art\u00a071(1) (issu de la <em>Loi canadienne sur les soci\u00e9t\u00e9s par actions<\/em>, LRC\u00a01985, c\u00a0C-44 art\u00a0261(1)(f) [<em>LCSA<\/em>]). Cet article habilite \u00e0 proc\u00e9der par r\u00e8glement pour prescrire les r\u00e8gles \u00e0 suivre en mati\u00e8re comptable, \u00e9dictant que \u00ab\u00a0le gouverneur en conseil peut, par r\u00e8glement [&#8230;] f) prescrire, pour l\u2019application de l\u2019alin\u00e9a 155(1)a), de suivre les normes en cours de l\u2019organisme comptable d\u00e9sign\u00e9 dans le r\u00e8glement\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>R\u00e8glement SPA<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a011, art\u00a070, <em>sub verbo <\/em>\u00ab\u00a0PCGR canadiens\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em>Voir <em>ibid<\/em>, art\u00a071.1(1)\u00a0: \u00ab\u00a0le rapport du v\u00e9rificateur mentionn\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a0169 de la [<em>LCSA<\/em>] doit \u00eatre \u00e9tabli selon les NVGR canadiennes\u00a0\u00bb. Celles-ci sont d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article\u00a070\u00a0: \u00ab\u00a0[l]es normes de v\u00e9rification g\u00e9n\u00e9ralement reconnues \u00e9nonc\u00e9es dans le <em>Manuel de CPA \u2013 Certification<\/em>, avec ses modifications successives\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>, art\u00a070, <em>sub verbo <\/em>\u00ab\u00a0NVGR canadiennes\u00a0\u00bb). L\u2019appellation historique de \u00ab\u00a0v\u00e9rification\u00a0\u00bb est aujourd\u2019hui supplant\u00e9e par celle d\u2019\u00ab\u00a0audit\u00a0\u00bb. On parlera donc plut\u00f4t des NAGR canadiennes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir par exemple, en Ontario, <em>Loi sur les soci\u00e9t\u00e9s par actions<\/em>, LRO\u00a01990, c\u00a0B-16, art\u00a0155 [<em>LSAO<\/em>] (\u00ab\u00a0[l]es \u00e9tats financiers exig\u00e9s aux termes de la pr\u00e9sente loi sont dress\u00e9s de la mani\u00e8re prescrite par les r\u00e8glements et conform\u00e9ment aux principes comptables g\u00e9n\u00e9ralement reconnus\u00a0\u00bb). Le r\u00e8glement\u00a062 pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0les \u00e9tats financiers vis\u00e9s \u00e0 la partie\u00a0XII de la Loi sont dress\u00e9s selon les normes \u00e9nonc\u00e9es dans le Manuel de l\u2019Institut canadien des comptables agr\u00e9\u00e9s, dans ses versions successives\u00a0\u00bb (RRO 1990, Reg\u00a062, art\u00a040(1) [<em>R\u00e8glement62<\/em>]). En ce qui concerne les auditeurs, la <em>LSAO<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a027, art\u00a0153(1), stipule que \u00ab\u00a0[l]e v\u00e9rificateur de la soci\u00e9t\u00e9 proc\u00e8de \u00e0 l\u2019examen des \u00e9tats financiers que la pr\u00e9sente loi exige de soumettre aux actionnaires dans la mesure n\u00e9cessaire pour lui permettre de produire son rapport. Il pr\u00e9sente son rapport de la mani\u00e8re prescrite et conform\u00e9ment aux normes de v\u00e9rification g\u00e9n\u00e9ralement reconnues\u00a0\u00bb. Le <em>R\u00e8glement\u00a062, supra <\/em>note\u00a027, art\u00a041(1) pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0le rapport du v\u00e9rificateur vis\u00e9 \u00e0 la partie\u00a0XII de la Loi est dress\u00e9 selon les normes \u00e9nonc\u00e9es dans le Manuel de l\u2019Institut canadien des comptables agr\u00e9\u00e9s, dans ses versions successives\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir par exemple, en Colombie-Britannique, <em>Business Corporations Act<\/em>, SBC\u00a02002, c\u00a057, art\u00a0198(4) [<em>BCABC<\/em>] (\u00ab\u00a0[f]inancial statements required under this Division must be prepared as prescribed by regulation\u00a0\u00bb). Voir aussi BC Reg\u00a065\/2004, art\u00a021(1)\u00a0 (\u00ab\u00a0[t]he financial statements required for a company under Part 6 of the Act must be prepared in accordance with generally accepted accounting principles\u00a0\u00bb), art\u00a01, <em>sub verbo <\/em>\u00ab\u00a0generally accepted accounting principles\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0principles recommended in the CPA Canada Handbooks\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Cr\u00eate et Rousseau, <em>supra <\/em>note\u00a01 au para\u00a01177.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> \u00a0\u00a0 Cette pr\u00e9cision est pertinente au Qu\u00e9bec, o\u00f9 l\u2019Autorit\u00e9 des march\u00e9s financiers a \u00e9dict\u00e9 le <em>R\u00e8glement 52-107 sur les principes comptables et normes d\u2019audit acceptables<\/em> (RLRQ c\u00a0V-1.1, r\u00a025). Elle est moins pertinente dans les autres provinces o\u00f9 le respect des PCGR ou NAGR est d\u00e9j\u00e0 rendu obligatoire par la l\u00e9gislation (voir notamment les provinces de l\u2019Ontario, <em>supra <\/em>note\u00a027, et de la Colombie-Britannique, <em>supra <\/em>note\u00a028).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Rocher, <em>supra <\/em>note\u00a09 \u00e0 la p\u00a026; Chevallier, <em>supra <\/em>note\u00a09 aux pp\u00a0694\u201396.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Chevallier, <em>supra <\/em>note\u00a09 \u00e0 la p\u00a0690.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> \u00a0\u00a0 Dans le cas des normes religieuses notamment, voir Anne Saris, \u00ab\u00a0La gestion de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 normative par le droit \u00e9tatique\u00a0\u00bb dans Paul Eid et al, dir, <em>Appartenances religieuses, appartenance citoyenne: un \u00e9quilibre en tension<\/em>, Qu\u00e9bec, Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval,\u00a02009,\u00a0141 \u00e0 la p\u00a0144.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> \u00a0\u00a0 Dans le cas des m\u00e9decins hospitaliers simultan\u00e9ment occup\u00e9s dans des fonctions administratives, voir Rocher, <em>supra <\/em>note\u00a09 \u00e0 la p\u00a040.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Chevallier, <em>supra <\/em>note\u00a09 \u00e0 la p\u00a0705.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Saris, <em>supra <\/em>note\u00a033 aux pp\u00a0148\u201349.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0148.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid <\/em>aux pp\u00a0148\u201349.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0148.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0149.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Chevallier, <em>supra <\/em>note\u00a09 \u00e0 la p\u00a0701, qui illustre ainsi une caract\u00e9ristique des relations d\u2019internormativit\u00e9, \u00e0 savoir le transfert des normes d\u2019un syst\u00e8me normatif vers un autre, qui se fait \u00ab\u00a0sous r\u00e9serve d\u2019une acclimatation visant \u00e0 les rendre compatibles avec la logique qui lui est propre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> \u00a0\u00a0 Comme l\u2019explique Saris, <em>supra<\/em> note\u00a033 aux pp\u00a0155\u201356\u00a0:<\/p>\n<p>Cette prise en compte r\u00e9v\u00e8le que les normativit\u00e9s religieuses sont pertinentes pour l\u2019\u00c9tat, mais qu\u2019il ne saurait reconnaitre aux ordres normatifs \u00e0 leur origine, une l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 rendre justice, ce domaine \u00e9tant de la comp\u00e9tence exclusive de l\u2019\u00c9tat, dans les domaines qu\u2019il s\u2019est assign\u00e9.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>[&#8230;] [L]\u2019existence d\u2019un renvoi formel indique que l\u2019ordre juridique \u00e9tatique limite sa comp\u00e9tence. Qui plus est, la normativit\u00e9 religieuse garde son autonomie quant \u00e0 son existence et \u00e0 son \u00e9volution, \u00e9tant une \u00ab\u00a0source subsidiaire de droit\u00a0\u00bb pour le droit \u00e9tatique, et n\u2019est pas fig\u00e9e, cristallis\u00e9e par son incorporation dans ce dernier.<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re objectif de l\u2019int\u00e9gration des normes comptables se refl\u00e8te \u00e9galement dans le fait m\u00eame de leur int\u00e9gration par r\u00e9f\u00e9rence au <em>Manuel de CPA Canada<\/em>. On se rappellera que ce sont les principes comptables g\u00e9n\u00e9ralement reconnus (PCGR ou GAAP), ou les normes d\u2019audit g\u00e9n\u00e9ralement reconnues (NAGR ou GAAS) qui font foi. Les normes contenues dans le <em>Manuel de CPA Canada <\/em>ne sont qu\u2019une codification des normes \u00e9mises par les institutions de la profession comptable. Ainsi, lorsque le droit et ses institutions se r\u00e9f\u00e8rent au <em>Manuel<\/em>, ils consid\u00e8rent que le sens des PCGR ou NAGR est conforme \u00e0 celui arr\u00eat\u00e9 par les autorit\u00e9s professionnelles. Chevallier parle d\u2019ailleurs de la distinction classique entre les syst\u00e8mes \u00ab\u00a0qui s\u2019adressent \u00e0 l\u2019intimit\u00e9, au for int\u00e9rieur, de chacun (religion et morale) et ceux qui entendent r\u00e9gler les conduites sociales\u00a0\u00bb (Chevallier, <em>supra <\/em>note\u00a09 \u00e0 la p\u00a0695).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Loi sur les soci\u00e9t\u00e9s par actions<\/em>, RLRQ c\u00a0S-31.1, art\u00a0231 (\u00ab\u00a0[l]es actionnaires de la soci\u00e9t\u00e9 nomment un v\u00e9rificateur \u00e0 chacune de leurs assembl\u00e9es annuelles\u00a0\u00bb); <em>LCSA<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a024, art\u00a0162; <em>LSAO<\/em>,<em> supra <\/em>note\u00a033, art\u00a0149; <em>BCABC<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a028, art<em>\u00a0<\/em>204(2). Voir aussi Cr\u00eate et Rousseau, <em>supra <\/em>note\u00a01 au para\u00a01185. Dans les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 capital ferm\u00e9, sous r\u00e9serve de l\u2019accord unanime des associ\u00e9s, il est possible de se passer de v\u00e9rificateur (<em>ibid <\/em>au para\u00a01184).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Cr\u00eate et Rousseau, <em>supra <\/em>note\u00a01 au para\u00a01181.