{"id":20185,"date":"2019-03-01T14:22:58","date_gmt":"2019-03-01T19:22:58","guid":{"rendered":"https:\/\/lawjournal.mcgill.ca\/?post_type=articles&#038;p=20185"},"modified":"2020-12-02T15:26:15","modified_gmt":"2020-12-02T20:26:15","slug":"publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre","status":"publish","type":"articles","link":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/fr\/article\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\/","title":{"rendered":"Publicistes et privatistes peuvent  correspondre entre eux et m\u00eame  se comprendre"},"content":{"rendered":"<h1 id=\"f87-928-43b-afb-655\">Introduction<\/h1>\n<p>L\u2019an dernier paraissait aux \u00e9ditions Dalloz un ouvrage d\u2019une dense \u00e9rudition juridique qu\u2019auraient int\u00e9r\u00eat \u00e0 lire tous les publicistes ou privatistes curieux de mieux comprendre les rapports entre le droit administratif et le droit civil<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit en quoi consiste cet ouvrage, tout en le situant par rapport \u00e0 nous <strong>(I)<\/strong>, je reviendrai sur certains des th\u00e8mes qui ont le plus attir\u00e9 mon attention <strong>(II) <\/strong>avant d\u2019insister sur quelques convergences et divergences entre le droit administratif en France et au Canada <strong>(III)<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>I.<\/strong><\/p>\n<p>De prime abord, l\u2019ouvrage risque de surprendre par sa pr\u00e9sentation car il est, semble-t-il, le premier d\u2019un genre nouveau. Je m\u2019explique.<\/p>\n<p>Deux agr\u00e9g\u00e9s de droit, professeurs \u00e0 l\u2019\u00c9cole de droit de Sciences Po \u00e0 Paris, dialoguent entre eux afin de mieux s\u2019instruire l\u2019un l\u2019autre sur l\u2019\u00e9tat de leur discipline respective et sur les transformations que celles-ci ont connues entre la cr\u00e9ation de la\u00a0III<sup>e<\/sup>\u00a0R\u00e9publique et l\u2019\u00e9poque actuelle. Christophe Jamin, doyen de l\u2019\u00c9cole en question, est un civiliste r\u00e9put\u00e9. Fabrice Melleray, son coll\u00e8gue et un administrativiste de premier ordre, lui donne la r\u00e9plique. Les deux correspondent par courriel pendant quelque dix-huit mois dans le but, pr\u00e9cisent-ils, d\u2019acqu\u00e9rir \u00ab\u00a0une meilleure connaissance de la culture des civilistes\u00a0\u00bb pour Melleray et \u00ab\u00a0de celle des administrativistes\u00a0\u00bb pour Jamin. Ajoutons \u00e0 ces derniers les constitutionnalistes, eux aussi assez pr\u00e9sents dans ces pages.<\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulte\u00a0cinquante-deux courriels qui varient en longueur entre une et dix pages et dont l\u2019expos\u00e9 se r\u00e9partit en trois \u00e9poques\u00a0: de\u00a01870 au milieu des ann\u00e9es\u00a01930 (sous la rubrique \u00ab\u00a0Construction\u00a0\u00bb), des ann\u00e9es\u00a01930 \u00e0\u00a01970 (sous la rubrique \u00ab\u00a0D\u00e9ploiement\u00a0\u00bb) et de\u00a01970 \u00e0 aujourd\u2019hui (sous la rubrique \u00ab\u00a0Remise en cause?\u00a0\u00bb). Un sous-titre coiffe chaque courriel pour mieux guider le lecteur. J\u2019en donne quelques exemples\u00a0: la r\u00e9novation du droit civil entre socialisation et technicisation\u00a0\u2014\u00a0les administrativistes sous le r\u00e9gime de Vichy\u00a0\u2014\u00a0la crispation entre la Cour de cassation et le Conseil d\u2019\u00c9tat\u00a0\u2014\u00a0les civilistes et le droit europ\u00e9en des droits de l\u2019homme. On voit donc que l\u2019ouvrage couvre un champ fort vaste. Le texte, tr\u00e8s document\u00e9, revient sur de nombreux travaux de doctrine et arr\u00eats de la Cour de cassation ou du Conseil d\u2019\u00c9tat dont il livre plusieurs fines analyses. Par endroits aussi, il se pr\u00e9sente comme un essai d\u2019anthropologie juridique consacr\u00e9 \u00e0 la transformation en parall\u00e8le au cours des 150 derni\u00e8res ann\u00e9es de ces deux cultures constitutives du droit fran\u00e7ais moderne. C\u2019est un travail d\u2019\u00e9rudition, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, qui vraisemblablement n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la port\u00e9e d\u2019universitaires en d\u00e9but de carri\u00e8re. Il faut avoir beaucoup lu, et pendant tr\u00e8s longtemps, pour dominer ainsi un tel sujet.<\/p>\n<p>Le corps du texte comprend \u00e9galement sept tableaux synoptiques qui mettent en relief ce qu\u2019il y avait de structurant, de part et d\u2019autre et \u00e0 divers moments dans le temps, alors que continuaient d\u2019\u00e9voluer ces deux cultures. S\u2019y ajoutent un index th\u00e9matique, un index des noms propres dans lequel on retrouve tous les grands noms de la doctrine de droit public et de droit priv\u00e9 (avec beaucoup d\u2019autres noms moins connus) ainsi qu\u2019une impressionnante bibliographie de plus de\u00a0500 titres (o\u00f9 Georges Ripert et Jean Rivero, par exemple, figurent chacun treize fois)<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Bref, tout ou presque a \u00e9t\u00e9 ratiss\u00e9 de pr\u00e8s pour les besoins de l\u2019expos\u00e9 et on y trouve beaucoup de choses susceptibles d\u2019int\u00e9resser diff\u00e9rents lecteurs. Aussi ne s\u2019\u00e9tonnera-t-on pas d\u2019apprendre qu\u2019il s\u2019agit \u00e9galement d\u2019un ouvrage prim\u00e9 qui a re\u00e7u le Prix du livre juridique\u00a02018<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Mais quelques pr\u00e9cautions s\u2019imposent avant d\u2019aborder le livre.<\/p>\n<p>Nous, ici, travaillons dans un syst\u00e8me de droit mixte, certes rattach\u00e9 par ses racines historiques \u00e0 la France, mais aussi \u00e0 l\u2019Angleterre. La r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9peinte par Jamin et Melleray, celle du droit fran\u00e7ais sur\u00a0150 ans, pr\u00e9sente donc d\u2019importantes diff\u00e9rences avec la n\u00f4tre, tant au plan institutionnel qu\u2019au plan du contentieux. Il y a unicit\u00e9 de juridictions au Canada (toute question litigieuse \u00e9tant susceptible, \u00e0 tout le moins th\u00e9oriquement, d\u2019aboutir devant la Cour supr\u00eame du Canada). Il y a dualit\u00e9 de juridictions en France (encore que l\u2019observation soit d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ductrice puisqu\u2019en France, outre la dualit\u00e9 historique et fondamentale entre la Cour de cassation et le Conseil d\u2019\u00c9tat, on doive en plus tenir compte des comp\u00e9tences exerc\u00e9es par le Tribunal des conflits<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, le Conseil constitutionnel, la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne et la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme). En outre, l\u2019activit\u00e9 juridictionnelle <em>des <\/em>cours supr\u00eames fran\u00e7aises se caract\u00e9rise par la prolif\u00e9ration d\u2019une jurisprudence de masse<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> (en\u00a02017, la Cour de cassation a jug\u00e9\u00a028\u00a0067<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> affaires et le Conseil d\u2019\u00c9tat 11\u00a0348<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>), ce qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019ordre de grandeur qui existe ici (si l\u2019on se fie aux quatre volumes du <em>Recueil des arr\u00eats de la Cour supr\u00eame du Canada<\/em> pour\u00a02017, on voit que cette ann\u00e9e-l\u00e0, la Cour a rendu\u00a0127 arr\u00eats au fond, dont 12 furent prononc\u00e9s s\u00e9ance tenante sur des pourvois de plein droit en mati\u00e8re criminelle). Un total de\u00a0115 arr\u00eats contre\u00a039\u00a0415, cela ne repr\u00e9sente m\u00eame pas\u00a00,003\u00a0% du corpus fran\u00e7ais qui vient d\u2019\u00eatre \u00e9voqu\u00e9\u00a0\u2014\u00a0et cette proportion pratiquement infime n\u2019augmenterait gu\u00e8re m\u00eame si l\u2019on tenait compte des jugements que la Cour supr\u00eame du Canada rend, sans donner de motifs, sur les requ\u00eates pour autorisation de pourvoi.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il y a une autre dimension, qualitative, \u00e0 tout cela. La Cour de cassation, qui loge Quai de l\u2019Horloge \u00e0 Paris, est bien en France la juridiction supr\u00eame de l\u2019ordre judiciaire. Et il est ind\u00e9niable qu\u2019il y a d\u2019\u00e9troites affinit\u00e9s entre une partie de son activit\u00e9 jurisprudentielle et celle de la Cour supr\u00eame du Canada. C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi certains arr\u00eats de la Cour de cassation (beaucoup plus que ceux du Conseil d\u2019\u00c9tat<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>) trouvent depuis longtemps \u00e9cho dans la jurisprudence canadienne<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il, maintenant, du Conseil d\u2019\u00c9tat, qui en France est en quelque sorte la cour supr\u00eame administrative, install\u00e9e au no. 1, Place du Palais-Royal? (Je laisse de c\u00f4t\u00e9 son voisin de la rue de Montpensier, le Conseil constitutionnel.) Si le Conseil d\u2019\u00c9tat devait avoir un quelconque pendant dans les institutions canadiennes, il faudrait sans doute qu\u2019il s\u2019agisse, organiquement parlant, d\u2019une section du Bureau du Conseil priv\u00e9\u00a0: une hypoth\u00e9tique \u00ab\u00a0Section\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Direction g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Division\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0contentieux\u00a0\u00bb qui, dans sa composition ou son personnel, conserverait n\u00e9anmoins un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de porosit\u00e9 avec les autres sections de ce m\u00eame Bureau. Or, on voit tout de suite que la comparaison est bancale, ne serait-ce que parce que les fr\u00e9quents arbitrages que la Cour supr\u00eame du Canada est appel\u00e9e \u00e0 faire entre ordres de gouvernement ne pourraient d\u00e9cemment \u00eatre confi\u00e9s au Bureau (f\u00e9d\u00e9ral) du Conseil priv\u00e9, \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans ce qu\u2019on appelait autrefois, honteusement selon certains, l\u2019\u00c9difice Langevin.<\/p>\n<p>Non seulement la comparaison est-elle bancale, mais elle est incompl\u00e8te car elle omet l\u2019importante activit\u00e9 consultative que les six autres sections<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a> du Conseil d\u2019\u00c9tat exercent aupr\u00e8s du gouvernement fran\u00e7ais. Ainsi, en\u00a02017, toutes cat\u00e9gories confondues, ces sections se sont prononc\u00e9es sur 1\u00a0302 textes<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Au Canada, cette importante fonction de conseil est assur\u00e9e par le minist\u00e8re de la Justice, dans d\u2019autres \u00e9difices.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, m\u00eame si elle est bancale et incompl\u00e8te, gardons-nous d\u2019\u00e9carter cette comparaison du revers de la main. Tout r\u00e9cemment en Angleterre, la consultation de dossiers des <em>National Archives, <\/em>pass\u00e9s jusque-l\u00e0 inaper\u00e7us, a permis \u00e0 deux auteurs de faire d\u2019int\u00e9ressantes d\u00e9couvertes<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Ils signalent ainsi que, d\u00e8s les ann\u00e9es\u00a01960, dans la foul\u00e9e du c\u00e9l\u00e8bre rapport de Sir Oliver Franks<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, plusieurs voix \u00e9minentes s\u2019\u00e9taient \u00e9lev\u00e9es pour proposer que l\u2019on dessaisisse les tribunaux judiciaires du r\u00e9examen des d\u00e9cisions administratives (ou minist\u00e9rielles) comme de celles de tribunaux administratifs. Sir John Whyatt avait ainsi propos\u00e9 dans un rapport<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a> tr\u00e8s remarqu\u00e9 que l\u2019on cr\u00e9e un <em>British Parliament Commissioner<\/em> inspir\u00e9 des Ombusmen alors en exercice au Danemark et en Su\u00e8de, et qu\u2019\u00e0 terme ce commissaire ait le pouvoir de recevoir des plaintes de particuliers. Un autre de ces interlocuteurs autoris\u00e9s, J.D.B. Mitchell, sugg\u00e9rait m\u00eame que la fonction de r\u00e9vision ou de r\u00e9examen soit confi\u00e9e \u00e0 un\u2026 Conseil priv\u00e9 sp\u00e9cialement reconstitu\u00e9 (il s\u2019agit ici de tout autre chose que ce que l\u2019on conna\u00eet officiellement en langue anglaise comme le <em>Judicial Committee of the Privy Council<\/em>)<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. En somme, il aurait confi\u00e9 la t\u00e2che \u00e0 l\u2019\u00e9quivalent du Conseil priv\u00e9 au Canada, l\u2019\u00c9difice Langevin d\u2019autrefois devenant un genre de Palais-Royal local. Les choses ne sont donc peut-\u00eatre pas aussi simples qu\u2019il n\u2019y para\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue. Certains effets d\u2019osmose persistent entre \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, de culture simplement anglaise, ou mixte anglo-canadienne et fran\u00e7aise, et \u00ab\u00a0eux\u00a0\u00bb, de culture franchement fran\u00e7aise. Et cela, curieusement, ne se v\u00e9rifie pas seulement en droit civil.<\/p>\n<p><strong>II.<\/strong><\/p>\n<p>Plusieurs choses ont piqu\u00e9 ma curiosit\u00e9 en lisant cette monographie, dont le propos, j\u2019y reviens, est d\u2019une grande originalit\u00e9. Sur plus d\u2019un point, le syst\u00e8me fran\u00e7ais et le n\u00f4tre se ressemblent, vraisemblablement parce que, derri\u00e8re les institutions et les habitudes ou fa\u00e7ons de faire propres \u00e0 chaque syst\u00e8me, les principales situations \u00e0 probl\u00e8me, si je puis le dire ainsi, sont semblables. M\u2019en tenant au seul droit administratif, l\u2019abus de pouvoir, la multiplication exponentielle des textes, la coh\u00e9rence des pratiques de d\u00e9cision, le statut et la responsabilit\u00e9 des agents du service public, les rapports entre la proc\u00e9dure et le fond en mati\u00e8re contentieuse (de m\u00eame que, plus g\u00e9n\u00e9ralement, toute la question des voies de recours), et bien d\u2019autres choses encore, ici comme en France, sont perp\u00e9tuellement dans la mire du droit administratif. Comme l\u2019est \u00ab\u00a0le Contrat\u00a0\u00bb en droit priv\u00e9, avec tout ce qui se d\u00e9cline autour de lui, sans cesse et \u00e0 n\u2019en plus finir. La comparaison est non seulement possible mais elle peut souvent \u00eatre f\u00e9conde. Cela dit, sur d\u2019autres plans, les diff\u00e9rences sont marqu\u00e9es ou, en tout cas, donnent s\u00e9rieusement \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. Je m\u2019arr\u00eaterai sur les quatre aspects \u00e9num\u00e9r\u00e9s ci-dessous de <strong>(i)<\/strong> \u00e0 <strong>(iv)<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>(i) <\/strong>Une premi\u00e8re chose qui m\u2019a frapp\u00e9 est l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019histoire dans ce livre. Les traces qu\u2019elle laisse sur le droit \u00e0 la fois public et priv\u00e9 sont nombreuses et l\u2019on voit d\u00e8s le d\u00e9but qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une histoire beaucoup plus mouvement\u00e9e que la n\u00f4tre.<\/p>\n<p>Car, en effet, que dire ici de l\u2019impact de l\u2019histoire sur le droit public ou priv\u00e9 entre\u00a01870 et aujourd\u2019hui? Assez peu de choses, en somme. En\u00a01867, le Canada est une colonie britannique plut\u00f4t assoupie, \u00e9quip\u00e9e depuis\u00a01866 d\u2019un code civil largement inspir\u00e9 du Code Napol\u00e9on, \u00e0 tout le moins par sa forme. Elle traversera, oui, deux grandes guerres, mais fort loin des champs de bataille et des terribles exactions inflig\u00e9es aux populations civiles. Son droit aura commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019autonomiser avec le <em>Statute of Westminster <\/em>en\u00a01931<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, au lendemain de la Crise de\u00a01929, et le droit administratif conna\u00eetra un essor consid\u00e9rable apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, mais sans qu\u2019on y d\u00e9c\u00e8le autant qu\u2019en France les blessures cruelles de l\u2019histoire. Je ne veux surtout pas laisser entendre par l\u00e0 que l\u2019histoire <em>du droit<\/em> est sans int\u00e9r\u00eat. C\u2019est une discipline \u00e0 la fois riche et tr\u00e8s utile<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>. Mais l\u2019histoire <em>hors du droit<\/em>, et ses multiples bouleversements, n\u2019ont pas eu ici l\u2019impact qui fut le leur sur la culture juridique et le droit fran\u00e7ais. Car c\u2019est autre chose en France.