{"id":19482,"date":"2017-12-01T13:45:06","date_gmt":"2017-12-01T18:45:06","guid":{"rendered":"https:\/\/lawjournal.mcgill.ca\/?post_type=articles&#038;p=19482"},"modified":"2019-11-19T15:40:02","modified_gmt":"2019-11-19T20:40:02","slug":"le-concept-dautonomie-dans-larret-carter-c-canada-au-dela-du-libre-choix","status":"publish","type":"articles","link":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/fr\/article\/le-concept-dautonomie-dans-larret-carter-c-canada-au-dela-du-libre-choix\/","title":{"rendered":"Le concept d\u2019autonomie dans l\u2019arr\u00eat Carter c. Canada : Au-del\u00e0 du libre-choix"},"content":{"rendered":"<h1 id=\"261-553-49e-ad1-ff8\">Introduction<\/h1>\n<p><em>Principled compromise can combine the best of law with the best of ethics support: to paraphrase Kant, law without ethics is empty, but ethics without law is blind\u2014only through their unison can knowledge arise<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Quelle est la port\u00e9e du droit \u00e0 l\u2019autonomie de la personne depuis l\u2019affaire <em>Carter c. Canada (PG)<\/em><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>? La Cour supr\u00eame, unanime, a conclu dans cet arr\u00eat que, nonobstant le caract\u00e8re sacr\u00e9 de la vie et l\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9gitime de l\u2019\u00c9tat de prot\u00e9ger les personnes vuln\u00e9rables, le l\u00e9gislateur canadien ne peut pas interdire de fa\u00e7on absolue aux \u00ab\u00a0personnes capables qui souffrent de probl\u00e8mes de sant\u00e9 graves et irr\u00e9m\u00e9diables\u00a0\u00bb de recevoir toute forme d\u2019aide \u00e0 mourir. Il en r\u00e9sulterait en outre une atteinte injustifiable \u00e0 une valeur fondamentale de notre soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0: l\u2019autonomie de la personne. La Cour a ainsi conclu que les dispositions du <em>Code criminel<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> prohibant toute forme d\u2019aide au suicide portaient atteinte \u00e0 la fois au droit \u00e0 la vie, la libert\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 de la personne contrairement \u00e0 l\u2019article\u00a07 de la <em>Charte canadienne des droits et libert\u00e9s<\/em><a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Elle s\u2019est toutefois vraisemblablement gard\u00e9 pour l\u2019avenir la t\u00e2che de pr\u00e9ciser la port\u00e9e du droit \u00e0 l\u2019autonomie, v\u00e9ritable pierre d\u2019assise de l\u2019analyse justifiant les conclusions retenues dans l\u2019arr\u00eat <em>Carter<\/em>.<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat laisse de nombreuses questions en suspens. Comment, dans quelle mesure et en vertu de quels principes le droit constitutionnel canadien pourra encadrer ou limiter la <em>libert\u00e9 de renoncer<\/em> au droit \u00e0 la vie en contexte d\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir ou plus g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019euthanasie volontaire ? Les l\u00e9gislateurs qu\u00e9b\u00e9cois et canadien peuvent-ils, tel qu\u2019ils le font actuellement, limiter l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir aux personnes en \u00ab\u00a0fin de vie\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> ou dont la \u00ab\u00a0mort naturelle est devenue raisonnablement pr\u00e9visible\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>? Dans quelle mesure peut-on permettre ou interdire l\u2019aide \u00e0 mourir aux mineurs ou aux personnes souffrant de probl\u00e8mes de sant\u00e9 mentale ou de nature psychologique? La possibilit\u00e9 de consentir \u00e0 l\u2019avance \u00e0 une aide \u00e0 mourir participerait-elle de l\u2019autonomie de la personne ou constituerait-elle plut\u00f4t une renonciation \u00e0 l\u2019autonomie de modifier son choix \u00e0 tout moment en fin de vie? Quelles mesures de sauvegarde les l\u00e9gislateurs peuvent-ils ou doivent-ils pr\u00e9voir, s\u2019agissant par exemple de l\u2019\u00e9coulement d\u2019une p\u00e9riode de r\u00e9flexion plus ou moins longue entre le moment o\u00f9 une personne communique pour une premi\u00e8re fois son d\u00e9sir et consentement \u00e0 mourir et le moment o\u00f9 elle formule \u00e0 nouveau ce consentement<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>? Le fait que le l\u00e9gislateur canadien ne puisse criminaliser de fa\u00e7on absolue toute forme d\u2019aide \u00e0 mourir signifie-t-il que m\u00eame les personnes qui ont la capacit\u00e9 de s\u2019enlever la vie elles-m\u00eames ont un <em>droit<\/em> de recevoir de l\u2019\u00c9tat une aide \u00e0 mourir, voire une euthanasie volontaire<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>?<\/p>\n<p>Parmi les diff\u00e9rents enjeux que soul\u00e8vent toutes ces questions d\u00e9licates, d\u00e9terminer la port\u00e9e normative de l\u2019autonomie de la personne au sens de l\u2019article\u00a07 de la <em>Charte canadienne <\/em>s\u2019av\u00e8re une question d\u00e9terminante, et celle qui sera au c\u0153ur de cet article. La jurisprudence a reconnu avec le temps que la \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb prot\u00e9g\u00e9e par cette disposition constitutionnelle va au-del\u00e0 de la stricte libert\u00e9 physique<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, mais les contours du \u00ab\u00a0droit \u00e0 l\u2019autonomie\u00a0\u00bb demeurent impr\u00e9cis. Tout au plus sait-on que l\u2019article\u00a07 \u00ab\u00a0garantit \u00e0 chaque individu une marge d&rsquo;autonomie personnelle sur ses d\u00e9cisions importantes touchant intimement \u00e0 sa vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. L\u2019autonomie prot\u00e8ge donc \u00ab\u00a0le droit de faire des choix personnels fondamentaux\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, lesquels rel\u00e8vent \u00ab\u00a0de l\u2019essence m\u00eame de ce que signifie la jouissance de la dignit\u00e9 et de l\u2019ind\u00e9pendance individuelles\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sente contribution a pour objet d\u2019effectuer une analyse approfondie des fondements normatifs du concept d\u2019autonomie de la personne pouvant \u00eatre d\u00e9gag\u00e9 des motifs des juges de la Cour supr\u00eame dans l\u2019affaire <em>Carter<\/em>. Afin de qualifier plus pr\u00e9cis\u00e9ment la dimension substantive de ce concept d\u2019autonomie, nous proc\u00e9derons dans un premier temps \u00e0 une analyse des diff\u00e9rents mod\u00e8les d\u2019autonomie de la personne retenus en contexte biom\u00e9dical, lesquels sont \u00e9labor\u00e9s \u00e0 partir de normes \u00e0 la fois juridiques et philosophiques. Dans un deuxi\u00e8me temps, nous analyserons les motifs de l\u2019arr\u00eat <em>Carter<\/em> \u00e0 la lumi\u00e8re de ces principes afin de d\u00e9crire et qualifier le concept d\u2019autonomie esquiss\u00e9 par les juges.<\/p>\n<p>Plus particuli\u00e8rement, nous d\u00e9montrerons que le concept d\u2019autonomie d\u00e9velopp\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat <em>Carter<\/em> ne correspond pas \u00e0 un simple \u00ab\u00a0libre-choix\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire uniquement \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019effectuer tout choix (m\u00eame via un consentement dit \u00ab\u00a0libre et \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb) ind\u00e9pendamment des principes ou objectifs poursuivis et des cons\u00e9quences. L\u2019autonomie d\u00e9crite dans <em>Carter <\/em>poss\u00e8de bien une dimension normative substantive \u00e0 la fois fond\u00e9e sur des principes objectifs et le respect d\u2019un processus d\u00e9cisionnel rationnel. En effet, la d\u00e9finition du droit \u00e0 la vie excluant un \u00ab\u00a0droit \u00e0 la mort\u00a0\u00bb correspond \u00e0 une norme universelle compatible avec un mod\u00e8le d\u2019<em>autonomie id\u00e9ale objective<\/em>. Lorsque l\u2019autonomie est toutefois saisie sp\u00e9cifiquement sous le prime de l\u2019atteinte au droit \u00e0 la libert\u00e9, la Cour retient aux fins de son analyse ayant pour objet l\u2019adjudication de droits individuels en pratique un mod\u00e8le d\u2019autonomie id\u00e9ale <em>subjective<\/em> visant \u00e0 ce que chacun puisse se gouverner selon l\u2019ensemble de ses valeurs et de ses convictions quant \u00e0 la conduite g\u00e9n\u00e9rale de sa vie.<\/p>\n<h1 id=\"c9d-d99-44d-99e-1ca\">I.\u00a0 Le concept d\u2019autonomie de la personne\u00a0: fondements philosophiques<\/h1>\n<p>L\u2019autonomie de la personne rev\u00eat une importance toute particuli\u00e8re en contexte biom\u00e9dical. Celle-ci est mobilis\u00e9e par les juristes comme les \u00e9thiciens pour fonder notamment les param\u00e8tres du consentement libre et \u00e9clair\u00e9, les mesures de sauvegarde des choix exerc\u00e9s par l\u2019individu ou encore les limites m\u00eames quant aux diff\u00e9rentes options offertes aux patients.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, le concept m\u00eame d\u2019\u00ab\u00a0autonomie\u00a0\u00bb pourra r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 des normes th\u00e9oriques comme pratiques fort diff\u00e9rentes selon les objectifs poursuivis.\u00a0Diff\u00e9rentes formulations de questions \u00e9thiques classiques pourront guider l\u2019analyse menant choisir une d\u00e9finition en particulier de l\u2019autonomie. Par exemple, une personne est-elle v\u00e9ritablement autonome uniquement lorsqu\u2019elle effectue des choix rationnels et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, qu\u2019est-ce qu\u2019un <em>choix rationnel<\/em> concernant soi-m\u00eame? La personne autonome est-elle celle qui effectue des choix fond\u00e9s sur certains principes universels\u00a0ou objectivables? Suffit-il plut\u00f4t que l\u2019individu prenne des d\u00e9cisions en fonction de ses propres v\u00e9rit\u00e9s subjectives pour \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 agir de fa\u00e7on autonome? L\u2019autonome d\u00e9signe-t-elle l\u2019unique capacit\u00e9 de formuler un consentement, lequel pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 <em>libre et \u00e9clair\u00e9 <\/em>sans \u00e9gard aux raisons qui fondent la d\u00e9cision en cause ou aux cons\u00e9quences qui en d\u00e9coulent<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>?<\/p>\n<p>Notre analyse de la litt\u00e9rature pertinente nous am\u00e8ne \u00e0 identifier trois mod\u00e8les g\u00e9n\u00e9raux du concept d\u2019autonomie, \u00e0 savoir\u00a0(i) l\u2019autonomie id\u00e9ale <em>objective<\/em>, (ii) l\u2019autonomie id\u00e9ale <em>subjective<\/em> et (iii) l\u2019\u00ab\u00a0autonomie\u00a0\u00bb non id\u00e9ale subjective ou <em>libre-choix<\/em><a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Alors que l\u2019autonomie id\u00e9ale objective fonde l\u2019encadrement de la prise de d\u00e9cisions de l\u2019individu suppos\u00e9 rationnel sur des valeurs g\u00e9n\u00e9ralisables, voire universelles, l\u2019autonomie id\u00e9ale subjective vise plut\u00f4t le respect des d\u00e9sirs subjectifs v\u00e9ritables de la personne. Dans un cas comme dans l\u2019autre, il s\u2019agit bien de mod\u00e8les \u00e9thiquement d\u00e9fendables du principe d\u2019autonomie. Toutefois, tel qu\u2019il sera d\u00e9montr\u00e9 ci-apr\u00e8s, bien que la libert\u00e9 de la personne en soit une composante, le pur <em>libre-choix<\/em> n\u2019est pas une forme d\u2019\u00ab\u00a0autonomie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2 id=\"db8-6cb-462-a7f-c7d\">A.\u00a0 L\u2019autonomie objective\u00a0: fonder la libert\u00e9 sur des principes g\u00e9n\u00e9ralisables<\/h2>\n<p>Le mod\u00e8le de l\u2019autonomie dite \u00ab\u00a0id\u00e9ale\u00a0\u00bb objective vise les conceptions de l\u2019autonomie selon lesquelles les d\u00e9cisions biom\u00e9dicales concernant l\u2019individu doivent correspondre \u00e0 ce qu\u2019il <em>devrait<\/em> vouloir en fonction d\u2019un syst\u00e8me de valeurs morales g\u00e9n\u00e9ralisables. Une norme est g\u00e9n\u00e9ralisable lorsqu\u2019elle est fond\u00e9e sur une moralit\u00e9 commune pouvant \u00eatre rationnellement partag\u00e9e par une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. La norme objective est dite \u00ab\u00a0universelle\u00a0\u00bb lorsqu\u2019elle peut \u00eatre rationnellement \u00e9rig\u00e9e en principe partag\u00e9 par la communaut\u00e9 humaine. La norme universelle est donc en quelque sorte la forme la plus aboutie de la norme objective g\u00e9n\u00e9ralisable. Il s\u2019agit l\u00e0 du principe bien connu de la loi morale universelle de Kant.<\/p>\n<p>Les normes \u00e9thiques et juridiques s\u2019appuyant sur le respect d\u2019une forme d\u2019autonomie objective visent donc \u00e0 ce que la conduite de l\u2019individu tende \u00e0 se conformer \u00e0 un <em>id\u00e9al moral objectif <\/em>pouvant \u00eatre rationnellement partag\u00e9<em>. <\/em>Ces normes appliqu\u00e9es en contexte biom\u00e9dical pourront mettre de c\u00f4t\u00e9 ou refuser certaines options au patient, voire les interdire l\u00e9galement. La prohibition absolue de toute aide au suicide justifi\u00e9e uniquement par le principe du <em>caract\u00e8re sacr\u00e9 de la vie <\/em>constitue un exemple classique de la mise en \u0153uvre du mod\u00e8le d\u2019autonomie objective fond\u00e9e sur des principes moraux universalisables. Toutefois, nous verrons que toute ouverture \u00e0 une quelconque forme d\u2019aide au suicide ne s\u2019inscrit pas forc\u00e9ment en faux contre une conception objective de l\u2019autonomie, m\u00eame fond\u00e9e sur des lois morales universelles.<\/p>\n<p>Les fondements philosophiques de l\u2019autonomie objective trouvent leur origine dans la pens\u00e9e de Emmanuel Kant. On peut m\u00eame affirmer que Kant a en quelque sorte historiquement \u00ab\u00a0invent\u00e9\u00a0\u00bb l\u2019id\u00e9e d\u2019autonomie (purement objective) en \u00e9tant le premier \u00e0 poser la <em>morale <\/em>elle-m\u00eame comme <em>autonomie<\/em><a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. En effet, dans la pens\u00e9e kantienne, l\u2019individu autonome est celui qui, suppos\u00e9 rationnel, choisit l\u2019action qui s\u2019impose \u00e0 lui comme un <em>devoir<\/em> en application de principes moraux conformes \u00e0 une vertu universelle. L\u2019individu autonome s\u2019autogouverne en tant que son propre l\u00e9gislateur de r\u00e8gles morales qui guident ses actions. Ces r\u00e8gles ne peuvent \u00eatre subjectives en ce sens qu\u2019elles ne doivent pas \u00eatre guid\u00e9es par ses simples <em>inclinations<\/em> personnelles. Elles doivent plut\u00f4t correspondre <em>objectivement au bien<\/em>. La formule de l\u2019autonomie kantienne repose donc sur des <em>imp\u00e9ratifs absolus<\/em>, d\u2019o\u00f9 le fait qu\u2019elle puisse \u00eatre qualifi\u00e9e comme constituant un <em>id\u00e9al d\u2019objectivit\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>En pratique, il en d\u00e9coule forc\u00e9ment une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019ajustement des id\u00e9es pures de Kant aux fins de d\u00e9velopper des normes v\u00e9ritablement op\u00e9rationnelles<em>. <\/em>Il n\u2019en demeure pas moins \u00e0 la fois incontournable et fort utile de saisir les justifications philosophiques qui m\u00e8nent \u00e0 la construction du concept d\u2019autonomie \u00ab\u00a0pur\u00a0\u00bb de Kant. Nous proc\u00e9derons donc, dans les lignes suivantes, \u00e0 un sommaire de ces concepts fondamentaux \u00e0 la pens\u00e9e kantienne.