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> \u00a0\u00a0 Pour comprendre l\u2019\u00e9tendue de cette mission, voir la <em>Loi sur les comptables professionnels agr\u00e9\u00e9s<\/em>, RLRQ c\u00a0C-48.1, art\u00a04\u00a0:<\/p>\n<p>Dans le cadre de l\u2019exercice de la profession, l\u2019activit\u00e9 professionnelle r\u00e9serv\u00e9e au comptable professionnel agr\u00e9\u00e9 est la comptabilit\u00e9 publique. Cette activit\u00e9 consiste \u00e0\u00a0:<\/p>\n<p>1\u00b0 \u00a0\u00a0\u00a0 exprimer une opinion visant \u00e0 donner un niveau d\u2019assurance \u00e0 un \u00e9tat financier ou \u00e0 toute partie de celui-ci, ou \u00e0 toute autre information li\u00e9e \u00e0 cet \u00e9tat financier; il s\u2019agit de la mission de certification, soit la mission de v\u00e9rification et la mission d\u2019examen ainsi que l\u2019\u00e9mission de rapports sp\u00e9ciaux;<\/p>\n<p>2\u00b0 \u00a0\u00a0\u00a0 \u00e9mettre toute forme d\u2019attestation, de d\u00e9claration ou d\u2019opinion sur des informations li\u00e9es \u00e0 un \u00e9tat financier ou \u00e0 toute partie de celui-ci, ou sur l\u2019application de proc\u00e9d\u00e9s de v\u00e9rification sp\u00e9cifi\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard des informations financi\u00e8res, autres que des \u00e9tats financiers, qui ne sont pas destin\u00e9s exclusivement \u00e0 des fins d\u2019administration interne;<\/p>\n<p>3\u00b0 \u00a0\u00a0\u00a0 effectuer une mission de compilation qui n\u2019est pas destin\u00e9e exclusivement \u00e0 des fins d\u2019administration interne.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Manuel de CPA Canada\u00a0: certification<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a014, ch\u00a08100.05.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid<\/em>, ch<em>\u00a0<\/em>8100.25.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid<\/em>, ch\u00a08100.28.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Peter T Burns et Joost Blom, <em>Economic Interests in Canadian Tort Law<\/em>, Markham (Ont), LexisNexis, 2009 \u00e0 la p\u00a0361 (confirmant l\u2019application concurrente de la responsabilit\u00e9 contractuelle et extracontractuelle). En common law, la responsabilit\u00e9 des auditeurs sera d\u2019ailleurs g\u00e9n\u00e9ralement jug\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rence aux crit\u00e8res du <em>tort<\/em>, qu\u2019une relation contractuelle existe ou non, dans la mesure o\u00f9 les conditions de responsabilit\u00e9 applicables aux deux situations co\u00efncident. Voir par ex <em>Livent Inc (Receiver of) v Deloitte &amp; Touche<\/em>, 2014 ONSC\u00a02176 au para\u00a0243, 10\u00a0CLLT (4<sup>e<\/sup>)\u00a0182 [<em>Livent <\/em>ONSC], o\u00f9 le juge Gans examine d\u2019abord l\u2019action fond\u00e9e sur le <em>tort of negligence<\/em>, tout en indiquant que le raisonnement s\u2019applique identiquement au contrat\u00a0:<\/p>\n<p>I am satisfied that the action in contract succeeds similarly and for the reasons expressed above. No distinction will therefore be made on the elements of the contract and its breaches, all of which are incorporated by reference to the finding of \u201cnegligence\u201d described above.<\/p>\n<p>Voir aussi <em>Bloor Italian Gifts Ltd v Dixon<\/em> (2000), 187 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a064 au para\u00a025, 2 CCLT (3<sup>e<\/sup>)\u00a073 [<em>Bloor Italian Gifts<\/em>].<\/p>\n<p>L\u2019existence d\u2019un contrat n\u2019emp\u00eache pas une responsabilit\u00e9 bas\u00e9e sur le <em>tort of negligence<\/em>. Voir <em>Central Trust Co c Rafuse<\/em>, [1986] 2 RCS\u00a0147 \u00e0 la p\u00a0149, 31 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a0481\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019obligation de diligence en <em>common law<\/em>\u00a0[&#8230;] ne se limite pas aux relations qui ne tirent pas leur origine d\u2019un contrat. [&#8230;] La question est de savoir s\u2019il existe des rapports suffisamment \u00e9troits, et non pas de savoir comment ils ont pris naissance. [&#8230;]<\/p>\n<p>[&#8230;] Lorsque l\u2019obligation de diligence en <em>common law<\/em> co\u00efncide avec celle qui r\u00e9sulte d\u2019une condition implicite du contrat, elle ne d\u00e9pend pas des termes de celui-ci et il n\u2019y a rien qui d\u00e9coule de l\u2019intention des contractants qui devrait emp\u00eacher d\u2019invoquer une responsabilit\u00e9 d\u00e9lictuelle concurrente ou alternative. Il en va de m\u00eame de la possibilit\u00e9 de se fonder sur une obligation de diligence en <em>common law<\/em> qui ne correspond pas \u00e0 une obligation ou un devoir pr\u00e9cis impos\u00e9s express\u00e9ment par un contrat.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Burns et Blom, <em>supra <\/em>note\u00a051 \u00e0 la p\u00a0343; Allen M Linden, <em>Canadian Tort Law<\/em>, 6<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Markham (Ont), Butterworths, 1997 \u00e0 la p\u00a0424; Philip H Osborne, <em>The Law of Torts<\/em>, 5<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Toronto, Irwin Law, 2015 \u00e0 la p\u00a0180. Cette appr\u00e9hension s\u2019est illustr\u00e9e, historiquement, \u00e0 travers les c\u00e9l\u00e8bres paroles du juge Cardozo, craignant l\u2019apparition d\u2019une \u00ab\u00a0liability in an indeterminate amount for an indeterminate time to an indeterminate class\u00a0\u00bb (<em>Ultramares Corporation v\u00a0Touche <\/em>(1931), 255\u00a0NY\u00a0170 \u00e0 la p\u00a0179, 174 NE\u00a0441 (NY App Ct)).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Hedley Byrne &amp; Co Ltd v Heller &amp; Partners Ltd<\/em>, [1964] AC 465 \u00e0 la p\u00a0534, [1963] 3 WLR\u00a0101; Allen M Linden et Lewis N Klar, <em>Canadian Tort Law: Cases, Notes &amp; Materials<\/em>, 11<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Markham (Ont), Butterworths, 1999 \u00e0 la p\u00a0416. La reconnaissance d\u2019une action extracontractuelle pour d\u00e9claration n\u00e9gligente \u00e9tait, d\u00e8s sa cr\u00e9ation, soumise \u00e0 l\u2019existence d\u2019une forme de relation particuli\u00e8re entre les parties. Voir aussi Osborne, <em>supra <\/em>note\u00a052 \u00e0 la p\u00a0184; <em>Queen c Cognos Inc<\/em>, [1993] 1 RCS\u00a087 \u00e0 la p\u00a0110, 99 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a0626 [<em>Cognos<\/em>] (c\u2019est \u00e0 cette occasion que la Cour supr\u00eame put se prononcer pour la premi\u00e8re fois sur cette cause d\u2019action et o\u00f9 le \u00ab\u00a0lien sp\u00e9cial\u00a0\u00bb entre les parties apparut parmi les cinq conditions d\u2019exercice de cette action, \u00e9labor\u00e9es par le juge Iacobucci).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir par ex Burns et Blom, <em>supra <\/em>note\u00a051 \u00e0 la p\u00a0363;<em> Livent Inc v Deloitte &amp; Touche<\/em>, 2016 ONCA\u00a011 aux para\u00a0177\u201378, 393 DLR\u00a0(4<sup>e<\/sup>)\u00a01 [<em>Livent <\/em>ONCA], confirmant <em>Livent<\/em>\u00a0ONSC, <em>supra<\/em> note\u00a051, autorisation de pourvoi \u00e0 la CSC accord\u00e9e,\u00a036875 (9 juin 2016).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Haig c Bamford<\/em>, [1977] 1 SCR 466 aux pp 476, 72 DLR (3<sup>e<\/sup>) 68. Dans son raisonnement, le juge Dickson accorde une importance non n\u00e9gligeable au fait que les \u00e9tats financiers en question avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s sp\u00e9cifiquement pour une transaction financi\u00e8re donn\u00e9e et non dans le contexte d\u2019une v\u00e9rification g\u00e9n\u00e9rale\u00a0:<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019objet v\u00e9ritable des \u00e9tats financiers dress\u00e9s par les comptables \u00e9tait d\u2019assurer \u00e0 la compagnie l\u2019aide financi\u00e8re de la Sedco et d\u2019un investisseur de capitaux; les \u00e9tats avaient \u00e9t\u00e9 demand\u00e9s en premier lieu pour ces tiers et seulement accessoirement pour la compagnie. Dans <em>Ultramares<\/em>, Touche savait que les \u00e9tats financiers serviraient en premier lieu \u00e0 l\u2019entreprise, m\u00eame si des actionnaires, des investisseurs, des banques et nombre d\u2019autres personnes faisant affaire avec l\u2019entreprise pouvaient les lire (<em>ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a0482).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Hercules Management Ltd c Ernst &amp; Young<\/em>, [1997] 2 RCS\u00a0165 au para\u00a028, 146 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a0577 [<em>Hercules<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid <\/em>au para\u00a056. Le juge La Forest y appliqua le test d\u00e9velopp\u00e9 par la Chambre des Lords dans l\u2019arr\u00eat <em>Anns v Merton London Borough Council <\/em>(1977), [1978] AC\u00a0728 aux pp\u00a0751\u201352, [1977] 2 All ER 492, et confirma que l\u2019existence d\u2019une obligation de diligence des auditeurs d\u00e9pend \u00ab\u00a0a)\u00a0de la question de savoir s\u2019il existe une obligation <em>prima facie<\/em> de diligence, et b)\u00a0de celle de savoir si cette obligation, le cas \u00e9ch\u00e9ant, est annihil\u00e9e ou limit\u00e9e par des consid\u00e9rations de principe\u00a0\u00bb visant \u00e0 \u00e9viter l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une responsabilit\u00e9 illimit\u00e9e (<em>Hercules<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a056 \u00e0 la p\u00a0168). La reconnaissance d\u2019une obligation <em>prima facie <\/em>de diligence est, pour le juge La Forest, soumise au constat du fameux \u00ab\u00a0lien \u00e9troit\u00a0\u00bb existant selon lui lorsque \u00ab\u00a0a)\u00a0le d\u00e9fendeur devrait raisonnablement pr\u00e9voir que le demandeur se fiera \u00e0 sa d\u00e9claration, et b)\u00a0il serait raisonnable que le demandeur s\u2019y fie dans les circonstances particuli\u00e8res de l\u2019affaire\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em> au para\u00a024).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Osborne, <em>supra <\/em>note\u00a052 \u00e0 la p\u00a0191.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Hercules<\/em>,<em> supra <\/em>note\u00a056 au para\u00a042.