{"id":20353,"date":"2020-03-01T18:13:01","date_gmt":"2020-03-01T23:13:01","guid":{"rendered":"https:\/\/lawjournal.mcgill.ca\/?post_type=articles&#038;p=20353"},"modified":"2021-09-23T14:18:07","modified_gmt":"2021-09-23T18:18:07","slug":"20353","status":"publish","type":"articles","link":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/fr\/article\/20353\/","title":{"rendered":"Regards crois\u00e9s entre le droit innu et le  droit qu\u00e9b\u00e9cois : territorialit\u00e9s en conflit"},"content":{"rendered":"<h1 id=\"0d1-54a-423-b51-790\">Introduction<\/h1>\n<p>Au Qu\u00e9bec comme dans le reste du Canada, la construction et l\u2019\u00e9volution du droit \u00e9tatique se sont faites selon un certain nombre de th\u00e9ories imp\u00e9riales, historiquement peu nombreuses, reposant essentiellement sur le concept de \u00ab\u00a0r\u00e9ception\u00a0\u00bb. Au fondement de cette approche se trouve une fiction importante, laquelle a aliment\u00e9 l\u2019ignorance et l\u2019invisibilit\u00e9 des ordres juridiques autochtones pourtant appliqu\u00e9s depuis fort longtemps dans les territoires canadiens en voie de colonisation. Tout d\u2019abord, il convient de rappeler que le droit imp\u00e9rial britannique s\u2019imposait <em>ex proprio vigore<\/em> dans les diverses colonies de l\u2019Empire, entrainant l\u2019application du droit constitutionnel, c\u2019est-\u00e0-dire de la souverainet\u00e9 britannique<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Mais encore, s\u2019agissant de l\u2019application dans la colonie du droit priv\u00e9 anglais et de certaines r\u00e8gles de droit public, le droit imp\u00e9rial distinguait les colonies acquises par trait\u00e9 ou conqu\u00eate et celles acquises par peuplement. Dans le premier cas, la m\u00e9tropole devait d\u00e9cider par un geste officiel (de l\u2019ex\u00e9cutif ou du l\u00e9gislatif) quel \u00e9tait le droit applicable dans la colonie<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Cette situation est caract\u00e9ristique du Qu\u00e9bec o\u00f9, par la <em>Proclamation royale de\u00a01763<\/em>, le Roi Georges\u00a0III avait pris une telle d\u00e9cision pour sa nouvelle colonie<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Dans les autres r\u00e9gions du Canada, on a consid\u00e9r\u00e9 que le droit anglais s\u2019appliquait par \u00e9tablissement sans qu\u2019aucun acte officiel ne soit pourtant n\u00e9cessaire<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Cela \u00e9tant, ind\u00e9pendamment de la mani\u00e8re dont le territoire colonis\u00e9 a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019Empire britannique, les ordres juridiques autochtones n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 re\u00e7us dans leur int\u00e9gralit\u00e9 et leur g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 par le colonisateur britannique. Le droit innu n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 cette invalidation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des ordres juridiques autochtones, laquelle s\u2019est concr\u00e9tis\u00e9e<em>\u00a0\u2014\u00a0<\/em>faut-il le rappeler<em>\u00a0\u2014\u00a0<\/em>de mani\u00e8re irr\u00e9guli\u00e8re \u00e0 travers le Canada. Reste que, sauf pour quelques \u00e9l\u00e9ments du droit priv\u00e9, principalement en mati\u00e8re d\u2019adoption et de mariage<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, les r\u00e8gles de gouvernance fonci\u00e8re n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 re\u00e7ues par les tribunaux ou les lois de l\u2019\u00c9tat qu\u00e9b\u00e9cois ou canadien<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Cette invalidation g\u00e9n\u00e9rale explique<em>\u00a0\u2014\u00a0<\/em>en partie bien s\u00fbr<em>\u00a0\u2014\u00a0<\/em>les difficult\u00e9s de coexistence, encore actuelles, qui sont au c\u0153ur des rapports entre les ordres juridiques autochtones et \u00e9tatiques et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019interroger