<\/p>\n<p>La libert\u00e9, dans ses dimensions \u00e0 la fois morale et politique, constitue le fondement de la th\u00e9orie de la justice kantienne. S\u2019agissant plus particuli\u00e8rement du concept d\u2019autonomie, il s\u2019agit l\u00e0 pour Kant d\u2019une id\u00e9e reposant fondamentalement sur une forme de raison universelle, c\u2019est-\u00e0-dire sur la \u00ab\u00a0connaissance rationnelle commune de la moralit\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Cette id\u00e9e signifie deux choses essentielles\u00a0: l\u2019autonomie ne peut \u00eatre atteinte que par le biais de la raison et cette raison doit permettre de s\u2019astreindre soi-m\u00eame par autol\u00e9gislation \u00e0 respecter des r\u00e8gles qui puissent \u00eatre tout autant valables pour soi-m\u00eame que pour autrui.<\/p>\n<p>Kant soumet que l\u2019autonomie est atteinte par la concomitance de la volont\u00e9 de l\u2019individu avec une raison pratique universelle. C\u2019est pourquoi toutes les maximes \u2014 absolues \u2014 que l\u2019individu rationnel s\u2019impose <em>librement<\/em> \u00e0 lui-m\u00eame constituent un r\u00e8gne des <em>possibles de la nature<\/em>. Une loi universelle qui vaut pour toute personne humaine est autrement dit une loi qui se <em>choisit<\/em> <em>naturellement<\/em> par l\u2019individu rationnel faisant preuve de raison <em>pure<\/em> pratique. Ce choix <em>s\u2019impose<\/em> en m\u00eame temps \u00e0 lui en ce que la loi universelle ne constitue que la seule r\u00e8gle qui soit rationnellement justifi\u00e9e. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 r\u00e9side d\u2019ailleurs la source de cet imp\u00e9ratif bien connu formul\u00e9 par Kant\u00a0: \u00ab\u00a0Agis comme si la maxime de ton action devait \u00eatre \u00e9rig\u00e9e par ta volont\u00e9 en loi universelle de la nature\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rons isol\u00e9ment le concept kantien de <em>raison<\/em>. Il est n\u00e9cessaire pour ce faire de rappeler la pr\u00e9misse selon laquelle les individus sont <em>pr\u00e9sum\u00e9s<\/em> \u00eatre des \u00eatres rationnels pour Kant, m\u00eame si le philosophe reconnait tout \u00e0 fait que ceux-ci s\u2019\u00e9garent bien souvent de la voie que leur dicte la raison et agissent en suivant leurs <em>inclinations<\/em>. Ce faisant, ils agissent d\u2019ailleurs de fa\u00e7on non autonome, puisque non rationnelle. Cette pr\u00e9somption de rationalit\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00eatre humain est essentielle \u00e0 la formule d\u2019autonomie kantienne, parce que c\u2019est justement en leur qualit\u00e9 d\u2019\u00eatres rationnels que les personnes peuvent s\u2019imposer \u00e0 elles-m\u00eames les imp\u00e9ratifs cat\u00e9goriques de la morale universelle <em>et \u00e0 la fois<\/em> <em>\u00eatre en toute<\/em> <em>l\u00e9gitimit\u00e9 soumises \u00e0 ces imp\u00e9ratifs en tant qu\u2019\u00eatres autonomes<\/em>. Si, \u00e0 l\u2019inverse, l\u2019individu \u00e9tait pr\u00e9sum\u00e9 non raisonnable, le fait qu\u2019il <em>doive<\/em> s\u2019imposer une r\u00e8gle imp\u00e9rative correspondant au r\u00e8gne naturel (universel) de la raison pour de ce fait exercer son autonomie constituerait une nette antinomie<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.<\/p>\n<p>Le paradoxe apparent entre l\u2019imposition \u00e0 soi-m\u00eame en toute <em>libert\u00e9 <\/em>d\u2019une loi devant imp\u00e9rativement correspondre \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 universelle et la formulation par <em>autol\u00e9gislation <\/em>de principes justement <em>universels<\/em> r\u00e9side dans le fait que l\u2019individu ne constitue pas pour Kant un <em>sujet <\/em>de la loi morale, mais plut\u00f4t un <em>traducteur<\/em> (par autol\u00e9gislation) du r\u00e8gne naturel des fins. Sur ce point, John Rawls explique, apr\u00e8s avoir analys\u00e9 les diff\u00e9rentes formulations de cette maxime, que l\u2019id\u00e9e essentielle se d\u00e9gageant de la pens\u00e9e kantienne r\u00e9side dans le concept d\u2019appartenance \u00e0 une <em>communaut\u00e9 morale<\/em>. C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi Kant consid\u00e8re de fa\u00e7on cons\u00e9quente que l\u2019autonomie de la volont\u00e9 est l\u2019unique principe \u2014 ou principe supr\u00eame \u2014 de la morale<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>.<\/p>\n<p>De ce qui pr\u00e9c\u00e8de d\u00e9coule un principe fondamental \u00e0 l\u2019autonomie morale selon Kant\u00a0: la volont\u00e9 ne peut \u00eatre soumise, exerc\u00e9e ou autrement influenc\u00e9e par autre chose que la raison pratique. Le seul <em>int\u00e9r\u00eat <\/em>ressenti qui puisse constituer une inclination valable du point de vue de l\u2019autonomie morale est justement une inclination envers la <em>morale elle-m\u00eame<\/em>. Voil\u00e0 en quoi cette forme d\u2019autonomie correspond \u00e0 une morale <em>objective<\/em>.<\/p>\n<p>Les formulations de l\u2019universalisme, des imp\u00e9ratifs cat\u00e9goriques de la vertu et du r\u00e8gne des fins sont donc essentielles au concept d\u2019autonomie kantien. S\u2019agissant plus particuli\u00e8rement des questions li\u00e9es \u00e0 l\u2019aide au suicide, l\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir ou l\u2019euthanasie volontaire, Kant pose dans ses <em>Le\u00e7ons d\u2019\u00e9thique <\/em>certains imp\u00e9ratifs cat\u00e9goriques li\u00e9s aux devoirs envers soi-m\u00eame qui sont pertinents \u00e0 notre analyse. Il s\u2019agit des formulations portant sur le suicide, la libert\u00e9, le devoir de conservation de soi et \u00e0 la dignit\u00e9 humaine discut\u00e9es ci-apr\u00e8s.<\/p>\n<p>L\u2019interdit cat\u00e9gorique de suicide kantien est bien connu. Kant consid\u00e8re que la libert\u00e9 \u2014 qui est aussi raison \u2014 est la valeur humaine supr\u00eame en ce qu\u2019elle est la \u00ab\u00a0condition de la vie\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. C\u2019est donc pour cette raison que la libert\u00e9, comprise comme fondement de la vie, ne peut justifier l\u2019action visant \u00e0 supprimer cette m\u00eame vie. Il est imp\u00e9ratif pour un \u00eatre libre de pouvoir vivre, et le corps n\u2019est pas simplement contigent \u00e0 la vie; le corps est une \u00ab\u00a0condition de la vie\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>. Il en d\u00e9coule qu\u2019une personne ne peut \u00eatre libre et simultan\u00e9ment pr\u00e9tendre avoir le droit de s\u2019enlever la vie sans raison aucune. Au contraire, l\u2019individu a un devoir de pr\u00e9servation de son corps, puisque c\u2019est \u00e0 travers ce corps qu\u2019il vit et qu\u2019il peut \u00eatre libre. Une r\u00e8gle qui formulerait l\u2019id\u00e9e inverse ne pourrait d\u2019aucune mani\u00e8re \u00eatre \u00e9lev\u00e9e au rang de loi universelle. Le corps de l\u2019individu est <em>lui-m\u00eame<\/em>. Or, il n\u2019est pas possible de disposer de <em>soi-m\u00eame<\/em>, mais uniquement de <em>son \u00e9tat<\/em><a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>. Il en d\u00e9coule qu\u2019on ne peut disposer de son \u00e9tat de fa\u00e7on \u00e0 disposer du m\u00eame coup compl\u00e8tement de son corps parce qu\u2019alors cela revient \u00e0 disposer de soi-m\u00eame et \u00e0 ali\u00e9ner sa libert\u00e9 <em>par libert\u00e9<\/em>, ce qui serait forc\u00e9ment antinomique.<\/p>\n<p>Cependant, une analyse attentive r\u00e9v\u00e8le que ce n\u2019est pas l\u2019interdit du suicide qui est un imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique, mais bien la pr\u00e9servation de soi. Cette nuance signifie que le suicide n\u2019est pas moralement autoris\u00e9 dans la mesure o\u00f9 vivre permet de se pr\u00e9server en tant qu\u2019\u00eatre de raison, de dignit\u00e9 et de libert\u00e9. Pour Kant, \u00ab\u00a0[c]\u2019est l\u2019intention de se d\u00e9truire soi-m\u00eame qui constitue le suicide\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>, et non le fait que la vie aurait une valeur sup\u00e9rieure au libre arbitre. Au contraire, c\u2019est la libert\u00e9 qui a une valeur sup\u00e9rieure \u00e0 la vie. Quant \u00e0 la moralit\u00e9, elle serait \u00ab\u00a0de loin sup\u00e9rieure \u00e0 la vie\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. Ainsi, si une personne est condamn\u00e9e \u00e0 une vie indigne o\u00f9 elle ne peut \u00eatre libre, le suicide peut m\u00eame \u00e0 l\u2019occasion devenir un imp\u00e9ratif. \u00ab\u00a0Il y a en fait plusieurs circonstances dans lesquelles la vie doit \u00eatre sacrifi\u00e9e\u00a0: si je ne puis la conserver autrement qu\u2019en violant les devoirs que j\u2019ai envers moi-m\u00eame, j\u2019ai en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019obligation de <em>renoncer \u00e0 ma vie<\/em>\u00a0\u00bb [nos italiques]<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>. En d\u00e9finitive, ce qui est v\u00e9ritablement inviolable pour Kant n\u2019est pas la vie elle-m\u00eame, mais bien \u00ab\u00a0[l]\u2019humanit\u00e9 en notre personne\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. Rawls conclut d\u2019ailleurs de son analyse de la <em>Doctrine de la vertu<\/em> que pour Kant le suicide n\u2019est pas toujours immoral malgr\u00e9 ce que certains commentateurs laissent entendre. L\u2019id\u00e9e ma\u00eetresse de la pens\u00e9e kantienne est plut\u00f4t qu\u2019une <em>justification morale<\/em> est toujours n\u00e9cessaire au suicide<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>.<\/p>\n<p>Bref, l\u2019\u00e9thique kantienne ne contient pas d\u2019interdit g\u00e9n\u00e9ral de suicide qui puisse agir comme une objection pr\u00e9liminaire \u00e0 ce qu\u2019une personne puisse d\u00e9cider en toute <em>autonomie<\/em> de recourir \u00e0 une forme d\u2019aide \u00e0 mourir. Il demeure que pour juger de l\u2019autonomie de cette personne face \u00e0 un tel choix, le test d\u2019universalisme de la r\u00e8gle que la personne s\u2019impose \u00e0 elle-m\u00eame doit \u00eatre satisfait et il doit par cons\u00e9quent en d\u00e9couler une <em>r\u00e8gle morale objective<\/em>. Le dilemme de l\u2019autol\u00e9gislation de r\u00e8gles \u00e0 la fois dict\u00e9es obligatoirement par la raison et formul\u00e9es librement<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a> cr\u00e9e une nette h\u00e9t\u00e9ronomie dans le concept d\u2019autonomie morale kantien. Il en d\u00e9coule que ce ne sont pas les <em>personnes<\/em> elles-m\u00eames qui sont autonomes, mais plut\u00f4t les <em>entit\u00e9s abstraites<\/em> qui construisent le syst\u00e8me moral de Kant<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>.<\/p>\n<p>Kant pose lui-m\u00eame l\u2019impasse d\u2019expliquer comment la raison pure peut tout autant \u00eatre pratique\u00a0:<\/p>\n<p>Or <em>la libert\u00e9 est une simple id\u00e9e, dont la r\u00e9alit\u00e9 objective<\/em> [&#8230;] <em>ne peut jamais \u00eatre comprise ni m\u00eame seulement aper\u00e7ue<\/em>. Elle ne vaut que comme une <em>supposition n\u00e9cessaire de la raison<\/em> dans un \u00eatre qui croit avoir conscience d\u2019une volont\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une facult\u00e9 bien diff\u00e9rente de la simple facult\u00e9 de d\u00e9sirer [\u2026] Or, l\u00e0 o\u00f9 cesse une d\u00e9termination selon des lois de la nature, l\u00e0 cesse \u00e9galement toute <em>explication<\/em>, et il ne reste plus qu\u2019\u00e0 se tenir sur la <em>d\u00e9fensive<\/em>. [&#8230;]<\/p>\n<p>On ne saurait, en effet, nous bl\u00e2mer de ne pas vouloir [expliquer la supr\u00e9matie de la raison] au moyen d\u2019une condition [&#8230;] car ce ne serait plus alors une loi morale, c\u2019est-\u00e0-dire une loi supr\u00eame de la libert\u00e9. Et ainsi nous ne comprenons pas sans doute la n\u00e9cessit\u00e9 pratique inconditionn\u00e9e de l\u2019imp\u00e9ratif moral, mais nous comprenons du moins son <em>incompr\u00e9hensibilit\u00e9<\/em>, et c\u2019est tout ce qu\u2019on peut exiger raisonnablement d\u2019<em>une philosophie qui s\u2019efforce d\u2019atteindre dans les principes aux limites de la raison humaine<\/em> [nos italiques]<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>.<\/p>\n<p>Le concept d\u2019autonomie morale construit par Kant renvoie donc, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un \u00e9talon de mesure utile \u00e0 des fins comparatives, \u00e0<em> l\u2019expression la plus objective<\/em> de la libert\u00e9 humaine fond\u00e9e sur un id\u00e9al universel. Les n\u00e9cessit\u00e9s pratiques de penser des normes \u00e9thiques et juridiques \u00e0 caract\u00e8re op\u00e9ratoire et ancr\u00e9es dans la r\u00e9alit\u00e9 <em>v\u00e9cue<\/em> par les personnes justifient donc de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e9galement \u00e0 un concept d\u2019autonomie qui soit <em>davantage<\/em> saisissable en pratique. Nous avions d\u2019ailleurs d\u2019entr\u00e9e de jeu pr\u00e9cis\u00e9 que la norme exigeante de la conformit\u00e9 \u00e0 la loi morale universelle ne constitue qu\u2019une forme de l\u2019autonomie objective, l\u2019<em>objectivation<\/em> ou la <em>g\u00e9n\u00e9ralisation<\/em> d\u2019une norme rationnelle pouvant se rattacher \u00e0 une communaut\u00e9 humaine, sociale et politique donn\u00e9e.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, affirmer qu\u2019une norme objective n\u2019est objective que pour une communaut\u00e9 en particulier, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 admettre une certaine subjectivit\u00e9 <em>in\u00e9vitable<\/em> dans le choix d\u2019un concept comme celui de l\u2019autonomie personnelle. Il existe toutefois une distinction th\u00e9orique claire entre cette forme de subjectivit\u00e9 de la norme d\u2019autonomie objective g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 une communaut\u00e9 donn\u00e9e et une conception de l\u2019autonomie qui soit <em>subjective<\/em> <em>\u00e0 la personne elle-m\u00eame.<\/em> C\u2019est de ce deuxi\u00e8me mod\u00e8le d\u2019autonomie morale subjective que nous discuterons ci-apr\u00e8s.<\/p>\n<h2 id=\"bda-04c-419-b8a-e06\">B.