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Burns et Blom, <em>supra <\/em>note\u00a051 \u00e0 la p\u00a0360, o\u00f9 les auteurs r\u00e9sument ainsi le crit\u00e8re issu de <em>Hercules\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0the plaintiff [must] show that the defendant knew either the identity of the plaintiff or the class of plaintiffs that would rely on the statement, and that the reliance losses claimed by the plaintiff stemmed from the particular transaction in respect of which the statement at issue was made\u00a0\u00bb. En effet, pour reprendre les mots du juge LaForest, ce qui distingue <em>Hercules<\/em> de <em>Haig<\/em> est que, dans cette derni\u00e8re affaire, \u00ab\u00a0le relev\u00e9 m\u00eame avait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par le demandeur <em>exactement dans le but ou aux fins de l\u2019op\u00e9ration pour lesquels il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb, un constat qui permettait alors de circonscrire le risque d\u2019une responsabilit\u00e9 illimit\u00e9e (<em>Hercules<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a056 au para\u00a046 [italiques dans l\u2019original]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em>Voir <em>ibid<\/em> au para\u00a058 et\u00a0s. Si les actionnaires avaient voulu invoquer des dommages subis par la soci\u00e9t\u00e9 compte tenu de leur incapacit\u00e9 \u00e0 superviser ad\u00e9quatement la gestion vu les \u00e9tats financiers erron\u00e9s, ceux-ci auraient donc d\u00fb \u00eatre r\u00e9clam\u00e9s au nom de la soci\u00e9t\u00e9 par le biais d\u2019une action oblique.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid <\/em>au para\u00a064. Le juge La Forest indique d\u2019ailleurs dans quelles circonstances une demande pourrait aboutir:<\/p>\n<p>Si les investisseurs, dans cette affaire, avaient \u00e9t\u00e9 actionnaires de la soci\u00e9t\u00e9, et si les v\u00e9rificateurs leur avaient sciemment fourni, \u00e0 une fin pr\u00e9cise, un rapport pr\u00e9par\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re n\u00e9gligente, une obligation de diligence s\u00e9par\u00e9e et distincte de toute obligation envers la soci\u00e9t\u00e9 v\u00e9rifi\u00e9e serait n\u00e9e en leur faveur, tout comme une telle obligation est n\u00e9e en faveur de M.\u00a0Haig. M\u00eame si la soci\u00e9t\u00e9 avait eu le droit de r\u00e9clamer des dommages-int\u00e9r\u00eats pour toute perte qu\u2019elle aurait pu subir en se fiant au rapport (en supposant \u00e9videmment que le rapport a aussi \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 en vue d\u2019\u00eatre utilis\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9), les actionnaires en cause auraient \u00e9galement pu r\u00e9clamer une indemnisation personnelle des pertes qu\u2019ils ont subies, \u00e0 titre individuel, en s\u2019y fiant personnellement et en investissant (<em>ibid <\/em>au para\u00a063).<\/p>\n<p>Voir aussi Burns et Blom, <em>supra <\/em>note\u00a051 \u00e0 la p\u00a0362 (\u00ab\u00a0[a] duty of care is likely to be found if the information or advice was provided to the client so that it could be passed on to the third party for a known purpose\u00a0\u00bb). Comparer <em>Kripps v Touche Ross &amp; Co<\/em>, 5\u00a0BCLR (3<sup>e<\/sup>)\u00a022, [1995] 6 WWR\u00a0180 [<em>Kripps <\/em>BCCS], o\u00f9 la responsabilit\u00e9 des auditeurs fut retenue dans le cas de l\u2019\u00e9dition d\u2019un prospectus d\u2019\u00e9mission, dans la mesure o\u00f9 \u00ab\u00a0les auditeurs connaissaient le but pour lequel l\u2019audit avait \u00e9t\u00e9 requis et, bien qu\u2019ils ne connaissent pas l\u2019identit\u00e9 des personnes qui pourraient se baser sur cette information, leur connaissance de cette transaction sp\u00e9cifique \u00e9tait suffisante pour cr\u00e9er une relation sp\u00e9ciale\u00a0\u00bb (Linden, <em>supra<\/em> note\u00a052 \u00e0 la p\u00a0436 [notre traduction]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\">[63]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Jean-Louis Baudouin, Patrice Deslauriers et Beno\u00eet Moore, <em>La responsabilit\u00e9 civile<\/em>, vol\u00a02, 8<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Cowansville (Qc), Yvon Blais,\u00a02014 aux para\u00a02-195 \u00e0 2-196; Andr\u00e9 Vautour, \u00ab\u00a0Quelques commentaires sur le mandat de l\u2019auditeur des comptes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 par actions et la responsabilit\u00e9 qui en d\u00e9coule, \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019affaire <em>Widdrington c.\u00a0Wightman (Castor Holding)<\/em>\u00a0\u00bb dans Service de la formation continue du Barreau du Qu\u00e9bec, <em>D\u00e9veloppements r\u00e9cents en droit des affaires<\/em>, vol\u00a0350, Cowansville (Qc), Yvon Blais,\u00a02012,\u00a049 \u00e0 la p\u00a095; <em>Wightman c Widdrington (Succession de)<\/em>, 2013 QCCA\u00a01187 au para\u00a0219, 8 CCLT (4<sup>e<\/sup>) 185 [<em>Wightman <\/em>QCCA] (\u00ab\u00a0[i]l n\u2019y a pas de doute que l\u2019approche de droit civil \u2014 selon les concepts traditionnels de faute, de pr\u00e9judice et de lien causal \u2014 est diff\u00e9rente, et moins restrictive, que celle de la <em>common law<\/em>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\">[64]<\/a> \u00a0\u00a0 Baudouin, Deslauriers et Moore, vol\u00a02, <em>supra <\/em>note\u00a063 au para\u00a02-196<em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\">[65]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir art\u00a01458 CcQ; Baudouin, Deslauriers et Moore, vol\u00a02, <em>supra <\/em>note\u00a063 au para\u00a02-177; Vautour, <em>supra <\/em>note\u00a063 aux pp\u00a067, 94. Voir aussi <em>Agri-capital Drummond inc c Mallette sencrl<\/em>, 2009 QCCA 1589 au para\u00a030, [2009] RRA 935 [<em>Agri-capital<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\">[66]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Caisse populaire de Charlesbourg c Michaud<\/em>, [1990] RRA 531 \u00e0 la p\u00a0536, 30 QAC\u00a023 [<em>Michaud<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref67\" name=\"_ftn67\">[67]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em>Voir <em>Wightman <\/em>QCCA, <em>supra <\/em>note\u00a063 au para\u00a0248\u00a0:<\/p>\n<p>D\u00e8s qu\u2019un v\u00e9rificateur a, ind\u00e9pendamment du contrat le liant \u00e0 son client, l\u2019obligation d\u2019agir de mani\u00e8re diligente et raisonnable envers un tiers, il convient d\u2019analyser l\u2019ensemble des circonstances pr\u00e9cises de l\u2019affaire pour d\u00e9terminer si, \u00e0 la lumi\u00e8re des principes g\u00e9n\u00e9raux de la responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle, sa conduite est fautive et si cette faute est la cause directe, certaine et imm\u00e9diate du pr\u00e9judice subi par ce tiers, <em>sans qu\u2019il soit n\u00e9cessaire pour le r\u00e9clamant de prouver que le v\u00e9rificateur savait que son opinion lui \u00e9tait destin\u00e9e<\/em> (\u00e0 lui ou \u00e0 la cat\u00e9gorie de personnes \u00e0 laquelle il appartient) <em>et qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e aux fins pour lesquelles elle avait \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue<\/em> (\u00e0 moins que le document \u00e9nonce clairement, sans ambigu\u00eft\u00e9, le but pour lequel il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9, ce qui n\u2019est pas le cas ici) [nos italiques].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref68\" name=\"_ftn68\">[68]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Linden, <em>supra <\/em>note\u00a052 \u00e0 la p\u00a0126; Osborne, <em>supra<\/em> note\u00a052 \u00e0 la p\u00a027.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn69\">[69]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Linden, <em>supra <\/em>note\u00a052 \u00e0 la p\u00a0444; Osborne, <em>supra <\/em>note\u00a052 \u00e0 la p\u00a0191; <em>Cognos<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a053 \u00e0 la p\u00a0121.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref70\" name=\"_ftn70\">[70]<\/a> \u00a0\u00a0 Vincent Karim, <em>Les obligations<\/em>, vol\u00a01, 4<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Montr\u00e9al, Wilson &amp; Lafleur, 2015 au para\u00a02505. Voir aussi Mari\u00e8ve Lacroix, <em>L\u2019illic\u00e9it\u00e9\u00a0: essai th\u00e9orique et comparatif en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle pour le fait personnel<\/em>, Cowansville (Qc), Yvon Blais, 2013 \u00e0 la p\u00a0160.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref71\" name=\"_ftn71\">[71]<\/a> \u00a0\u00a0 Baudouin, Deslauriers et Moore, vol\u00a01, <em>supra<\/em> note\u00a063 au para\u00a01-163.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref72\" name=\"_ftn72\">[72]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid<\/em> au para\u00a01-164. Voir aussi Maurice Tancelin, <em>Des obligations en droit mixte du Qu\u00e9bec<\/em>, 7<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Montr\u00e9al, Wilson &amp; Lafleur, 2009 au para\u00a0630.1.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref73\" name=\"_ftn73\">[73]<\/a> \u00a0\u00a0 Pierre-Gabriel Jobin, \u00ab\u00a0La violation d\u2019une loi ou d\u2019un r\u00e8glement entra\u00eene-t-elle la responsabilit\u00e9 civile?\u00a0\u00bb (1984) 44:1 R du B\u00a0222 \u00e0 la p\u00a0223.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref74\" name=\"_ftn74\">[74]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Linden, <em>supra <\/em>note\u00a052 \u00e0 la p\u00a0127; Karim, <em>supra <\/em>note\u00a070 au para\u00a02508; Osborne, <em>supra <\/em>note\u00a052 \u00e0 la p\u00a028.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref75\" name=\"_ftn75\">[75]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Karim, <em>supra <\/em>note\u00a070 au para\u00a02505; Osborne, <em>supra <\/em>note\u00a052 aux pp\u00a029,\u00a0192. Voir par exemple comment le standard est relev\u00e9 dans le cas d\u2019une situation dangereuse\u00a0: Karim, <em>supra <\/em>note\u00a070 au para\u00a02507; Osborne, <em>supra <\/em>note\u00a052 \u00e0 la p\u00a030.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref76\" name=\"_ftn76\">[76]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Linden, <em>supra <\/em>note\u00a052 aux pp\u00a0134\u201335, 145; Karim, <em>supra <\/em>note\u00a070 au para\u00a02512; Osborne, <em>supra <\/em>note\u00a052 \u00e0 la p\u00a049.