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de la p\u00e9riode qui int\u00e9resse Jamin et Melleray, la culture juridique est indissociable de la trame historique de l\u2019heure. La III<sup>e<\/sup> R\u00e9publique na\u00eet en\u00a01870, ann\u00e9e de la guerre franco-allemande, qui se solde par la d\u00e9faite humiliante de la France. Celle-ci est ressentie comme une d\u00e9faite morale et elle marquera durablement les esprits. Elle inspire \u00e0 Ernest Renan son c\u00e9l\u00e8bre essai, <em>La r\u00e9forme intellectuelle et morale<\/em><a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Aussi voit-on de grands juristes de l\u2019\u00e9poque travailler dans le m\u00eame sens, au rel\u00e8vement moral du pays, dont Laferri\u00e8re et J\u00e8ze, de m\u00eame que Duguit et Hauriou qui, appelant Durkheim \u00e0 la rescousse, s\u2019emploient \u00e0 d\u00e9gager les principes g\u00e9n\u00e9raux derri\u00e8re les solutions jurisprudentielles. Cela devient en droit public le moyen de surmonter le complexe li\u00e9 \u00e0 l\u2019absence d\u2019un code et ce rel\u00e8vement intellectuel, s\u2019il doit aboutir, impose d\u2019\u00e9laborer une science fran\u00e7aise du droit qui soit sup\u00e9rieure au droit prussien, ce fruit d\u2019une discipline qui fut aussi le ressort de la victoire allemande. Voil\u00e0 une premi\u00e8re impulsion de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Sans trop insister sur ce rapport presque symbiotique entre l\u2019histoire et la culture juridique, je mentionne malgr\u00e9 tout certains de ses aspects les plus saillants. L\u2019urbanisation et l\u2019industrialisation s\u2019accompagn\u00e8rent d\u2019une constante croissance du prol\u00e9tariat urbain\u00a0\u2014\u00a0et des accidents du travail. Ces mutations \u00e9mergentes contraignirent les civilistes \u00e0 chercher \u00e0 leur tour d\u2019autres bases pour adapter aux r\u00e9alit\u00e9s nouvelles un droit priv\u00e9 encore coul\u00e9 dans le code de\u00a01804. S\u2019affranchir (attention, avec mesure!) de celui-ci, alors d\u00e9pass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements, impliquera pour eux aussi l\u2019analyse et la synth\u00e8se savante des solutions jurisprudentielles. Les travaux pr\u00e9curseurs d\u2019un Raymond Saleilles ou d\u2019un Fran\u00e7ois Geny, et plus tard ceux d\u2019un Louis Josserand<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>, sont issus de ce changement de perspective<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a> et illustrent le \u00ab\u00a0moment solidariste\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9, selon l\u2019un des auteurs dans un autre livre, la doctrine en France aurait pu prendre le m\u00eame tournant que celui impos\u00e9 par les <em>Realists<\/em> aux \u00c9tats-Unis<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a> (le mouvement r\u00e9aliste).<\/p>\n<p>Cela ne se fera pas, cependant, car tout au long des ann\u00e9es\u00a01920 et\u00a01930, avec la mont\u00e9e du socialisme, de la Section fran\u00e7aise de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re, puis, en\u00a01936, la prise du pouvoir par le Front populaire, le cours des \u00e9v\u00e9nements donnera le vertige aux principaux auteurs de doctrine. Il faut donc remettre les choses en place. Le primat de la technique devient le mot d\u2019ordre contre les \u00e9mules du \u00ab\u00a0bon juge\u00a0\u00bb Magnaud de Ch\u00e2teau Thierry<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a> et contre ce que Geny appelle leurs \u00ab\u00a0d\u00e9formations morbides\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a> du droit. Les faiseurs de syst\u00e8mes se mettent \u00e0 l\u2019\u0153uvre et \u00e0 la recherche de \u00ab\u00a0constructions\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a> conceptuellement coh\u00e9rentes. S\u2019instaure alors l\u2019\u00e8re (ou la chim\u00e8re?) de la \u00ab\u00a0toute-puissance de la technique\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>, selon le mot de Joseph-Julien Bonnecase, ce trouble-f\u00eate<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a> plus \u00e0 l\u2019aise que d\u2019autres devant le d\u00e9sordre des faits. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, les faiseurs de syst\u00e8me auront, du moins pour un temps, le dernier mot. Cette p\u00e9riode de \u00ab\u00a0d\u00e9ploiement\u00a0\u00bb de la doctrine mais en m\u00eame temps de net repli sur la technique, va des ann\u00e9es\u00a01930 aux ann\u00e9es\u00a01970. Elle encadre le douloureux \u00e9pisode de Vichy, un r\u00e9gime sous lequel beaucoup de juristes, dont de grands noms<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>, trouveront refuge dans une technicit\u00e9 \u00e9touffante\u00a0: un article de Maurice Duverger qui lui sera plusieurs fois reproch\u00e9<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a> en fournit une illustration frappante parmi d\u2019autres.<\/p>\n<p>Mais d\u00e9j\u00e0 au cours des ann\u00e9es\u00a01950, le vent de l\u2019histoire commence \u00e0 tourner. En 1954 survient une r\u00e9forme de la licence en droit que, des ann\u00e9es plus tard, en\u00a01979, Michel Miaille analysera en termes de lutte des classes<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>. Le Trait\u00e9 de Rome, le puissant ascendant exerc\u00e9 par la Gauche sur les intellectuels fran\u00e7ais, puis mai et juin 68<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>, nous m\u00e8nent au seuil des ann\u00e9es\u00a01970. Ici commence la troisi\u00e8me s\u00e9quence historique, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Remise en cause?\u00a0\u00bb, qu\u2019annon\u00e7aient les tentatives de \u00ab\u00a0discours critique\u00a0\u00bb chez les civilistes<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>. M\u2019en tenant toujours au rapport \u00e9troit entre l\u2019histoire et la culture juridique, il y aurait beaucoup de choses \u00e0 tirer de cette troisi\u00e8me p\u00e9riode. Je serai donc s\u00e9lectif et me bornerai \u00e0 souligner deux autres impacts.<\/p>\n<p>L\u2019un s\u2019inscrit dans le sillage de la construction de l\u2019Europe et il est \u00e0 l\u2019origine de cette susdite crispation des rapports entre la Cour de cassation et le Conseil d\u2019\u00c9tat. Traditionnellement, chose qui pourrait surprendre bien des juristes qu\u00e9b\u00e9cois, ce sont les civilistes fran\u00e7ais qui se croyaient les gardiens des droits fondamentaux\u00a0\u2014\u00a0Ren\u00e9 Savatier parlait en\u00a01945 des \u00ab\u00a0libert\u00e9s essentielles de la personne humaine, dont le droit civil doit rester le rempart\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a> et deux ans plus tard Jacques Flour y voyait un \u00ab\u00a0droit d\u2019autonomie\u00a0\u00bb qui, notamment par la libert\u00e9 contractuelle, devait faire obstacle \u00e0 trop de dirigisme \u00e9tatique<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>. Dans cette optique, il revenait au juge judiciaire d\u2019assurer cette protection, par le moyen du droit priv\u00e9<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>. D\u2019ailleurs, les premi\u00e8res r\u00e9actions de civilistes face \u00e0 la <em>Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme<\/em> (CEDH), et surtout au r\u00f4le des juges appel\u00e9s \u00e0 l\u2019interpr\u00e9ter, furent franchement hostiles et perdur\u00e8rent longtemps<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>. Mais le mouvement irr\u00e9sistible de l\u2019histoire balaie bien des r\u00e9sistances sur son passage. Lorsque peu \u00e0 peu le Conseil d\u2019\u00c9tat s\u2019institue, ou est institu\u00e9, gardien de beaucoup de droits fondamentaux, cela inqui\u00e8te fortement Bertrand Louvel, premier pr\u00e9sident de la Cour de cassation. Ses protestations publiques et \u00e9nergiques demeureront sans effet concret. Cette manche sera donc remport\u00e9e par le Conseil d\u2019\u00c9tat<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019autre impact est aussi source d\u2019inqui\u00e9tude pour les civilistes car, selon le sous-titre du\u00a047<sup>e<\/sup> courriel entre les auteurs, il remet en cause leur mod\u00e8le intellectuel. La publication en\u00a02004 des travaux commandit\u00e9s par la Banque mondiale et rassembl\u00e9s sous le titre <em>Doing Business<\/em> (entreprise qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019un effet incident, \u00e0 n\u2019en pas douter, de la mondialisation) co\u00efncida avec le bicentenaire du Code civil, alors que les civilistes \u00e9taient unanimes \u00e0 souligner \u00ab\u00a0l\u2019imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de veiller \u00e0 la compl\u00e8te modernisation du code dont on f\u00eatait la long\u00e9vit\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>. Cette publication provoqua un profond traumatisme parmi eux et raviva l\u2019intense aversion de la plupart d\u2019entre eux envers l\u2019analyse \u00e9conomique du droit, une forme de rationalit\u00e9 juridique autre que l\u2019analyse doctrinale traditionnelle<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>. On sent d\u2019ailleurs sourdre ici une m\u00e9fiance f\u00e9roce envers les mani\u00e8res am\u00e9ricaines de faire les choses<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>. La r\u00e9forme du droit des obligations en droit fran\u00e7ais sera men\u00e9e \u00e0 terme, on le sait, en\u00a02016. Dans un de ses courriels \u00e0 Melleray, Jamin porte un regard quelque peu sceptique sur le r\u00e9sultat\u00a0:<\/p>\n<p>[&#8230;] les civilistes fran\u00e7ais, qui en ont convaincu le l\u00e9gislateur, pourraient avoir r\u00e9ussi \u00e0 pr\u00e9server un certain \u00eelot d\u2019int\u00e9grit\u00e9 nationale en droit civil via un imposant travail de recodification. Mais il ne s\u2019agit plus que d\u2019un \u00eelot, dont on ne sait pas pour combien de temps encore il restera au-dessus des flots, et qui surtout ne leur permet gu\u00e8re de percevoir ce qui est en train de se jouer dans tous les autres domaines du droit priv\u00e9\u00a0: une internationalisation, voire une globalisation, \u00e0 marche forc\u00e9e<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a>.<\/p>\n<p>Je n\u2019insisterai pas davantage sur cet aspect des choses car, \u00e0 mon avis, quelque chose de plus fondamental encore se profile derri\u00e8re ce qui pr\u00e9c\u00e8de\u00a0: la \u00ab\u00a0question de l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb, qui traverse tout l\u2019ouvrage de Jamin et Melleray. J\u2019y reviendrai car on ne peut l\u2019\u00e9viter.<\/p>\n<p>Quittant maintenant le terrain accident\u00e9 de l\u2019histoire, je veux mentionner rapide\u00adment quelques-uns des autres sujets qui ont retenu mon attention en lisant l\u2019ouvrage de Jamin et Melleray.<\/p>\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 (ii)<\/strong> J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit quelques mots de la singularit\u00e9 du Conseil d\u2019\u00c9tat en tant qu\u2019institution. Sa perspective particuli\u00e8re sur le contentieux administratif m\u00e9rite elle aussi mention pour deux raisons. D\u2019abord, elle semble avoir longtemps \u00e9t\u00e9 bien diff\u00e9rente de celle adopt\u00e9e par les tribunaux judiciaires en droit anglo-canadien. Ensuite, tout indique qu\u2019elle a beaucoup \u00e9volu\u00e9 au cours de la troisi\u00e8me p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e par Jamin et Melleray. Jusqu\u2019aux ann\u00e9es\u00a01980, voire\u00a01990, cette perspective demeurait enracin\u00e9e dans l\u2019intention d\u2019origine qui avait pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation du Conseil d\u2019\u00c9tat.\u00a0La d\u00e9fense des droits individuels n\u2019y \u00e9tait pour rien, le \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisme\u00a0\u00bb sous-jacent, dans la mesure o\u00f9 il avait quelque influence ici, se voulait \u00e9tatiste plut\u00f4t qu\u2019individualiste (pensons \u00e0 Guizot et \u00e0 Colbert) et le but vis\u00e9 \u00e9tait avant tout de pourvoir l\u2019Administration d\u2019un m\u00e9canisme r\u00e9gulateur \u00ab\u00a0garant de sa bonne marche interne\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>. Une phrase de Georges Renard<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a> tir\u00e9e de son <em>Cours \u00e9l\u00e9mentaire de droit public<\/em> cerne admirablement bien cette id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale\u00a0en expliquant en quoi consiste le recours pour exc\u00e8s de pouvoir\u00a0:<\/p>\n<p>un proc\u00e8s fait \u00e0 l\u2019acte \u00e9man\u00e9 de l\u2019administration par un particulier agissant au nom de l\u2019administration et tranch\u00e9 par une cour de justice qui n\u2019est autre que l\u2019administration se jugeant elle-m\u00eame\u00a0: un examen de conscience suivi d\u2019un acte de contrition<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette conception des choses, on le reconna\u00eetra, reste fort \u00e9loign\u00e9e des id\u00e9es de Dicey.<\/p>\n<p>Dans un article<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a> spirituel par le ton mais passablement critique par sa teneur, et qui est rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre dans les annales du droit administratif, Jean Rivero avait \u00e9num\u00e9r\u00e9 en 1962 les principales lacunes qui faisaient des recours pour exc\u00e8s de pouvoir port\u00e9s devant le Conseil d\u2019\u00c9tat des exercices trop souvent tr\u00e8s th\u00e9oriques et peu susceptibles de satisfaire les attentes concr\u00e8tes de \u00ab\u00a0l\u2019administr\u00e9\u00a0\u00bb. Le recours n\u2019\u00e9tait pas suspensif, le Conseil d\u2019\u00c9tat n\u2019accordait un sursis de la d\u00e9cision attaqu\u00e9e qu\u2019\u00e0 de tr\u00e8s strictes conditions et ne pouvait, le cas \u00e9ch\u00e9ant, que prononcer la nullit\u00e9 de cette d\u00e9cision. Il ne pouvait imposer \u00e0 l\u2019Administration une quelconque obligation de faire (laissant par-l\u00e0 \u00e0 cette derni\u00e8re une large latitude pour se conformer, ou non, \u00e0 sa d\u00e9cision), et se trouvait dessaisi de l\u2019affaire d\u00e8s le prononc\u00e9, ou non, de la nullit\u00e9. M\u00eame si Jamin \u00e9voque encore dans un courriel adress\u00e9 \u00e0 Melleray \u00ab\u00a0la place \u00e9minente que ce vieux pays voue \u00e0 son Administration plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 sa Justice\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>, les choses ont bien chang\u00e9 depuis la critique de Jean Rivero. Un retentissant arr\u00eat<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>, puis une jurisprudence novatrice et plusieurs modifications aux textes qui r\u00e9gissaient la proc\u00e9dure contentieuse ont en quelque sorte permis au Conseil d\u2019\u00c9tat de se ressaisir, si l\u2019on peut dire. D\u00e9sormais, outre l\u2019examen de conscience et la contrition, la p\u00e9nitence impos\u00e9e est aussi au rendez-vous, injonction, astreinte et r\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00e9tant, entre autres, devenus possibles. Deux universitaires ont salu\u00e9 cette transformation dans un article<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a> dont le titre dit d\u00e9j\u00e0 tout et qui d\u00e9taille en quoi ces changements ont consist\u00e9. Le probl\u00e8me, selon eux, tenait au fait que le Conseil constitutionnel, la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme et la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne avaient pris le Conseil d\u2019\u00c9tat de vitesse. Ils observent\u00a0: \u00ab\u00a0On peut dater du d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01990 la prise de conscience du Conseil d\u2019\u00c9tat\u00a0: sans r\u00e9action de sa part, les contentieux les plus prestigieux allaient progressivement lui \u00e9chapper et, sinon son existence m\u00eame, du moins sa l\u00e9gitimit\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a>. Si la Cour de cassation a pu prendre ombrage de ce rehaussement des pouvoirs du Conseil d\u2019\u00c9tat, il est douteux, comme le d\u00e9montre Melleray, que celui-ci soit le principal artisan de ce recalibrage souhait\u00e9, et poursuivi jusque r\u00e9cemment encore, par le l\u00e9gislateur fran\u00e7ais<a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a>. Il est surtout le b\u00e9n\u00e9ficiaire de ces largesses et de ces bont\u00e9s l\u00e9gislatives.<\/p>\n<p><strong>(iii)<\/strong> Une chose qui elle aussi peut surprendre un lecteur qu\u00e9b\u00e9cois concerne le statut accord\u00e9 \u00e0 la jurisprudence.