\u00a0 L\u2019autonomie subjective\u00a0: situer l\u2019autonomie en pratique<\/h2>\n<p>Le mod\u00e8le de l\u2019autonomie dite \u00ab\u00a0id\u00e9ale\u00a0\u00bb subjective regroupe les conceptions de l\u2019autonomie selon lesquelles les d\u00e9cisions biom\u00e9dicales concernant l\u2019individu doivent correspondre \u00e0 ce qu\u2019il <em>d\u00e9sire v\u00e9ritablement<\/em> en fonction de l\u2019ensemble de ses valeurs, d\u00e9sirs et objectifs concernant la conduite g\u00e9n\u00e9rale de sa vie. De ce point de vue, l\u2019autonomie a \u00e9galement pour objet l\u2019atteinte d\u2019un <em>id\u00e9al<\/em>, celui-ci \u00e9tant plut\u00f4t <em>subjectif<\/em> en ce qu\u2019il correspond \u00e0 la d\u00e9finition personnelle de l\u2019individu de <em>son<\/em> id\u00e9al moral. Non seulement cette conception g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019autonomie est-elle davantage saisissable en pratique (sans bien s\u00fbr l\u2019\u00eatre compl\u00e8tement), mais encore celle-ci autorise plus ais\u00e9ment un pluralisme moral quant \u00e0 la diversit\u00e9 des choix pouvant \u00eatre effectu\u00e9s par les individus <em>autonomes<\/em>.<\/p>\n<p>Comme l\u2019explique Onora O\u2019Neill, ce type d\u2019autonomie peut \u00eatre qualifi\u00e9 d\u2019<em>autonomie rationnelle<\/em> dans la mesure o\u00f9 il correspond \u00e0 un processus d\u00e9cisionnel qui soit, bien que subjectif \u00e0 l\u2019individu, v\u00e9ritablement rationnel. De mani\u00e8re classique, on entend par \u00ab\u00a0processus d\u00e9cisionnel rationnel\u00a0\u00bb le fait de choisir en fonction de ses <em>d\u00e9sirs de second ordre<\/em> et non uniquement d\u2019effectuer des <em>choix routiniers<\/em>. Autrement dit, le processus d\u00e9cisionnel doit <em>rationnellement <\/em>mener la personne \u00e0 un choix lui permettant de se gouverner en fonction de ses valeurs propres, ses convictions profondes et selon le sens qu\u2019elle souhaite donner \u00e0 <em>sa<\/em> propre vie (et non selon le sens universel de <em>la<\/em> vie). \u00c0 l\u2019inverse, le processus d\u00e9cisionnel menant \u00e0 effectuer un choix correspondant \u00e0 la simple manifestation d\u2019une volont\u00e9 imm\u00e9diate est irrationnel et peut de surcro\u00eet entrer en contradiction avec les d\u00e9sirs v\u00e9ritables de la personne. L\u2019autonomie subjective rationnelle se distingue donc de la simple <em>ind\u00e9pendance<\/em> de l\u2019individu comme le qualifie O\u2019Neill, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un processus d\u00e9cisionnel qui, m\u00eame si le droit strict pouvait le qualifier de \u00ab\u00a0libre et \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb, ne r\u00e9pond pas \u00e0 une exigence de rationalit\u00e9<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>. Or, tel que nous le d\u00e9montrerons ci-apr\u00e8s, un processus d\u00e9cisionnel irrationnel, un choix formul\u00e9 simplement en apparence de mani\u00e8re ind\u00e9pendante par l\u2019individu, ou autrement formuler le simple <em>libre-choix<\/em>, ne correspondent pas \u00e0 une forme d\u2019<em>autonomie v\u00e9ritable<\/em>.<\/p>\n<p>D\u00e9fenseur de l\u2019autonomie subjective, G\u00e9rald Dworkin distingue de mani\u00e8re similaire l\u2019individu autonome comme \u00e9tant celui qui se gouverne en fonction de ses <em>d\u00e9sirs de deuxi\u00e8me ordre<\/em> et non de ses <em>d\u00e9sirs de premier ordre<\/em>.\u00a0L\u2019auteur s\u2019est inspir\u00e9 de diff\u00e9rentes conceptions de l\u2019id\u00e9e d\u2019autonomie afin de d\u00e9gager ce qui \u00e0 son avis constitue le concept central d\u2019autonomie morale<em>. <\/em>Il a suppos\u00e9 qu\u2019au-del\u00e0 des diff\u00e9rentes fa\u00e7ons de concevoir comment l\u2019autonomie peut \u00eatre atteinte (par autol\u00e9gislation, cr\u00e9ation de soi ou questionnement en <em>soi<\/em> par exemple), il \u00e9tait possible de d\u00e9gager une d\u00e9finition \u00e0 la fois commune \u00e0 ces conceptions et distincte d\u2019autres concepts comme la <em>libert\u00e9 <\/em>ou la <em>volont\u00e9<\/em><a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>. Le noyau dur de l\u2019autonomie r\u00e9siderait dans l\u2019<em>autogouvernance <\/em>de l\u2019individu selon son propre code moral<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>.<\/p>\n<p>Selon Dworkin, il n\u2019est pas possible de retenir comme d\u00e9finition de l\u2019autonomie un principe selon lequel l\u2019individu devrait se gouverner en fonction de normes <em>totalement objectives<\/em>, sans \u00eatre influenc\u00e9 d\u2019aucune mani\u00e8re par ses parents, ses pairs, sa culture et tous les autres param\u00e8tres sociaux et politiques qui caract\u00e9risent l\u2019environnement dans lequel il \u00e9volue. Cette influence est in\u00e9vitable. Dworkin n\u2019abdique pas pour autant face \u00e0 la difficult\u00e9 pratique de d\u00e9finir le contenu substantif de l\u2019autonomie en concluant, \u00e0 l\u2019instar des th\u00e9oriciens d\u00e9terministes, que l\u2019autonomie comme concept distinct de la libert\u00e9 n\u2019existe tout simplement pas<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>. Ainsi, un concept valable d\u2019autonomie subjective ne doit pas sacrifier l\u2019importance que celui-ci englobe une <em>valeur substantive<\/em> au nom de la recherche de sa mise en \u0153uvre. Il est n\u00e9cessaire selon Dworkin de reconna\u00eetre au concept d\u2019autonomie un fondement en tant que participant au bien moral et au meilleur int\u00e9r\u00eat de l\u2019individu ainsi qu\u2019\u00e0 la justice entre les personnes. Autrement dit, des arguments justifieraient qu\u2019\u00eatre <em>rationnellement <\/em>(et donc v\u00e9ritablement) autonome est un objectif d\u00e9sirable<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>.<\/p>\n<p>De plus, le concept de Dworkin permet d\u2019effectuer des jugements comparatifs \u00e0 la fois d\u2019un point de vue normatif et pratique, et ce en comparant la mesure selon laquelle diff\u00e9rentes situations participent ou favorisent l\u2019autonomie. Les jugements n\u2019ont pas \u00e0 \u00eatre pos\u00e9s de fa\u00e7on cat\u00e9gorique comme chez Kant. Il n\u2019existe pas pour Dworkin de <em>bons<\/em> ou de <em>mauvais<\/em> jugements, le concept d\u2019autonomie permettant plut\u00f4t de distinguer et de positionner des valeurs ou des situations factuelles qui participent <em>plus ou moins<\/em> de l\u2019autonomie morale de la personne<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>.<\/p>\n<p>Ce concept d\u2019autonomie vise \u00e0 garantir une forme d\u2019id\u00e9al moral subjectif et se distingue par cons\u00e9quent de la <em>libert\u00e9<\/em>. La libert\u00e9 peut \u00eatre d\u00e9finie comme la capacit\u00e9 pour l\u2019individu de faire ce qu\u2019il entend sans que ses possibilit\u00e9s d\u2019action ne soient limit\u00e9es par une cause qui lui est ext\u00e9rieure. Selon cette perspective, la privation de libert\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019interf\u00e9rence externe dans la possibilit\u00e9 de choix d\u2019un individu, constitue \u00e9galement une interf\u00e9rence avec l\u2019autonomie de cette personne en tant que possibilit\u00e9 d\u2019autogouvernance.<\/p>\n<p>Par exemple, dans un contexte biom\u00e9dical, lorsqu\u2019un patient ne b\u00e9n\u00e9ficie pas de l\u2019information compl\u00e8te pour effectuer un choix par exemple, ou encore que l\u2019information communiqu\u00e9e est erron\u00e9e, la libert\u00e9 d\u2019action de l\u2019individu n\u2019est pas limit\u00e9e alors que son autonomie est toutefois clairement restreinte<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>. \u00c0 supposer que l\u2019individu bien inform\u00e9 et l\u2019individu mal inform\u00e9 disposent dans les faits des m\u00eames choix, et sont donc \u00e9galement <em>libres<\/em> de choisir chacune des options offertes, seul l\u2019individu bien inform\u00e9 b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019<em>autonomie<\/em> d\u2019effectuer le choix qui correspond v\u00e9ritablement \u00e0 ses d\u00e9sirs. Au contraire, l\u2019individu mal inform\u00e9 pourra effectuer un choix qui ne correspond pas \u00e0 ses d\u00e9sirs, voire un choix qui correspond aux d\u00e9sirs d\u2019une autre personne, et dans tous les cas prendre une d\u00e9cision qui ne pourra pas \u00eatre qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0volontaire\u00a0\u00bb. Cons\u00e9quemment, un choix \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb n\u2019est pas forc\u00e9ment un choix \u00ab\u00a0volontaire\u00a0\u00bb. De plus, la volont\u00e9 imm\u00e9diate de la personne \u2014 m\u00eame bien inform\u00e9e \u2014 ne se traduit pas forc\u00e9ment par un choix qui correspond \u00e0 ce qu\u2019elle souhaite pour elle-m\u00eame quant \u00e0 la conduite de sa vie. Pour illustrer cette contradiction possible entre le choix <em>libre et volontaire <\/em>et l\u2019autonomie, Dworkin proc\u00e8de par l\u2019exemple classique d\u2019Ulysse. Souhaitant \u00e9viter que son navire ne s\u2019\u00e9choue sur les rochers parce qu\u2019il se serait dirig\u00e9 vers eux en cherchant \u00e0 suivre le chant des sir\u00e8nes, il ordonne \u00e0 l\u2019avance \u00e0 son \u00e9quipage de le ligoter au m\u00e2t et de refuser de sa part tout autre ordre ult\u00e9rieur de le lib\u00e9rer. En limitant ainsi lui-m\u00eame sa propre libert\u00e9, Ulysse s\u2019assure en fait la survie, objectif personnel qui lui importe davantage. Le fait que son \u00e9quipage n\u2019obtemp\u00e8re pas ensuite \u00e0 ses ordres de le d\u00e9tacher ne peut donc \u00eatre qualifi\u00e9 comme une privation de son autonomie. Au moment o\u00f9 Ulysse ordonne d\u2019\u00eatre d\u00e9tach\u00e9, il <em>sait <\/em>qu\u2019il r\u00e9sulterait vraisemblablement du respect de sa volont\u00e9 imm\u00e9diate que le navire s\u2019\u00e9choue sur les rochers. S\u2019il \u00e9tait <em>lib\u00e9r\u00e9 <\/em>de ses liens, il pourrait tout \u00e0 fait exercer <em>volontairement <\/em>le choix de diriger le navire de telle sorte qu\u2019il en r\u00e9sulterait logiquement et de fa\u00e7on pr\u00e9visible son naufrage. Or, cette pr\u00e9f\u00e9rence imm\u00e9diate qu\u2019il pourrait mat\u00e9rialiser de fa\u00e7on volontaire s\u2019il \u00e9tait \u00e0 ce moment <em>libre<\/em> ne correspond pas \u00e0 sa pr\u00e9f\u00e9rence sup\u00e9rieure quant \u00e0 la conduite de son existence qui est d\u2019\u00e9viter le naufrage pour sauver sa propre vie. Sa volont\u00e9 imm\u00e9diate est donc en quelque sorte ali\u00e9n\u00e9e \u00e0 lui-m\u00eame<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette illustration all\u00e9gorique d\u00e9montre \u00e0 notre avis tout autant la pertinence que les limites des arguments de Dworkin. En effet, la distinction entre les d\u00e9sirs de premier et de second ordre ne se pose pas toujours clairement en pratique. En outre, certains d\u00e9sirs de premier ordre peuvent entrer en conflit avec des d\u00e9sirs de deuxi\u00e8me ordre uniquement de fa\u00e7on imparfaite. Nous entendons par l\u00e0 le fait que, du point de vue du <em>d\u00e9sir<\/em> en soi et non pas de ses <em>cons\u00e9quences<\/em>, une <em>action<\/em> ou un <em>choix<\/em> en particulier pourrait englober des d\u00e9sirs \u00e0 la fois de premier et de second ordre. De plus, les d\u00e9sirs de deuxi\u00e8me ordre peuvent forc\u00e9ment changer<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>. Les <em>nouveaux<\/em> d\u00e9sirs de deuxi\u00e8me ordre pourront correspondre \u00e9ventuellement \u00e0 ceux de premier ordre ou encore \u00e0 d\u2019autres d\u00e9sirs distincts jamais exprim\u00e9s auparavant. Bref, il appara\u00eet qu\u2019il sera parfois justifi\u00e9 de lib\u00e9rer Ulysse\u2026 au nom des m\u00eames principes qui justifient en d\u2019autres circonstances l\u2019action contraire.<\/p>\n<p>Tout comme le mod\u00e8le d\u2019autonomie id\u00e9ale objective, le mod\u00e8le d\u2019autonomie id\u00e9ale subjective comporte \u00e9galement des limites. Comment sortir de cette impasse\u00a0? Doit-on se r\u00e9soudre \u00e0 adopter un concept d\u2019autonomie fond\u00e9 \u00e0 toutes fins pratiques sur une forme de \u00ab\u00a0libre-choix\u00a0\u00bb de l\u2019individu\u00a0?<\/p>\n<h2 id=\"853-362-495-bd4-ded\">C.\u00a0 Le \u00ab\u00a0libre-choix\u00a0\u00bb, une forme d\u2019autonomie\u00a0?<\/h2>\n<p>Le mod\u00e8le de l\u2019\u00ab\u00a0autonomie\u00a0\u00bb non id\u00e9ale subjective regroupe les conceptions de l\u2019autonomie selon lesquelles l\u2019individu autonome se gouvernerait et pourrait effectuer des choix en fonction de tout d\u00e9sir ou inclination. Un tel choix pourrait ne pas \u00eatre compatible avec un principe moral universel ou encore les valeurs, d\u00e9sirs et objectifs de l\u2019individu sans que cela n\u2019affecte la dimension <em>autonome<\/em> de la d\u00e9cision d\u2019un point de vue moral. C\u2019est pourquoi il s\u2019agit d\u2019une forme d\u2019autonomie \u00ab\u00a0non id\u00e9ale\u00a0\u00bb puisqu\u2019elle ne correspond ni \u00e0 un id\u00e9al objectif partag\u00e9 ni \u00e0 l\u2019id\u00e9al subjectif de l\u2019individu lui-m\u00eame. Ce mod\u00e8le inclut ainsi les th\u00e9ories qui fondent l\u2019autonomie sur le concept du pur <em>libre-choix<\/em> ou encore sur le principe du seul <em>consentement libre et \u00e9clair\u00e9<\/em>, dans la mesure o\u00f9 ce consentement peut \u00eatre formul\u00e9 suivant toute inclination ou d\u00e9sir.<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment en quoi les concepts de pure \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0volont\u00e9\u00a0\u00bb ne peuvent fonder une forme d\u2019autonomie id\u00e9ale subjective. Nous pousserons n\u00e9anmoins l\u2019analyse plus loin afin d\u2019identifier s\u2019il existe des raisons de fonder autrement le principe d\u2019autonomie par l\u2019entremise d\u2019un mod\u00e8le \u00ab\u00a0non-id\u00e9al subjectif\u00a0\u00bb. Le concept de libert\u00e9 qui s\u2019approche \u00e0 notre avis le plus de celui d\u2019autonomie est sans doute celui bien connu de \u00ab\u00a0libert\u00e9 positive\u00a0\u00bb d\u00e9velopp\u00e9 par Isaiah Berlin. Libert\u00e9s n\u00e9gative et positive sont intrins\u00e8quement li\u00e9es pour Berlin et, par cons\u00e9quent, th\u00e9oriquement diff\u00e9renci\u00e9es et oppos\u00e9es uniquement afin de mieux comprendre les deux dimensions d\u2019un m\u00eame concept. Alors que la libert\u00e9 n\u00e9gative r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la possibilit\u00e9 pour l\u2019individu de ne pas \u00eatre limit\u00e9 par une quelconque contrainte externe dans sa capacit\u00e9 \u00e0 se gouverner soi-m\u00eame, la libert\u00e9 positive r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une dimension additionnelle de cette autogouvernance. Berlin insiste sur la possibilit\u00e9 que doit avoir l\u2019individu de se <em>d\u00e9finir<\/em> comme son propre sujet, et non comme un objet qui serait simplement libre d\u2019<em>agir<\/em>. L\u2019individu serait son propre instrument qui choisit son r\u00f4le jou\u00e9 en tant que personne, en tant qu\u2019\u00eatre humain. La libert\u00e9 positive de Berlin signifie essentiellement \u00eatre gouvern\u00e9 par <em>soi-m\u00eame<\/em>, par ses propres r\u00e8gles, et non par une quelconque <em>nature externe<\/em><a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a>.