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref77\" name=\"_ftn77\">[77]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Linden, <em>supra <\/em>note\u00a052 \u00e0 la p\u00a0145. Voir aussi<em> Roberge c Bolduc<\/em>, [1991] 1 RCS 374 \u00e0 la p\u00a0436, 78 DLR (4<sup>e<\/sup>) 666 [<em>Roberge<\/em>] (\u00ab\u00a0[l]a norme doit toujours \u00eatre, compte tenu des faits particuliers de chaque esp\u00e8ce, celle du professionnel raisonnable plac\u00e9 dans les m\u00eames circonstances\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref78\" name=\"_ftn78\">[78]<\/a> \u00a0\u00a0 Baudouin, Deslauriers et Moore, vol\u00a02, <em>supra<\/em> note\u00a063 au para\u00a02-182.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref79\" name=\"_ftn79\">[79]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Guardian Insurance Co v Sharp<\/em>, [1941] RCS\u00a0164 \u00e0 la p\u00a0169, [1941] 2 DLR\u00a0417.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref80\" name=\"_ftn80\">[80]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Baudouin, Deslauriers et Moore, vol\u00a02, <em>supra<\/em> note\u00a063 au para\u00a02-179; Jean-Charles Ren\u00e9, \u00ab\u00a0La responsabilit\u00e9 professionnelle des comptables\u00a0: d\u00e9veloppements r\u00e9cents\u00a0\u00bb (1991) 51:3 R du B\u00a0395 \u00e0 la p\u00a0398; Vautour, <em>supra<\/em> note\u00a063 \u00e0 la p\u00a067. Voir aussi <em>Hamel c Diotte<\/em>, [1991] RRA\u00a047 \u00e0 la p\u00a048, [1991] 8 JE\u00a091-283 (CQ)\u00a0: \u00ab\u00a0Le mandat \u00e9tait \u00e0 double volet\u00a0: le d\u00e9fendeur devait faire ce qui \u00e9tait n\u00e9cessaire, d\u2019une part, pour produire les avis de contestation dans le d\u00e9lai prescrit et, d\u2019autre part, pour repr\u00e9senter le demandeur aupr\u00e8s du minist\u00e8re. La premi\u00e8re partie du mandat \u00e9tait une obligation de r\u00e9sultat \u00e0 laquelle le d\u00e9fendeur a failli\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref81\" name=\"_ftn81\">[81]<\/a> \u00a0\u00a0 C\u2019est le cas, par exemple, des normes comptables (voir ci-dessus, partie\u00a0I-A-2). On peut \u00e9galement penser, au Qu\u00e9bec, aux diff\u00e9rents codes d\u00e9ontologiques adopt\u00e9s par les ordres professionnels en vertu de l\u2019article\u00a087 <em>Code des professions<\/em>, RLRQ, c\u00a0C-26.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref82\" name=\"_ftn82\">[82]<\/a> \u00a0\u00a0 On peut ici adopter une acception large de la norme (voir Saris, <em>supra<\/em> note\u00a033 \u00e0 la p\u00a0141, pour qui les ph\u00e9nom\u00e8nes normatifs sont compris comme les \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8nes ayant un impact sur la conduite des personnes de par leur imp\u00e9rativit\u00e9 et la d\u00e9finition de prescriptions de comportements ancr\u00e9s dans une communaut\u00e9\u00a0\u00bb [notes omises]). Le domaine de la pratique professionnelle entrerait, selon cette d\u00e9finition, dans cette acception.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref83\" name=\"_ftn83\">[83]<\/a> \u00a0\u00a0 Tancelin, <em>supra <\/em>note\u00a072 au para\u00a0633.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref84\" name=\"_ftn84\">[84]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Canada c Saskatchewan Wheat Pool<\/em>, [1983] 1 RCS\u00a0205 \u00e0 la p\u00a0227, 143 DLR (3<sup>e<\/sup>)\u00a09 [<em>Saskatchewan Wheat Pool<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref85\" name=\"_ftn85\">[85]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Galaske c O\u2019Donnell<\/em>, [1994] 1 RCS\u00a0670 \u00e0 la p\u00a0688, 112 DLR (4<sup>e<\/sup>) 109 [<em>Galaske<\/em>], o\u00f9 le juge Cory prit bien la peine d\u2019indiquer la distinction suivante\u00a0:<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que la violation d\u2019une disposition l\u00e9gislative n\u2019est pas concluante quant \u00e0 la responsabilit\u00e9. Cependant, l\u2019existence du paragraphe en question vient \u00e9tayer davantage la conclusion que le conducteur a une obligation de diligence, \u00e0 savoir celle de prendre toutes les mesures raisonnables pour que les enfants portent la ceinture de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref86\" name=\"_ftn86\">[86]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Ryan c Victoria (Ville)<\/em>, [1999] 1 RCS 201 au para\u00a034, 168 DLR (4<sup>e<\/sup>) 513, juge Major (\u00ab\u00a0[l]es ordonnances d\u2019une commission administrative peuvent \u00eatre pertinentes pour d\u00e9terminer ce qui constitue une conduite raisonnable dans des circonstances particuli\u00e8res. Cependant, comme il a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9, de telles ordonnances n\u2019ont pas pour effet d\u2019\u00e9carter la norme sous-jacente du caract\u00e8re raisonnable impos\u00e9e par la common law\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref87\" name=\"_ftn87\">[87]<\/a> \u00a0\u00a0 (1975), [1977] 1 RCS\u00a0570, 10 NR\u00a0489 [<em>Morin<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref88\" name=\"_ftn88\">[88]<\/a> \u00a0\u00a0 2008 CSC\u00a064, [2008] 3 RCS 392 [<em>Ciment Saint-Laurent<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref89\" name=\"_ftn89\">[89]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Morin<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a087 aux pp\u00a0579\u201380\u00a0:<\/p>\n<p>La simple contravention \u00e0 une disposition r\u00e9glementaire n\u2019engage pa[s] la responsabilit\u00e9 civile du d\u00e9linquant si elle ne cause de pr\u00e9judice \u00e0 personne. Mais un bon nombre de ces dispositions concernant la circulation expriment, tout en les r\u00e9glementant, des normes \u00e9l\u00e9mentaires de prudence. Y contrevenir est une faute civile. Lorsque cette faute est imm\u00e9diatement suivie d\u2019un accident dommageable que la norme avait justement pour but de pr\u00e9venir, il est raisonnable de pr\u00e9sumer, sous r\u00e9serve d\u2019une d\u00e9monstration ou d\u2019une forte indication du contraire, qu\u2019il y a un rapport de causalit\u00e9 entre la faute et l\u2019accident.<\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em>Voir aussi Jobin, <em>supra <\/em>note\u00a073 \u00e0 la p\u00a0228. L\u2019auteur propose m\u00eame de voir dans la violation d\u2019une norme \u00e9l\u00e9mentaire de prudence \u00ab\u00a0non une simple pr\u00e9somption de faute, mais une faute \u00e9tablie de fa\u00e7on p\u00e9remptoire\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>). Voir aussi Odette Jobin-Laberge, \u00ab\u00a0Norme, infraction et faute civile\u00a0\u00bb dans Service de la formation permanente du Barreau du Qu\u00e9bec, <em>D\u00e9veloppements r\u00e9cents en d\u00e9ontologie, droit professionnel et disciplinaire<\/em>, vol\u00a0137, Cowansville (Qc), Yvon Blais, 2000,\u00a031 \u00e0 la p\u00a034; Karim, <em>supra <\/em>note\u00a070 au para\u00a02504 (l\u2019auteur parle d\u2019une \u00ab\u00a0pr\u00e9somption de faute \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la personne en d\u00e9faut\u00a0\u00bb); Lacroix, <em>supra <\/em>note\u00a070 \u00e0 la p\u00a0161. On peut se demander si <em>Morin <\/em>a v\u00e9ritablement pour conclusion d\u2019assimiler la violation d\u2019une disposition l\u00e9gale exprimant une norme \u00e9l\u00e9mentaire de prudence \u00e0 une faute civile ou si, dans le m\u00eame esprit que la common law, la disposition l\u00e9gale n\u2019est consid\u00e9r\u00e9e que comme une confirmation de la norme \u00e9l\u00e9mentaire de prudence sous-jacente. En effet, lorsque le juge Beetz indique \u00ab\u00a0[qu\u2019y] contrevenir est une faute civile\u00a0\u00bb (<em>Morin<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a087 \u00e0 la p\u00a0580), il n\u2019est pas explicite s\u2019il renvoie \u00e0 la disposition l\u00e9gale ou \u00e0 la norme \u00e9l\u00e9mentaire de prudence, qui sont toutes deux mentionn\u00e9es dans la phrase pr\u00e9c\u00e9dente. On pourrait donc comprendre <em>Morin <\/em>comme instaurant seulement une pr\u00e9somption de causalit\u00e9 lors de la violation fautive d\u2019une norme \u00e9l\u00e9mentaire de prudence suivie \u00ab\u00a0imm\u00e9diatement\u00a0\u00bb d\u2019un dommage entrant dans le champ pr\u00e9ventif de celle-ci (<em>ibid<\/em>). Les juges LeBel et Deschamps, dans <em>Ciment Saint-Laurent<\/em>, indiquent \u00ab\u00a0[qu\u2019i]l faut <em>encore<\/em> qu\u2019une infraction pr\u00e9vue pour un texte de loi constitue <em>aussi<\/em> une violation de la norme de comportement de la personne raisonnable\u00a0\u00bb (<em>supra <\/em>note 88 au para 34 [nos italiques]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref90\" name=\"_ftn90\">[90]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ciment<\/em> <em>Saint-Laurent<\/em>, <em>supra <\/em>note 88 au para\u00a034 [r\u00e9f\u00e9rences omises].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref91\" name=\"_ftn91\">[91]<\/a> \u00a0\u00a0 En common law, voir <em>Galambos c Perez<\/em>, 2009 CSC 48 au para\u00a029, [2009] 3 RCS\u00a0247\u00a0:<\/p>\n<p>Deux remarques s\u2019imposent cependant au sujet de cette r\u00e8gle de conduite. La premi\u00e8re a trait \u00e0 l\u2019importante distinction qui existe entre les r\u00e8gles d\u00e9ontologiques et le droit de la n\u00e9gligence. L\u2019auteur d\u2019une faute d\u00e9ontologique ne transgresse pas n\u00e9cessairement les r\u00e8gles du droit de la n\u00e9gligence. Une conduite peut relever de la n\u00e9gligence sans contrevenir \u00e0 une r\u00e8gle de d\u00e9ontologie, et l\u2019on peut agir \u00e0 l\u2019encontre de la d\u00e9ontologie sans n\u00e9cessairement se montrer n\u00e9gligent. Les codes de d\u00e9ontologie formulent certes d\u2019importants principes d\u2019int\u00e9r\u00eat public relativement \u00e0 la conduite des avocats, mais ils ont vocation de lignes directrices, et leur application prend g\u00e9n\u00e9ralement la forme d\u2019instances disciplinaires. Ils sont utiles pour d\u00e9finir la nature et l\u2019\u00e9tendue des devoirs d\u00e9coulant d\u2019une relation professionnelle. Ils ne lient cependant pas les tribunaux judiciaires et ne d\u00e9finissent pas n\u00e9cessairement les obligations ou normes de diligence applicables en mati\u00e8re de n\u00e9gligence [notes omises].