<\/p>\n<p>Non seulement les administrativistes lui ont-ils tr\u00e8s t\u00f4t reconnu la dignit\u00e9 de source de droit mais il n\u2019est m\u00eame pas s\u00fbr qu\u2019ils se soient longuement interrog\u00e9s l\u00e0-dessus avant d\u2019en venir \u00e0 cette aimable conclusion. Cet \u00e9tat de choses tient peut-\u00eatre en partie au fait que la tension entre doctrine (universitaire) et jurisprudence (judiciaire), encore tr\u00e8s pr\u00e9sente en droit civil, n\u2019existe pas vraiment en droit administratif\u00a0: la doctrine qui en droit administratif peut aspirer \u00e0 un statut de source de droit est la doctrine dite \u00ab\u00a0organique\u00a0\u00bb, celle que distille le Conseil d\u2019\u00c9tat lui-m\u00eame<a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a>. Il y a bien eu un moment au cours des ann\u00e9es 1980 o\u00f9 les textes constitutionnels, europ\u00e9ens ou simplement l\u00e9gislatifs, ont paru prendre le dessus sur la jurisprudence comme source de droit, et Georges Vedel a pu souhaiter \u00e0 une certaine \u00e9poque une codification des principes de droit administratif, mais on peut affirmer aujourd\u2019hui que le droit administratif reste \u00ab\u00a0un droit fondamentalement jurisprudentiel\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>. Ce n\u2019est pas cela qui serait de nature \u00e0 surprendre un familier du droit administratif qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p>En revanche, ce qui pourrait le laisser interloqu\u00e9, c\u2019est l\u2019attitude des civilistes fran\u00e7ais face \u00e0 cette question du statut de la jurisprudence. Le tableau synoptique qui conclut la premi\u00e8re p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e (de\u00a01870 au milieu des ann\u00e9es\u00a01930) souligne le contraste entre droit public et droit priv\u00e9, en disant du premier \u00ab\u00a0Absence de d\u00e9bat sur le caract\u00e8re pr\u00e9torien du droit administratif, tenu pour un fait acquis\u00a0\u00bb et du second \u00ab\u00a0D\u00e9bat sur la jurisprudence source de droit (importance du principe de s\u00e9paration des pouvoirs)\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>. Si des gens comme Saleilles ou Geny ne r\u00e9pugnaient pas \u00e0 la consulter, en la traitant comme un r\u00e9v\u00e9lateur du \u00ab\u00a0droit vivant\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a>, ils n\u2019en parlaient pas comme d\u2019une <em>source <\/em>de droit. Cette r\u00e9ticence va s\u2019att\u00e9nuer mais les civilistes n\u2019adopteront jamais le point de vue des administrativistes.\u00a0Ainsi, dans la cinqui\u00e8me \u00e9dition de son <em>Introduction \u00e0 l\u2019\u00e9tude du droit civil\u00a0<\/em>:<em> notions g\u00e9n\u00e9rales<\/em>, Henri Capitant \u00e9crit que, lorsqu\u2019un \u00c9tat reconna\u00eet le principe de la s\u00e9paration des pouvoirs, \u00ab\u00a0la jurisprudence des tribunaux est, <u>dans une certaine mesure<\/u>, une source productive du Droit\u00a0\u00bb [je souligne\u00a0\u2014\u00a0qu\u2019est-ce que cela veut dire? S\u2019agit-il de tracer une ligne de d\u00e9marcation entre les innombrables cas de simple application du droit et ceux, somme toute rares, o\u00f9 la d\u00e9cision de justice comporte l\u2019\u00e9laboration ferme d\u2019une nouvelle norme<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a>?].<\/p>\n<p>Le malaise des civilistes fran\u00e7ais devant le statut de la jurisprudence perdure et la question demeure pr\u00e9occupante<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>. Carbonnier a critiqu\u00e9 la vision selon laquelle la jurisprudence serait un r\u00e9v\u00e9lateur du droit vivant. Pour lui, la jurisprudence constitue plut\u00f4t la part pathologique d\u2019un droit dont elle donne une repr\u00e9sentation inexacte<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>; il estimait que la sociologie \u00e9tait mieux \u00e0 m\u00eame de guider les juristes sur les ph\u00e9nom\u00e8nes infra-normatifs ou sur les r\u00e9formes souhaitables. Et de nos jours, avec la transformation de la fonction judiciaire et l\u2019av\u00e8nement d\u2019un juge qui \u00e9value la loi \u00e0 l\u2019aune de principes flous comme la proportionnalit\u00e9, n\u2019oublions pas l\u2019hostilit\u00e9 que ce changement inspire \u00e0 certains civilistes<a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a>. Quelque chose de myst\u00e9rieux subsiste donc ici\u00a0: comment des gens de qualit\u00e9 travaillant parall\u00e8lement dans le m\u00eame syst\u00e8me de droit peuvent-ils admettre, les publicistes, ou repousser, les privatistes, l\u2019id\u00e9e que la jurisprudence est une source de droit en bonne et due forme? D\u2019autant que cette \u00ab\u00a0jurisprudence\u00a0\u00bb provient, non pas du judiciaire, mais de l\u2019ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p><strong>(iv)<\/strong> Reste enfin une question qui, en un sens, g\u00eet sous-jacente \u00e0 toutes les autres, une question qui \u00e0 coup s\u00fbr resurgira au premier plan lorsque je m\u2019arr\u00eaterai sur les convergences et les divergences entre le droit administratif fran\u00e7ais et le droit administratif anglo-canadien\u00a0: la \u00ab\u00a0question\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0controverse\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0querelle\u00a0\u00bb ou le \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb de l\u2019interpr\u00e9tation qui, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, hante la discipline des juristes. \u00c0 ce stade, je veux surtout faire ressortir ici un paradoxe additionnel, soit que \u00ab\u00a0la question de l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb (expression que j\u2019utiliserai de pr\u00e9f\u00e9rence), celle pr\u00e9cis\u00e9ment sur laquelle les civilistes fran\u00e7ais se sont affront\u00e9s pendant toute la p\u00e9riode trait\u00e9e par Jamin et Melleray<a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a>, ne se serait m\u00eame pas pos\u00e9e en droit administratif fran\u00e7ais<a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a>. N\u2019est-ce pas \u00e9tonnant? Le probl\u00e8me qu\u2019elle cible n\u2019est-il pourtant pas universel en droit?<\/p>\n<p>L\u2019explication de cette brusque bifurcation entre administrativistes et civilistes fran\u00e7ais r\u00e9siderait dans le fait qu\u2019il n\u2019existe pas de code du droit administratif (il existe des codifications partielles d\u2019origine r\u00e9cente), alors que bien s\u00fbr le Code civil est le point focal du travail qu\u2019accomplissait l\u2019\u00c9cole de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se et qu\u2019a continu\u00e9 sa descendance. \u00c0 cela s\u2019ajouterait le fait que la jurisprudence, d\u2019un genre laconique dans le cas du Conseil d\u2019\u00c9tat, \u00e9tant d\u00e9pourvue de la fixit\u00e9 langagi\u00e8re sinon s\u00e9mantique que l\u2019on attribue couramment \u00e0 la loi, se pr\u00eate mal \u00e0 de savants exercices d\u2019herm\u00e9neutique. Mais ces explications laissent tout de m\u00eame plusieurs interrogations en suspens<a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a>.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre devrait-on avancer aussi une hypoth\u00e8se de nature sociologique pour rendre compte de cette orientation intellectuelle diff\u00e9rente. Les privatistes sont form\u00e9s dans les facult\u00e9s de droit mais pas les membres du Conseil d\u2019\u00c9tat, qui sont form\u00e9s \u00e0 Sciences Po ou \u00e0 l\u2019ENA par des enseignants qui seront aussi leurs futurs coll\u00e8gues au Conseil d\u2019\u00c9tat<a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a>. \u00ab\u00a0[L]a majorit\u00e9 de ceux qui auront vocation \u00e0 y exercer des responsabilit\u00e9s importantes\u00a0\u00bb arrivent jeunes au Conseil d\u2019\u00c9tat, pour y cumuler des fonctions de juge et de l\u00e9giste, alors que les conseillers \u00e0 la Cour de cassation y acc\u00e8dent en fin de carri\u00e8re, apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9s par l\u2019\u00c9cole de la magistrature puis avoir suivi un parcours professionnel de juge et non de l\u00e9giste<a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a>. C\u2019est v\u00e9ritablement au Conseil d\u2019\u00c9tat que ses membres acqui\u00e8rent, par la pratique, leur connaissance et leur ma\u00eetrise du droit administratif et certains ont la \u00ab\u00a0coquetterie\u00a0\u00bb de pr\u00e9tendre qu\u2019ils ne lisent jamais la doctrine universitaire et qu\u2019ils en ignorent tout<a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\">[63]<\/a>. C\u2019est ce qui fait dire \u00e0 un avocat aux conseils que \u00ab\u00a0la particularit\u00e9 du droit administratif, c\u2019est que le juge lui-m\u00eame fait la doctrine.\u00a0Elle est institutionnalis\u00e9e en son sein\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\">[64]<\/a>.<\/p>\n<p>Ce qui pr\u00e9c\u00e8de provoque une r\u00e9flexion qui m\u2019\u00e9loignera quelques instants du livre qui l\u2019inspire. Je me suis demand\u00e9 si, tout compte fait, \u00ab\u00a0la querelle de l\u2019interpr\u00e9tation ne se pose pas\u00a0\u00bb en droit administratif fran\u00e7ais pour une raison d\u2019ordre institutionnel\u00a0: parce que le Conseil d\u2019\u00c9tat contr\u00f4le encore toute la donne et qu\u2019il poursuit sur sa lanc\u00e9e d\u2019origine, n\u2019\u00e9tant vraiment soucieux que de la \u00ab\u00a0bonne marche interne\u00a0\u00bb de l\u2019Administration, dans un but d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u2014\u00a0on dirait de fa\u00e7on plus moderne, et avec un n\u00e9ologisme, soucieux de bonne gouvernance. Ce peut \u00eatre une mani\u00e8re parfaitement respectable de comprendre les choses, \u00e0 condition que, dans la r\u00e9alit\u00e9, les acteurs (ici, les membres du Conseil d\u2019\u00c9tat) soient guid\u00e9s par des valeurs de comp\u00e9tence, de rigueur, de probit\u00e9 et de coh\u00e9rence. Il n\u2019est pas dit que cette conception du droit administratif appauvrit la discipline ni qu\u2019elle dessert les \u00ab\u00a0administr\u00e9s\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\">[65]<\/a>. Du reste, l\u2019on verra plus loin que diverses perspectives critiques sur le droit administratif empruntent depuis quelques temps \u00e0 des disciplines connexes des r\u00e9v\u00e9lateurs ou indicateurs d\u2019efficience exog\u00e8nes au droit lui-m\u00eame. La \u00ab\u00a0querelle de l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb est une querelle de juristes, qui suscite entre eux d\u2019innombrables arguties dont un fonctionnaire consciencieux peut l\u00e9gitimement penser qu\u2019elles sont \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la question lorsqu\u2019il s\u2019agit de faire un arbitrage entre l\u2019int\u00e9r\u00eat public et des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. Cela m\u2019am\u00e8ne \u00e0 la troisi\u00e8me partie de mes commentaires.<\/p>\n<p><strong>III.<\/strong><\/p>\n<p>Il convient en premier lieu de revenir vers le droit anglo-canadien pour rappeler plusieurs choses et rendre la comparaison possible.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re contentieuse, mis \u00e0 part les cas de r\u00e9sistance au droit<a href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\">[66]<\/a>, toutes les affaires ou presque soul\u00e8vent un ou plusieurs probl\u00e8mes d\u2019interpr\u00e9tation soit des faits, soit du droit, soit des deux \u00e0 la fois. C\u2019est l\u2019ind\u00e9termination qui rend n\u00e9cessaire le travail d\u2019interpr\u00e9tation et qui est la source intarissable du contentieux. Se pose donc inlassablement au contentieux la \u00ab\u00a0question de l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb car la l\u00e9gitimit\u00e9 de la d\u00e9cision qui tranche une question litigieuse d\u00e9pend de ce que, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre (veut-on se donner \u00e0 croire), c\u2019est le droit qui impose la solution retenue, elle seule et nulle autre. D\u2019o\u00f9 le probl\u00e8me<a href=\"#_ftn67\" name=\"_ftnref67\">[67]<\/a>, car, comme le disait si lucidement Lord Diplock dans une affaire qui remonte \u00e0 plus d\u2019un demi-si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L<\/em>awyers, when they talk of \u201cerror\u201d, whether of \u201cfact\u201d or of \u201claw\u201d, in such a statement, are dealing not with absolutes but with the opinions of human beings\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn68\" name=\"_ftnref68\">[68]<\/a>.<\/p>\n<p>La question et aussi, reconnaissons-le, la querelle de l\u2019interpr\u00e9tation ont \u00e9t\u00e9 centrales en droit administratif anglo-canadien depuis qu\u2019il existe et elles demeurent lancinantes en ce moment m\u00eame, comme je tenterai de le d\u00e9montrer plus loin. Pour s\u2019en convaincre, il suffit de remonter dans le temps, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la common law ne reconnaissait pas encore le droit administratif comme un sous-ensemble respectable du droit public, et de suivre \u00e0 la trace les id\u00e9es successives de Dicey. Son <em>Introduction to the Study of the Law of the Constitution <\/em>fut d\u2019abord publi\u00e9e en\u00a01885 et contenait une charge contre le \u00ab\u00a0droit administratif\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn69\" name=\"_ftnref69\">[69]<\/a>, pr\u00e9sent\u00e9 comme incompatible avec la primaut\u00e9 du droit<a href=\"#_ftn70\" name=\"_ftnref70\">[70]<\/a> (ou <em>Rule of Law<\/em>). Cet ouvrage, fort influent, connut un grand succ\u00e8s et plusieurs \u00e9ditions ult\u00e9rieures; la septi\u00e8me en\u00a01908<a href=\"#_ftn71\" name=\"_ftnref71\">[71]<\/a> fut la derni\u00e8re \u00e0 laquelle Dicey mit lui-m\u00eame la main. Entre la premi\u00e8re et la troisi\u00e8me \u00e9dition quatre ans plus tard<a href=\"#_ftn72\" name=\"_ftnref72\">[72]<\/a>, Dicey r\u00e9organisa la pr\u00e9sentation du texte, transformant les cours (<em>lectures<\/em>) de la premi\u00e8re \u00e9dition en chapitres, mais le chapitre\u00a0XII, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Rule of law contrasted with <\/em>droit administratif\u00a0\u00bb conserve intact le texte de la premi\u00e8re \u00e9dition. Il est significatif que Dicey consacre\u00a0vingt-sept pages \u00e0 ce sujet<a href=\"#_ftn73\" name=\"_ftnref73\">[73]<\/a>, alors que dans l\u2019\u00e9dition de\u00a01908, le chapitre\u00a0XII, r\u00e9-intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Rule of law compared with <em>droit administratif\u00a0<\/em>\u00bb, fait\u00a0soixante-dix-sept\u00a0pages<a href=\"#_ftn74\" name=\"_ftnref74\">[74]<\/a>. De toute \u00e9vidence, en vingt-trois ans, la pens\u00e9e de l\u2019auteur avait beaucoup m\u00fbri. Comme l\u2019\u00e9crit E.C.S. Wade dans son introduction \u00e0 la dixi\u00e8me \u00e9dition\u00a0: \u00ab\u00a0<em>With regard to <\/em>droit administratif, <em>he had by then<\/em> [en\u00a01908] <em>acknowledged the judicial character of the<\/em> Conseil d\u2019\u00c9tat <em>and the work of the <\/em>Tribunal des Conflits. [\u2026] <em>It could be argued from this that Dicey envisaged ultimately the advent of a final administrative appeal tribunal<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn75\" name=\"_ftnref75\">[75]<\/a>. Et j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 comment Dicey avait chang\u00e9 d\u2019avis sur le r\u00f4le souhaitable des tribunaux judiciaires en droit administratif<a href=\"#_ftn76\" name=\"_ftnref76\">[76]<\/a>. L\u2019ennui, c\u2019est que ses partisans aussi bien que ses d\u00e9tracteurs ne rendent pas toujours justice \u00e0 toutes les nuances de sa pens\u00e9e. En outre, la difficult\u00e9 la plus s\u00e9rieuse que cette pens\u00e9e pr\u00e9sente pour le droit administratif concerne moins les agencements institutionnels (un tribunal administratif doit-il ou non \u00eatre pourvu d\u2019une proc\u00e9dure de r\u00e9vision interne de ses propres d\u00e9cisions? doit-on ou non avoir une cour d\u2019appel administrative dont les d\u00e9cisions seraient finales?) que la conception de l\u2019interpr\u00e9tation des lois v\u00e9hicul\u00e9e par son ouvrage<a href=\"#_ftn77\" name=\"_ftnref77\">[77]<\/a>.