<\/p>\n<p>Cela dit, la notion th\u00e9orique de libert\u00e9 positive d\u00e9velopp\u00e9e par Berlin ne peut \u00eatre comprise qu\u2019en ce qu\u2019elle r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une conception tr\u00e8s particuli\u00e8re du <em>soi <\/em>et de ce qui rel\u00e8ve de sa <em>nature interne<\/em>. Elle ne permet pas de distinguer clairement sur quoi se fonde et se construit cette forme de <em>libert\u00e9<\/em> en question\u00a0: s\u2019agit-il du fruit de <em>d\u00e9cisions<\/em> individuelles, de <em>r\u00e8gles<\/em>, de <em>valeurs<\/em> ou de <em>motivations<\/em>\u00a0? Et s\u2019agissant de notre objectif de se pencher plus particuli\u00e8rement sur l\u2019autonomie morale, dans quelle mesure le <em>soi<\/em> <em>libre<\/em> de Berlin se construit-il sur un fondement moral ou d\u2019une quelconque autre nature<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>?<\/p>\n<p>\u00c0 tout \u00e9v\u00e8nement, l\u2019id\u00e9e n\u2019est pas ici de faire de la recherche de la dimension substantive de l\u2019autonomie une pure question de vocabulaire. La libert\u00e9 positive de Berlin <em>en tant que composante d\u2019un concept de libert\u00e9 tout \u00e0 fait unique et original<\/em> constitue d\u2019une certaine mani\u00e8re un concept d\u2019autonomie. Au-del\u00e0 des mots, la th\u00e9orie de Berlin permet de mettre en lumi\u00e8re toute la pertinence de questionner dans quelle mesure les concepts de libert\u00e9 et d\u2019autonomie sont v\u00e9ritablement distincts l\u2019un de l\u2019autre.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 et l\u2019autonomie sont li\u00e9es \u00e0 la fois de fa\u00e7on contingente et non contingente. Une interf\u00e9rence dans la libert\u00e9 de la personne interf\u00e8re \u00e9galement avec la motivation de cette personne, la fa\u00e7on dont elle per\u00e7oit sa vie et souhaite se gouverner. Une telle interf\u00e9rence affecte cons\u00e9quemment l\u2019autonomie de la personne. La libert\u00e9, ici conceptualis\u00e9e comme le pouvoir et le contr\u00f4le sur sa propre vie, se distingue en cons\u00e9quence de l\u2019autonomie, tout en \u00e9tant une <em>condition<\/em> n\u00e9cessaire pour que les valeurs et d\u00e9sirs de l\u2019individu soient effectivement mis en pratique<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a>.<\/p>\n<p>Il est essentiel \u00e0 ce titre de distinguer le crit\u00e8re des <em>d\u00e9sirs de second ordre<\/em> propre au concept d\u2019autonomie de la question de l\u2019<em>ind\u00e9pendance proc\u00e9durale<\/em> de l\u2019individu qui effectue un choix en fonction de d\u00e9sirs de premier <em>ou<\/em> de second ordre. Les diff\u00e9rentes fa\u00e7ons dont un choix peut \u00eatre influenc\u00e9 peuvent correspondre plus ou moins un principe d\u2019ind\u00e9pendance proc\u00e9durale. Pour d\u00e9terminer si cette derni\u00e8re norme est rencontr\u00e9e, il faut d\u00e9terminer si la d\u00e9cision prise par l\u2019individu l\u2019a \u00e9t\u00e9 de mani\u00e8re <em>libre<\/em> (c\u2019est-\u00e0-dire <em>ind\u00e9pendante<\/em>) et <em>\u00e9clair\u00e9e<\/em> (c\u2019est-\u00e0-dire en \u00e9tant suffisamment inform\u00e9e).<\/p>\n<p>Or, le seul crit\u00e8re du consentement <em>libre et \u00e9clair\u00e9<\/em> n\u2019est pas d\u00e9terminant du fait qu\u2019une personne ait <em>effectivement<\/em> pris une d\u00e9cision en fonction de ses d\u00e9sirs de second ordre. Par exemple, un patient peut <em>renoncer \u00e0 sa<\/em> <em>libert\u00e9<\/em> de choisir selon ses pr\u00e9f\u00e9rences imm\u00e9diates en agissant sous l\u2019influence et les conseils de son m\u00e9decin traitant en qui il a confiance. Si l\u2019objectif est alors d\u2019effectuer un choix qui corresponde \u00e0 ses valeurs personnelles, son sentiment de dignit\u00e9 et ses objectifs de vie d\u00fbment communiqu\u00e9s \u00e0 son m\u00e9decin, la personne agit alors pr\u00e9cis\u00e9ment <em>afin de prot\u00e9ger son autonomie. <\/em>\u00c0 l\u2019inverse, une personne peut agir \u00ab\u00a0librement\u00a0\u00bb et effectuer des choix qui la dirigent, dans les faits, dans la direction oppos\u00e9e au respect de ses valeurs et convictions sup\u00e9rieures<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>. Il est d\u2019ailleurs bien connu que la personne humaine a \u00e9videmment diff\u00e9rentes motivations et qu\u2019une motivation en particulier, qu\u2019elle soit de nature psychologique ou socio\u00e9conomique, par exemple, pourra entrer en conflit avec ses convictions profondes quant \u00e0 la conduite de son existence.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, nous ne trouvons pas de raison permettant d\u2019\u00e9carter notre conclusion pr\u00e9c\u00e9dente selon laquelle l\u2019autonomie est davantage que la libert\u00e9, le libre arbitre, le seul consentement libre et \u00e9clair\u00e9 conceptualis\u00e9 sans \u00e9gard aux principes fondant le choix exprim\u00e9, \u00e0 ses objectifs ou cons\u00e9quences. Seuls les concepts d\u2019<em>autonomie id\u00e9ale objective<\/em>, fond\u00e9e sur des principes g\u00e9n\u00e9ralisables, voire universalisables, et d\u2019<em>autonomie id\u00e9ale subjective<\/em>, visant le respect d\u2019un processus rationnel de d\u00e9cision menant l\u2019individu \u00e0 choisir ce qui correspond \u00e0 ses d\u00e9sirs de second ordre, peuvent \u00e0 juste titre \u00eatre qualifi\u00e9s de mod\u00e8les v\u00e9ritables d\u2019autonomie morale.<\/p>\n<p>Notre pr\u00e9sentation sommaire de ces mod\u00e8les a pour objet dans un deuxi\u00e8me temps de nous permettre de mieux analyser le concept d\u2019autonomie d\u00e9velopp\u00e9 par la Cour supr\u00eame dans l\u2019arr\u00eat <em>Carter<\/em>. Notre hypoth\u00e8se est que la philosophie morale, et plus particuli\u00e8rement l\u2019\u00e9thique en contexte biom\u00e9dical, nous aidera \u00e0 mieux cerner les contours et la port\u00e9e du concept \u2014 notamment juridique \u2014 d\u2019autonomie de la personne.<\/p>\n<h1 id=\"388-4e1-4ea-8a3-bf0\">II. L\u2019arr\u00eat <em>Carter\u00a0c. Canada<\/em>\u00a0: quels fondements philosophiques en<br \/>\npratique ?<\/h1>\n<p>L\u2019autonomie est au c\u0153ur des motifs de la Cour supr\u00eame dans l\u2019affaire <em>Carter<\/em>. Cette deuxi\u00e8me \u00e9tape de notre analyse a pour objectif de caract\u00e9riser plus en d\u00e9tail ce concept d\u2019autonomie tel qu\u2019esquiss\u00e9 par les juges \u00e0 la lumi\u00e8re des principes philosophiques pr\u00e9c\u00e9demment d\u00e9crits. Nous d\u00e9montrerons que diff\u00e9rents principes et fondements philosophiques correspondent au principe juridique d\u2019autonomie \u00e9labor\u00e9 selon les autres droits et valeurs avec lesquels l\u2019autonomie ou la libert\u00e9 en vertu de l\u2019article\u00a07 de la <em>Charte canadienne <\/em>est mise en relation. Lorsqu\u2019elle d\u00e9finit la sph\u00e8re du droit \u00e0 la vie, la Cour adopte une conception corr\u00e9lative de l\u2019autonomie correspondant avec la norme g\u00e9n\u00e9ralisable relevant du mod\u00e8le de l\u2019autonomie id\u00e9ale <em>objective<\/em>. Lorsque l\u2019autonomie est ensuite saisie sous le prime de l\u2019atteinte au droit \u00e0 la libert\u00e9, la Cour retient aux fins de son analyse ayant pour objet l\u2019adjudication de droits individuels en pratique un mod\u00e8le d\u2019autonomie id\u00e9ale <em>subjective<\/em>.<\/p>\n<h2 id=\"24d-0c0-48e-b0c-1ec\">A.\u00a0 Le droit \u00e0 la vie\u00a0: correspondances avec l\u2019autonomie objective<\/h2>\n<p>La d\u00e9finition du droit \u00e0 la vie effectu\u00e9e par la Cour supr\u00eame pr\u00e9sente des correspondances certaines avec le mod\u00e8le d\u2019autonomie objective. Non seulement les principes fondant la d\u00e9finition retenue proc\u00e8dent-ils d\u2019une logique objective en ce qu\u2019ils sont g\u00e9n\u00e9ralisables, mais encore ceux-ci sont en ligne avec les lois morales universelles kantiennes. Tel que nous l\u2019illustrerons ci-apr\u00e8s, la conclusion selon laquelle la loi criminelle ne peut compl\u00e8tement interdire toute aide \u00e0 mourir est tout \u00e0 fait compatible avec la pr\u00e9sente analyse.<\/p>\n<p>Les juges ont reconnu le principe selon lequel la sph\u00e8re du droit \u00e0 la vie ne comprend pas un droit \u00e0 la mort. \u00c0 la lumi\u00e8re de la preuve pertinente en l\u2019esp\u00e8ce, et \u00e0 l\u2019instar de la juge de premi\u00e8re instance, les juges ont opin\u00e9 que le droit \u00e0 la vie entrait en jeu en ce que l\u2019interdiction d\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir pousse des personnes \u00e0 s\u2019enlever la vie pr\u00e9matur\u00e9ment. Cette conclusion de mort pr\u00e9matur\u00e9e comme atteinte au droit \u00e0 la vie r\u00e9v\u00e8le de ce fait la d\u00e9finition retenue par la Cour de ce que constitue ce droit, c\u2019est-\u00e0-dire un droit de <em>ne pas<\/em> mourir<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a>.<\/p>\n<p>La Cour a express\u00e9ment rejet\u00e9 l\u2019argument selon lequel le droit \u00e0 la vie inclurait dans sa sph\u00e8re un droit de<em> mourir dans la dignit\u00e9<\/em> ou un <em>droit de d\u00e9cider<\/em> de s\u2019enlever la vie<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>. La nuance entre ces deux propositions est la suivante. Selon une premi\u00e8re pr\u00e9tention soumise aux juges, le droit \u00e0 la vie ne prot\u00e9gerait pas que la vie elle-m\u00eame, mais \u00e9galement la <em>qualit\u00e9 de vie. <\/em>Le juge Cory, dissident dans l\u2019affaire <em>Rodriguez<\/em>, avait d\u2019ailleurs justifi\u00e9 son opinion en ce sens en mentionnant que \u00ab\u00a0la mort fait partie int\u00e9grante de la vie\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>. Du point de vue qualitatif, le droit \u00e0 la mort en tant que partie int\u00e9grante du droit \u00e0 la vie ne r\u00e9f\u00e8rerait donc pas simplement, ou plus g\u00e9n\u00e9ralement, \u00e0 un droit de s\u2019enlever la vie, mais plut\u00f4t \u00e0 un <em>droit de mourir dans la dignit\u00e9<\/em>. Selon une deuxi\u00e8me pr\u00e9tention, le droit \u00e0 la vie prot\u00e9gerait l\u2019autonomie personnelle et il en d\u00e9coulerait une <em>libert\u00e9<\/em> ou un <em>droit de d\u00e9cider<\/em> de mourir. La dignit\u00e9 comme valeur entre \u00e9galement en jeu dans un tel argumentaire, mais davantage en ce que la libert\u00e9 de choisir de mourir ou vivre serait en elle-m\u00eame une composante de l\u2019autonomie, et cons\u00e9quemment de la dignit\u00e9.<\/p>\n<p>En ne retenant pas l\u2019aspect qualitatif du droit \u00e0 la vie, la Cour supr\u00eame a rejet\u00e9 une composante <em>subjective<\/em> de la d\u00e9finition de la sph\u00e8re de ce droit en particulier. Si la qualit\u00e9 de vie a bien \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e par les juges, elle ne l\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019uniquement en relation avec les droits \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a>. Quant \u00e0 la protection de la vie elle-m\u00eame, la Cour a renouvel\u00e9 sa position pass\u00e9e \u00e0 l\u2019effet que celle-ci entre <em>objectivement <\/em>en jeu lorsqu\u2019une mesure a pour effet de causer la mort ou un risque de d\u00e9c\u00e8s significatif<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a>. De m\u00eame, en refusant de reconna\u00eetre que le droit \u00e0 la vie comprend une id\u00e9e d\u2019\u00ab\u00a0autonomie\u00a0\u00bb de choisir de vivre ou de mourir, la Cour a implicitement reconnu une valeur <em>objective<\/em> \u00e0 la vie qui n\u2019implique pas intrins\u00e8quement de pouvoir choisir entre la vie et la mort. Il est donc d\u00e9sormais clair que le <em>droit<\/em> \u00e0 la vie ne comprend pas un \u00ab\u00a0pendant n\u00e9gatif\u00a0\u00bb comparable \u00e0 certaines <em>libert\u00e9s<\/em> fondamentales<a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a>.<\/p>\n<p>La reconnaissance de la dimension objective du droit \u00e0 la vie est directement li\u00e9e au mod\u00e8le de l\u2019autonomie id\u00e9ale objective et \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif kantien de pr\u00e9servation de soi-m\u00eame en tant que personne humaine. Le corps de la personne n\u2019est pas inviolable puisqu\u2019il existe des circonstances o\u00f9 la violation de son propre corps est n\u00e9cessaire pour la conservation de la vie<a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a>. C\u2019est le cas, par exemple, de l\u2019amputation d\u2019un membre malade. Pour Kant, c\u2019est l\u2019<em>humanit\u00e9<\/em>, laquelle est une id\u00e9e de raison, qui est inviolable<a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>. La protection de l\u2019humanit\u00e9 n\u2019est-elle pas d\u2019ailleurs la premi\u00e8re fin des droits <em>fondamentaux <\/em>autrement qualifi\u00e9s de <em>droits humains<\/em>? Suivant le paradigme des droits humains, vivre est forc\u00e9ment une condition pr\u00e9alable n\u00e9cessaire pour accomplir la fin universelle d\u2019humanit\u00e9. Par cons\u00e9quent, la mort, comprise comme destruction de la vie, ne peut faire partie de la vie elle-m\u00eame. Celle-ci conserve sa pleine valeur dans la mesure o\u00f9 elle rel\u00e8ve en effet de l\u2019humanit\u00e9. Ce principe consacrant la valeur universelle de la vie se trouve tout \u00e0 fait dans la construction juridique du droit \u00e0 la vie expos\u00e9e par les juges dans l\u2019affaire <em>Carter.<\/em><\/p>\n<p>Suivant toujours les principes universels kantiens, si la mort ne peut faire partie de la vie elle-m\u00eame, la libert\u00e9 ne pourra pas \u00eatre utilis\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre de sa propre vie\u2026 dans la mesure o\u00f9 cela est effectivement contraire au principe d\u2019humanit\u00e9. En effet, l\u2019appel \u00e0 une reconnaissance de la valeur universelle de la vie ne signifie pas pour autant une incompatibilit\u00e9 avec toute aide au suicide. Tel que discut\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, une <em>justification morale<\/em> au suicide peut \u00eatre compatible avec le principe de la supr\u00e9matie de la raison si la personne ne peut r\u00e9pondre \u00e0 ses devoirs moraux envers elle-m\u00eame en choisissant de vivre plut\u00f4t que de mourir.