<\/p>\n<p>En droit qu\u00e9b\u00e9cois, voir Sylvie Poirier, <em>La discipline professionnelle au Qu\u00e9bec\u00a0: principes l\u00e9gislatifs, jurisprudentiels, et aspects pratiques<\/em>, Cowansville (Qc), Yvon Blais, 1998 \u00e0 la p\u00a038. Une infraction disciplinaire n\u2019engage pas automatiquement la responsabilit\u00e9 civile. Le droit professionnel, qualifi\u00e9 de droit <em>sui generis<\/em> par la Cour d\u2019appel (voir <em>B\u00e9liveau c Comit\u00e9 de discipline du Barreau du Qu\u00e9bec<\/em>, [1992] RJQ\u00a01822 \u00e0 la p\u00a01825, 50 QAC 67; <em>Chambre des notaires du Qu\u00e9bec c Dugas<\/em> (2002), [2003] RJQ\u00a01 au para\u00a019, 119 ACWS (3<sup>e<\/sup>) 190), est ind\u00e9pendant des autres domaines du droit. En cons\u00e9quence, m\u00eame une sanction disciplinaire ne reste qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment parmi ceux qui sont pris en compte dans le cadre du proc\u00e8s civil, mais n\u2019\u00e9tablit pas, \u00e0 elle seule, la commission d\u2019une faute.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref92\" name=\"_ftn92\">[92]<\/a> \u00a0\u00a0 En common law, voir <em>Ter Neuzen c Korn<\/em>, [1995] 3 RCS\u00a0674 aux para\u00a041\u201342, 11 BCLR (3<sup>e<\/sup>)\u00a0201 [<em>Ter Neuzen<\/em>]. En droit civil, voir Karim, <em>supra<\/em> note\u00a070 au para\u00a02510. Voir aussi <em>Roberge<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a077 aux pp\u00a0436\u201337\u00a0:<\/p>\n<p>Il se peut fort bien que la pratique professionnelle soit le reflet d\u2019une conduite prudente et diligente. On peut, en effet, esp\u00e9rer qu\u2019une pratique qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e parmi les professionnels relativement \u00e0 un acte professionnel donn\u00e9 t\u00e9moigne d\u2019une fa\u00e7on d\u2019agir prudente. Le fait qu\u2019un professionnel ait suivi la pratique de ses pairs peut constituer une forte preuve d\u2019une conduite raisonnable et diligente, <em>mais ce n\u2019est pas d\u00e9terminant<\/em>. Si cette pratique n\u2019est pas conforme aux normes g\u00e9n\u00e9rales de responsabilit\u00e9, savoir qu\u2019on doit agir de fa\u00e7on raisonnable, le professionnel qui y adh\u00e8re peut alors, suivant les faits de l\u2019esp\u00e8ce, engager sa responsabilit\u00e9 [italiques dans l\u2019original].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref93\" name=\"_ftn93\">[93]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Jobin-Laberge, <em>supra <\/em>note\u00a089 aux pp\u00a033\u201334\u00a0:<\/p>\n<p>[L]es plaideurs utilisent fr\u00e9quemment le \u00ab\u00a0vocabulaire\u00a0\u00bb des codes de d\u00e9ontologie pour d\u00e9crire la conduite attendue d\u2019un professionnel sans cependant toujours y faire une r\u00e9f\u00e9rence pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>[&#8230;] [L]es tribunaux, m\u00eame s\u2019ils en utilisent fr\u00e9quemment les termes, ne font que rarement mention des normes r\u00e9glementaires pour d\u00e9cider de la responsabilit\u00e9 civile et lorsqu\u2019ils le font, il s\u2019agit g\u00e9n\u00e9ralement de r\u00e9f\u00e9rence aux devoirs tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9raux de \u00ab\u00a0disponibilit\u00e9 et diligence raisonnable\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0<em>comp\u00e9tence ad\u00e9quate<\/em>\u00a0\u00bb ou encore de \u00ab\u00a0l\u2019obligation d\u2019informer\u00a0\u00bb [&#8230;]. Quelques fois, la r\u00e8gle sera pr\u00e9cise et cit\u00e9e <em>in extenso<\/em> [italiques dans l\u2019original].<\/p>\n<p>Voir aussi Lacroix, <em>supra<\/em> note\u00a070 \u00e0 la p\u00a0166 et\u00a0s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref94\" name=\"_ftn94\">[94]<\/a> \u00a0\u00a0 Un tableau synth\u00e9tique des jugements retenus se trouve en annexe.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref95\" name=\"_ftn95\">[95]<\/a> \u00a0\u00a0 Sur cette question, nous ne pouvons que nous r\u00e9f\u00e9rer au propos particuli\u00e8rement synth\u00e9tique, mais non moins pertinent, de la juge St-Pierre dans son jugement de premi\u00e8re instance pour l\u2019affaire dite \u00ab\u00a0Castor Holdings\u00a0\u00bb o\u00f9 elle \u00e9crivait que\u00a0:<\/p>\n<p>Deciding the negligence issue as it relates to the audited consolidated financial statements requires answering the two following questions:<\/p>\n<ul>\n<li>Are the audited consolidated financial statements of Castor for 1988, 1989 and 1990 materially misstated and misleading?<\/li>\n<li>Did C&amp;L commit a fault in the professional work that they performed in connection with the audits of Castor for 1988, 1989 and 1990?<\/li>\n<\/ul>\n<p>The identification, interpretation and application of the generally accepted accounting principles (\u201c<em>GAAP<\/em>\u201d) are at the heart of the required analysis of the first question.<\/p>\n<p>The identification, interpretation and application of the generally accepted auditing standards (\u201c<em>GAAS<\/em>\u201d), including the impact of fraud on the auditor, are at the heart of the required analysis of the second question (<em>Widdrington (Estate) v Wightman<\/em>, 2011 QCCS\u00a01788 aux para\u00a0305\u201307, 83 CCLT (3<sup>e<\/sup>)\u00a01 [<em>Wightman <\/em>QCCS]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref96\" name=\"_ftn96\">[96]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Irwin v Thorne Riddell<\/em>, [1995] RRA 589, 55 ACWS (3<sup>e<\/sup>) 432 (CA Qc) [<em>Irwin<\/em>]; <em>Livent <\/em>ONSC, <em>supra<\/em> note\u00a051; <em>Hickey (R) &amp; Co v Doane Raymond<\/em>, 116 NSR (2<sup>e<\/sup>)\u00a0115, 320 APR 115 (SC) [<em>Hickey<\/em>]; <em>Sydney Cooperative Society Ltd v Coopers &amp; Lybrand<\/em>, 2003 NSSC\u00a035, 122 ACWS (3<sup>e<\/sup>) 254; <em>466715 Ontario Ltd v Proulx<\/em>, 81 ACWS (3<sup>e<\/sup>) 1026, [1998] OJ No\u00a03390 (QL) (Div g\u00e9n Ont); <em>RMA Restaurant Management Ltd c Gallay<\/em>, [1996] RRA\u00a0485, [1996] QJ no\u00a0210 (CS Qc) [<em>RMA Restaurant<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref97\" name=\"_ftn97\">[97]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Bloor Italian Gifts<\/em>, <em>supra <\/em>note 51; <em>Kumar v Picco<\/em>, 2007 BCSC 1669, 37 CBR (5<sup>e<\/sup>) 29 [<em>Kumar<\/em>]; <em>Robertson v Stevenson Accounting Ltd<\/em>, 2011 SKPC 112, 380 Sask R 120<br \/>\n[<em>Robertson<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref98\" name=\"_ftn98\">[98]<\/a> \u00a0 Voir <em>102751 Canada Inc c Black<\/em>, 2013 QCCS\u00a01321, 238 ACWS (3d) 490 [<em>102751 Canada Inc<\/em>]; <em>Agri-capital<\/em>, <em>supra <\/em>note 65; <em>Racine v Iggulden<\/em>, [2000] OJ no 3930, 2000 CarswellOnt 4330 (WL Can) [<em>Racine<\/em> avec renvois au OJ]; <em>Sherman v Orenstein &amp; Partners <\/em>(2003), 125 ACWS (3<sup>e<\/sup>) 162 (disponible sur CanLII) (ONSC) [<em>Sherman<\/em> ONSC], conf par 11 BLR (4<sup>e<\/sup>) 233, 205 OAC 75 (ONCA) [<em>Sherman<\/em> ONCA]; <em>Malo c Michaud<\/em>, [1993] RRA\u00a0760, 1993 CarswellQue\u00a01932 (WL Can) (CS) [<em>Malo<\/em>]; <em>Murphy v BDO Dunwoody LLP<\/em>, 2006 CanLII 22809, 2006 CarswellOnt\u00a04127 (WL Can) (ONSC); <em>Wightman <\/em>QCCS, <em>supra<\/em> note\u00a095; <em>Kripps <\/em>BCCS, <em>supra <\/em>note\u00a062; <em>Kripps v Touche Ross &amp; Co<\/em> (1997), 33 BCLR (3<sup>e<\/sup>)\u00a0254 au para\u00a066, 35 CCLT (2<sup>e<\/sup>)\u00a060 [<em>Kripps <\/em>BCCA]; <em>Jeffrey v Maritime Accounting Services<\/em>, 2008 NSSM\u00a060, 268 NSR (2<sup>e<\/sup>) 261.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref99\" name=\"_ftn99\">[99]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Kumar<\/em>, <em>supra <\/em>note 97 au para 48.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref100\" name=\"_ftn100\">[100]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> aux para\u00a029\u201330\u00a0:<\/p>\n<p>The plaintiff does not have to establish the amount of PST owed to prove that the Reports were untrue, inaccurate or misleading. In the Reports, Mr. Picco provided an unqualified opinion on API\u2019s financial statements, [&#8230;]<\/p>\n<p>It is this assurance that Mr. Kumar relied on, which was at least inaccurate and misleading (as discussed below).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref101\" name=\"_ftn101\">[101]<\/a> L\u2019affaire dite \u00ab\u00a0Castor Holdings\u00a0\u00bb fournit toutefois l\u2019exemple oppos\u00e9. La juge St-Pierre, qui a clairement d\u00e9crit la n\u00e9cessit\u00e9 de proc\u00e9der au double examen (voir <em>Wightman <\/em>QCCS, <em>supra<\/em> note\u00a095 au para\u00a0305 et\u00a0s) proc\u00e8de en effet \u00e0 une analyse approfondie des erreurs comptables commises par r\u00e9f\u00e9rence aux normes d\u2019\u00e9tablissement des comptes pr\u00e9alablement \u00e0 l\u2019examen du comportement des auditeurs.