<\/p>\n<p>Malheureusement, les id\u00e9es anciennes et \u00e9triqu\u00e9es dont Dicey ne tarda gu\u00e8re \u00e0 se d\u00e9faire conserv\u00e8rent leur attrait pour de nombreux juristes. J\u2019irais jusqu\u2019\u00e0 dire que c\u2019est encore vrai aujourd\u2019hui pour certains d\u2019entre eux, m\u00eame tr\u00e8s haut plac\u00e9s. Un cas de figure parmi les plus mal avis\u00e9s de ceux qui se croyaient les disciples de Dicey est Gordon Hewart, \u00e0 l\u2019\u00e9poque Lord Chief Justice of England. Son petit essai en forme de br\u00fblot publi\u00e9 en\u00a01929<a href=\"#_ftn78\" name=\"_ftnref78\">[78]<\/a> relaya d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 une autre ces id\u00e9es d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9es. S\u2019agissant du droit administratif fran\u00e7ais, Hewart lance une premi\u00e8re salve en \u00e9crivant\u00a0: \u00ab\u00a0<em>[b]etween the Rule of Law and what is called administrative law (happily there is no English name for it) there is the sharpest possible contrast. <\/em><em>One is substantially the opposite of the other<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn79\" name=\"_ftnref79\">[79]<\/a>. Manifestement, Hewart n\u2019avait pas jug\u00e9 utile de se procurer la plus r\u00e9cente \u00e9dition de Dicey. Son inconfort avec le \u00ab\u00a0droit administratif\u00a0\u00bb semble avoir eu pour base r\u00e9elle sa vision particuli\u00e8re de l\u2019ind\u00e9pendance judiciaire, qu\u2019il d\u00e9veloppe plus loin dans le m\u00eame essai<a href=\"#_ftn80\" name=\"_ftnref80\">[80]<\/a>. Selon celle-ci, il est tout simplement inconcevable que des questions de droit litigieuses (et pr\u00eatant \u00e0 interpr\u00e9tation) soient r\u00e9solues autrement que par des juges judiciaires dans une proc\u00e9dure elle aussi judiciaire. Hewart reconna\u00eet pourtant que, dans son activit\u00e9 contentieuse, le Conseil d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais exerce une fonction de nature judiciaire<a href=\"#_ftn81\" name=\"_ftnref81\">[81]<\/a>. Pourquoi, dans ces conditions, \u00e9crire du m\u00eame coup que primaut\u00e9 du droit et droit administratif sont inconciliables?<\/p>\n<p>Si Dicey fit amende honorable d\u00e8s\u00a01908, ou \u00e0 la rigueur\u00a01915, il se fit aussi donner la r\u00e9plique, et vivement, autour du moment o\u00f9 Hewart et Allen ressuscitaient ses pires id\u00e9es. Un essai<a href=\"#_ftn82\" name=\"_ftnref82\">[82]<\/a> publi\u00e9 en\u00a01935 par un constitutionnaliste de renom, le futur Sir Ivor Jennings, identifie les contrev\u00e9rit\u00e9s mises en circulation par Dicey<a href=\"#_ftn83\" name=\"_ftnref83\">[83]<\/a> et conclut en des termes qui auraient d\u00fb dissiper tout malentendu ou toute \u00e9quivoque tra\u00eenant encore dans le sillage de son illustre pr\u00e9d\u00e9cesseur\u00a0: \u00ab\u00a0<em>The fact that France has one system and England has another for controlling administrative authorities is a strange reason for suggesting that England knows no admistrative law but has a \u201crule of law\u201d instead<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn84\" name=\"_ftnref84\">[84]<\/a>.<\/p>\n<p>Au Canada, c\u2019est John Willis<a href=\"#_ftn85\" name=\"_ftnref85\">[85]<\/a> qui le premier, je crois, d\u00e9ploiera une offensive d\u2019envergure contre Dicey, ou du moins contre la conception d\u2019abord erron\u00e9e, puis trop timor\u00e9e, que ce dernier se faisait du droit administratif. Willis s\u2019ex\u00e9cute d\u2019abord dans un substantiel article paru la m\u00eame ann\u00e9e o\u00f9, en Angleterre, Jennings publie son essai<a href=\"#_ftn86\" name=\"_ftnref86\">[86]<\/a>. Et Willis reviendra \u00e0 la charge plusieurs fois par la suite<a href=\"#_ftn87\" name=\"_ftnref87\">[87]<\/a>. On sait de sa correspondance qu\u2019il se montrait \u00e9galement fort caustique \u00e0 l\u2019endroit de Hewart et d\u2019Allen<a href=\"#_ftn88\" name=\"_ftnref88\">[88]<\/a>. Ajoutons qu\u2019\u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Toronto, Willis aura eu pour coll\u00e8gue pendant plusieurs ann\u00e9es le professeur Bora Laskin, qui plus tard se r\u00e9v\u00e9lera un arbitre du travail extr\u00eamement cr\u00e9atif avant de devenir juge en\u00a01965 puis juge en chef du Canada en\u00a01973. L\u2019un et l\u2019autre partageaient les m\u00eames vues en droit administratif, ayant \u00e9tudi\u00e9 cette mati\u00e8re \u00e0 plusieurs ann\u00e9es de distance aux \u00c9tats-Unis et ayant tous deux \u00e9t\u00e9 les \u00e9l\u00e8ves d\u2019un certain Felix Frankfurter<a href=\"#_ftn89\" name=\"_ftnref89\">[89]<\/a>. Ce dernier, qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9tait le Byrne Professor of Administrative Law \u00e0 Harvard, deviendrait en\u00a01939 juge de la Cour supr\u00eame des \u00c9tats-Unis. Lui non plus n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re tendre envers Dicey<a href=\"#_ftn90\" name=\"_ftnref90\">[90]<\/a>.<\/p>\n<p>O\u00f9 tout cela m\u00e8ne-t-il? On peut dire que, tr\u00e8s t\u00f4t, un courant critique, ou m\u00eame criticiste, s\u2019affirma au Canada pour d\u00e9noncer les distorsions (involontaires?) que charriait le constitutionnalisme classique et victorien de Dicey. Plusieurs de ces juristes dubitatifs avaient \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9s, souvent \u00e0 la suite d\u2019un s\u00e9jour d\u2019\u00e9tudes aux \u00c9tats-Unis, par le mouvement r\u00e9aliste mentionn\u00e9 plus haut<a href=\"#_ftn91\" name=\"_ftnref91\">[91]<\/a>. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 une premi\u00e8re convergence avec une partie, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re il est vrai, de la culture juridique fran\u00e7aise, une convergence t\u00e9nue et qui en France n\u2019a pas eu les m\u00eames effets qu\u2019au Canada. Willis combattait, je crois que le mot n\u2019est pas trop fort, le formalisme obtus d\u2019un Hewart et de ses semblables. On peut lui faire le reproche d\u2019avoir \u00e9t\u00e9, du moins \u00e0 certains \u00e9gards, trop militant pour sa propre cause. Il avait r\u00e9agi au rapport McRuer<a href=\"#_ftn92\" name=\"_ftnref92\">[92]<\/a> d\u2019une mani\u00e8re qui, aujourd\u2019hui, peut sembler excessive<a href=\"#_ftn93\" name=\"_ftnref93\">[93]<\/a> car il est certain que, de ce rapport, d\u00e9coul\u00e8rent plusieurs heureuses r\u00e9formes\u00a0: la fusion des recours en r\u00e9vision judiciaire, par exemple, ou encore la cr\u00e9ation d\u2019une cour de justice, la Cour divisionnaire de l\u2019Ontario, sp\u00e9cialement affect\u00e9e au contentieux administratif. Son antipathie envers cette r\u00e9forme trahissait peut-\u00eatre certains pr\u00e9jug\u00e9s<a href=\"#_ftn94\" name=\"_ftnref94\">[94]<\/a> de nature \u00e0 fausser son jugement sur le d\u00e9veloppement souhaitable du droit administratif. Mais, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 un tel sens critique demandait beaucoup de suite dans les id\u00e9es et un r\u00e9el courage, Willis prenait le contre-pied d\u2019id\u00e9es re\u00e7ues et souvent simplistes sur, justement et nous y revoil\u00e0, la question de l\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p>En raison de ses prises de position pour une approche \u00ab\u00a0fonctionnelle\u00a0\u00bb en droit administratif, on attribue parfois \u00e0 Willis la paternit\u00e9 lointaine d\u2019un changement de cap fondamental dans la jurisprudence canadienne<a href=\"#_ftn95\" name=\"_ftnref95\">[95]<\/a>\u00a0: l\u2019arr\u00eat <em>Syndicat canadien de la fonction publique, section locale 963 c. Soci\u00e9t\u00e9 des alcools du Nouveau-Brunswick<\/em><a href=\"#_ftn96\" name=\"_ftnref96\">[96]<\/a><em>. <\/em>Peut-\u00eatre Willis avait-il pressenti, en effet, que les fondements \u00e9pist\u00e9miques de la doctrine dominante, alors admise sur l\u2019interpr\u00e9tation des lois, \u00e9taient sur le point de s\u2019affaisser. Je n\u2019en suis pas s\u00fbr. Je crois plut\u00f4t que, comme le signale David Mullan que je citais plus haut, Willis avait choisi son camp, se sentant plus d\u2019affinit\u00e9s avec le personnel de la fonction publique qu\u2019avec celui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque particuli\u00e8rement conservateur, de la magistrature.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, il ne peut faire de doute qu\u2019en droit administratif canadien un probl\u00e8me crucial paraissait avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu par trois importants arr\u00eats dont on pouvait penser qu\u2019ils avaient vid\u00e9 une fois pour toutes\u00a0cette fameuse question de l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0: d\u2019abord cet arr\u00eat <em>SCFP <\/em>(une avanc\u00e9e audacieuse), puis l\u2019arr\u00eat <em>Union des employ\u00e9s de services, local 298 c. Bibeault<\/em><a href=\"#_ftn97\" name=\"_ftnref97\">[97]<\/a> (un l\u00e9ger recul), et enfin l\u2019arr\u00eat <em>Dunsmuir c.<\/em> <em>Nouveau-Brunswick<\/em><a href=\"#_ftn98\" name=\"_ftnref98\">[98]<\/a> (la r\u00e9affirmation du caract\u00e8re fondateur de l\u2019arr\u00eat <em>SCFP<\/em>)<em>. <\/em>La Cour supr\u00eame du Canada accr\u00e9ditait ainsi deux id\u00e9es novatrices en droit positif\u00a0: celle qu\u2019un texte normatif (par exemple, une loi) peut se pr\u00eater \u00e0 plusieurs interpr\u00e9tations diff\u00e9rentes qui n\u2019ont pas \u00e0 \u00eatre \u00ab\u00a0vraies\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0fausses\u00a0\u00bb mais simplement raisonnables, et celle qu\u2019un l\u00e9gislateur peut l\u00e9gitimement et validement confier \u00e0 un d\u00e9cideur administratif plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 une cour de justice la responsabilit\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter un tel texte de mani\u00e8re raisonnable mais concluante lorsque surviennent certains types de situations litigieuses. \u00c9tait avalis\u00e9e de la sorte une conception des choses directement issue du Mouvement R\u00e9aliste. Ce faisant, la Cour s\u2019\u00e9cartait de fa\u00e7on marqu\u00e9e d\u2019un grand arr\u00eat de principe<a href=\"#_ftn99\" name=\"_ftnref99\">[99]<\/a> qui des ann\u00e9es durant fit majestueusement jurisprudence en Angleterre et qu\u2019on avait d\u00e9j\u00e0 suivi au Canada<a href=\"#_ftn100\" name=\"_ftnref100\">[100]<\/a>. Or, les termes dans lesquels la Cour a accord\u00e9 la permission d\u2019appeler le 10 mai 2018 dans trois dossiers<a href=\"#_ftn101\" name=\"_ftnref101\">[101]<\/a> provenant de la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale, et la teneur des d\u00e9bats qui se sont d\u00e9roul\u00e9s devant elle lorsqu\u2019elle a entendu les pourvois, incitent \u00e0 \u00eatre prudent et \u00e0 se demander si les acquis rendus possibles par l\u2019arr\u00eat <em>SCFP <\/em>ne sont pas sur le point d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9s et remplac\u00e9s par une quelconque et inattendue \u00ab\u00a0nouveaut\u00e9\u00a0\u00bb. Outre les principales parties, la Cour aura eu le point de vue de deux <em>amici curiae<\/em> et de trente-deux intervenants, dont quatre procureurs g\u00e9n\u00e9raux provinciaux. Un tel d\u00e9ploiement de moyens ne devrait pas rester sans effet et il d\u00e9montre combien demeure centrale ici \u00ab\u00a0la question de l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, comment comprendre que les administrativistes fran\u00e7ais n\u2019aient jamais eu \u00e0 se mesurer \u00e0 cet \u00e9pineux probl\u00e8me? C\u2019est difficilement explicable, et ce l\u2019est d\u2019autant plus que, tr\u00e8s t\u00f4t, leurs coll\u00e8gues civilistes, eux, on bien vu l\u2019\u00e9cueil. Il y a l\u00e0 une vraie et importante divergence entre le droit administratif fran\u00e7ais et le n\u00f4tre, ou en tout cas entre ce qui est explicit\u00e9 dans un syst\u00e8me et ne l\u2019est pas dans l\u2019autre. Peut-\u00eatre cette divergence provient-elle de ce que j\u2019avan\u00e7ais plus haut, \u00e0 la toute fin de la deuxi\u00e8me partie de ce texte, savoir que les membres du Conseil d\u2019\u00c9tat donnent priorit\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0bonne marche interne de l\u2019Administration\u00a0\u00bb, la jugeant plus utile que les querelles oiseuses entre juristes sur le sens des mots. Jamin et Melleray citent un long passage particuli\u00e8rement pr\u00e9gnant d\u2019un article de St\u00e9phane Rials (un publiciste, en passant, et non des moindres) o\u00f9 celui-ci met cartes sur table pour ce qui est de l\u2019interpr\u00e9tation, en des termes que l\u2019on pourrait ais\u00e9ment transposer ici<a href=\"#_ftn102\" name=\"_ftnref102\">[102]<\/a>. Un autre paradoxe, li\u00e9 lui aussi \u00e0 la question de l\u2019interpr\u00e9tation, est que la remise en cause du mod\u00e8le intellectuel des civilistes fran\u00e7ais aura \u00e9t\u00e9 partiellement provoqu\u00e9e par l\u2019introduction dans les d\u00e9bats judiciaires de controverses sur les droits fondamentaux d\u00e9coulant de la CEDH<a href=\"#_ftn103\" name=\"_ftnref103\">[103]<\/a>. Ces droits, lorsqu\u2019il faut les \u00ab\u00a0interpr\u00e9ter\u00a0\u00bb pour en fixer la port\u00e9e, s\u2019adaptent mal \u00e0 une approche qui privil\u00e9gie la technicit\u00e9. Ils font m\u00eame plut\u00f4t violence \u00e0 l\u2019illusion d\u2019un syllogisme judiciaire tout \u00e0 fait contraignant pour l\u2019interpr\u00e8te. Jamin et Melleray citent \u00e0 ce sujet un texte de Luc B\u00e9gin qui met la chose bien en lumi\u00e8re<a href=\"#_ftn104\" name=\"_ftnref104\">[104]<\/a>.<\/p>\n<p>La question de l\u2019interpr\u00e9tation demeure donc largement ouverte et on ne peut plus esp\u00e9rer en traiter de mani\u00e8re satisfaisante sans laisser une place aux approches critiques en droit administratif. Daniel Mockle a r\u00e9cemment publi\u00e9 au sujet de ces approches un excellent article<a href=\"#_ftn105\" name=\"_ftnref105\">[105]<\/a>; dans le dernier courriel adress\u00e9 \u00e0 Christophe Jamin<a href=\"#_ftn106\" name=\"_ftnref106\">[106]<\/a>, Fabrice Melleray lui signale que cet article ouvre d\u2019int\u00e9ressantes perspectives de recherche. J\u2019ai dit plus haut qu\u2019un courant critique \u00e9tait apparu assez t\u00f4t ici, face \u00e0 la conception classique de la primaut\u00e9 du droit (ou de la <em>Rule of Law<\/em> h\u00e9rit\u00e9e de Dicey, id\u00e9e toujours \u00e0 conqu\u00e9rir, dont Lord Bingham offrait il y a quelque temps une version revue et rajeunie<a href=\"#_ftn107\" name=\"_ftnref107\">[107]<\/a>). \u00c0 diverses \u00e9poques, diff\u00e9rents auteurs ont pris le relais de Willis pour jeter sur le contentieux administratif un regard d\u00e9centr\u00e9, qui n\u2019est pas celui de la primaut\u00e9 du droit\u00a0\u2014\u00a0ou pas exclusivement celui-l\u00e0\u00a0\u2014\u00a0et qui introduit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle d\u2019autres valeurs<a href=\"#_ftn108\" name=\"_ftnref108\">[108]<\/a>. Il est int\u00e9ressant de noter, d\u2019ailleurs, que la pr\u00e9\u00e9minence de la primaut\u00e9 du droit, accompagn\u00e9e d\u2019une conception n\u00e9cessairement univoque du sens de la loi, faussent la perception que l\u2019on se fait de l\u2019\u00e9volution du droit administratif, ou plus g\u00e9n\u00e9ralement du droit public<a href=\"#_ftn109\" name=\"_ftnref109\">[109]<\/a>. Il est m\u00eame probable que ce qu\u2019on appelle parfois le pluralisme interpr\u00e9tatif, celui instaur\u00e9 dans sa forme moderne au Canada par l\u2019arr\u00eat <em>SCFP<\/em>, a des racines historiques bien plus anciennes qu\u2019on ne le croirait<a href=\"#_ftn110\" name=\"_ftnref110\">[110]<\/a>.<\/p>\n<p>Il existe un type d\u2019approches critiques que je qualifierais d\u2019institutionnelles<a href=\"#_ftn111\" name=\"_ftnref111\">[111]<\/a> et qui pr\u00f4nent un renforcement sous divers aspects du statut des d\u00e9cideurs administratifs\u00a0\u2014\u00a0les conditions de leur s\u00e9lection, de leur nomination et de leur renouvellement dans leurs fonctions, leur ind\u00e9pendance, leur s\u00e9curit\u00e9 d\u2019emploi voire leur inamovibilit\u00e9, les contr\u00f4les exerc\u00e9s sur leur comp\u00e9tence et sur la qualit\u00e9 de leur prestation comme d\u00e9cideurs, etc. Ces consid\u00e9rations ne sont pas n\u00e9gligeables et elles re\u00e7oivent aujourd\u2019hui beaucoup plus d\u2019attention qu\u2019autrefois, ce qui est un progr\u00e8s. Leurs effets conjugu\u00e9s sont cependant de conf\u00e9rer \u00e0 ces d\u00e9cideurs des garanties qui les rapprochent inexorablement du statut des juges judiciaires et il y a de cela dans les transformations apport\u00e9es par le l\u00e9gislateur qu\u00e9b\u00e9cois depuis pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies<a href=\"#_ftn112\" name=\"_ftnref112\">[112]<\/a>. Ce n\u2019est sans doute pas une mauvaise chose en soi, mais ces transformations acc\u00e9l\u00e8rent le mouvement de judiciarisation et de juridicisation des fonctions, cette fois \u00ab\u00a0de l\u2019int\u00e9rieur\u00a0\u00bb de l\u2019appareil gouvernemental. Je me demande si l\u2019on ne sacrifie pas en contrepartie quelque chose d\u2019autre qui m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre cultiv\u00e9 par ces m\u00eames d\u00e9cideurs. Ce ne sont d\u2019ailleurs pas les approches critiques de ce genre qui retiennent le plus l\u2019attention dans l\u2019article de Daniel Mockle.