<\/p>\n<p>D\u2019une part, il est vrai que ne pourrait pas \u00eatre une r\u00e8gle universelle compatible avec les fins de l\u2019humanit\u00e9 que de consid\u00e9rer <em>dans l\u2019absolu<\/em> que la vie \u2014 n\u00e9cessaire condition de <em>l\u2019exercice <\/em>de la libert\u00e9 \u2014 contient <em>en elle-m\u00eame<\/em> sa possibilit\u00e9 de destruction. La vie peut par <em>exception<\/em> devenir incompatible avec l\u2019humanit\u00e9. La vie est plus g\u00e9n\u00e9ralement une condition de l\u2019humanit\u00e9, en tant que condition pr\u00e9alable \u00e0 la libert\u00e9 humaine, ce qui explique qu\u2019elle ne peut se d\u00e9finir logiquement comme incluant tout autant son existence que sa destruction. La mort, ou l\u2019absence de vie, ne peut appartenir au r\u00e8gne des fins humaines<a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>.<\/p>\n<p>Autrement dit, si vivre implique n\u00e9cessairement de mourir t\u00f4t ou tard, un droit \u00e0 la vie ne peut impliquer comme fin universelle un droit ou une libert\u00e9 de mort. La Cour supr\u00eame a d\u2019ailleurs soulign\u00e9 que \u00ab\u00a0[l]e <em>caract\u00e8re sacr\u00e9 de la vie<\/em> est une des valeurs les plus fondamentales de notre soci\u00e9t\u00e9 [et que l\u2019article\u00a07 de la <em>Charte canadienne<\/em>] \u00e9mane d\u2019un profond respect pour la <em>valeur de la vie humaine<\/em>\u00a0\u00bb [nos italiques]<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a>. C\u2019est ce principe universel compatible avec l\u2019autonomie id\u00e9ale objective que la Cour a ainsi mis en \u00e9vidence en refusant de consid\u00e9rer que le droit \u00e0 la vie implique le droit de mourir.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, une aide \u00e0 mourir fond\u00e9e sur une volont\u00e9 de renoncer \u00e0 la vie peut \u00eatre compatible avec la valeur universelle de la vie. Consid\u00e9rons sur ce point l\u2019argumentaire formul\u00e9 par le juge en chef Finch, dissident en appel dans l\u2019affaire <em>Carter<\/em>, en appui avec la proposition pr\u00e9c\u00e9dente \u00e0 l\u2019effet que le droit \u00e0 la vie impliquerait un droit \u00e0 la mort\u00a0: \u00ab\u00a0<em>D\u00e9terminer le stade o\u00f9 la vie perd son sens<\/em>, o\u00f9 ses avantages sont r\u00e9duits \u00e0 un point tel qu\u2019<em>elle ne vaut plus rien<\/em>, [&#8230;] constitue une d\u00e9cision \u00e9minemment personnelle que \u201cchacun\u201d a le droit de prendre pour soi\u00a0\u00bb [nos italiques]<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a>. Cet argument de la perte de sens saisie de fa\u00e7on strictement subjective n\u2019a pas convaincu la Cour supr\u00eame d\u2019inclure un droit \u00e0 la mort dans la sph\u00e8re du droit \u00e0 la vie. \u00c0 notre avis, cet argument plut\u00f4t du point de vue de la <em>libert\u00e9<\/em> \u00e9galement prot\u00e9g\u00e9e sous l\u2019article\u00a07 de la <em>Charte canadienne <\/em>que la possibilit\u00e9 de <em>d\u00e9cider<\/em> doit \u00eatre inclus. Cette <em>possibilit\u00e9 de d\u00e9terminer<\/em> si sa propre vie a un sens ou n\u2019en a plus rel\u00e8ve de la libert\u00e9 d\u2019exercer ce choix fondamental, et non de la sph\u00e8re du droit \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>La Cour supr\u00eame a consid\u00e9r\u00e9 que le droit de ne pas mourir ne signifie pas que \u00ab\u00a0la formulation existentielle du droit \u00e0 la vie <em>exige<\/em> une prohibition absolue de l\u2019aide \u00e0 mourir, ou que les personnes ne peuvent \u201crenoncer\u201d \u00e0 leur droit \u00e0 la vie. Il en r\u00e9sulterait une \u201c<em>obligation de vivre<\/em>\u201d plut\u00f4t qu\u2019un \u201cdroit \u00e0 la vie\u201d\u00a0\u00bb [nos italiques]<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>. D\u2019ailleurs, nous sommes d\u2019avis que l\u2019argument du juge Finch n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 affirmer que si la vie n\u2019a plus de sens, les individus ont alors le <em>droit de mourir<\/em>. Le juge indique plut\u00f4t, m\u00eame si c\u2019est en appui \u00e0 la proposition selon laquelle le droit \u00e0 la vie implique un droit \u00e0 la mort, que c\u2019est bien <em>l\u2019acte de<\/em> <em>d\u00e9terminer<\/em> quand la vie n\u2019a plus de sens qui est une d\u00e9cision imminemment personnelle, laquelle rel\u00e8ve cons\u00e9quemment de l\u2019autonomie et de sa libert\u00e9 de faire des choix fondamentaux quant \u00e0 sa personne<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>.<\/p>\n<p>Nous concluons donc que la formulation du droit \u00e0 la vie, et non du droit \u00e0 la libert\u00e9 de mourir, comme n\u2019emportant pas une obligation absolue de vivre est compatible avec un concept d\u2019autonomie objective reconnaissant la valeur universelle de la vie. Tel qu\u2019expos\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, en vertu de l\u2019\u00e9thique kantienne, la vie ne peut inclure la mort, mais la libert\u00e9 a pr\u00e9s\u00e9ance sur la vie. Ce n\u2019est pas la vie qui est absolue, mais bien l\u2019autonomie et la raison. Le <em>droit<\/em> \u00e0 la vie n\u2019a donc pas \u00e0 \u00eatre absolu pour Kant puisque la <em>vie elle-m\u00eame<\/em> n\u2019a pas davantage de <em>valeur absolue<\/em>. Ce sont les concepts d\u2019humanit\u00e9 comme fin en soi et de la libert\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain dou\u00e9 de raison qui d\u00e9finissent la valeur de la vie.<\/p>\n<p>Enfin, nous consid\u00e9rons que constitue \u00e9galement une correspondance avec le mod\u00e8le d\u2019autonomie objective le principe plus g\u00e9n\u00e9ral qui se d\u00e9gage des motifs de l\u2019arr\u00eat <em>Carter <\/em>selon lequel la <em>valeur de la vie<\/em> puise son sens de la <em>dignit\u00e9<\/em> et \u00e0 la <em>libert\u00e9<\/em> de la personne. Cette derni\u00e8re proposition est corr\u00e9lative aux analyses pr\u00e9c\u00e9dentes. Le droit \u00e0 la vie ne peut inclure le droit \u00e0 la mort selon l\u2019\u00e9thique kantienne puisque la vie comme permettant <em>g\u00e9n\u00e9ralement<\/em> l\u2019exercice de la libert\u00e9, et comme participant intrins\u00e8quement \u00e0 l\u2019existence de l\u2019<em>humanit\u00e9<\/em>, ne peut comprendre comme <em>principe universel<\/em> sa propre destruction. Toutefois, comme ce n\u2019est pas la <em>vie elle-m\u00eame<\/em> qui est une <em>fin supr\u00eame en soi<\/em>, elle ne peut \u00eatre absolue si bien qu\u2019il ne serait pas possible d\u2019y renoncer. Par cons\u00e9quent, ce sont les <em>valeurs sup\u00e9rieures<\/em> \u00e0 la vie qui doivent d\u00e9finir la valeur de celle-ci, \u00e0 savoir la dignit\u00e9 humaine et la libert\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain, composantes intrins\u00e8ques de son <em>humanit\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>La question de la d\u00e9finition de la valeur de la vie est \u00e9galement corr\u00e9lative \u00e0 celle de l\u2019<em>atteinte au droit \u00e0 la libert\u00e9 de renoncer au droit \u00e0 la vie<\/em> et sera cons\u00e9quemment abord\u00e9e davantage au point suivant. Tel qu\u2019il sera expos\u00e9 plus en d\u00e9tail, la d\u00e9finition de la <em>libert\u00e9<\/em> dans ce contexte rel\u00e8ve d\u2019une conception subjective de l\u2019autonomie de la personne puisque la Cour supr\u00eame a reconnu qu\u2019il revient \u00e0 chaque individu de d\u00e9terminer si vivre ou mourir <em>au regard de sa condition<\/em> participe davantage de sa dignit\u00e9. Toutefois, l\u2019id\u00e9e pr\u00e9cise selon laquelle ce sont des consid\u00e9rations li\u00e9es \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 et \u00e0 la libert\u00e9 de la personne qui d\u00e9finissent la valeur de la vie \u2014 et non l\u2019inverse \u2014 correspond clairement \u00e0 la philosophie universaliste kantienne, plus particuli\u00e8rement aux principes d\u2019<em>\u00e9gale dignit\u00e9<\/em> et de sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019<em>humanit\u00e9<\/em> sur la vie consid\u00e9r\u00e9e isol\u00e9ment.<\/p>\n<p>En somme, par sa d\u00e9finition du droit \u00e0 la vie reconnaissant une dimension g\u00e9n\u00e9ralisable, voire universelle \u00e0 celui-ci, la Cour supr\u00eame dans l\u2019affaire <em>Carter<\/em> a reconnu une composante <em>objective<\/em> du concept de l\u2019autonomie de la personne en contexte d\u2019aide \u00e0 mourir. Cela dit, d\u00e8s que le droit \u00e0 la vie est mis en relation avec le droit \u00e0 la <em>libert\u00e9 d\u2019y renoncer<\/em>, une composante <em>subjective<\/em> de l\u2019autonomie a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 reconnue par la Cour.<\/p>\n<h2 id=\"fef-deb-423-b4d-1f4\">B.\u00a0 La libert\u00e9 de renoncer au droit \u00e0 la vie\u00a0: une v\u00e9ritable autonomie subjective<\/h2>\n<p>Si la Cour supr\u00eame a reconnu le caract\u00e8re universel du droit \u00e0 la vie, nous r\u00e9it\u00e9rons qu\u2019elle a \u00e9galement conclu que le droit de ne pas mourir ne signifie pas que \u00ab\u00a0la formulation existentielle du droit \u00e0 la vie <em>exige<\/em> une prohibition absolue de l\u2019aide \u00e0 mourir, ou que les personnes ne peuvent \u201crenoncer\u201d \u00e0 leur droit \u00e0 la vie\u00a0\u00bb [nos italiques]<a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a>. \u00c0 notre avis, l\u2019arr\u00eat <em>Carter<\/em> a effectivement reconnu une libert\u00e9 de<em> renoncer au droit \u00e0 la vie<\/em> en certaines circonstances, ce qui se distingue d\u2019un <em>droit \u00e0 la mort <\/em>rejet\u00e9 par la Cour, laquelle est prot\u00e9g\u00e9e dans la sph\u00e8re du droit \u00e0 l\u2019autonomie garanti par l\u2019article\u00a07 de la <em>Charte canadienne<\/em>. Du point de vue sp\u00e9cifique de ce droit \u00e0 la <em>libert\u00e9 de faire des choix fondamentaux quant \u00e0 sa personne<\/em>, une analyse des motifs de la Cour permet de d\u00e9gager des correspondances avec une v\u00e9ritable forme d\u2019autonomie id\u00e9ale subjective, et non un simple <em>libre-choix.<\/em><\/p>\n<p>La dimension substantive de l\u2019autonomie saisie sous l\u2019angle de la <em>libert\u00e9 de renoncer<\/em> au droit \u00e0 la vie se traduit dans les motifs de la Cour supr\u00eame lorsqu\u2019elle se penche sur l\u2019atteinte aux droits \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9. Les juges ont conclu que la prohibition absolue d\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir constituait une atteinte \u00e0 la libert\u00e9 en ce que cela prive la personne capable de la \u00ab\u00a0possibilit\u00e9 de faire un choix\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a>, lequel choix participe de la dignit\u00e9 de la personne et est compatible avec ses valeurs et d\u00e9sirs quant \u00e0 la conduite de sa vie. L\u2019atteinte au droit \u00e0 la libert\u00e9 a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e indistinctement de l\u2019atteinte au droit \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 comme prot\u00e9geant la dignit\u00e9 humaine. Elle a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 mise en relation avec la finalit\u00e9 de la vie comme r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 une <em>conception subjective englobante des valeurs et de la mani\u00e8re dont la personne souhaite gouverner sa vie<\/em>. Il est d\u2019ailleurs r\u00e9v\u00e9lateur que tout en prenant soin de souligner que la libert\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 de la personne sont des droits qui prot\u00e8gent des int\u00e9r\u00eats distincts, la Cour a choisi d\u2019examiner l\u2019atteinte \u00e0 ces deux droits par l\u2019entremise d\u2019une seule analyse, alors qu\u2019elle avait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une analyse distincte pour la question de l\u2019atteinte au droit \u00e0 la vie<a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a>.<\/p>\n<p>La privation du choix de recourir ou non \u00e0 une aide \u00e0 mourir constitue une atteinte au droit \u00e0 la libert\u00e9 en ce que ce choix peut s\u2019av\u00e9rer \u00eatre d\u2019une tr\u00e8s grande importance quant au \u00ab\u00a0sentiment de dignit\u00e9\u00a0\u00bb de la personne. Plus particuli\u00e8rement, l\u2019atteinte r\u00e9side dans l\u2019impossibilit\u00e9 r\u00e9sultant de la prohibition absolue pour les personnes d\u2019effectuer \u00ab\u00a0un choix \u201ccompatible avec les <em>valeurs qu\u2019elles ont eu toute leur vie et qui refl\u00e8te leur v\u00e9cu<\/em>\u201d\u00a0\u00bb [nos italiques]<a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a>. Effectuer ce choix en conformit\u00e9 avec leurs valeurs personnelles et les principes selon lesquels elles ont choisi de gouverner leur vie \u00ab\u00a0rev\u00eat une grande importance pour leur sentiment de dignit\u00e9 et d\u2019autonomie\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a>. De fa\u00e7on similaire, la Cour r\u00e9f\u00e8re \u00e9galement aux propos du juge Binnie dans l\u2019affaire <em>A.C. c.<\/em> <em>Manitoba (Directeur des services \u00e0 l\u2019enfant et \u00e0 la famille)<\/em><a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a> qui avait opin\u00e9 que la volont\u00e9 de l\u2019individu souhaitant obtenir une aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir repose sur \u00ab\u00a0une <em>croyance profond\u00e9ment personnelle et fondamentale sur la fa\u00e7on de vivre sa vie, ou de mourir<\/em>\u00a0\u00bb [nos italiques]<a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\">[63]<\/a>.<\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rents motifs des juges illustrent la dimension substantive du concept d\u2019autonomie qui transcende leurs motifs dans <em>Carter<\/em>. Autrement formul\u00e9, la <em>libert\u00e9 de renoncer au droit \u00e0 la vie<\/em> en certaines circonstances n\u2019est pas d\u00e9finie par les juges comme ayant uniquement une dimension proc\u00e9durale correspondant \u00e0 l\u2019unique <em>consentement<\/em>, m\u00eame \u00ab\u00a0libre et \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb Le concept d\u2019autonomie esquiss\u00e9 par la Cour ne saurait correspondre en tout point \u00e0 une norme purement objective, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 un concept d\u2019autonomie fond\u00e9 uniquement sur un id\u00e9al universel. Certes, r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la dignit\u00e9 comme principe qui sous-tend la n\u00e9cessit\u00e9 de libert\u00e9 de la personne est compatible avec la formulation universelle d\u2019humanit\u00e9 kantienne. Toutefois, c\u2019est bien \u00e0 un id\u00e9al \u00e9galement<em> subjectif<\/em> que les juges r\u00e9f\u00e8rent quand ils opinent que l\u2019autonomie doit permettre aux personnes de terminer leur vie de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019ils ont v\u00e9cu, dans le respect de leurs valeurs et leurs croyances.