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref102\" name=\"_ftn102\">[102]<\/a> Dans le cadre du litige, les experts sont appel\u00e9s par les parties \u00e0 titre de t\u00e9moins, mais jouissent d\u2019un statut privil\u00e9gi\u00e9 en ce sens qu\u2019ils sont habilit\u00e9s \u00e0 formuler des opinions sur les faits soumis \u00e0 leur examen (voir Linda S Abrams et Kevin P McGuinness, <em>Canadian Civil Procedure Law<\/em>, Markham (Ont), LexisNexis, 2008 au para\u00a012.201; Pierre Tessier et Monique Dupuis, \u00ab\u00a0Les qualit\u00e9s et les moyens de preuve\u00a0\u00bb dans Charles Belleau et al, <em>Collection de droit 2014-2015\u00a0: preuve et proc\u00e9dure<\/em>, vol\u00a02, Cowansville (Qc), Yvon Blais, 2014,\u00a0231 \u00e0 la p\u00a0304). Les r\u00e8gles de proc\u00e9dure civile d\u00e9terminent les modalit\u00e9s d\u2019appel aux experts, par exemple quant au nombre maximum d\u2019experts ou aux conditions selon lesquelles ceux-ci doivent pr\u00e9senter leurs rapports (voir par ex <em>Loi sur la preuve<\/em>, LRO\u00a01990, c\u00a0E-23, art\u00a012, qui permet \u00e0 chaque partie de faire appel jusqu\u2019\u00e0 trois experts, sauf autorisation sp\u00e9ciale du juge). Au Qu\u00e9bec, par exemple, l\u2019expertise commune est r\u00e9gl\u00e9e par les parties dans le protocole de l\u2019instance (voir <em>Code de proc\u00e9dure civile<\/em>, RLRQ c\u00a0C-25.01, arts\u00a0148,\u00a0232 [NCpc]), sous la surveillance du tribunal (voir art\u00a0232 NCpc). Le rapport d\u2019expert d\u2019une seule partie doit quant \u00e0 lui \u00eatre communiqu\u00e9 avec le reste de la preuve (voir art\u00a0239(2) NCpc). Le juge a \u00e9galement la possibilit\u00e9 d\u2019ordonner lui-m\u00eame une expertise (voir art\u00a0234 NCpc ou en Ontario, les <em>R\u00e8gles de proc\u00e9dure civile<\/em>, RRO\u00a01990, Reg\u00a0194, art\u00a052.03). Cette pratique est toutefois rare (voir Abrams et McGuinness, <em>supra <\/em>note\u00a099 au para\u00a012.214; Tessier et Dupuis, <em>supra <\/em>note\u00a0102 \u00e0 la p\u00a0359\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 la rigueur, une expertise pourrait \u00eatre ordonn\u00e9e par le tribunal\u00a0\u00bb). L\u2019admissibilit\u00e9 des rapports d\u2019experts est soumise aux quatre crit\u00e8res que sont la pertinence, la n\u00e9cessit\u00e9, l\u2019absence d\u2019une r\u00e8gle d\u2019exclusion et les qualifications appropri\u00e9es de l\u2019expert (voir <em>R c Mohan<\/em>, [1994] 2 RCS\u00a09 aux pp\u00a020\u201321, 114 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a0419 [<em>Mohan<\/em>]; Glenn R Anderson, <em>Expert Evidence<\/em>, 3<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Markham (Ont), LexisNexis, 2014 au para\u00a04.13; Jean Fortier, \u00ab\u00a0T\u00e9moignage\u00a0\u00bb dans Pierre-Claude Lafond, dir, <em>Preuve et prescription<\/em>, JurisClasseur Qu\u00e9bec, coll \u00ab\u00a0Droit civil\u00a0\u00bb, Montr\u00e9al, LexisNexis, 2008, fasc\u00a06 au para\u00a040; Tessier et Dupuis, <em>supra <\/em>note\u00a0102 \u00e0 la p\u00a0304). Le t\u00e9moignage de l\u2019expert est soumis au pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation du juge de la m\u00eame mani\u00e8re que tout autre t\u00e9moignant (voir art\u00a02845 CcQ; Fortier, <em>supra <\/em>note\u00a099 au para\u00a063). En soi, \u00ab [l]a valeur probante de la preuve d\u2019expert d\u00e9pend de la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ce dernier, de sa comp\u00e9tence, de la mani\u00e8re dont l\u2019\u00e9valuation a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e et de la validit\u00e9 des tests utilis\u00e9s\u00a0\u00bb (Tessier et Dupuis, <em>supra <\/em>note\u00a0102 \u00e0 la p\u00a0310).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref103\" name=\"_ftn103\">[103]<\/a> Comme l\u2019indiquait le juge Gans dans <em>Livent <\/em><em>ONSC<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a051 au para\u00a064\u00a0<em>:<\/em><\/p>\n<p>As in all cases involving allegations of professional negligence, the Court had the benefit of hearing experts in the field opine on the appropriate standard of care. [&#8230;] Additionally, the parties referred to the CICA Handbook and Deloitte Audit Manuals throughout the trial, all of which was aimed at helping me demystify the requisite standard of care.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref104\" name=\"_ftn104\">[104]<\/a><em> RMA Restaurant <\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a096 au para\u00a089.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref105\" name=\"_ftn105\">[105]<\/a> Les experts \u00e9tant des t\u00e9moins habilit\u00e9s \u00e0 formuler des opinions sur les faits soumis \u00e0 leur examen.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref106\" name=\"_ftn106\">[106]<\/a> Voir <em>Livent <\/em><em>ONSC<\/em>,<em> supra<\/em> note\u00a051.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref107\" name=\"_ftn107\">[107]<\/a> Voir <em>ibid <\/em>au para\u00a0106\u00a0:<\/p>\n<p>I return to Regan\u2019s conclusion that, while Deloitte <em>should<\/em> have uncovered the fraud in 1996 and 1997, he could only put it as high as Deloitte \u201cmay have\u201d uncovered the fraud in the pre-1996 years. Both Froese and Yule were in agreement with the latter conclusion. Having regard to Regan\u2019s starting position about the level of professional skepticism that he would bring to bear in the circumstances, which I found was too high a standard from a Canadian perspective, and at the risk of merging liability and causation principles, I think it is safe for me to conclude that the plaintiff did not cross the \u201cbalance of probabilities\u201d finish line on the liability issue for these early audits [italiques dans l\u2019original].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref108\" name=\"_ftn108\">[108]<\/a> Voir <em>Wightman <\/em>QCCS,<em> supra<\/em> note\u00a095.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref109\" name=\"_ftn109\">[109]<\/a> Voir <em>RMA Restaurant<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a096 au para\u00a0220, o\u00f9 le juge Larouche indiquait en conclusion, apr\u00e8s son examen\u00a0:<\/p>\n<p>On aura compris que nous ne retenons pas les pr\u00e9tentions de la demanderesse et de ses dirigeants non plus que les avis de leurs experts. [&#8230;] Les avis et les opinions formul\u00e9es par l\u2019expert Bernard Smith de la d\u00e9fense sont retenus car ils nous paraissent beaucoup plus r\u00e9alistes, vraisemblables, probants et compatibles avec tous les \u00e9l\u00e9ments contr\u00f4lables de la preuve.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref110\" name=\"_ftn110\">[110]<\/a><em> Wightman <\/em>QCCS, <em>supra <\/em>note\u00a095 au para\u00a03323.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref111\" name=\"_ftn111\">[111]<\/a> Voir <em>Mohan<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a099 \u00e0 la p\u00a025.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref112\" name=\"_ftn112\">[112]<\/a> Voir <em>Wightman <\/em>QCCS, <em>supra <\/em>note\u00a095 au para\u00a0339\u00a0:<\/p>\n<p>In a few occurrences in cross-examination, if he had to qualify a previous remark or acknowledge a mistake, Vance reluctantly did so. Although not leading to a negative assessment on credibility and reliability, such an attitude attracted the Court\u2019s attention. It is a factor taken into account when time come to assess opinions on specific topics.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref113\" name=\"_ftn113\">[113]<\/a> Voir <em>Livent <\/em>ONSC, <em>supra <\/em>note\u00a051 aux para 84\u201387, o\u00f9 le juge Gans d\u00e9plora le soin mis par expert dans le dossier en question par comparaison avec ce qu\u2019il avait fait dans l\u2019affaire Castor et pr\u00e9f\u00e9ra celui dont il trouva l\u2019apport \u00ab\u00a0globalement utile, cr\u00e9dible, et surtout \u00e9quilibr\u00e9\u00a0\u00bb (<em>ibid <\/em>au para\u00a087 [notre traduction]). Dans <em>RMA Restaurant<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a096 au para\u00a0125, o\u00f9 l\u2019un des experts n\u2019avait pas pr\u00e9par\u00e9 personnellement le rapport remis au tribunal, mais avait confi\u00e9 cette t\u00e2che \u00e0 l\u2019un de ses subordonn\u00e9s, le juge Larouche concluait en indiquant\u00a0:<\/p>\n<p>Voil\u00e0 sans doute ce qui arrive quand le mauvais expert se pr\u00e9sente comme t\u00e9moin \u00e0 la Cour et qu\u2019en plus il se fait porteur de deux chapeaux en m\u00eame temps. Sa cr\u00e9dibilit\u00e9 en prend un coup et la valeur probante tant de son t\u00e9moignage que des rapports qu\u2019il doit justifier et soutenir est s\u00e9rieusement mise en doute et devient discutable.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref114\" name=\"_ftn114\">[114]<\/a> Voir <em>Livent <\/em>ONSC, <em>supra <\/em>note\u00a051 au para\u00a072, o\u00f9 le juge Gans n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 critiquer un expert pour les \u00ab\u00a0faiblesses de sa m\u00e9thodologie\u00a0\u00bb [notre traduction]. Dans <em>RMA Restaurant<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a0104 au para\u00a0115, le juge Larouche d\u00e9plore explicitement que les experts \u00ab\u00a0ne fournissent pas les v\u00e9ritables donn\u00e9es mat\u00e9rielles et factuelles qui pourraient \u00eatre contr\u00f4l\u00e9es et v\u00e9rifi\u00e9es pour appuyer leur th\u00e8se des manquements dans le travail de v\u00e9rification des d\u00e9fendeurs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref115\" name=\"_ftn115\">[115]<\/a><em> RMA Restaurant<\/em>, <em>supra <\/em>note 104 au para\u00a0160.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref116\" name=\"_ftn116\">[116]<\/a><em> Ibid <\/em>au para\u00a0122.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref117\" name=\"_ftn117\">[117]<\/a> Voir Chevallier, <em>supra <\/em>note\u00a09 \u00e0 la p\u00a0705; Rocher, <em>supra <\/em>note\u00a09 aux pp\u00a032\u201333,\u00a039.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref118\" name=\"_ftn118\">[118]<\/a> Rocher, <em>supra <\/em>note 9 \u00e0 la p\u00a039.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref119\" name=\"_ftn119\">[119]<\/a> Robert Castel, \u00ab\u00a0Savoirs d\u2019expertise et production de normes\u00a0\u00bb dans F Chazel et J Commaille, dir, <em>Normes juridiques et r\u00e9gulation sociale<\/em>, Paris, Librairie g\u00e9n\u00e9rale de droit et de jurisprudence, 1991,\u00a0177 \u00e0 la p\u00a0179.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref120\" name=\"_ftn120\">[120]<\/a><em> Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0187. Voir aussi Chevallier, <em>supra <\/em>note\u00a09 \u00e0 la p\u00a0705.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref121\" name=\"_ftn121\">[121]<\/a> Baudouin, Deslauriers et Moore, vol\u00a02, <em>supra<\/em> note\u00a063 au para\u00a02-9 [notes omises].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref122\" name=\"_ftn122\">[122]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> au para\u00a02-10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref123\" name=\"_ftn123\">[123]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> au para\u00a02-10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref124\" name=\"_ftn124\">[124]<\/a><em> Ter Neuzen<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a092 au para\u00a044.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref125\" name=\"_ftn125\">[125]<\/a> Baudouin, Deslauriers et Moore, vol\u00a02, <em>supra<\/em> note\u00a063 au para\u00a02-202.