le monopole affirm\u00e9 de la production du droit par l\u2019\u00c9tat<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette contestation du monopole de l\u2019\u00c9tat dans la production du droit est notamment mise en lumi\u00e8re par les approches plurales du droit<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. Comme le signale Jean Carbonnier, ces approches sont nombreuses, puisqu\u2019il \u00ab\u00a0n\u2019existe pas un pluralisme, mais des ph\u00e9nom\u00e8nes de pluralisme, d\u2019une extr\u00eame diversit\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>. Parmi cette diversit\u00e9 d\u2019approches, il est possible de distinguer entre les analyses plurales du droit fond\u00e9es sur l\u2019\u00e9tude des pratiques normatives des acteurs (<em>pluralisme empirique<\/em>) et celles fond\u00e9es sur l\u2019\u00e9tude des interactions entre les normes formelles du droit (<em>pluralisme normatif<\/em>)<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Ce pluralisme normatif, auquel nous avons eu recours pour cette \u00e9tude, nous permettra d\u2019analyser et de critiquer les textes formels de lois \u00e9tatiques eu \u00e9gard aux rapports qu\u2019elles entretiennent avec le droit innu en vue d\u2019en proposer des r\u00e9formes<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>En effet, il convient sans doute ici de pr\u00e9ciser que nos travaux cherchent \u00e0 proposer des moyens de d\u00e9passer les rapports in\u00e9galitaires entre l\u2019\u00c9tat et les peuples autochtones qui transparaissent dans les relations entre les ordres juridiques \u00e9tatiques et autochtones \u2013 comme nous le verrons dans la partie\u00a0II de ce texte. Dans un entretien publi\u00e9 dans la revue <em>Anthropologie et Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, Hadley L. Friedland estime, \u00e0 notre avis avec raison, que le principal enjeu derri\u00e8re la revalorisation des traditions juridiques autochtones est de combler \u00ab\u00a0l\u2019absence radicale\u00a0\u00bb, soit cette mani\u00e8re qu\u2019a le droit \u00e9tatique de supposer que les traditions juridiques sont des \u00ab\u00a0non-objets\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire des objets dont l\u2019\u00e9tude serait impossible, impensable ou inutile\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. L\u2019\u00e9tude des interactions entre les droits qu\u00e9b\u00e9cois et innu cherche donc notamment \u00e0 combler cette absence radicale en se basant sur le postulat selon lequel l\u2019ordre juridique innu \u2013 et ses r\u00e8gles en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s et de gestion du territoire \u2013 existe, qu\u2019il est vivant, l\u00e9gal, l\u00e9gitime, effectif et qu\u2019il interagit avec le droit qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p>Cette mani\u00e8re de repenser les traditions juridiques autochtones contribue, \u00e0 notre sens, au processus de d\u00e9colonisation du droit. Ce processus passe avant tout par l\u2019\u00e9volution des mentalit\u00e9s du colonisateur et du colonis\u00e9. En ce qui concerne la d\u00e9colonisation du droit \u00e9tatique et des mani\u00e8res de penser des juristes qui en sont les acteurs principaux, il nous semble essentiel que ces derniers aient conscience que les ordres juridiques autochtones (et pas seulement les cultures) sont vivants, malgr\u00e9 la colonisation, les rapports h\u00e9g\u00e9moniques, la violence et les diverses formes que prend le racisme syst\u00e9mique. Le processus de d\u00e9colonisation en est un qui, puisqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019\u00c9tat, demeurera probablement incomplet et inachev\u00e9. La d\u00e9colonisation du droit qu\u00e9b\u00e9cois n\u00e9cessite, comme dans les autres \u00c9tats fond\u00e9s sur la colonisation, d\u2019importantes remises en cause, notamment celle de l\u2019affirmation du monopole de l\u2019\u00c9tat sur : (1) la souverainet\u00e9 et l\u2019espace constitutionnel, (2) la production du droit, (3) la propri\u00e9t\u00e9 du territoire. En ayant bien conscience des limites auxquelles se bute n\u00e9cessairement toute proposition de r\u00e9forme du droit, nous avons tent\u00e9 de d\u00e9gager certaines pistes de solution qui contribueraient \u00e0 la d\u00e9colonisation du droit qu\u00e9b\u00e9cois, et plus particuli\u00e8rement de son cadre l\u00e9gislatif.