<\/p>\n<p>Il nous appara\u00eet clair que les juges ont accord\u00e9 une grande importance \u00e0 la finalit\u00e9 essentielle de l\u2019autonomie id\u00e9ale subjective, \u00e0 savoir la possibilit\u00e9 pour l\u2019individu de prendre des d\u00e9cisions quant \u00e0 sa personne qui refl\u00e8tent <em>ses<\/em> valeurs et principes quant \u00e0 la conduite g\u00e9n\u00e9rale \u2014 et non seulement imm\u00e9diate \u2014 de son existence. Nous relevons ici une correspondance avec le concept d\u2019autonomie rationnelle de Dworkin selon lequel l\u2019autonomie r\u00e9side dans la <em>capacit\u00e9<\/em> de prendre des d\u00e9cisions conform\u00e9ment \u00e0 ses d\u00e9sirs de <em>second ordre<\/em> et non uniquement de <em>premier ordre<\/em>.<\/p>\n<p>Deux arguments peuvent s\u2019opposer \u00e0 la conclusion selon laquelle le droit \u00e0 la libert\u00e9 dans l\u2019affaire <em>Carter<\/em> r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un concept substantif d\u2019autonomie id\u00e9ale dite subjective. Il pourrait d\u2019abord \u00eatre soulign\u00e9 que la finalit\u00e9 du droit \u00e0 la libert\u00e9 de l\u2019individu de d\u00e9cider de vivre ou de mourir n\u2019est pas clairement associ\u00e9e au respect de ses valeurs et convictions personnelles quant \u00e0 la conduite g\u00e9n\u00e9rale de sa vie en ce qu\u2019il ne s\u2019agit pas du seul motif discut\u00e9 par les juges. En outre, la Cour traite du \u00ab\u00a0droit de \u201cd\u00e9cider de son propre sort\u201d\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\">[64]<\/a> dans le contexte particulier de l\u2019individu qui subit une \u00ab\u00a0douleur et [&#8230;] des <em>souffrances aigu\u00ebs<\/em>\u00a0\u00bb [nos italiques]<a href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\">[65]<\/a>, des \u00ab\u00a0<em>probl\u00e8mes de sant\u00e9 graves et irr\u00e9m\u00e9diables<\/em> qui [lui] causent des souffrances persistantes et intol\u00e9rables\u00a0\u00bb [nos italiques]<a href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\">[66]<\/a>. De m\u00eame, l\u2019alin\u00e9a\u00a0241(b) et l\u2019article\u00a014 du <em>Code criminel <\/em>ont \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 comme portant atteinte \u00e0 l\u2019article\u00a07 de la <em>Charte canadienne <\/em>notamment en ce que la prohibition d\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir affecte la personne qui souffre de \u00ab\u00a0probl\u00e8mes de sant\u00e9 graves et irr\u00e9m\u00e9diables, y compris une affection, une maladie ou un handicap, lui causant des <em>souffrances persistantes qui lui sont intol\u00e9rables au regard de sa condition<\/em>\u00a0\u00bb [nos italiques]<a href=\"#_ftn67\" name=\"_ftnref67\">[67]<\/a>. L\u2019argument qui pourrait \u00eatre avanc\u00e9 en mettant en \u00e9vidence ces passages est que l\u2019autonomie viserait surtout \u00e0 permettre d\u2019<em>\u00e9viter ces souffrances <\/em>\u2014 sans \u00e9gard \u00e0 tout autre d\u00e9sir sup\u00e9rieur ou valeur de la personne \u2014 et non \u00e0 traduire une volont\u00e9 plus g\u00e9n\u00e9rale quant \u00e0 la conduite de la vie de cette personne.<\/p>\n<p>Or, ce motif des souffrances intol\u00e9rables comme justifiant le droit de pouvoir recourir \u00e0 l\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir ne peut justement pas \u00eatre analys\u00e9 isol\u00e9ment des autres motifs des juges. Premi\u00e8rement, l\u2019arr\u00eat ne laisse pas entendre que l\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir est une option justifi\u00e9e pour \u00e9viter <em>toute<\/em> souffrance que l\u2019individu ne souhaite pas subir. En insistant sur le caract\u00e8re <em>grave<\/em> de la condition m\u00e9dicale de l\u2019individu dont la libert\u00e9 est brim\u00e9e par la prohibition <em>absolue<\/em> et les souffrances <em>intol\u00e9rables<\/em> qui peuvent en d\u00e9couler, la Cour \u00e9tablit un lien avec l\u2019atteinte \u00e0 la <em>dignit\u00e9 humaine<\/em> de l\u2019individu comme composante \u00e0 la fois du droit \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 la libert\u00e9. L\u2019existence de telles souffrances intol\u00e9rables comme motif \u00e0 l\u2019appui que la prohibition l\u00e9gale constitue une atteinte au droit \u00e0 la libert\u00e9 doit donc \u00eatre comprise en conjonction avec les autres motifs pr\u00e9c\u00e9demment discut\u00e9s selon lesquels il y a privation de libert\u00e9 en ce que la personne ne peut choisir de se gouverner en toute dignit\u00e9 selon ses valeurs et sa conception profonde de la vie. La souffrance n\u2019est pas <em>en soi<\/em> un motif justifiant l\u2019atteinte \u00e0 la libert\u00e9, mais son caract\u00e8re grave et intol\u00e9rable qui \u00ab\u00a0<em>condamn[e]<\/em>\u00a0\u00bb litt\u00e9ralement \u00e0 \u00ab\u00a0<em>une vie de souffrances aig\u00fces et intol\u00e9rables<\/em>\u00a0\u00bb [nos italiques]<a href=\"#_ftn68\" name=\"_ftnref68\">[68]<\/a> emporte une atteinte \u00e0 la <em>dignit\u00e9 comme valeur et composante des droits \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9<\/em>. La Cour n\u2019appelle donc clairement pas \u00e0 concevoir l\u2019autonomie comme justifiant de se gouverner selon ses simples inclinations imm\u00e9diates ou d\u00e9sirs de premier ordre conditionn\u00e9s par la souffrance.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, il appara\u00eet que la Cour place au contraire la question de la souffrance et de la perte de dignit\u00e9 dans un contexte <em>temporel<\/em> selon lequel l\u2019individu est effectivement amen\u00e9 \u00e0 prendre la d\u00e9cision de renoncer \u00e0 vivre \u00e0 la lumi\u00e8re de d\u00e9sirs de second ordre. En effet, les juges r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 la question du temps lorsqu\u2019ils posent le <em>choix impos\u00e9<\/em> par la prohibition l\u00e9gale\u00a0: vivre une vie de douleurs ou <em>mettre fin \u00e0 leurs jours pr\u00e9matur\u00e9ment<\/em> alors qu\u2019ils ont encore la capacit\u00e9 de le faire<a href=\"#_ftn69\" name=\"_ftnref69\">[69]<\/a>. Pour la Cour, l\u2019ouverture du droit \u00e0 une possibilit\u00e9 d\u2019aide \u00e0 mourir peut se justifier dans certaines circonstances par un objectif de <em>prolongation temporelle de la vie<\/em>. Les juges expliquent qu\u2019\u00e0 leur avis, le choix de l\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir peut \u00eatre effectu\u00e9 par des personnes \u00ab\u00a0qui ont le d\u00e9sir r\u00e9fl\u00e9chi, rationnel et constant de mettre fin \u00e0 leur propre vie\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn70\" name=\"_ftnref70\">[70]<\/a>. Dans ces cas, ce choix refl\u00e8te le prolongement normal de la fa\u00e7on dont la personne souhaite vivre et mourir. Cette question du <em>temps<\/em> a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante de la conclusion \u00e0 l\u2019effet que la restriction porte atteinte au droit \u00e0 la vie, puisque les juges ont retenu la preuve de d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9. Bien s\u00fbr, contrairement au cas soumis \u00e0 la Cour supr\u00eame dans <em>Carter<\/em>, soulignons qu\u2019aucune preuve ne permet de conclure que <em>dans tous les cas<\/em> ouverts, l\u2019individu qui demandera une aide \u00e0 mourir aura eu l\u2019occasion de r\u00e9fl\u00e9chir longtemps avant d\u2019exprimer ce choix, d\u2019o\u00f9 l\u2019importance fondamentale des param\u00e8tres l\u00e9gaux et \u00e9thiques agissant comme mesures protectrices. Cela dit, nous devons d\u00e9gager le concept d\u2019autonomie \u00e9labor\u00e9 par la Cour \u00e0 la lumi\u00e8re du contexte factuel pr\u00e9cis qui \u00e9tait alors le sien. Suivant ce contexte, l\u2019analyse globale des juges milite clairement en faveur d\u2019une interpr\u00e9tation selon laquelle la Cour supr\u00eame s\u2019est fond\u00e9e sur un concept d\u2019autonomie qui consid\u00e8re d\u2019une grande importance les d\u00e9sirs de second ordre par rapport aux d\u00e9sirs de premier ordre.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, la Cour a conclu que les souffrances v\u00e9cues peuvent <em>participer<\/em> \u00e0 l\u2019atteinte au droit \u00e0 la libert\u00e9 dans le contexte o\u00f9 la privation de toute libert\u00e9 de choisir une aide \u00e0 mourir peut causer une atteinte \u00e0 la <em>s\u00e9curit\u00e9<\/em> s\u2019il en d\u00e9coule que l\u2019individu doit continuer de subir des souffrances intol\u00e9rables. Les juges r\u00e9f\u00e8rent \u00e9galement \u00e0 la libert\u00e9 face \u00e0 soi-m\u00eame comme impliquant de pouvoir prendre des d\u00e9cisions concernant son \u00ab\u00a0int\u00e9grit\u00e9 corporelle\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn71\" name=\"_ftnref71\">[71]<\/a>, ce qui r\u00e9f\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9ralement au principe du droit \u00e0 la \u00ab\u00a0ma\u00eetrise\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn72\" name=\"_ftnref72\">[72]<\/a> de son propre corps. Il en d\u00e9coule que ce \u00e0 quoi r\u00e9f\u00e8re ici la Cour supr\u00eame constitue une condition pr\u00e9alable ou une composante de l\u2019autonomie et non la <em>substance <\/em>de l\u2019autonomie.<\/p>\n<p>Comme l\u2019explique Dworkin, la libert\u00e9 est distincte de l\u2019autonomie, mais elle constitue avec le pouvoir et le contr\u00f4le quant \u00e0 soi-m\u00eame et aux aspects importants de sa vie une <em>condition n\u00e9cessaire<\/em> \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019autonomie<a href=\"#_ftn73\" name=\"_ftnref73\">[73]<\/a>. La substance de l\u2019autonomie r\u00e9side dans la possibilit\u00e9 pour les individus de se gouverner selon leurs d\u00e9sirs, valeurs et objectifs. Cela est impossible sans la simple libert\u00e9. Consid\u00e9rer que les motifs li\u00e9s \u00e0 une <em>condition<\/em> de l\u2019autonomie d\u00e9finissent la <em>finalit\u00e9<\/em> du concept substantif d\u2019autonomie dans l\u2019arr\u00eat <em>Carter<\/em> serait donc illogique.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, il pourrait \u00e9galement \u00eatre avanc\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre de notre conclusion que le droit \u00e0 la libert\u00e9 en cause dans l\u2019affaire <em>Carter<\/em> ne r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 une conception de l\u2019autonomie morale rationnelle au sens o\u00f9 l\u2019entendent Dworkin ou O\u2019Neill, car la Cour ne r\u00e9f\u00e8re pas sp\u00e9cifiquement \u00e0 l\u2019id\u00e9e de pr\u00e9s\u00e9ance de d\u00e9sirs de second ordre sur les d\u00e9sirs de premier ordre en cas de conflit. La Cour n\u2019affirme pas express\u00e9ment qu\u2019il serait par exemple l\u00e9gitime, en ce que cela ne constituerait pas une atteinte au droit \u00e0 la libert\u00e9 ou une restriction \u00e0 l\u2019autonomie, de refuser une aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir \u00e0 une personne <em>capable<\/em> d\u2019exprimer un consentement \u00e9clair\u00e9 conforme \u00e0 son d\u00e9sir imm\u00e9diat, mais contraire \u00e0 l\u2019ensemble de ses valeurs ou d\u00e9sirs. Qui plus est, la Cour supr\u00eame emploie m\u00eame l\u2019expression \u00ab\u00a0libre choix\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn74\" name=\"_ftnref74\">[74]<\/a> lorsqu\u2019elle traite de la reconnaissance en droit canadien du \u00ab\u00a0droit de \u201cd\u00e9cider de son propre sort\u201d\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn75\" name=\"_ftnref75\">[75]<\/a> en exprimant un \u00ab\u00a0consentement \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn76\" name=\"_ftnref76\">[76]<\/a> en mati\u00e8re de d\u00e9cisions d\u2019ordre m\u00e9dical.<\/p>\n<p>Or, cet argument rel\u00e8ve \u00e0 notre avis du <em>consentement<\/em> \u00e0 l\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir et non du concept d\u2019autonomie lui-m\u00eame. Une telle objection a cependant comme avantage de mettre en lumi\u00e8re que les motifs de la Cour supr\u00eame r\u00e9f\u00e8rent au droit \u00e0 la <em>libert\u00e9<\/em> de choisir une aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir <em>\u00e0 la fois<\/em> dans sa dimension substantive et dans sa dimension proc\u00e9durale. Pour d\u00e9terminer si la libert\u00e9 de renoncer au droit \u00e0 la vie faisait l\u2019objet d\u2019une atteinte injustifi\u00e9e, encore fallait-il examiner la preuve au dossier quant aux garanties pertinentes en mati\u00e8re de consentement existant d\u00e9j\u00e0 dans le milieu m\u00e9dical canadien. L\u2019examen de ces garanties \u00e9tait requis pour d\u00e9terminer dans quelle mesure l\u2019objectif de la restriction au droit \u00e0 la libert\u00e9 \u2014 \u00e0 savoir la protection des personnes vuln\u00e9rables \u2014 pouvait l\u00e9gitimement justifier la prohibition <em>absolue<\/em> d\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir en laissant craindre qu\u2019on ne puisse prot\u00e9ger ces personnes.<\/p>\n<p>Il importe donc de replacer dans son contexte pr\u00e9cis l\u2019utilisation de termes comme \u00ab\u00a0libre choix\u00a0\u00bb et de ne pas confondre en effectuant une interpr\u00e9tation litt\u00e9rale les motifs qui r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 la dimension proc\u00e9durale de l\u2019autonomie de ceux qui r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 sa dimension substantive. La conclusion de la Cour \u00e0 l\u2019effet que l\u2019autonomie de la personne signifie qu\u2019un tel choix de fin de vie refl\u00e8te l\u2019ensemble des valeurs et convictions des individus vis\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire leurs d\u00e9sirs de deuxi\u00e8me ordre, est autrement plus r\u00e9v\u00e9latrice de la port\u00e9e normative du concept d\u2019autonomie dans <em>Carter.<\/em> Les consid\u00e9rations li\u00e9es \u00e0 la ma\u00eetrise de soi, aux souffrances et \u00e0 la pr\u00e9servation de sa dignit\u00e9 doivent \u00eatre lues \u00e0 la lumi\u00e8re de cette id\u00e9e essentielle.