<\/p>\n<p>Si l\u2019on laisse de c\u00f4t\u00e9 les critiques franchement externes au droit public (le nom de Michel Miaille revient de nouveau ici \u00e0 l\u2019esprit), ou encore celles situ\u00e9es \u00e0 sa grande p\u00e9riph\u00e9rie, les critiques les plus porteuses sont probablement celles qui, usant lorsque c\u2019est possible d\u2019une lunette interdisciplinaire, permettent de voir en gros plan et de l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Administration comment les d\u00e9cideurs, y compris les grands organismes de r\u00e9gulation, m\u00e8nent leur action tout en s\u2019effor\u00e7ant de se conformer au droit. On peut effectuer de tels travaux en s\u2019appuyant sur rien d\u2019autre qu\u2019une compr\u00e9hension fine de l\u2019environnement normatif dans lequel agissent ces d\u00e9cideurs\u00a0\u2014\u00a0et si la jurisprudence judiciaire peut y figurer en bonne place<a href=\"#_ftn113\" name=\"_ftnref113\">[113]<\/a> cela ne veut pas dire qu\u2019elle y sera toujours mise \u00e0 l\u2019honneur<a href=\"#_ftn114\" name=\"_ftnref114\">[114]<\/a>. Plus int\u00e9ressantes encore, me semble-t-il, sont les perspectives emprunt\u00e9es \u00e0 des disciplines voisines du droit et qui ont pour raison d\u2019\u00eatre d\u2019assister l\u2019Administration dans l\u2019atteinte de ses objectifs. Une des contributions de l\u2019ouvrage de Jacques Caillosse, selon Daniel Mockle, est de montrer \u00ab\u00a0un espace normatif o\u00f9 des rationalit\u00e9s concurrentes sont en jeu, soit celles qui sont d\u00e9j\u00e0 multiples d\u2019un droit administratif, de plus en plus h\u00e9t\u00e9rodoxe dans ses sources et ses modes de formation, par rapport aux imp\u00e9ratifs issus des disciplines ayant pour objet les organisations\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn115\" name=\"_ftnref115\">[115]<\/a>. Les notions qui apparaissent alors dans le discours proviennent de l\u2019analyse critique du droit (ind\u00e9termination, d\u00e9sactivation, surd\u00e9termination, d\u00e9n\u00e9gation, etc.) et les th\u00e8mes exploit\u00e9s concernent la nouvelle gouvernance publique, la mondialisation, la science manag\u00e9riale, la performance, l\u2019efficacit\u00e9, l\u2019\u00e9valuation de l\u2019action, la transparence, la participation, et plusieurs autres encore. Autrement dit, on s\u2019attaque enfin \u00e0 ce qui para\u00eet \u00eatre la substance intime de l\u2019action gouvernementale. Ces tendances sont relativement r\u00e9centes. Elles me semblent plus prometteuses qu\u2019un \u00e9ni\u00e8me retour sur la primaut\u00e9 du droit et sur \u00ab\u00a0la question de l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb. Depuis quelque temps d\u00e9j\u00e0, des ouvrages classiques de droit administratif, ant\u00e9rieurement entendu ici au sens \u00e9troit de <em>judicial review<\/em>, s\u2019ouvrent dans cette direction. Il n\u2019y est pas n\u00e9cessairement question de science manag\u00e9riale ou de recherches empiriques, mais une place g\u00e9n\u00e9reuse est faite \u00e0 l\u2019administration, ind\u00e9pendamment du r\u00f4le des tribunaux<a href=\"#_ftn116\" name=\"_ftnref116\">[116]<\/a>. Je crois qu\u2019on devrait s\u2019en f\u00e9liciter.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on regarde les choses de loin, le droit administratif fran\u00e7ais et le droit administratif canadien semblent avoir \u00e9volu\u00e9 sur des trajectoires inverses. Le droit fran\u00e7ais, historiquement, privil\u00e9giait l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, mais il a gliss\u00e9 vers la base de la pyramide normative et vers les droits individuels, en raison de la place pr\u00e9pond\u00e9rante qu\u2019ils occupent aujourd\u2019hui en droit europ\u00e9en. Le droit canadien, historiquement, se campait dans une posture de m\u00e9fiance ombrageuse envers l\u2019Ex\u00e9cutif, d\u2019o\u00f9 une r\u00e9vision judicaire des d\u00e9cisions de l\u2019Administration (ou des tribunaux administratifs) souvent peu am\u00e8ne \u00e0 leur endroit, au nom des droits \u00ab\u00a0sacr\u00e9s\u00a0\u00bb des justiciables. Le Mouvement R\u00e9aliste et les critiques des th\u00e8ses de Dicey l\u2019ont pouss\u00e9 vers le haut de la pyramide normative, l\u00e0 o\u00f9 rayonne l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Aussi, les tribunaux laissent-ils beaucoup plus qu\u2019avant les coud\u00e9es franches \u00e0 l\u2019Administration, et par une retenue qu\u2019ils s\u2019imposent \u00e0 eux-m\u00eames. Mais en fin de compte, le dosage entre le g\u00e9n\u00e9ral et le particulier para\u00eet assez comparable, ce qui est une convergence. Sur bien des points plus sp\u00e9cifiques, on en observe d\u2019autres. Ainsi, le d\u00e9veloppement du contentieux administratif en France comme au Canada doit beaucoup \u00e0 la r\u00e9forme moderne des voies de recours. Et les perspectives critiques sur le droit administratif apportent ici comme en France du nouveau d\u2019un m\u00eame genre. Mais les administrativistes canadiens ne peuvent qu\u2019envier leur vis-\u00e0-vis fran\u00e7ais d\u2019avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la question de l\u2019interpr\u00e9tation (ou de croire que ce fut le cas).<\/p>\n<p><u>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/u><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Christophe Jamin et Fabrice Melleray, <em>Droit civil et droit administratif\u00a0<\/em>:<em> Dialogue(s) sur un mod\u00e8le doctrinal<\/em>, Paris, Dalloz, 2018.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Sur le strict plan de la forme, je ne formulerais qu\u2019un seul reproche \u00e0 l\u2019ouvrage\u00a0: les index renvoient, non pas aux pages, mais aux\u00a0cinquante-deux courriels qui le composent, dont certains, sinon la plupart, couvrent plusieurs pages. En relecture, il faut donc fouiller, ce qui est aga\u00e7ant et fatigue la vue&#8230;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Ce prix est d\u00e9cern\u00e9 conjointement en France par le Conseil constitutionnel et le Club des Juristes (voir \u00ab\u00a0Prix du livre juridique et du livre de la pratique juridique, samedi\u00a06 octobre\u00a02018\u00a0\u00bb (10 octobre\u00a02018), en ligne\u00a0: <em>Conseil constitutionnel <\/em>&lt;conseil-constitutionnel.fr&gt; [perma.cc\/GM55-XC9D]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Apr\u00e8s tout, l\u2019arr\u00eat <em>Blanco<\/em>, sur \u00ab\u00a0la n\u00e9cessit\u00e9 de concilier les droits de l\u2019\u00c9tat avec les droits priv\u00e9s\u00a0\u00bb, et qui est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019arr\u00eat fondateur du droit administratif moderne en France, fut rendu par le Tribunal des conflits, voir Trib conflits,\u00a08 f\u00e9vrier\u00a01873, <em>Blanco<\/em>, [1873] Recueil Lebon n<sup>o\u00a0<\/sup>00012.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 On s\u2019explique mieux, dans ces conditions, l\u2019importance que rev\u00eat le filtre de la doctrine universitaire pour identifier et calibrer les arr\u00eats importants.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 France, Cour de cassation, \u00ab\u00a0Rapport annuel\u00a02017\u00a0\u00bb mai\u00a02018 \u00e0 la p\u00a0321, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Cour de cassation <\/em>&lt;www.courdecassation.fr&gt; [perma.cc\/8NRB-95PB].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 France, Conseil d\u2019\u00c9tat, \u00ab\u00a0Rapport public 2018\u00a0: Activit\u00e9 juridictionnelle et consultative des juridictions administratives en\u00a02017\u00a0\u00bb 18 juin\u00a02018 \u00e0 la p\u00a047, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Conseil d\u2019\u00c9tat<\/em> &lt;www.conseil-etat.fr&gt; [perma.cc\/4PW5-53XT].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Entre <em>Valois v de Boucherville<\/em>, [1929] RCS\u00a0234 \u00e0 la p\u00a0263,\u00a03 DLR\u00a0801 et <em>Febles c Canada (Citoyennet\u00e9 et Immigration)<\/em>,\u00a02014 CSC\u00a068 au para\u00a057, le Conseil d\u2019\u00c9tat fait quatre br\u00e8ves apparitions dans la jurisprudence de la Cour supr\u00eame. Elles ne sont pas toutes aussi lourdes de sens\u00a0: celle de l\u2019arr\u00eat <em>Valois,<\/em> par exemple, se trouve dans un long extrait du <em>Trait\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire de droit civil <\/em>de Planiol, qui renvoie \u00e0 un avis (consultatif, donc hors contentieux) du Conseil d\u2019\u00c9tat du\u00a012 ao\u00fbt\u00a01834\u2026 Le Conseil d\u2019\u00c9tat de la Belgique et celui des Pays-Bas re\u00e7oivent eux aussi chacun une mention dans cette m\u00eame jurisprudence.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Depuis l\u2019arr\u00eat <em>Citizens\u2019 and The Queen Ins Cos v Parsons<\/em>, (1880)\u00a04 SCR\u00a0215 \u00e0 la p\u00a0267, 1880 CanLII\u00a06, la jurisprudence de la Cour supr\u00eame du Canada contient plus d\u2019une centaine de renvois aux arr\u00eats de la Cour de cassation.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> \u00a0\u00a0 Ce sont les sections de l\u2019int\u00e9rieur, des finances, des travaux publics et de l\u2019administration, ainsi que la section sociale et la section du rapport et des \u00e9tudes\u00a0\u2014bref, une grosse cylindr\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Supra <\/em>note\u00a07 \u00e0 la p\u00a0385. Comme le pr\u00e9cise un extrait d\u2019une conf\u00e9rence donn\u00e9e par Jean-Marc Sauv\u00e9, son vice-pr\u00e9sident\u00a0: \u00ab\u00a0Le Conseil d\u2019\u00c9tat doit ainsi \u00eatre saisi, avant leur d\u00e9lib\u00e9ration en Conseil des ministres, sur tous les projets de texte relevant du domaine de la loi qui sont \u00e9labor\u00e9s \u00e0 l\u2019initiative du Gouvernement, c\u2019est-\u00e0-dire les projets de loi, mais aussi les projets d\u2019ordonnance\u00a0\u00bb (Jean-Marc Sauv\u00e9, \u00ab\u00a0Pr\u00e9sentation du Conseil d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, S\u00e9minaire des membres d\u2019honneur de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences et techniques comptables et financi\u00e8res, pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des sciences et techniques comptables et financi\u00e8res,\u00a025 janvier\u00a02017 [non publi\u00e9e], en ligne\u00a0: <em>Conseil d\u2019\u00c9tat<\/em> &lt;www.conseil-etat.fr&gt; [<strong>perma.cc\/Q7UP-2MM8<\/strong>]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> \u00a0\u00a0 TT Arvind et Lindsay Stirton, \u00ab The Curious Origins of Judicial Review\u00a0\u00bb (2017)\u00a0133:1 Law Q Rev\u00a091. Les auteurs mentionnent leur travail sur archives \u00e0 la p\u00a092.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 R-U, Lord Chancellor\u2019s Department, <em>Report of the Committee on Administrative Tribunals and Enquiries<\/em> (Cmnd\u00a0218), Londres, The Stationery Office, juillet\u00a01957, mieux connu comme le Rapport Franks.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Sir John Whyatt, <em>A Report by Justice: The Citizen and the Administration: The Redress of Grievances<\/em>, Londres, Stevens &amp; Sons,\u00a01961. Cela m\u00e8nera \u00e0 l\u2019adoption du <em>Parliamentary Commissioner Act 1967 <\/em>(R-U). Pour une perspective am\u00e9ricaine sur ce rapport, voir Kenneth Culp Davis, \u00ab\u00a0Book Review\u00a0\u00bb (1962)\u00a075:6 Harv L Rev\u00a01258. Davis fait un compte rendu mesur\u00e9 quoique assez favorable de ce rapport; il lui reproche n\u00e9anmoins de proposer une version \u00e9dulcor\u00e9e des mod\u00e8les danois et su\u00e9dois, dont il avait r\u00e9cemment vant\u00e9 les m\u00e9rites dans \u00ab\u00a0Ombudsmen in America: Officers to Criticize Administrative Action\u00a0\u00bb (1961)\u00a0109:8 U Pa L Rev\u00a01057.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> \u00a0\u00a0 J.D.B. Mitchell \u00e9tait professeur de droit constitutionnel et de droit europ\u00e9en \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00c9dimbourg. Arvind et Stirton \u00e9crivent, <em>supra <\/em>note\u00a012 aux pp\u00a098\u201399\u00a0: \u00ab\u00a0Before 1688, the Privy Councils of Scotland and England had operated what Mitchell regarded as an embryonic form of administrative jurisdiction. Mitchell (in a memorandum jointly signed with J.A. Griffith [professeur de droit public \u00e0 la <em>London School of Economics<\/em>]) now wrote to Lord Shackelton, Lord Privy Seal and first Minister for the Civil Service proposing that the Privy Council should be reconstituted along the lines of the French Conseil d\u2019\u00c9tat. This idea, too, had surprisingly broad support. Dicey had in his later years come to question whether the ordinary courts might not, after all, be \u201cthe best body for adjudicating on the offences or the errors of civil servants\u201d, speculating that a better solution might be something analogous to the Conseil d\u2019\u00c9tat, a \u201cbody of men who combined official experience with legal knowledge and who were independent of the government of the day. Lawson [professeur de droit compar\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford], similarly, suggested a court in which recently-retired permanent heads of department would sit as administrative judges along with justices of the Queen\u2019s Bench Division.\u00a0\u00bb [notes omises].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> \u00a0\u00a0 (R-U),\u00a022 &amp;\u00a023 Geo\u00a0V, c\u00a04.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> \u00a0\u00a0 Quoique peu mise \u00e0 contribution en droit public anglo-canadien. Un trait\u00e9 \u00e0 la fois classique, et assez repr\u00e9sentatif, celui de David Phillip Jones et Anne S de Villars, <em>Principles of Administrative Law<\/em>,\u00a06<sup>e<\/sup> \u00e9d, Toronto, Carswell,\u00a02014 aux pp\u00a09\u201310, y consacre \u00e0 peine plus d\u2019une page, en bonne partie d\u2019ailleurs sur l\u2019\u00e9volution des brefs de pr\u00e9rogative. Deux autres auteures sont plus prolifiques dans un r\u00e9cent ouvrage collectif\u00a0: Colleen M. Flood et Jennifer Dolling, \u00ab\u00a0A Historical Map for Administrative Law: There Be Dragons\u00a0\u00bb dans Colleen M Flood et Lorne Sossin, <em>Administrative Law in Context<\/em>,\u00a03<sup>e<\/sup> \u00e9d, Toronto, Emond,\u00a02018, ch\u00a01 aux pp\u00a02\u201341, mais elles mettent surtout l\u2019accent sur la p\u00e9riode post\u00e9rieure \u00e0 1980. L\u2019expos\u00e9 le plus int\u00e9ressant, en particulier par les sources qu\u2019il rassemble, me semble \u00eatre le pr\u00e9cieux ouvrage de Pierre Issalys et du regrett\u00e9 Denis Lemieux, <em>L\u2019action gouvernementale<\/em>\u00a0:<em> Pr\u00e9cis de droit des institutions administratives<\/em>,\u00a03<sup>e<\/sup> \u00e9d, Cowansville (QC), Yvon Blais,\u00a02009, dont tout le premier chapitre, sp\u00e9cialement aux pages\u00a036 \u00e0\u00a051, rec\u00e8le une foule de renseignements r\u00e9v\u00e9lateurs sur le cours des choses en histoire et en droit administratif canadien ou qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> \u00a0\u00a0 Paris, Michel-L\u00e9vy Fr\u00e8res,\u00a01871.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> \u00a0\u00a0 Qui lui vaudront d\u2019\u00eatre qualifi\u00e9 de bolchevique par Ripert&#8230; (voir Georges Ripert, \u00ab\u00a0Abus ou relativit\u00e9 des droits\u00a0\u2014\u00a0\u00c0 propos de l\u2019ouvrage de M. Josserand\u00a0: de l\u2019esprit des droits et de leur relativit\u00e9, 1927\u00a0\u00bb\u00a0(1929)\u00a049 R critique l\u00e9gislation jurisprudence\u00a033; Jamin et Melleray<em>,<\/em> <em>supra <\/em>note\u00a01 \u00e0 la p\u00a028).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> aux pp\u00a024\u201328.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> \u00a0\u00a0 La critique du formalisme en France comme aux \u00c9tats-Unis se solde dans ce dernier pays par un recul durable de la dogmatique, alors qu\u2019en France elle provoque un renouveau de la dogmatique (voir Philippe Jestaz et Christophe Jamin, <em>La doctrine<\/em>, Paris, Dalloz,\u00a02004 aux pp\u00a0268\u201369). Voir aussi Jamin et Melleray, <em>supra<\/em> note\u00a01 \u00e0 la p\u00a072.