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref126\" name=\"_ftn126\">[126]<\/a> Le jugement <em>Green v Canadian Imperial Bank of Commerce<\/em> ne constitue pas une action selon le r\u00e9gime g\u00e9n\u00e9ral de responsabilit\u00e9 civile (2012 ONSC\u00a03637, 29 CPC (7<sup>e<\/sup>) 113). Nous l\u2019avons conserv\u00e9 pour illustrer le d\u00e9veloppement des r\u00e9gimes de responsabilit\u00e9 objective pour diffusion d\u2019informations erron\u00e9es sur le march\u00e9 secondaire mis en place en mati\u00e8re de valeurs mobili\u00e8res.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref127\" name=\"_ftn127\">[127]<\/a><em> Michaud<\/em>,<em> supra <\/em>note\u00a066 \u00e0 la p\u00a0536.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref128\" name=\"_ftn128\">[128]<\/a><em> Bloor Italian Gifts<\/em>,<em> supra<\/em> note\u00a051 au para\u00a031 [notre traduction].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref129\" name=\"_ftn129\">[129]<\/a> Voir <em>RMA Restaurant<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a0101 aux para\u00a085\u201389; <em>Livent <\/em>ONCA, <em>supra <\/em>note\u00a054 au para\u00a0208.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref130\" name=\"_ftn130\">[130]<\/a> Voir par ex <em>Livent <\/em>ONSC,<em> supra <\/em>note\u00a051 au para\u00a089 et\u00a0s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref131\" name=\"_ftn131\">[131]<\/a> Voir <em>ibid<\/em>. Quelques extraits de la d\u00e9cision permettent de se rendre compte de l\u2019application directe des normes en tant que r\u00e8gles\u00a0:<\/p>\n<p>In my view, the plan for the elimination of the Put\u2014which was just that: a plan to eliminate rather than investigate\u2014did not dispel any suspicion of bad faith on the part of Gottlieb, in particular, and Livent, in general, which Deloitte was obliged to do under s.\u00a05135 of the Handbook, set out above (<em>ibid <\/em>au para\u00a0225).<\/p>\n<p>ou encore:<\/p>\n<p>I cannot, however, accept that an auditor discharges its obligation simply by identifying the risk and making what it considers are appropriate plans to deal with the identified issues. In my view, minimally, more is required under ss.\u00a05135.12\u2013.14 of the CICA Handbook (<em>ibid <\/em>au para\u00a0231).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref132\" name=\"_ftn132\">[132]<\/a> Voir <em>Livent<\/em> ONSC, <em>supra<\/em> note\u00a051; <em>Livent<\/em> ONCA, <em>supra<\/em> note\u00a054.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref133\" name=\"_ftn133\">[133]<\/a> Voir <em>Livent <\/em>ONCA,<em> supra<\/em> note\u00a054 au para\u00a0216 (\u00ab\u00a0Deloitte had its own manuals on how to conduct an audit in accordance with GAAS\u2014the \u201cDeloitte Manuals\u201d\u2014which set a standard of care Deloitte must be presumed to accept as reasonable\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref134\" name=\"_ftn134\">[134]<\/a> Voir par ex <em>Racine<\/em>, <em>supra <\/em>note 98 au para\u00a035\u00a0:<\/p>\n<p>The nature of a review engagement, its distinction from an audit engagement and the standards required of an accountant conducting such a review, are carefully set out in the C.I.C.A. Handbook. Those standards, although not determinative, have been accepted in the cases as the appropriate standards for a prudent accountant conducting a review engagement.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref135\" name=\"_ftn135\">[135]<\/a> Voir partie\u00a0I-B-1, ci-dessus.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref136\" name=\"_ftn136\">[136]<\/a> Voir Ren\u00e9, <em>supra<\/em> note\u00a080 \u00e0 la p\u00a0398; <em>466715 Ontario Ltd v Proulx<\/em>, [1998] OJ no\u00a03390 au para\u00a057, 1998 CarswellOnt 3321 (WL Can). Les missions d\u2019audit sont soumises aux normes canadiennes d\u2019audit. Les missions d\u2019examen sont r\u00e9gies par les chapitres 8100 \u00e0 8600 du <em>Manuel de CPA Canada\u00a0: certification<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a014. Les missions de compilation font quant \u00e0 elles l\u2019objet du chapitre 9200 du <em>Manuel de CPA Canada<\/em> (<em>ibid<\/em>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref137\" name=\"_ftn137\">[137]<\/a> Les particularit\u00e9s d\u2019une mission d\u2019examen ont notamment \u00e9t\u00e9 r\u00e9sum\u00e9es par le juge Gravely dans <em>Racine<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a098 au para\u00a036\u00a0:<\/p>\n<p>Essentially, in a review the accountant does not undertake the verification function as required in an audit, but accepts and assumes the accuracy of information provided by the client. The accountant then goes through the procedure of,<\/p>\n<p>(a) Inquiry<\/p>\n<p>(b) \u00a0 Analytical Procedures<\/p>\n<p>(c) Discussion<\/p>\n<p>with a view to forming an independent opinion as to whether the financial statements are plausible. Only if there is a doubt as to plausibility is the accountant obliged to make inquiries of management and only if the explanation of management leaves a doubt as to plausibility must the accountant make further inquiries.<\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Contra<\/em> <em>Bloor Italian Gifts<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a051 au para\u00a040\u00a0:<\/p>\n<p>The limitation clause is to the effect that it is not the accountant\u2019s responsibility to uncover errors or fraud. The clause does not negate the duty to see and report errors that would be evident to an accountant acting reasonably in the circumstances, and having detected them, to make the necessary inquiries of management.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref138\" name=\"_ftn138\">[138]<\/a> Voir <em>102751 Canada Inc<\/em>, <em>supra <\/em>note 98; <em>Agri-capital<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a065; <em>Sherman<\/em> ONSC, <em>supra<\/em> note\u00a098; <em>Sherman<\/em> ONCA, <em>supra<\/em> note\u00a098; <em>Bloor Italian Gifts<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a051; <em>Kumar<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a097; <em>Robertson<\/em>,<em> supra <\/em>note 97; <em>Malo<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a098; <em>Wightman <\/em>QCCS, <em>supra<\/em> note\u00a095; <em>Irwin<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a096; <em>Livent <\/em>ONSC, <em>supra<\/em> note\u00a051; <em>Livent <\/em>ONCA, <em>supra<\/em> note\u00a054; <em>Hickey<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a096; <em>Sydney<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a096; <em>Jeffrey<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a098; <em>Chan v GMS Datalink International Corp<\/em>, 80 ACWS (3<sup>e<\/sup>) 697 (disponible sur CanLII) (BCSC); <em>Hogarth v Rocky Mountain Slate Inc<\/em>, 2011 ABQB\u00a0537, 517 AR 203.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref139\" name=\"_ftn139\">[139]<\/a> Voir <em>Racine<\/em>, <em>supra <\/em>note 98; <em>Sherman<\/em> ONSC, <em>supra<\/em> note\u00a098; <em>Sherman<\/em> ONCA, <em>supra<\/em> note\u00a098; <em>Kripps <\/em>BCCS, <em>supra <\/em>note\u00a062.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref140\" name=\"_ftn140\">[140]<\/a> Voir <em>Kripps <\/em>BCCA, <em>supra<\/em> note\u00a098.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref141\" name=\"_ftn141\">[141]<\/a> <em>Supra <\/em>note\u00a062.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref142\" name=\"_ftn142\">[142]<\/a> La capitalisation des int\u00e9r\u00eats sur emprunts non pay\u00e9s consiste \u00e0 reconna\u00eetre, en comptabilit\u00e9, les int\u00e9r\u00eats courus sur les emprunts accord\u00e9s par une soci\u00e9t\u00e9 m\u00eame lorsque ses emprunts ne lui sont pas encore rembours\u00e9s. Cette reconnaissance comptable aboutit \u00e0 la constatation d\u2019un produit d\u2019int\u00e9r\u00eats en faveur de la soci\u00e9t\u00e9 et vient, en contrepartie, augmenter le montant des emprunts. La capitalisation des int\u00e9r\u00eats sur emprunts non pay\u00e9s permet donc, m\u00eame en l\u2019absence de toute rentr\u00e9e d\u2019argent, de constater un profit. Ultimement, la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00eateuse peut donc appara\u00eetre comme profitable alors m\u00eame qu\u2019elle ne re\u00e7oit en r\u00e9alit\u00e9 aucun argent tangible.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref143\" name=\"_ftn143\">[143]<\/a> Voir <em>Kripps <\/em>BCCS, <em>supra <\/em>note\u00a062 au para\u00a085.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref144\" name=\"_ftn144\">[144]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> au para\u00a094\u00a0:<\/p>\n<p>The difference in the approach taken by these two experts, coupled with the fact that Dr. Rosen did not comment on the need for disclosure at all, greatly impairs the confidence one might otherwise have in the opinions they express. Mr. Roberts and Mr. Kelsey both appear to base their opinions on a subjective analysis of the required standard of presentation: Mr. Roberts on a rule of disclosure he prefers to follow in applying principles that are generally accepted, and Mr. Kelsey on disclosure regardless of what the accepted principles may be. Compliance with a standard may be a matter of judgment, but, to be meaningful, the standard against which a presentation is made must be largely objective. I much prefer the more cogent evidence of Mr. Selman and Mr. Yule who both say that, in 1984, there was simply no accepted principle whereby the amount of loans that were not current and the amount of capitalized interest ought to have been stated in the \u201883 financial statements of VMCL. Under cross-examination Mr. Selman says GAAP does not require everything that is material to be stated. He explains that the consideration of any item in a financial statement is a two-step process. First one decides whether, as a matter of the prevailing practice in the profession (GAAP), disclosure is to be made. If so, then one decides if the item is material. But if the item is not one that accepted practice dictates be disclosed, the question of materiality does not arise. It is not generally accepted that everything of a financial nature that may be of interest to the user of a financial statement\u2014everything that is material\u2014must be stated. That is not the standard against which the fair presentation of the financial position must be judged. That is not GAAP.