<\/p>\n<h1 id=\"663-ff6-4eb-88b-73b\">Conclusion\u00a0: L\u2019autonomie au-del\u00e0 du libre-choix<\/h1>\n<p>Notre hypoth\u00e8se de d\u00e9part \u00e9tait celle que la philosophie morale, et plus particuli\u00e8rement l\u2019\u00e9thique en contexte biom\u00e9dical, nous serait utile pour mieux \u00e9clairer les contours du concept d\u2019autonomie de la personne au c\u0153ur de l\u2019arr\u00eat <em>Carter<\/em>. Notre analyse nous a donn\u00e9 raison et a d\u00e9montr\u00e9 que c\u2019est une compr\u00e9hension beaucoup plus riche et compl\u00e8te de l\u2019autonomie comme valeur et comme droit constitutionnel qui \u00e9merge du dialogue entre normes juridiques et \u00e9thiques. Le concept d\u2019autonomie dans l\u2019arr\u00eat <em>Carter <\/em>correspond bien \u00e0 un v\u00e9ritable principe d\u2019autonomie morale et non \u00e0 une simple forme de \u00ab\u00a0libre-choix\u00a0\u00bb. Il combine une dimension <em>subjective<\/em>, li\u00e9e \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un processus d\u00e9cisionnel rationnel permettant \u00e0 l\u2019individu de r\u00e9aliser ses objectifs quant \u00e0 la conduite de son existence, avec une dimension <em>objective<\/em> fondant le principe d\u2019autonomie en fin de vie sur des principes moraux communs quant \u00e0 la protection et le respect de la vie et la dignit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, nous avons pr\u00e9sent\u00e9 trois mod\u00e8les g\u00e9n\u00e9raux d\u2019\u00ab\u00a0autonomie\u00a0\u00bb reconnus par la litt\u00e9rature en contexte biom\u00e9dical, \u00e0 savoir l\u2019autonomie id\u00e9ale <em>objective<\/em>, l\u2019autonomie id\u00e9ale <em>subjective<\/em> et l\u2019\u00ab\u00a0autonomie\u00a0\u00bb non id\u00e9ale subjective ou <em>libre-choix<\/em>. Nous avons par la m\u00eame occasion d\u00e9fendu la th\u00e8se selon laquelle seuls les deux premiers mod\u00e8les peuvent se justifier \u00e0 la lumi\u00e8re de fondements philosophiques \u00e0 titre de concepts d\u2019<em>autonomie morale<\/em>. Si la libert\u00e9 est bien une condition pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019autonomie, en outre puisque la personne doit pouvoir exprimer un consentement libre et \u00e9clair\u00e9, elle ne constitue que la dimension proc\u00e9durale de la personne qui demande par exemple une aide \u00e0 mourir.<\/p>\n<p>Dans un deuxi\u00e8me temps, nous avons d\u00e9fendu notre th\u00e8se principale \u00e0 l\u2019effet qu\u2019ind\u00e9pendamment du fait que le libre-choix puisse \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 de principe d\u2019autonomie ou non, le concept d\u2019autonomie issu de l\u2019arr\u00eat <em>Carter<\/em> correspond bien \u00e0 la fois au mod\u00e8le d\u2019autonomie id\u00e9ale objective et \u00e0 celui de l\u2019autonomie id\u00e9ale subjective. La d\u00e9finition du <em>droit \u00e0 la vie<\/em> excluant un \u00ab\u00a0droit \u00e0 la mort\u00a0\u00bb ou un \u00ab\u00a0droit de mourir dans la dignit\u00e9\u00a0\u00bb correspond \u00e0 une norme universelle relevant du mod\u00e8le d\u2019autonomie id\u00e9ale objective. L\u2019application pratique d\u2019un id\u00e9al d\u2019autonomie dans le contexte sp\u00e9cifique de l\u2019atteinte au <em>droit \u00e0 la libert\u00e9<\/em> de renoncer au droit \u00e0 la vie a ensuite \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e par la Cour en s\u2019appuyant sur les principes d\u2019un mod\u00e8le d\u2019autonomie id\u00e9ale subjective.<\/p>\n<p>Notre analyse du concept d\u2019autonomie dans l\u2019arr\u00eat <em>Carter<\/em> aura r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des conclusions que pouvaient logiquement nous laisser pr\u00e9sager nos analyses pr\u00e9liminaires des fondements th\u00e9oriques et philosophiques du principe d\u2019autonomie. Tel que l\u2019a reconnu la Cour supr\u00eame, le droit \u00e0 la vie poss\u00e8de bien un noyau essentiel partag\u00e9 reposant sur une valeur universelle d\u2019humanit\u00e9. Ce partage du droit universel \u00e0 la vie ne signifie toutefois pas au sens de l\u2019article\u00a07 de la <em>Charte canadienne<\/em> que l\u2019individu ne poss\u00e8de aucune autonomie de gouverner ses choix en fin de vie en fonction de ses propres aspirations. L\u2019autonomie de la personne sied mal en th\u00e9orie comme en pratique \u00e0 une analyse cherchant aux confins de la raison humaine une seule option sur la mani\u00e8re de vivre et de mourir. C\u2019est pourquoi les dimensions objectivement universelles et subjectivement personnelles de l\u2019autonomie sont compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Bien plus qu\u2019une simple question de vocabulaire, saisir la dimension <em>substantive<\/em> de l\u2019autonomie et la distinguer de la simple \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb <em>proc\u00e9durale <\/em>de formuler un consentement valable permet de mieux situer la port\u00e9e normative de la valeur d\u2019autonomie. L\u2019autonomie d\u2019une personne envisageant la mort pour mettre fin \u00e0 ses souffrances ne peut \u00eatre prise pour acquise. \u00c0 notre avis, une telle analyse contribue n\u00e9cessairement \u00e0 fonder en pratique les r\u00e8gles et normes permettant de d\u00e9terminer la mesure selon laquelle une personne peut effectuer un choix v\u00e9ritablement autonome, pensons notamment aux questions li\u00e9es \u00e0 la possibilit\u00e9 de formuler un consentement \u00e0 l\u2019avance en mati\u00e8re d\u2019aide \u00e0 mourir, ou plus g\u00e9n\u00e9ralement encore aux limites qui devront \u00eatre pos\u00e9es par les l\u00e9gislateurs comme les juges quant au \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb de demander une aide \u00e0 mourir \u00e0 l\u2019aune de l\u2019article\u00a07 de la <em>Charte canadienne<\/em>. En d\u00e9pit qu\u2019elle ne constitue qu\u2019un jalon dans l\u2019analyse des diff\u00e9rents enjeux menant \u00e0 d\u00e9terminer comment am\u00e9nager la libert\u00e9 de renoncer au droit \u00e0 la vie, nous soumettons que notre analyse justifie donc que le droit constitutionnel prenne la juste mesure de ce que signifie prot\u00e9ger l\u2019autonomie de la personne au-del\u00e0 du libre-choix.<\/p>\n<p><u>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/u><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Richard Huxtable, <em>Law, Ethics and Compromise at the Limits of Life: To Treat or not to Treat?<\/em>, New York, Routledge, 2013 \u00e0 la p\u00a0182.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 2015 CSC\u00a05, [2015] 1 RCS\u00a0331 [<em>Carter<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 LRC\u00a01985, c\u00a0C-46. La Cour a d\u00e9clar\u00e9 inop\u00e9rant l\u2019alin\u00e9a 241(1)(b) rendant coupable d\u2019acte criminel quiconque aide ou encourage une personne \u00e0 se donner la mort, que le suicide s\u2019ensuive ou non, et l\u2019article\u00a014 prescrivant que \u00ab\u00a0[n]ul n\u2019a le droit de consentir \u00e0 ce que la mort lui soit inflig\u00e9e\u00a0\u00bb. La Cour a opin\u00e9 que seules ces dispositions entraient en jeu quant \u00e0 la prohibition du suicide assist\u00e9, l\u2019alin\u00e9a 241(1)(a) prohibant le fait de \u00ab\u00a0conseille[r] \u00e0 une personne de se donner la mort\u00a0\u00bb n\u2019y \u00ab\u00a0contribu[ant] en rien\u00a0\u00bb (<em>Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a020). La d\u00e9claration d\u2019invalidit\u00e9 des dispositions en cause a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 suspendue pendant 12 mois \u00e0 compter du prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat, et ensuite pendant quatre (4) mois suppl\u00e9mentaires. Ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une exemption quant \u00e0 cette suspension additionnelle le Qu\u00e9bec quant aux art 4 et 26 \u00e0 32 de la <em>Loi concernant les soins de fin de vie<\/em>, et ceux qui, pour la dur\u00e9e de la prorogation, souhaitant demander de l\u2019aide pour mettre fin \u00e0 leurs jours sur le fondement des crit\u00e8res de <em>Carter<\/em> (voir <em>ibid<\/em> au para 128;<em> Carter<\/em> <em>c<\/em> <em>Canada (Procureur g\u00e9n\u00e9ral)<\/em>, 2016 CSC\u00a04 au para 7, [2016] 1 RCS\u00a013).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a><em> \u00a0\u00a0\u00a0 Charte canadienne des droits et libert\u00e9s<\/em>, art\u00a07, partie I de la <em>Loi constitutionnelle de 1982<\/em>, constituant l\u2019annexe B de la <em>Loi de 1982 sur le Canada<\/em> (R-U), 1982, c\u00a011 [<em>Charte canadienne<\/em>]. Plus particuli\u00e8rement, la Cour a d\u00e9clar\u00e9 que les dispositions l\u00e9gislatives en cause portaient atteinte aux trois valeurs prot\u00e9g\u00e9es par l\u2019article\u00a07, \u00e0 savoir, le droit \u00e0 la vie, la libert\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 de la personne, ce contrairement aux principes de justice fondamentale, et ce \u00e9galement de fa\u00e7on injustifi\u00e9e au sens de l\u2019art\u00a01 de la <em>Charte canadienne. <\/em>Il \u00e9tait \u00e9galement all\u00e9gu\u00e9 que ces dispositions du <em>Code criminel<\/em> portaient atteinte au droit \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 garanti \u00e0 l\u2019art\u00a015 de la <em>Charte canadienne<\/em>, mais la Cour ne s\u2019est pas prononc\u00e9e sur cette question.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a><em> \u00a0\u00a0\u00a0 Loi concernant les soins de fin de vie<\/em>, RLRQ c\u00a0S-32.0001.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a><em> \u00a0\u00a0\u00a0 Code criminel<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a03, art\u00a0241.2(2)(d) (en vigueur depuis 2016). La constitutionnalit\u00e9 des param\u00e8tres juridiques est actuellement contest\u00e9e. Julia Lamb et la British Columbia Civil Liberties Association ont initi\u00e9 une contestation judiciaire quant \u00e0 la l\u00e9gislation f\u00e9d\u00e9rale en 2016, et Nicole Gladu et Jean Truchon ont fait de m\u00eame en contestant les l\u00e9gislations \u00e0 la fois qu\u00e9b\u00e9coise et f\u00e9d\u00e9rale (<em>Lamb c Canada<\/em>, 2017 BCSC\u00a01802, 5 BCLR (6th)\u00a0175; <em>Truchon c Procureur g\u00e9n\u00e9ral du Canada<\/em>, 2018 QCCS\u00a0313 (CanLII), AZ-51464186 (SOQUIJ) (demandes d\u2019intervention); <em>Truchon c Procureur g\u00e9n\u00e9ral du Canada<\/em>, 2018 QCCS\u00a0317 (CanLII), AZ-51464578 (SOQUIJ) (expertises)).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019alin\u00e9a\u00a0241.2(3)(g) du <em>Code criminel<\/em> pr\u00e9voit qu\u2019au moins dix jours francs doivent s\u2019\u00e9couler entre le jour o\u00f9 une demande d\u2019aide \u00e0 mourir a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e et celui o\u00f9 l\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir est fournie ou, si le m\u00e9decin ou l\u2019infirmier praticien du patient ainsi que le second m\u00e9decin ou infirmier praticien dont l\u2019avis est requis en vertu de l\u2019alin\u00e9a\u00a0241.2(3)(e) \u00ab\u00a0jugent que la mort de la personne ou la perte de sa capacit\u00e9 \u00e0 fournir un consentement \u00e9clair\u00e9 est imminente, une p\u00e9riode plus courte qu\u2019il juge indiqu\u00e9e dans les circonstances\u00a0\u00bb. L\u2019art\u00a029 de la <em>Loi concernant les soins de fin de vie<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a05, pr\u00e9voit pour sa part que le m\u00e9decin doit s\u2019assurer de la volont\u00e9 de la personne souhaitant obtenir une aide \u00e0 mourir \u00ab\u00a0en menant avec elle des entretiens \u00e0 des moments diff\u00e9rents, espac\u00e9s par un d\u00e9lai raisonnable compte tenu de l\u2019\u00e9volution de son \u00e9tat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Quant \u00e0 cette derni\u00e8re interrogation en particulier, voir Jacques Fr\u00e9mont, \u00ab\u00a0Some Thoughts Concerning Parliament\u2019s Legislative Leeway in a Post-Carter Era\u00a0\u00bb, 6 avril 2016 [non publi\u00e9, en ligne\u00a0: &lt;https:\/\/papers.ssrn.com\/sol3\/papers.cfm?abstract_<br \/>\nid=2760574&gt;].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Pour une analyse sur la port\u00e9e beaucoup plus large de l\u2019art\u00a07 de la <em>Charte canadienne<\/em> que ne le pr\u00e9destinait son caract\u00e8re proc\u00e9dural initialement pens\u00e9 comme \u00e9tant limit\u00e9, voir Peter W Hogg, \u00ab\u00a0The Brilliant Career of Section\u00a07 of the Charter\u00a0\u00bb (2012) 58 SCLR (2<sup>e<\/sup>)\u00a0195.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a><em> \u00a0\u00a0 R<\/em> <em>c<\/em> <em>Morgentaler<\/em>, [1988] 1 RCS\u00a030 \u00e0 la p\u00a0171, 44 DLR (4th)\u00a0385, juge Wilson.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a064, citant <em>Blencoe c Colombie-Britannique (Human Rights Commission)<\/em>, 2000 CSC\u00a044 au para\u00a054, [2000] 2 RCS\u00a0307.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Godbout c<\/em> <em>Longueuil<\/em>, [1997] 3 RCS 844 au para\u00a066, 152 DLR (4<sup>e<\/sup>) 577, citant <em>B (R)<\/em> <em>c<\/em> <em>Children\u2019s Aid Society of Metropolitan Toronto<\/em>, [1995] 1 RCS\u00a0315, 122 DLR (4th)\u00a01.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir particuli\u00e8rement l\u2019analyse formul\u00e9e dans Neil C Manson et Onora O\u2019Neill, <em>Rethinking Informed Consent in Bioethics<\/em>, 2007, New York, Cambridge University Press, aux pp\u00a016\u201322 (\u00ab\u00a0Improving justifications: the quest for autonomy\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> \u00a0\u00a0 Entre autres auteurs effectuant de fa\u00e7on similaire une cat\u00e9gorisation g\u00e9n\u00e9rale des diff\u00e9rents mod\u00e8les d\u2019autonomie, nous avons notamment lu les travaux de John Coggon, David DeGrazia et Onora O\u2019Neill. D\u2019une part, Coggon identifie trois cat\u00e9gories d\u2019autonomie en philosophie morale\u00a0: (1) <em>ideal desire autonomy<\/em>; (2) <em>best desire autonomy<\/em> et (3) <em>current desire autonomy<\/em> (voir John Coggon, \u00ab\u00a0Varied and Principled Understandings of Autonomy in English Law: Justifiable Inconsistency or Blinkered Moralism?\u00a0\u00bb (2007) 15:3 Health Care Analysis\u00a0235 aux pp\u00a0240\u201342). D\u2019autre part, DeGrazia r\u00e9f\u00e8re aux trois niveaux suivants de d\u00e9f\u00e9rence entre la <em>volont\u00e9 subjective<\/em> du patient et la recherche du <em>meilleur int\u00e9r\u00eat objectif<\/em> de ce dernier quant aux d\u00e9cisions biom\u00e9dicales qui le concernent\u00a0: (1) <em>informed consent<\/em>; (2)\u00a0<em>substituted judgement<\/em> et (3) <em>best interests<\/em> (voir David DeGrazia, \u00ab\u00a0Value Theory and the Best Interests Standard\u00a0\u00bb (1995) 9:1 Bioethics\u00a050 \u00e0 la p\u00a050). Enfin, O\u2019Neill se penche plus particuli\u00e8rement sur la cat\u00e9gorie d\u2019autonomie morale id\u00e9ale objective dans sa forme la plus fid\u00e8le \u00e0 la pens\u00e9e de Emmanuel Kant. Elle qualifie cette cat\u00e9gorie d\u2019<em>autonomie fond\u00e9e sur des principes<\/em> (\u00ab\u00a0principled autonomy\u00a0\u00bb) et la distingue particuli\u00e8rement de l\u2019autonomie rationnelle correspondant au mod\u00e8le de l\u2019autonomie id\u00e9ale subjective (voir Onora O\u2019Neill, <em>Autonomy and Trust in Bioethics<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press, 2002, tel que cit\u00e9 dans Huxtable, <em>supra<\/em> note\u00a01 \u00e0 la p\u00a0118; Onora O\u2019Neill, \u00ab\u00a0Autonomy: The Emperor\u2019s New Clothes \u00bb (2003) 77 Proceedings of the Aristotelian Society (Supplementary Volumes) 1 aux pp\u00a06\u20138 [O\u2019Neill, \u00ab\u00a0Autonomy: The Emperor\u2019s New Clothes\u00a0\u00bb]). Pour une discussion critique sur les \u00e9l\u00e9ments avanc\u00e9s par Coggon et DeGrazia, voir \u00e9galement Huxtable <em>supra<\/em> note\u00a01 aux pp\u00a0116\u201322.