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Jamin et Melleray, <em>supra<\/em> note\u00a01 \u00e0 la p\u00a026.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> \u00a0\u00a0 Tel que cit\u00e9 dans <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a034.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> aux pp\u00a032\u201333.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a072.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> \u00a0\u00a0 Son essai <em>L\u2019\u00e9cole de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se en droit civil\u00a0<\/em>:<em> Les traits distinctifs de sa doctrine et de ses m\u00e9thodes d\u2019apr\u00e8s la profession de foi de ses plus illustres repr\u00e9sentants<\/em>, 2<sup>e<\/sup> \u00e9d, Paris, E. de Broccard \u00e9diteur, 1924, y est pour beaucoup et l\u2019on comprend facilement qu\u2019en le publiant, Bonnecase ne se soit pas fait que des amis parmi ses coll\u00e8gues. Il aura contribu\u00e9 \u00ab\u00a0largement \u00e0 la cr\u00e9ation de la c\u00e9l\u00e8bre opposition entre \u00c9cole de l\u2019Ex\u00e9g\u00e8se et \u00c9cole scientifique. [&#8230;] Selon lui, la doctrine ex\u00e9g\u00e9tique est fond\u00e9e sur un culte du texte de la loi confondu avec le droit, la pr\u00e9dominance de l\u2019intention du l\u00e9gislateur dans l\u2019interpr\u00e9tation de la loi, l\u2019\u00e9tatisme et le recours concomitant et illogique au droit naturel, ainsi que l\u2019usage abusif de l\u2019argument d\u2019autorit\u00e9. La m\u00e9thode ex\u00e9g\u00e9tique est, quant \u00e0 elle, une analyse litt\u00e9rale et servile du Code civil.\u00a0\u00bb (Nader Hakim, \u00ab\u00a0bonnecase Joseph-Julien\u00a0\u00bb dans Patrick Arabeyre, Jean-Louis Halp\u00e9rin et Jacques Krynen, dir, <em>Dictionnaire historique des juristes fran\u00e7ais (XII<sup>e<\/sup>\u2013XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle)<\/em>, Paris, Presses Universitaires de France, 2015 \u00e0 la p\u00a0139).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> \u00a0\u00a0 Certains furent par ailleurs \u00e0 la fois de grands techniciens du droit et de grands r\u00e9sistants, comme Henri et L\u00e9on Mazeaud (voir Jamin et Melleray, <em>supra<\/em> note\u00a01 \u00e0 la p\u00a074).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a069. On reprochait \u00e0 Duverger un article paru en 1941 et commentant certaines lois de Vichy qui excluaient les juifs et les femmes mari\u00e9es de la fonction publique. Duverger, qui a 23 ou 24 ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et qui est l\u2019\u00e9l\u00e8ve de Roger Bonnard, n\u2019a pas encore obtenu son agr\u00e9gation en droit. Cette publication eut des suites lointaines, dont un proc\u00e8s en diffamation o\u00f9 Duverger eut gain de cause. Il se d\u00e9fendit \u00ab\u00a0en montrant que \u201cla neutralit\u00e9 glaciale du juriste\u201d masquait, dans son commentaire du statut des juifs, une prise de position doctrinale favorable \u00e0 ces derniers\u00a0\u00bb\u00a0(voir Renaud Dorandeau, \u00ab\u00a0La \u201cterrible logique des sages\u201d. Maurice Duverger\u00a0: \u00e9critures biographiques et journalistiques\u00a0\u00bb\u00a0(1992) 5:4 Politix\u00a0136 \u00e0 la p\u00a0137).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Jamin et Melleray, supra note\u00a01 aux pp\u00a0110,\u00a0237.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> \u00a0\u00a0 Tout le monde conserve en m\u00e9moire mai 68. Juin\u00a068 fut la date de fondation du Syndicat de la magistrature en France. Que cet \u00e9v\u00e9nement ait ouvert une nouvelle perspective critique sur le droit ne peut faire de doute. Pierre Lyon-Caen, petit-fils d\u2019un premier pr\u00e9sident honoraire de la Cour de cassation, magistrat lui-m\u00eame et membre fondateur du syndicat en question, r\u00e9pondait en ces termes \u00e0 une question, peut-\u00eatre orient\u00e9e, sur \u00ab\u00a0les nombreux et graves dysfonctionnements de la justice en France\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Ils tiennent sans doute \u00e0 la place de l\u2019autorit\u00e9 judiciaire, en France, au sein de l\u2019\u00c9tat et au sein de la nation. Au sein de l\u2019\u00c9tat, la justice est trait\u00e9e comme un service public ordinaire\u00a0\u2014\u00a0sous r\u00e9serve de quelques pr\u00e9cautions de style\u00a0\u2014\u00a0alors que la Constitution et la loi lui donnent une place \u00e0 part. Cons\u00e9quence de ce premier ph\u00e9nom\u00e8ne, au sein de la nation la justice appara\u00eet trop souvent comme au service de la classe dominante au pouvoir et donc favorable aux nantis. [\u2026] Le Syndicat de la Magistrature sur ces deux plans s\u2019est efforc\u00e9 de d\u00e9noncer cette situation afin qu\u2019il lui soit port\u00e9 rem\u00e8de\u00a0\u00bb. Voir Pierre Lyon-Caen, \u00ab\u00a0L\u2019exp\u00e9rience du Syndicat de la Magistrature\u00a0: t\u00e9moignage\u00a0\u00bb (1981)\u00a016 Pouvoirs\u00a055 \u00e0 la p\u00a058.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> \u00a0\u00a0 Jamin et Melleray, <em>supra<\/em> note\u00a01 aux pp\u00a0127\u201335.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> \u00a0 Jamin et Melleray, <em>supra <\/em>note\u00a01 \u00e0 la p\u00a083.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> aux pp\u00a086,\u00a091,\u00a0102.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0157.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> \u00a0\u00a0 C\u2019est Jean Foyer, privatiste, professeur de droit puis Garde des Sceaux sous le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, qui d\u00e9nonce \u00ab\u00a0les fanfarons de jurisprudence\u00a0\u00bb, qui d\u00e9conseille la ratification de la <em>CEDH<\/em> qui \u00ab\u00a0n\u2019ajouterait rien au droit public des Fran\u00e7ais quant aux droits et libert\u00e9s dont ils jouiss[ent] d\u00e9j\u00e0\u00bb et pour qui le contr\u00f4le de la Cour de justice europ\u00e9enne est \u00ab\u00a0injurieux pour nos hautes juridictions\u00a0\u00bb (voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0142); c\u2019est Jean Carbonnier qui parle d\u2019une pulv\u00e9risation du droit en droits subjectifs, ou G\u00e9rard Cornu qui commente\u00a0: \u00ab\u00a0Invasion pl\u00e9thorique et pullulante du droit fran\u00e7ais, d\u00e9naturation du syst\u00e8me juridique, trouble du cours de la justice sont, on va le voir, les fruits amers de la primaut\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 un droit exog\u00e8ne et \u00e0 un juge de l\u2019ext\u00e9rieur\u2026 Quelle langueur, quel ennui dans la r\u00e9f\u00e9rence lancinante aux art. 6 et 8 de la [<em>CEDH<\/em>]!\u00a0\u00bb (voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0179). Les propos m\u00e9prisants du Procureur g\u00e9n\u00e9ral de la Cour de cassation, Jean-Fran\u00e7ois Burgelin, tenus aussi tardivement qu\u2019en\u00a02004, d\u00e9notent une esp\u00e8ce d\u2019exasp\u00e9ration envers la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (voir <em>ibid<\/em> aux pp\u00a0175\u201376). Et que dire de Fran\u00e7ois Terr\u00e9 qui publie trois ans plus tard \u00ab\u00a0Un juge cr\u00e9ateur de droit? Non merci!\u00a0\u00bb (2007)\u00a059 Archives philosophie D\u00a0305?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Jamin et Melleray, <em>supra<\/em> note\u00a01 aux pp\u00a0156\u201359,\u00a0162\u201363.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Voir ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0169.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> <em>\u00a0<\/em>\u00e0 la p\u00a0202.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> \u00a0\u00a0 Il en existe bien d\u2019autres indices. Ainsi, le Procureur g\u00e9n\u00e9ral de la Cour de cassation \u00e9crivait en 2004 dans le Recueil Dalloz\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019Europe des droits de l\u2019homme n\u2019est qu\u2019un bastion avanc\u00e9 de l\u2019influence am\u00e9ricaine dont la culture judiciaire est en train d\u2019inonder le monde entier. L\u2019europ\u00e9anisation n\u2019est que le faux nez d\u2019une mondialisation qui tend \u00e0 nous submerger\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0176, citant Jean-Fran\u00e7ois Burgelin, \u00ab\u00a0La paille et la poutre\u00a0\u00bb (2004) Droits\u00a01249 \u00e0 la p\u00a01252). Quarante-sept ans auparavant, Andr\u00e9 Tunc, \u00ab\u00a0marqu\u00e9 par le pragmatisme anglo-am\u00e9ricain\u00a0\u00bb qui lui venait d\u2019un long s\u00e9jour aux \u00c9tats-Unis (voir Xavier Blanc-Jouvan, \u00ab\u00a0Andr\u00e9 Tunc (1910\u20131999)\u00a0\u00bb (2000)\u00a052:1 RIDC\u00a05 \u00e0 la p\u00a07), publie au Recueil Dalloz un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Sortir du n\u00e9olithique\u00a0\u2013Recherche et enseignement dans les Facult\u00e9s de droit\u00a0\u00bb qui lui vaut un cinglante r\u00e9plique de trois coll\u00e8gues, dont son a\u00een\u00e9 et comparatiste Henri Battifol\u00a0(voir Jamin et Melleray, <em>supra<\/em> note\u00a01 \u00e0 la p\u00a0116).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a0170.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a01 aux pp\u00a0154\u201355.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> \u00a0\u00a0 Professeur \u00e0 la Facult\u00e9 de droit de Nancy, beau-fr\u00e8re de Fran\u00e7ois Geny dont il est proche, et \u00ab\u00a0catholique ardent\u00a0\u00bb qui rejoindra l\u2019ordre des Dominicains apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de son \u00e9pouse, Renard \u00ab\u00a0s\u2019insurge contre le positivisme juridique\u00a0: l\u2019essence du droit ne saurait \u00eatre la norme que produit l\u2019\u00c9tat ou les droits subjectifs dont peuvent se pr\u00e9valoir les individus\u00a0\u00bb (voir Gr\u00e9goire Bigot, \u00ab\u00a0renard Georges\u00a0\u00bb dans Arabeyre, Halp\u00e9rin et Krynen, <em>supra <\/em>note\u00a026 \u00e0 la p\u00a0862).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Jamin et Melleray, <em>supra <\/em>note\u00a01 \u00e0 la p\u00a0154.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> \u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Le Huron au Palais-Royal ou r\u00e9flexions na\u00efves sur le recours pour exc\u00e8s de pouvoir\u00a0\u00bb (1962) D Chron\u00a037, reproduit dans Andr\u00e9 de Laubad\u00e8re et al, <em>Pages de doctrines<\/em>, t\u00a02, Paris, LGDJ, 1980 \u00e0 la p\u00a0329.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> \u00a0\u00a0 Jamin et Melleray, <em>supra <\/em>note\u00a01 \u00e0 la p\u00a0153.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir CE,\u00a020 octobre\u00a01989, <em>Nicolo<\/em>, [1989] Recueil Lebon n<sup>o<\/sup>\u00a0108243. Par cet arr\u00eat, le Conseil d\u2019\u00c9tat effectuait un revirement de sa jurisprudence et consentait \u00e0 examiner la compatibilit\u00e9 entre le Trait\u00e9 de Rome et une loi fran\u00e7aise qui lui \u00e9tait post\u00e9rieure, estimant par ailleurs qu\u2019en l\u2019occurrence il n\u2019y avait pas d\u2019incompatibilit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Philippe Terneyre et Denys de B\u00e9chillon, \u00ab\u00a0Le Conseil d\u2019\u00c9tat, enfin juge!\u00a0\u00bb (2007)\u00a0123:4 Pouvoirs\u00a061. Ces deux auteurs signalent aussi, par exemple \u00e0 la p\u00a069, que le Conseil d\u2019\u00c9tat s\u2019est m\u00eame dot\u00e9 dans sa jurisprudence du pouvoir de prononcer des nullit\u00e9s sous conditions suspensives (en somme, ce qu\u2019on appelle en langue anglaise le <em>prospective overruling<\/em>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> \u00e0 la p 62.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Jamin et Melleray, <em>supra<\/em> note\u00a01 aux pp\u00a0158\u201362.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a047\u00a0: \u00ab\u00a0la doctrine organique n\u2019a pas besoin\u00a0\u2014\u00a0ou estime ne pas avoir besoin\u00a0\u2014\u00a0de la doctrine universitaire pour forger les cadres de sa r\u00e9flexion\u00a0\u00bb. Voir aussi <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0108.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> <em>\u00a0\u00a0 <\/em>Voir<em> ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0138.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a055.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> aux pp\u00a050\u201354.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> \u00a0\u00a0 5<sup>e<\/sup> \u00e9d, Paris, P\u00e9done,\u00a01929 \u00e0 la p\u00a054; Jamin et Melleray, <em>supra<\/em> note\u00a01 \u00e0 la p\u00a051.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> \u00a0\u00a0 Jamin et Melleray, <em>supra<\/em> note\u00a01 \u00e0 la p\u00a0100.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a042.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir par ex Terr\u00e9, <em>supra<\/em> note\u00a035.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> \u00a0\u00a0 Il s\u2019agit chez eux d\u2019un th\u00e8me r\u00e9current\u00a0: voir Jamin et Melleray, <em>supra<\/em> note\u00a01, notamment aux pp\u00a06\u20138,\u00a011\u201312,\u00a026,\u00a039,\u00a089,\u00a0132,\u00a0200\u201301.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a> \u00a0\u00a0 Commentant l\u2019\u0153uvre d\u2019\u00c9douard Laferri\u00e8re, vice-pr\u00e9sident du Conseil d\u2019\u00c9tat de\u00a01886 \u00e0\u00a01898 et auteur d\u2019un <em>Trait\u00e9 de la juridiction administrative et des recours contentieux<\/em> (Paris, Berger-Levrault et C<sup>ie<\/sup>,\u00a01887), Fabrice Melleray \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Laferri\u00e8re a bien \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 proposer une pr\u00e9sentation syst\u00e9matique de la mati\u00e8re ordonn\u00e9e autour de la jurisprudence du Conseil d\u2019\u00c9tat. [&#8230;] Le droit administratif s\u2019\u00e9pargne ainsi la querelle de l\u2019interpr\u00e9tation qui animera quelques ann\u00e9es plus tard la doctrine civiliste\u00a0\u00bb (voir Jamin et Melleray, <em>supra <\/em>note\u00a01 aux pp\u00a05\u20136). Plus loin, apr\u00e8s avoir expliqu\u00e9 en quoi consistait la notion de \u00ab\u00a0droit objectif\u00a0\u00bb selon L\u00e9on Duguit, Fabrice Melleray ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Dans cette perspective, il ne peut y avoir comme chez les civilistes de \u201cquerelle de l\u2019interpr\u00e9tation\u201d. Le d\u00e9bat ne se pose m\u00eame pas\u00a0\u00bb (voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a023).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a> \u00a0\u00a0 R\u00e9pondant \u00e0 Fabrice Melleray, Christophe Jamin \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p>La \u201cquerelle de l\u2019interpr\u00e9tation\u201d dont tu parles vient de l\u00e0\u00a0: d\u2019une situation diff\u00e9rente de celle des publicistes qui n\u2019ont pas l\u2019\u00e9quivalent du code. Je n\u2019en disconviens pas. Mais derri\u00e8re la question du code, il y a tout de m\u00eame la question de la loi. Pas plus que les civilistes, les administrativistes ne partent de rien\u00a0: le droit administratif est r\u00e9gi par une multitude de textes de tous acabits. Et puis surtout, les juristes de cette \u00e9poque vivent dans un univers mental domin\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9 absolue de la loi, au sens formel du terme (un acte vot\u00e9 par le Parlement) (voir Jamin et Melleray, <em>supra<\/em> note\u00a01 \u00e0 la p\u00a07).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a017.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a020.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\">[63]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a045.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\">[64]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a047.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\">[65]<\/a> \u00a0\u00a0 Les professeurs Arvind et Stirton, <em>supra<\/em> note\u00a012, \u00e9crivent en conclusion de leur article, \u00e0 la p\u00a0116\u00a0:<\/p>\n<p>&#8230; our administrative law has mostly done a poor job of articulating\u00a0\u2014\u00a0except in very vague terms bordering on the vacuous\u00a0\u2014\u00a0standards of good administration, which can usefully guide civil servants in the exercise of their public powers. \u2026 This problem, too, was well understood by the reformers, especially Mitchell [voir <em>supra<\/em> note\u00a015]; yet a consequence of the modern approach is that it has remained unaddressed in modern doctrine. The effect on a department of being subject to a successful judicial review has been likened to being struck by lightning\u00a0\u2014\u00a0random, unpredictable and destructive\u00a0\u2014\u00a0but the effects in terms of improving the quality of administration are contestable.