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref145\" name=\"_ftn145\">[145]<\/a><em> Ibid<\/em> au para\u00a0103 [notre traduction].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref146\" name=\"_ftn146\">[146]<\/a> <em>Kripps <\/em>BCCA, <em>supra<\/em> note\u00a098.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref147\" name=\"_ftn147\">[147]<\/a><em> Ibid<\/em> au para\u00a077.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref148\" name=\"_ftn148\">[148]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> au para\u00a0123, juge Ryan\u00a0:<\/p>\n<p>In the case at bar my colleague has found that the generally accepted accounting principles were themselves inadequate. In my respectful view that finding does not assist the appellants. The respondents were asked to determine the prevailing principles (GAAP) and state whether the financial statements met them. They did that. They are not accused of negligently determining the proper generally accepted accounting principles, they are accused of failing to state that the prevailing principles were inadequate. In my view they were under no obligation to offer such an opinion.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref149\" name=\"_ftn149\">[149]<\/a> Voir <em>Wightman <\/em>QCCS, <em>supra <\/em>note\u00a095 au para\u00a0804 (\u00ab\u00a0[i]n Castor\u2019s unique situation, not applying GAAP in a vacuum, disclosure of the capitalization of interest and of the quantum of such capitalized interests had to be done\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref150\" name=\"_ftn150\">[150]<\/a> Voir <em>Ter Neuzen<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a092 au para\u00a044.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref151\" name=\"_ftn151\">[151]<\/a> Voir <em>Kripps <\/em>BCCA, <em>supra <\/em>note\u00a098 au para\u00a065\u00a0:<\/p>\n<p>The tool used\u2014GAAP\u2014is intended to result in such fair presentation and when it does not the tool is revised, as it was in 1985 when it became clear that the practice of capitalizing unpaid interest could be misleading. Further, auditors, as professionals rendering their considered opinion, expect to induce reliance on that opinion\u2014whether the reliance that they expect to induce is merely by company management or by a broad class of investors. Reliance is only reasonable if the unqualified auditor\u2019s report is taken to mean that the financial statements do present fairly the financial position of the company.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref152\" name=\"_ftn152\">[152]<\/a><em> Ciment Saint-Laurent<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a088 au para\u00a036.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref153\" name=\"_ftn153\">[153]<\/a><em> Saskatchewan Wheat Pool<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a084 \u00e0 la p\u00a0228.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref154\" name=\"_ftn154\">[154]<\/a><em> Supra<\/em> note\u00a090 au para\u00a040\u00a0:<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019une loi autorise certaines activit\u00e9s et d\u00e9finit strictement les modalit\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution qui doivent \u00eatre suivies et les pr\u00e9cautions qui doivent \u00eatre prises, il est probable que l\u2019on conclue que l\u2019observation de cette loi vaut diligence raisonnable et qu\u2019aucune autre mesure suppl\u00e9mentaire n\u2019est requise. Par contraste, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une loi de nature g\u00e9n\u00e9rale ou qui accorde un certain pouvoir discr\u00e9tionnaire quant aux modalit\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution, ou encore lorsqu\u2019il existe des circonstances inhabituelles qui ne rel\u00e8vent pas clairement du champ d\u2019application de la loi, il est peu probable que la simple observation de celle-ci satisfasse \u00e0 la norme de diligence applicable.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref155\" name=\"_ftn155\">[155]<\/a> Voir Osborne, <em>supra <\/em>note\u00a052 \u00e0 la p\u00a0180\u00a0:<\/p>\n<p>More weight is given to [statutory compliance] where the legislation prescribes specific statutory standards of conduct and the case falls comfortably within the scope of the legislation. Less weight will be ascribed to it where the legislation prescribes general and discretionary standards of conduct and the case does not fall comfortably within the scope of the legislation.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref156\" name=\"_ftn156\">[156]<\/a> On rappelle qu\u2019en common law, la disposition est consid\u00e9r\u00e9e comme une confirmation de la norme de comportement vis\u00e9e et non comme source de celle-ci (voir <em>Galaske<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a085 \u00e0 la p\u00a0688). En droit civil, voir <em>supra <\/em>note\u00a089, o\u00f9 nous discutons de la compr\u00e9hension \u00e0 donner \u00e0 l\u2019arr\u00eat <em>Morin<\/em>. Voir aussi Jobin, <em>supra<\/em> note\u00a073 \u00e0 la p\u00a0227.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref157\" name=\"_ftn157\">[157]<\/a> Chevallier, <em>supra <\/em>note\u00a09 \u00e0 la p\u00a0699.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref158\" name=\"_ftn158\">[158]<\/a> Chevallier note d\u2019ailleurs lui-m\u00eame que, s\u2019agissant des normes techniques auxquelles on peut rattacher les normes comptables, \u00ab\u00a0[l]a juridicisation leur fait acqu\u00e9rir une signification et une port\u00e9e juridiques\u00a0: la normativit\u00e9 juridique vient alors se superposer \u00e0 la normativit\u00e9 technique, en en redoublant les effets\u00a0\u00bb (<em>ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a0704).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref159\" name=\"_ftn159\">[159]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0709\u00a0:<\/p>\n<p>[L]a \u00ab\u00a0force normative\u00a0\u00bb du droit ne d\u00e9pend pas seulement de sa \u00ab\u00a0valeur normative\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de la force conf\u00e9r\u00e9e \u00e0 la norme par son \u00e9metteur, ou de la \u00ab\u00a0garantie normative\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des m\u00e9canismes institu\u00e9s pour en assurer le respect, mais encore de la \u00ab\u00a0port\u00e9e normative\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de la mani\u00e8re dont la norme est per\u00e7ue, ressentie, v\u00e9cue par les destinataires; et cette port\u00e9e est fonction de son degr\u00e9 de concordance avec les prescriptions normatives d\u00e9j\u00e0 int\u00e9rioris\u00e9es par les int\u00e9ress\u00e9s\u00a0: la \u00ab\u00a0mise en \u0153uvre pratique du droit\u00a0\u00bb, soit, non seulement son efficacit\u00e9 mais encore son effectivit\u00e9, supposerait \u00ab\u00a0la m\u00e9diation de r\u00e8gles emprunt\u00e9es \u00e0 d\u2019autres syst\u00e8mes normatifs\u00a0\u00bb [notes omises].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref160\" name=\"_ftn160\">[160]<\/a> Voir Saris, <em>supra <\/em>note\u00a033 \u00e0 la p\u00a0143\u00a0:<\/p>\n<p>[\u00ca]tre confront\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019incoh\u00e9rences dans un syst\u00e8me normatif non \u00e9tatique, suscit\u00e9es par le fait, par exemple, de devoir se mettre en porte-\u00e0-faux avec les normes d\u2019une autre communaut\u00e9 [&#8230;] peu[t] \u00eatre v\u00e9cu[] par le sujet de droit comme constitutif[] d\u2019une injustice et alors venir remettre en cause la l\u00e9gitimit\u00e9 du syst\u00e8me juridique \u00e9tatique [notes omises].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref161\" name=\"_ftn161\">[161]<\/a> Voir par ex <em>Loi sur les valeurs mobili\u00e8res<\/em>, RLRQ c\u00a0V-1.1, arts\u00a0225.2 et\u00a0s; <em>Loi sur les valeurs mobili\u00e8res<\/em>, LRO\u00a01990, c\u00a0S-5, art\u00a0138.1 et\u00a0s; <em>Securities Act<\/em>, RSBC\u00a01996, c\u00a0418, art\u00a0140.1 et\u00a0s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Les scandales financiers r\u00e9p\u00e9titifs et leur \u00e9cho m\u00e9diatique se chargent r\u00e9guli\u00e8rement de rappeler \u00e0 notre attention l\u2019importance fondamentale de l\u2019\u00e9thique et de la responsabilit\u00e9 sociale dans le cadre de la gestion financi\u00e8re des compagnies. Au centre de cette pr\u00e9occupation plan\u00e9taire, la comptabilit\u00e9 appara\u00eet comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment autour duquel se fixe le d\u00e9bat politique, l\u00e9gislatif et &hellip; <a href=\"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/fr\/article\/le-rle-des-normes-comptables-dans-la-responsabilit-civile-des-auditeurs-de-socits\/\">Continued<\/a><\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","class_list":["post-10853","articles","type-articles","status-publish","hentry","article-type-article"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.8 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Le r&ocirc;le des normes comptables dans la responsabilit&eacute; civile des auditeurs de soci&eacute;t&eacute;s - McGill Law Journal<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/article\/le-rle-des-normes-comptables-dans-la-responsabilit-civile-des-auditeurs-de-socits\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le r&ocirc;le des normes comptables dans la responsabilit&eacute; civile des auditeurs de soci&eacute;t&eacute;s - McGill Law Journal\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction Les scandales financiers r\u00e9p\u00e9titifs et leur \u00e9cho m\u00e9diatique se chargent r\u00e9guli\u00e8rement de rappeler \u00e0 notre attention l\u2019importance fondamentale de l\u2019\u00e9thique et de la responsabilit\u00e9 sociale dans le cadre de la gestion financi\u00e8re des compagnies. 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