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir JB Schneewind, <em>The Invention of Autonomy: A History of Modern Moral Philosophy<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press, 1998, aux pp\u00a0483\u2013507. Onora O\u2019Neill partage l\u2019avis de Schneewind sur ce point (voir O\u2019Neill, \u00ab\u00a0Autonomy: The Emperor\u2019s New Clothes\u00a0\u00bb, <em>supra<\/em> note\u00a014 \u00e0 la p\u00a06). Voir \u00e9galement les commentaires de Jean-Fran\u00e7ois Perrin dans <em>Le droit de choisir \u2014 Essai sur l\u2019av\u00e8nement du \u00ab\u00a0principe d\u2019autonomie\u00a0\u00bb<\/em>, Gen\u00e8ve, Schulthess, 2013, \u00e0 la p\u00a0121.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> \u00a0\u00a0 Emmanuel Kant, <em>Fondements de la m\u00e9taphysique des m\u0153urs<\/em>, traduit par Victor Delbos, Paris, Le livre de poche, 1993, \u00e0 la p\u00a057 [Kant, <em>Fondements<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a095.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> \u00a0\u00a0 Nous employons l\u2019expression \u00ab\u00a0nette antinomie\u00a0\u00bb en ce sens que l\u2019antinomie demeure pr\u00e9sente comme principe transcendantal logique (dont l\u2019existence ne peut \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9e) dans la pens\u00e9e kantienne. Nous r\u00e9f\u00e9rons donc ici plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019opposition logique entre la pr\u00e9supposition hypoth\u00e9tique de la personne comme \u00eatre irrationnel et de l\u2019autol\u00e9gislation de la morale universelle comme expression de la raison. Autrement dit, l\u2019auto-l\u00e9gislation <em>obligatoire<\/em> de la raison pour l\u2019\u00eatre irrationnel comme fondement de son autonomie serait un principe contradictoire.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir John Rawls, <em>Le\u00e7ons sur l\u2019histoire de la philosophie morale<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 2008, \u00e0 la p\u00a0203.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> \u00a0\u00a0 Emmanuel Kant, <em>Le\u00e7ons d\u2019\u00e9thique<\/em>, Paris, Librairie g\u00e9n\u00e9rale fran\u00e7aise, 1997 \u00e0 la p\u00a0268 [Kant, <em>Le\u00e7ons<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a0268 \u00e0 la p\u00a0277.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a0272.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a0274.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a0273.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Rawls, <em>supra<\/em> note\u00a019 \u00e0 la p\u00a0192.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> \u00a0\u00a0 En ce que provenant de la raison et correspondant de ce fait au d\u00e9sir de tout \u00eatre pr\u00e9sum\u00e9 raisonnable.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> \u00a0\u00a0 Pour une analyse plus approfondie de l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie quant au concept d\u2019autonomie morale de Kant, voir Onora O\u2019Neill, \u00ab\u00a0Postcript: Heteronomy as the Clue to Kantian Autonomy\u00a0\u00bb, dans Oliver Sensen, dir, <em>Kant on Moral Autonomy<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press, 2013, 282.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> \u00a0\u00a0 Nos soulignements. Kant, <em>Fondements<\/em>, <em>supra <\/em>note 16 aux pp\u00a0144\u201345, 150\u201351.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> \u00a0\u00a0 O\u2019Neill, \u00ab\u00a0Autonomy\u00a0: The Emperor\u2019s New Clothes \u00bb, <em>supra<\/em> note\u00a014 aux pp\u00a04\u20135. Sur la distinction entre le fait d\u2019effectuer des choix fond\u00e9s sur les <em>d\u00e9sirs de second ordre<\/em> (<em>second order desires<\/em>) par opposition aux <em>choix routiniers <\/em>(<em>routine choosing<\/em>), O\u2019Neill se r\u00e9f\u00e8re au concept d\u2019autonomie d\u00e9velopp\u00e9 par Harry G Frankfurt (voir Harry G Frankfurt, \u00ab\u00a0Freedom of the Will and the Concept of a Person\u00a0\u00bb (1971) 68:1 J Philosophy\u00a05).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Gerald Dworkin, <em>The Theory and Practice of Autonomy<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press, 1988 \u00e0 la p\u00a09 (Dworkin tire cette distinction de celle initialement formul\u00e9e par HLA Hart et d\u00e9velopp\u00e9e ensuite par John Rawls).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> aux pp\u00a010\u201311.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> aux pp\u00a07\u20138. En contexte biom\u00e9dical, Beauchamp et Childress rejettent express\u00e9ment aussi non seulement la formule kantienne, mais \u00e9galement celle de la pr\u00e9s\u00e9ance des d\u00e9sirs de second ordre sur ceux de premier ordre. Ils consid\u00e8rent ce crit\u00e8re trop exigeant pour \u00eatre pos\u00e9 sans justement restreindre l\u2019autonomie (voir Tom L Beauchamp et James F Childress, <em>Principles of Biomedical Ethics<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d, Oxford, Oxford University Press, 2001, cit\u00e9 dans Richard Dean, <em>The Value of Humanity in Kant\u2019s Moral Theory<\/em>, Oxford, Clarendon Press, 2006, aux pp\u00a0199\u2013204).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Dworkin, <em>supra<\/em> note 32 \u00e0 la p\u00a08. Onora O\u2019Neill souligne par ailleurs qu\u2019il n\u2019y a pas de consensus quant \u00e0 la conclusion que l\u2019autonomie morale soit forc\u00e9ment d\u00e9sirable pour l\u2019individu (\u00ab\u00a0<em>a desirable quality to have\u00a0<\/em>\u00bb), notamment puisque l\u2019autonomie peut mener tout autant \u00e0 des choix moraux admirables, corrompus ou triviaux (\u00ab\u00a0<em>admirable, corrupt or merely trivial\u00a0<\/em>\u00bb) (voir O\u2019Neill, \u00ab\u00a0Autonomy: The Emperor\u2019s New Clothes \u00bb, <em>supra<\/em> note\u00a014 \u00e0 la p\u00a03).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Dworkin, <em>supra<\/em> note\u00a032 \u00e0 la p\u00a09.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em>Voir <em>ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a014.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> aux pp\u00a014\u201315.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> \u00a0\u00a0 Dworkin reconna\u00eet cette possibilit\u00e9 de changer ses d\u00e9sirs de second ordre, bien qu\u2019il la justifie de fa\u00e7on relativement diff\u00e9rente (voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a016).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Isaiah Berlin, <em>Four Essays on Liberty<\/em>, London, Oxford University Press, 1969 aux pp\u00a0130\u201331.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Dworkin, <em>supra<\/em> note\u00a032 \u00e0 la p\u00a013.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a018.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em>Voir par ex<em> ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 aux para\u00a057, 58, 61.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid <\/em>au para\u00a059.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Rodriguez c\u00a0Colombie-Britannique (PG)<\/em>, [1993] 3 RCS\u00a0519 \u00e0 la p\u00a0630, 107 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a0342, cit\u00e9 dans <em>Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a060.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir notamment <em>Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a062.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em>, r\u00e9f\u00e9rant aux affaires <em>Chaoulli c Qu\u00e9bec (PG)<\/em>, 2005 CSC\u00a035 aux para\u00a038, 50, [2005] 1 RCS\u00a0791 et <em>Canada (PG) c PHS Community Services Society<\/em>, 2011 CSC\u00a044 au para\u00a091, [2011] 3 RCS\u00a0134.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a> \u00a0\u00a0 Pensons par exemple \u00e0 la libert\u00e9 de religion qui inclut la libert\u00e9 de ne pas croire et \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression qui inclut la libert\u00e9 de ne rien dire ou de ne pas dire certaines choses. Voir notamment <em>\u00c9cole secondaire Loyola<\/em> c <em>Qu\u00e9bec (PG)<\/em>, 2015 CSC\u00a012, [2015] 1 RCS\u00a0613 (libert\u00e9 de religion) et <em>Canada (PG)<\/em> <em>c<\/em> <em>JTI-Macdonald Corp<\/em>, 2007 CSC\u00a030, [2007] 2 RCS\u00a0610 (libert\u00e9 d\u2019expression).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Kant, <em>Le\u00e7ons<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a020 aux pp\u00a0269\u201370.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em>. Voir aussi Rawls, <em>supra<\/em> note\u00a019 \u00e0 la p\u00a0211.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Kant, <em>Le\u00e7ons,<\/em> <em>supra<\/em> note\u00a020 aux pp\u00a0268\u201369.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a063.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid<\/em> au para\u00a060, citant <em>Carter v Canada (AG),<\/em> 2013 BCCA\u00a0435 au para\u00a086, 365 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a0351.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a063.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a> \u00a0\u00a0 La question des motifs pour lesquels un individu souhaitera recourir \u00e0 l\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir ainsi que leur fondement moral sont une question distincte que nous discuterons sous l\u2019angle de l\u2019atteinte au droit \u00e0 la libert\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a063.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a065, citant <em>Carter v Canada (AG)<\/em>, 2012 BCSC\u00a0886 au para\u00a01326, 287 CCC (3<sup>e<\/sup>)\u00a01 [<em>Carter<\/em> BCSC].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a064.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid<\/em> au para\u00a065, citant <em>Carter BCSC, supra note 58 <\/em>au para\u00a01326.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a068, citant <em>Carter<\/em> BCSC,<em> supra note 58 <\/em>au para\u00a01326.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a> \u00a0\u00a0 2009 CSC\u00a030, [2009] 2 RCS\u00a0181 [<em>AC<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\">[63]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a068, citant <em>AC<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a062 au para\u00a0219.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\">[64]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a067, citant <em>AC<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a062 au para\u00a040.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\">[65]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>,<em> supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a068.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\">[66]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref67\" name=\"_ftn67\">[67]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid <\/em>aux para\u00a04, 147.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref68\" name=\"_ftn68\">[68]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid <\/em>au para\u00a01.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn69\">[69]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Carter<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a02 aux para\u00a057\u201358. Soulignons d\u2019ailleurs que cette dimension temporelle reconnue au droit \u00e0 la vie constitue une interpr\u00e9tation extensive de la sph\u00e8re de protection de ce droit. Il serait donc \u00e0 notre avis erron\u00e9 de conclure que le refus de reconna\u00eetre la \u00ab\u00a0qualit\u00e9 de vie\u00a0\u00bb comme \u00e9tant incluse dans la sph\u00e8re de protection du droit \u00e0 la vie signifie que la Cour supr\u00eame a retenu une interpr\u00e9tation restrictive de ce droit. Au contraire, elle a plut\u00f4t fait preuve de coh\u00e9rence dans son analyse syst\u00e9mique de l\u2019ensemble des droits prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019art\u00a07 de la <em>Charte canadienne<\/em> (la qualit\u00e9 de vie et la protection contre les souffrances \u00e9tant prot\u00e9g\u00e9es par le droit \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9) <em>tout en retenant une d\u00e9finition \u00e0 notre avis fort large et lib\u00e9rale du droit \u00e0 la vie<\/em> comme ayant une dimension temporelle.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref70\" name=\"_ftn70\">[70]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a086, citant <em>Carter <\/em>BCSC, <em>supra<\/em> note\u00a058 au para\u00a01136.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref71\" name=\"_ftn71\">[71]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter, supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a067, citant <em>AC<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a062 au para\u00a039.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref72\" name=\"_ftn72\">[72]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a068.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref73\" name=\"_ftn73\">[73]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Dworkin, <em>supra<\/em> note 32 \u00e0 la p\u00a018.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref74\" name=\"_ftn74\">[74]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>,<em> supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a067.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref75\" name=\"_ftn75\">[75]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid<\/em>, citant <em>AC<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a062 au para\u00a040.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref76\" name=\"_ftn76\">[76]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Carter<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Principled compromise can combine the best of law with the best of ethics support: to paraphrase Kant, law without ethics is empty, but ethics without law is blind\u2014only through their unison can knowledge arise[1]. Quelle est la port\u00e9e du droit \u00e0 l\u2019autonomie de la personne depuis l\u2019affaire Carter c. Canada (PG)[2]? La Cour supr\u00eame, &hellip; <a href=\"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/fr\/article\/le-concept-dautonomie-dans-larret-carter-c-canada-au-dela-du-libre-choix\/\">Continued<\/a><\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","class_list":["post-19482","articles","type-articles","status-publish","hentry","article-type-article"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.8 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Le concept d\u2019autonomie dans l\u2019arr\u00eat Carter c. 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