<\/p>\n<p>On verra plus loin que les approches critiques du droit administratif ont peut-\u00eatre vocation de combler ces lacunes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\">[66]<\/a> \u00a0\u00a0 Ce que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 appel\u00e9 ailleurs \u00ab\u00a0le syndrome du sabot de Denver\u00a0\u00bb\u00a0: Yves-Marie Morissette, \u00ab\u00a0Deux ou trois choses que je sais d\u2019elle (la rationalit\u00e9 juridique)\u00a0\u00bb (2000)\u00a045:3 RD McGill\u00a0591 \u00e0 la p\u00a0595.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref67\" name=\"_ftn67\">[67]<\/a> \u00a0\u00a0 Il est clair, quant \u00e0 moi, qu\u2019on ne peut l\u2019aborder utilement sans regarder du c\u00f4t\u00e9 de la th\u00e9orie du droit. Voir Yves-Marie Morissette, \u00ab\u00a0Peut-on interpr\u00e9ter ce qui est ind\u00e9termin\u00e9?\u00a0\u00bb dans St\u00e9phane Beaulac et Mathieu Devinat, dir, <em>Interpretatio non cessat\u00a0<\/em>:<em> m\u00e9langes en l\u2019honneur de Pierre-Andr\u00e9 C\u00f4t\u00e9<\/em>, Cowansville (QC), Yvon Blais, 2011,\u00a09 aux pp\u00a013\u201328.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref68\" name=\"_ftn68\">[68]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Anisminic Ltd v Foreign Compensation Commission<\/em> (1967), [1967] 2 All ER 986 \u00e0 la p\u00a0993, [1968]\u00a02 QB\u00a0862 [<em>Anisminic<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn69\">[69]<\/a> \u00a0\u00a0 AV Dicey, \u00ab\u00a0Lecture V. The Rule of Law: Its Nature\u00a0\u00bb dans <em>Lectures Introductory to the Study of the Law of the Constitution<\/em>, Londres (R-U), Macmillan and Co,\u00a01885.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref70\" name=\"_ftn70\">[70]<\/a> \u00a0\u00a0 Pour emprunter la traduction du pr\u00e9ambule de la <em>Charte canadienne des droits et libert\u00e9s<\/em>, partie I de la <em>Loi constitutionnelle de\u00a01982<\/em>, constituant l\u2019annexe B de la <em>Loi de\u00a01982 sur le Canada <\/em>(R-U),\u00a01982, c\u00a011.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref71\" name=\"_ftn71\">[71]<\/a> \u00a0\u00a0 Londres (R-U), Macmillan and Co,\u00a01908.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref72\" name=\"_ftn72\">[72]<\/a> \u00a0\u00a0 Londres (R-U), Macmillan and Co,\u00a01889.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref73\" name=\"_ftn73\">[73]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid <\/em>aux pp\u00a0303\u201330.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref74\" name=\"_ftn74\">[74]<\/a> \u00a0\u00a0 Londres (R-U), Macmillan and Co,\u00a01908 aux pp\u00a0328\u2013405.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref75\" name=\"_ftn75\">[75]<\/a> \u00a0\u00a0 10<sup>e<\/sup> \u00e9d, Londres (R-U), Macmillan and Co,\u00a01959 \u00e0 la p\u00a0cxlv (les italiques sont tir\u00e9s de l\u2019original). Cette \u00e9dition inclut une introduction du constitutionnaliste ECS Wade \u00e0 laquelle contribua le comparatiste FH Lawson aux pp\u00a0xix\u2013cxcviii).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref76\" name=\"_ftn76\">[76]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Supra<\/em>, note 15. Lui qui en 1885 niait l\u2019existence d\u2019un droit administratif en droit anglais publierait pourtant trente ans plus tard un article sur le sujet\u00a0intitul\u00e9 \u00ab\u00a0The Development of Administrative Law in England\u00a0\u00bb (1915)\u00a031:2 Law Q Rev\u00a0148.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref77\" name=\"_ftn77\">[77]<\/a> \u00a0\u00a0 J\u2019avais tent\u00e9 de d\u00e9crire ce qu\u2019il en \u00e9tait dans \u00ab R\u00e9trospective et prospective sur le contentieux administratif\u00a0\u00bb, (2008\u201309)\u00a039:1\u20132 RDUS\u00a01 aux pp\u00a023\u20137, et je prenais soin de pr\u00e9ciser \u00e0 la note 62 que je m\u2019effor\u00e7ais de ne pas caricaturer la th\u00e8se de Dicey.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref78\" name=\"_ftn78\">[78]<\/a> \u00a0\u00a0 The Right Honourable Lord Hewart of Bury, <em>The New Despotism<\/em>, Londres (R-U), Ernest Benn,\u00a01945 (cette derni\u00e8re r\u00e9impression de l\u2019\u00e9dition originale parue en 1929 est disponible dans la banque <em>Legal Classics<\/em> de Heinonline). On d\u00e9crit Hewart comme irascible, but\u00e9 et rancunier, autant de traits de caract\u00e8re qui ne conviennent gu\u00e8re \u00e0 quiconque exerce des fonctions judiciaires\u00a0voir Graeme Williams, <em>A Short Book on Bad Judges<\/em>, Londres, Wildy, Simmonds &amp; Hill,\u00a02013 aux pp\u00a035 et s). Il n\u2019\u00e9tait cependant pas le seul \u00e0 tirer de Dicey les id\u00e9es qu\u2019il met en valeur dans son livre de\u00a01929. Pour une version moins virulente de th\u00e8ses semblables ou voisines, voir Sir Carleton Kemp Allen, <em>Bureaucracy Triumphant<\/em>, Oxford, Oxford University Press,\u00a01931.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref79\" name=\"_ftn79\">[79]<\/a> \u00a0\u00a0 Hewart, <em>supra <\/em>note\u00a078 \u00e0 la p\u00a037.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref80\" name=\"_ftn80\">[80]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> aux pp\u00a0103\u201342<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref81\" name=\"_ftn81\">[81]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a042, o\u00f9 il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0The Council of State, when it is exercising judicial as distinguished from administrative functions, acts by a Committee which is in many respects analogous to the Judicial Committee of the Privy Council, in the exercise of its jurisdiction to hear appeals from the Dominions and in Prize Causes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref82\" name=\"_ftn82\">[82]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>The Law and the Constitution<\/em>,\u00a05<sup>e<\/sup> \u00e9d, Londres (R-U), University of London Press,\u00a01959.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref83\" name=\"_ftn83\">[83]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> aux pp\u00a0232\u201336,\u00a0305\u201317.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref84\" name=\"_ftn84\">[84]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0313.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref85\" name=\"_ftn85\">[85]<\/a> \u00a0\u00a0 Personnage presque de l\u00e9gende en droit administratif canadien, Willis \u00e9tait britannique d\u2019origine et form\u00e9 \u00e0 Oxford et Harvard. Ne trouvant pas de travail \u00e0 son retour en Angleterre, il accepte un poste \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Dalhousie. Il enseignera dans d\u2019autres facult\u00e9s canadiennes avant de d\u00e9finitivement s\u2019\u00e9tablir \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Toronto. Elle lui a consacr\u00e9 un num\u00e9ro sp\u00e9cial de sa revue de droit en\u00a02005,\u00a0rassemblant dix-neuf articles sous le titre g\u00e9n\u00e9ral : \u00ab\u00a0Administrative Law Today: Culture, Ideas, Institutions, Processes, Values, Essays in Honour of John Willis\u00a0\u00bb (2005)\u00a055:3 UTLJ\u00a0311. Pour en savoir plus sur la carri\u00e8re de Willis, voir Richard C B Risk, \u00ab\u00a0My Continuing Legal Education\u00a0\u00bb (2005)\u00a055:3 UTLJ\u00a0313.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref86\" name=\"_ftn86\">[86]<\/a> \u00a0\u00a0 John Willis, \u00ab Three Approaches to Administrative Law: The Judicial, the Conceptual and the Functional\u00a0\u00bb (1935)\u00a01:1 UTLJ\u00a053.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref87\" name=\"_ftn87\">[87]<\/a> \u00a0\u00a0 Notamment dans un article qu\u2019il publia en fin de carri\u00e8re, \u00ab\u00a0Canadian Administrative Law in Retrospect\u00a0\u00bb (1974)\u00a024:2 UTLJ\u00a0225.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref88\" name=\"_ftn88\">[88]<\/a> \u00a0\u00a0 Son scepticisme \u00e0 leur endroit fut provoqu\u00e9, dira-t-il, par ses lectures de la preuve volumineuse entendue ou d\u00e9pos\u00e9e lors d\u2019enqu\u00eates publiques sur le travail quotidien de divers services gouvernementaux. Il \u00e9crit dans une lettre\u00a0: \u00ab\u00a0With those descriptions in my mind, I could only sneer at the theology-ridden Lord Hewarts and C.K. Allens of the world who never looked beyond the conventional nostrum of the argle-bargle that passed for truth in their cloistered courtrooms \u00bb (Risk, <em>supra<\/em> note\u00a085 \u00e0 la p\u00a0330).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref89\" name=\"_ftn89\">[89]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Philip Girard, <em>Bora Laskin: Bringing Law to Life<\/em>, Toronto, University of Toronto Press,\u00a02005. Le biographe de Laskin rappelle que, d\u00e9sireux de faire sa th\u00e8se de ma\u00eetrise avec Frankfurter, Laskin le sollicite et lui demande s\u2019il accepterait de diriger une th\u00e8se sur le Ontario Municipal Board. Frankfurter lui r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Dear Laskin: you yourself should know whether this is worth doing. F.F.\u00a0\u00bb [note omise] (voir <em>ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a094). Mais Frankfurter dirigera finalement la th\u00e8se et Laskin \u00ab set his topic within the new literature on the rise of the administrative state and distanced himself from Diceyan \u2018rule of law\u2019 thought. \u00bb (<em>ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a095).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref90\" name=\"_ftn90\">[90]<\/a> \u00a0\u00a0 Pr\u00e9fa\u00e7ant un num\u00e9ro sp\u00e9cial d\u2019une revue consacr\u00e9e au droit administratif, il d\u00e9gaine sa plume. Voir Felix Frankfurter, \u00ab\u00a0Foreword\u00a0\u00bb (1938)\u00a047:4 Yale LJ\u00a0515 \u00e0 la p\u00a0517: \u00ab\u00a0Traditional disregard of the existence of administrative law by bench and bar would have been sufficient restraint against its fruitful development. Unfortunately not only was it neglected, but, being deemed hostile to the Common Law, its very existence was denied. Few law books in modern times have had an influence comparable to that produced by the brilliant obfuscation of Dicey\u2019s <em>The Law of the Constitution<\/em>. Thirty years later, in his <em>Law and Opinion in England During the Nineteenth Century<\/em>, Dicey himself demonstrated the sociological sterility of his earlier chapter on the \u201cRule of Law\u201d. [\u2026] Generations of judges and lawyers were brought up in the mental climate of Dicey. Judgments, speeches in the House of Commons, letters to <em>The Times<\/em>, reflected and perpetuated Dicey\u2019s misconception and myopia. The persistence of the misdirection that Dicey had given to the development of administrative law strikingly proves the elder Huxley\u2019s observation that many a theory survives long after its brains are knocked out. As late as 1929 Lord Hewart attempted to give fresh life to the moribund unrealities of Dicey by garnishing them with alarm. \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref91\" name=\"_ftn91\">[91]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>supra<\/em> note\u00a021 et texte correspondant.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref92\" name=\"_ftn92\">[92]<\/a> \u00a0\u00a0 Ontario, <em>Royal Commission Inquiry Into Civil Rights<\/em>, rapport n\u00b0\u00a01, vol\u00a01, Toronto, Queen\u2019s Printer,\u00a01968 (commissionnaire\u00a0: James Chalmers McRuer).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref93\" name=\"_ftn93\">[93]<\/a> \u00a0\u00a0 Sa r\u00e9action ne se fit pas attendre et il la rendit publique dans \u00ab\u00a0The McRuer Report: Lawyers\u2019 Values and Civil Servants\u2019 Values\u00a0\u00bb (1968)\u00a018:3 UTLJ\u00a0351, dont le premier paragraphe, incisif et belliqueux, dit ceci\u00a0:<\/p>\n<p>This brief, preliminary, and critical note on the parts of the McRuer report dealing with administrative law is written in a mood of irritated dissent. It will show cause against treating the report as if it were the Ten Commandments, engraved on tablets of stone and brought down by Moses himself from Mount Sinai\u00a0\u2014\u00a0which is how the Toronto <em>Globe and Mail<\/em>, opposition members in the Ontario legislature and, to my own personal knowledge, many lawyers are treating it (<em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0351).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref94\" name=\"_ftn94\">[94]<\/a> \u00a0\u00a0 Selon celui qui aujourd\u2019hui est probablement le doyen du droit administratif canadien, il se d\u00e9gage des travaux de Willis \u00ab\u00a0a strong presumption that collective interests trump individual interests\u00a0\u00bb et un \u00ab cult of civil service expertise \u00bb (voir David Mullan, \u00ab\u00a0Willis v. McRuer: A Long-Overdue Replay with the Possibility of a Penalty Shoot-Out\u00a0\u00bb (2005)\u00a055:3 UTLJ\u00a0535 aux pp 572, 574). Roderick A. Macdonald, s\u00fbrement pas un apologiste du contr\u00f4le judiciaire, n\u2019\u00e9tait pas non plus un admirateur de Willis, \u00e0 qui il reprochait entre autres chose son ethnocentrisme (voir \u00ab\u00a0Call-Centre Government: For the Rule of Law, Press\u00a0# \u00bb (2005)\u00a055:3 UTLJ\u00a0449, particuli\u00e8rement aux pp\u00a0451\u201353,\u00a0492\u201395).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref95\" name=\"_ftn95\">[95]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Lorne Sossin, \u00ab\u00a0From Neutrality to Compassion: The Place of Civil Service Values and Legal Norms in the Exercise of Administrative Discretion\u00a0\u00bb (2005)\u00a055:3 UTLJ\u00a0427 \u00e0 la p\u00a0446. Un juge en exercice de la Cour supr\u00eame du Canada partageait d\u2019ailleurs cet avis\u00a0: voir Frank Iacobucci, \u00ab\u00a0Articulating a Rational Standard of Review Doctrine: A Tribute to John Willis\u00a0\u00bb (2001-02)\u00a027:2 QLJ\u00a0859 aux pp\u00a0866,\u00a0868.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref96\" name=\"_ftn96\">[96]<\/a> \u00a0\u00a0 [1979]\u00a02 RCS\u00a0227,\u00a025 NBR (2<sup>e<\/sup>)\u00a0237 [<em>SCFP<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref97\" name=\"_ftn97\">[97]<\/a> \u00a0\u00a0 [1988]\u00a02 RCS\u00a01048,\u00a095 NR\u00a0161.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref98\" name=\"_ftn98\">[98]<\/a> \u00a0\u00a0 2008 CSC\u00a09.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref99\" name=\"_ftn99\">[99]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Anisminic v Foreign Compensation Commission<\/em> (1968), [1968]\u00a02 AC\u00a0147, [1969]\u00a02 WLR\u00a0163, infirmant le jugement de la Cour d\u2019appel dans <em>Anisminic<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a068. Pour ma part, j\u2019ai toujours consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019analyse de loin la plus p\u00e9n\u00e9trante, et la plus r\u00e9aliste aussi, du difficile probl\u00e8me de droit administratif que soulevait cette affaire est celle que Lord Diplock livra en Cour d\u2019appel (voir <em>ibid<\/em> aux pp\u00a0992\u20136). La perspective r\u00e9aliste est aussi d\u00e9celable aux pp\u00a01006\u20137.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref100\" name=\"_ftn100\">[100]<\/a> Voir notamment <em>Metropolitan Life Insurance Co c International Union of Operating Engineers<\/em>, [1970] RCS\u00a0425 \u00e0 la p\u00a0435,\u00a011 DLR (3<sup>e<\/sup>)\u00a0336.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref101\" name=\"_ftn101\">[101]<\/a> Voir <em>Vavilov c Canada (Citoyennet\u00e9 et Immigration)<\/em>, [2018]\u00a03 RCF\u00a075, autorisation de pourvoi \u00e0 la CSC accord\u00e9e,\u00a037748 (10 mai 2018) et <em>Bell Canada c Canada (PG)<\/em>, [2018]\u00a04 RCF\u00a0300, autorisations de pourvoi \u00e0 la CSC accord\u00e9e,\u00a037896 (10 mai\u00a02018).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref102\" name=\"_ftn102\">[102]<\/a> Rials \u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0Le monde des juristes, cern\u00e9 par la question de l\u2019interpr\u00e9tation, submerg\u00e9 si souvent par les surprises qu\u2019elle lui r\u00e9serve, ne semble pouvoir demeurer serein qu\u2019en la refoulant. On ironise parfois sur la clart\u00e9 incertaine des actes clairs. Il vaudrait mieux comprendre que la clart\u00e9 fut l\u2019une des grandes illusions modernes (moderne dans l\u2019acception chronologique de ce terme qui pr\u00e9vaut chez les historiens) et que le maintien suffisant de cette illusion conditionne la possibilit\u00e9 non seulement d\u2019expression l\u00e9gitime des juristes dogmaticiens des Facult\u00e9s mais encore d\u2019articulation coh\u00e9rente du discours de ce qu\u2019on appelle l\u2019\u00c9tat de droit [&#8230;]\u00a0\u00bb (St\u00e9phane Rials, \u00ab\u00a0La d\u00e9molition inachev\u00e9e. Michel Troper, l\u2019interpr\u00e9tation, le sujet et la survie des cadres intellectuels du positivisme n\u00e9oclassique\u00a0\u00bb (2003)\u00a037 Droits\u00a049 \u00e0 la p\u00a049 tel que cit\u00e9 dans Jamin et Melleray, <em>supra<\/em> note\u00a01 \u00e0 la p\u00a0201).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref103\" name=\"_ftn103\">[103]<\/a> \u00c0 laquelle il faut maintenant ajouter la <em>Charte des droits fondamentaux de l\u2019Union europ\u00e9enne <\/em>(CE, [2012] JO, C\u00a0326\/391) sur le sens et la port\u00e9e de laquelle statue d\u00e9sormais la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref104\" name=\"_ftn104\">[104]<\/a> Dans \u00ab\u00a0L\u2019internationalisation des droits de l\u2019homme et le d\u00e9fi de la \u201ccontextualisation\u201d\u00a0\u00bb (2004)\u00a053 RIEJ\u00a063 \u00e0 la p\u00a079 il \u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0Les pratiques d\u2019interpr\u00e9tation contextuelle marquent une importante rupture avec le formalisme juridique ayant caract\u00e9ris\u00e9 le si\u00e8cle pass\u00e9. Cette mutation du droit se v\u00e9rifie l\u00e0 o\u00f9 on pourrait croire, avant examen de la question, qu\u2019elle risquait moins de se produire. Malgr\u00e9 leur caract\u00e8re universel et hautement abstrait\u00a0\u2014\u00a0ou justement <em>\u00e0 cause<\/em> de cela\u00a0\u2014\u00a0les droits fondamentaux donnent lieu \u00e0 une contextualisation de la norme qui, lorsqu\u2019elle est assum\u00e9e par le pouvoir judiciaire, se traduit par des pratiques interpr\u00e9tatives contextuelles sensibles au particulier et aux multiples int\u00e9r\u00eats et valeurs en pr\u00e9sence. Ces pratiques ont l\u2019avantage non n\u00e9gligeable de tirer un trait d\u00e9finitif sur le mythe du sens litt\u00e9ral des normes juridiques\u00a0: le juge ne peut plus masquer son engagement intellectuel personnel derri\u00e8re des pr\u00e9tentions d\u2019objectivit\u00e9 donnant libre cours, dans les faits, \u00e0 des pr\u00e9misses interpr\u00e9tatives cach\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref105\" name=\"_ftn105\">[105]<\/a> \u00ab\u00a0Les approches critiques du droit administratif\u00a0\u00bb (2016)\u00a057:3 C de D\u00a0497. Le point de d\u00e9part de la r\u00e9flexion de l\u2019auteur est l\u2019ouvrage de Jacques Caillosse, <em>L\u2019\u00c9tat du droit administratif<\/em>, Issy-les-Moulineaux, LGDJ, Lextenso,\u00a02015.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref106\" name=\"_ftn106\">[106]<\/a> Jamin et Mellerey, <em>supra<\/em> note\u00a01 \u00e0 la p<em>\u00a0<\/em>214.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref107\" name=\"_ftn107\">[107]<\/a> Tom Bingham, <em>The Rule of Law<\/em>, Londres (R-U), Penguin Books,\u00a02010, qui conclut en disant, \u00e0 la p\u00a0174, que dans un monde o\u00f9 les multiples formes de la diversit\u00e9 deviennent sans cesse de plus en plus nombreuses et se c\u00f4toient de plus en plus pr\u00e8s, cette id\u00e9e est d\u00e9sormais \u00ab\u00a0the nearest we are likely to approach to a universal secular religion\u00a0\u00bb. Un aphorisme tir\u00e9 de la correspondance de Romain Rolland pourrait donner le ton ici\u00a0: \u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas derri\u00e8re nous, comme une position conquise, \u00e0 maintenir co\u00fbte que co\u00fbte\u00a0: elle est devant\u00a0\u2014\u00a0\u00e0 conqu\u00e9rir \u00e9ternellement.\u00a0\u00bb (voir Jean-Kely Paulhan, \u00ab\u00a0Recension de<em> Romain Rolland\u00a0<\/em>: <em>Journal de V\u00e9zelay\u00a01938-1944<\/em>, Paris, Bartillat,\u00a02012\u00a0\u00bb (2016)\u00a0154 Commentaire\u00a0457 \u00e0 la p\u00a0457).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref108\" name=\"_ftn108\">[108]<\/a> Voir par ex Albert Abel, \u00ab The Dramatis Personae of Administrative Law \u00bb (1972)\u00a010:1 OHLJ\u00a061, H W Arthurs, \u00ab Rethinking Administrative Law: A Slightly Dicey Business \u00bb (1979)\u00a017:1 OHLJ 1 et \u00ab\u00a0Jonah and the Whale: The Appearance, Disappearance and Reappearance of Administrative Law\u00a0\u00bb (1980)\u00a030:3 UTLJ\u00a0225 [Arthurs, \u00ab Jonah \u00bb]. Voir aussi Allan C Hutchinson, \u00ab The Rise and Ruse of Administrative Law and Scholarship \u00bb (1985)\u00a048:4 Mod L R\u00a0293.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref109\" name=\"_ftn109\">[109]<\/a> C\u2019est en partie le propos de Harry Arthurs dans Jonah, <em>supra<\/em> note\u00a0108, qui montre que, si l\u2019on retrace\u00a0 l\u2019\u00e9volution du droit administratif au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on voit qu\u2019il en existait bien un et qu\u2019il \u00e9tait largement autonome. Il conclut \u00e0 la p\u00a0237\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026 like Jonah, administrative law would ultimately emerge from the belly of the common law, chastened, no doubt, but eager to resume its onward journey\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref110\" name=\"_ftn110\">[110]<\/a> Ainsi, Kevin M Stack, dans \u00ab\u00a0Overcoming Dicey in Administrative Law\u00a0\u00bb (2018)\u00a068:2 UTLJ\u00a0293, recensant deux ouvrages r\u00e9cents (Matthew Lewans, <em>Administrative Law and Judicial Deference<\/em>, Oxford, Hart, 2016 et Adrian Vermeule, <em>Law\u2019s Abnegation<\/em>:<em> From Law\u2019s Empire to the Administrative State<\/em>, Cambridge (MA), Harvard University Press,\u00a02016), montre que l\u2019id\u00e9e de retenue judiciaire \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 apparue il y a tr\u00e8s longtemps dans un article remarqu\u00e9 de James Bradley Thayer, \u00ab\u00a0Origin and Scope of the American Doctrine of Constitutional Law\u00a0\u00bb\u00a0(1893)\u00a07:3 Harv L Rev\u00a0129. Thayer soutenait que le principe de la s\u00e9paration des pouvoirs implique qu\u2019un corps investi d\u2019un pouvoir de l\u00e9gif\u00e9rer sur tel ou tel sujet doit se voir reconna\u00eetre par les tribunaux une marge de man\u0153uvre. Il \u00e9crivait : \u00ab there is often a range of choice and judgment &#8230; and &#8230; whatever choice is rational is constitutional\u00a0\u00bb (<em>ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a0144). Stack observe\u00a0: \u00ab This Thayerian seed of legal pluralism, Lewans shows, flowers in the jurisprudence of Oliver Wendell Holmes, Louis Brandeis, and Felix Frankfurter into judicial deference to agencies \u00bb (<em>supra<\/em> note\u00a0110 \u00e0 la p\u00a0298). Lewans comme Vermeule, ajoute-t-il, \u00ab [b]oth reject the idea that courts have a monopoly over the power to interpret the law \u00bb (<em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0311).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref111\" name=\"_ftn111\">[111]<\/a> Un bon exemple en est Ron Ellis, <em>Unjust by Design: Canada\u2019s Administrative Justice System<\/em>, Vancouver, UBC Press,\u00a02013. L\u2019auteur vante plusieurs caract\u00e9ristiques du syst\u00e8me qu\u00e9b\u00e9cois de justice administrative qu\u2019il souhaiterait voir reproduites ailleurs \u00e0 la p\u00a027 (sur ce qui distingue le Qu\u00e9bec) et aux pp\u00a0231\u201382 (sur les r\u00e9formes qu\u2019il sugg\u00e8re). Un autre bon exemple est l\u2019ouvrage de Pierre Noreau et al, <em>La justice administrative\u00a0: entre ind\u00e9pendance et responsabilit\u00e9\u00a0<\/em>:<em>\u202f<\/em><em>Jalons pour la cr\u00e9ation d\u2019un r\u00e9gime commun des d\u00e9cideurs administratifs ind\u00e9pendants<\/em>, Cowansville (QC), Yvon Blais,\u00a02014. Certains constats empiriques des auteurs, aux p\u00a0XXX,\u00a0XXXIII, dressent un tableau plus sombre que celui d\u2019Ellis.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref112\" name=\"_ftn112\">[112]<\/a> France Houle en fait le bilan dans \u00ab\u00a0A Brief Historical Account of the Reforms to the Administrative Justice System in the Province of Qu\u00e9bec\u00a0\u00bb (2009)\u00a022:1 CJALP\u00a047.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref113\" name=\"_ftn113\">[113]<\/a> Un classique du genre, qui tentait de replacer le droit administratif dans son contexte d\u2019ensemble, et qui parut pour la premi\u00e8re fois en\u00a01984, est l\u2019ouvrage de Carol Harlow et Richard Rawling, <em>Law and Administration<\/em>, 3<sup>e<\/sup> \u00e9d, Cambridge, Cambridge University Press,\u00a02009, o\u00f9 les auteurs font appel \u00e0 divers travaux empiriques.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref114\" name=\"_ftn114\">[114]<\/a> J\u2019entends par l\u00e0 certains travaux comme ceux de Hudson Janisch, \u00ab\u00a0The Relationship Between Governments and Independent Regulatory Agencies: Will We Ever Get It Right?\u00a0\u00bb (2012)\u00a049:4 Alta L Rev\u00a0767 ou \u00ab\u00a0Regulation and Challenge of Broadband Telecommunications: Back to the Future\u00a0\u00bb (2012)\u00a049:4 Alta L Rev\u00a0785.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref115\" name=\"_ftn115\">[115]<\/a> <em>Supra<\/em>, note\u00a0105 \u00e0 la p\u00a0515.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref116\" name=\"_ftn116\">[116]<\/a> Un classique comme l\u2019ouvrage de Paul Craig, <em>Administrative Law<\/em>,\u00a08<sup>e<\/sup> \u00e9d, Londres, Sweet &amp; Maxwell, 2016, consacre maintenant de longs d\u00e9veloppements \u00e0 l\u2019histoire du syst\u00e8me administratif, aux organismes gouvernementaux relevant ou non de minist\u00e8res (ainsi que la s\u00e9lection et la gestion de leurs personnels), aux march\u00e9s publics, aux collectivit\u00e9s locales, \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information, au <em>Parliamentary Commissioner, <\/em>aux tribunaux administratifs consid\u00e9r\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 la r\u00e9glementation de la concurrence. D\u2019autres auteurs font de m\u00eame\u00a0: voir par ex Timothy Endicott, <em>Administrative Law<\/em>,\u00a02<sup>e<\/sup> \u00e9d, Oxford, Oxford University Press,\u00a02011.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction L\u2019an dernier paraissait aux \u00e9ditions Dalloz un ouvrage d\u2019une dense \u00e9rudition juridique qu\u2019auraient int\u00e9r\u00eat \u00e0 lire tous les publicistes ou privatistes curieux de mieux comprendre les rapports entre le droit administratif et le droit civil[1]. Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit en quoi consiste cet ouvrage, tout en le situant par rapport \u00e0 nous (I), je reviendrai &hellip; <a href=\"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/fr\/article\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\/\">Continued<\/a><\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","class_list":["post-20185","articles","type-articles","status-publish","hentry","article-type-book-review","article-language-french"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.8 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Publicistes et privatistes peuvent correspondre entre eux et m\u00eame se comprendre - McGill Law Journal<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/article\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Publicistes et privatistes peuvent correspondre entre eux et m\u00eame se comprendre - McGill Law Journal\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction L\u2019an dernier paraissait aux \u00e9ditions Dalloz un ouvrage d\u2019une dense \u00e9rudition juridique qu\u2019auraient int\u00e9r\u00eat \u00e0 lire tous les publicistes ou privatistes curieux de mieux comprendre les rapports entre le droit administratif et le droit civil[1]. Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit en quoi consiste cet ouvrage, tout en le situant par rapport \u00e0 nous (I), je reviendrai &hellip; Continued\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/article\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"McGill Law Journal\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2020-12-02T20:26:15+00:00\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"74 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\\\/article\\\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\\\/article\\\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\\\/\",\"name\":\"Publicistes et privatistes peuvent correspondre entre eux et m\u00eame se comprendre - McGill Law Journal\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/lawjournal.mcgill.ca\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2019-03-01T19:22:58+00:00\",\"dateModified\":\"2020-12-02T20:26:15+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\\\/article\\\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\\\/article\\\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\\\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\\\/article\\\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/lawjournal.mcgill.ca\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Articles\",\"item\":\"https:\\\/\\\/lawjournal.mcgill.ca\\\/article\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"Publicistes et privatistes peuvent correspondre entre eux et m\u00eame se comprendre\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lawjournal.mcgill.ca\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/lawjournal.mcgill.ca\\\/\",\"name\":\"McGill Law Journal\",\"description\":\"\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/lawjournal.mcgill.ca\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Publicistes et privatistes peuvent correspondre entre eux et m\u00eame se comprendre - McGill Law Journal","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/article\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Publicistes et privatistes peuvent correspondre entre eux et m\u00eame se comprendre - McGill Law Journal","og_description":"Introduction L\u2019an dernier paraissait aux \u00e9ditions Dalloz un ouvrage d\u2019une dense \u00e9rudition juridique qu\u2019auraient int\u00e9r\u00eat \u00e0 lire tous les publicistes ou privatistes curieux de mieux comprendre les rapports entre le droit administratif et le droit civil[1]. Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit en quoi consiste cet ouvrage, tout en le situant par rapport \u00e0 nous (I), je reviendrai &hellip; Continued","og_url":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/article\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\/","og_site_name":"McGill Law Journal","article_modified_time":"2020-12-02T20:26:15+00:00","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"74 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/article\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\/","url":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/article\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\/","name":"Publicistes et privatistes peuvent correspondre entre eux et m\u00eame se comprendre - McGill Law Journal","isPartOf":{"@id":"https:\/\/lawjournal.mcgill.ca\/#website"},"datePublished":"2019-03-01T19:22:58+00:00","dateModified":"2020-12-02T20:26:15+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/article\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/article\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/article\/publicistes-et-privatistes-peuvent-correspondre-entre-eux-et-meme-se-comprendre\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/lawjournal.mcgill.ca\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Articles","item":"https:\/\/lawjournal.mcgill.ca\/article\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"Publicistes et privatistes peuvent correspondre entre eux et m\u00eame se comprendre"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/lawjournal.mcgill.ca\/#website","url":"https:\/\/lawjournal.mcgill.ca\/","name":"McGill Law Journal","description":"","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/lawjournal.mcgill.ca\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/articles\/20185","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/articles"}],"about":[{"href":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/articles"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20185"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}