<\/p>\n<p>Dans ce texte, nous pr\u00e9sentons les r\u00e9sultats d\u2019une analyse des interactions entre le droit innu\u00a0\u2014\u00a0tel qu\u2019il se d\u00e9gage principalement de r\u00e9cits oraux recueillis entre les ann\u00e9es\u00a01970 et\u00a02000 par l\u2019anthropologue Sylvie Vincent et de la doctrine<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>\u00a0\u2014\u00a0et le droit qu\u00e9b\u00e9cois (excluant le droit f\u00e9d\u00e9ral) se rapportant \u00e0 l\u2019acc\u00e8s et la gestion du territoire. Du fait des sources primaires limit\u00e9es recens\u00e9es pour \u00ab\u00a0cerner\u00a0\u00bb les principales caract\u00e9ristiques de ces deux ordres juridiques, cette \u00e9tude ne pr\u00e9tend pas \u00eatre exhaustive. Les conclusions se rapportant \u00e0 la description des ordres juridiques doivent \u00e9galement \u00eatre lues en gardant \u00e0 l\u2019esprit l\u2019ensemble des nuances et exceptions qui caract\u00e9risent chaque ordre juridique, de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter toute forme d\u2019essentialisation du Droit, entendu comme ph\u00e9nom\u00e8ne universel de la reproduction de la soci\u00e9t\u00e9<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Cette analyse est \u00e9galement limit\u00e9e du fait qu\u2019elle n\u2019avait pas pour objectif de mesurer l\u2019effectivit\u00e9 du droit innu ni du droit qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9fl\u00e9chir aux interactions entre le droit qu\u00e9b\u00e9cois et le droit innu, nous avons d\u2019abord d\u00e9gag\u00e9 de chacun des ordres juridiques leurs valeurs, leurs principes, leurs r\u00e8gles, leurs processus d\u00e9cisionnels et les acteurs du droit<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. Or, il appert que, \u00e0 l\u2019exception du r\u00e9gime de la <em>Loi sur les Indiens<\/em><a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, les sources normatives innues se trouvent notamment dans les r\u00e9cits et la pratique, tandis que la principale source de droit qu\u00e9b\u00e9cois est la l\u00e9gislation et son interpr\u00e9tation par le judiciaire et la doctrine. Par la suite, nous avons analys\u00e9 la nature des rapports entretenus entre les ordres juridiques en retenant diff\u00e9rentes possibilit\u00e9s th\u00e9oriques (par exemple l\u2019ignorance, la coordination, l\u2019h\u00e9g\u00e9monie)\u00a0\u2014\u00a0lesquelles peuvent d\u00e9couler des rapports entre les valeurs, les acteurs, les r\u00e8gles ou d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments caract\u00e9ristiques. Enfin, nous avons r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 certaines propositions de r\u00e9formes du droit \u00e9tatique \u00e0 partir de diff\u00e9rents mod\u00e8les d\u2019interaction plus \u00e9galitaires.<\/p>\n<p>En somme, le texte qui suit sera divis\u00e9 en trois parties. Dans une premi\u00e8re partie (partie\u00a0I), nous explorerons les perspectives juridiques innue et qu\u00e9b\u00e9coise \u00e0 l\u2019\u00e9gard du territoire. Dans une deuxi\u00e8me partie (partie\u00a0II), nous analyserons les interactions entre ces ordres juridiques, ce qui nous m\u00e8nera, dans une derni\u00e8re partie (partie\u00a0III) \u00e0 proposer quelques r\u00e9flexions sur de possibles r\u00e9formes du droit \u00e9tatique.<\/p>\n<h1 id=\"45f-e37-4b7-945-f5a\"><a name=\"_Toc389052215\"><\/a>I.\u00a0 Le territoire, l\u2019acc\u00e8s et la gestion des ressources\u00a0: les perspectives des Droits qu\u00e9b\u00e9cois et innu<\/h1>\n<p>Examiner les interactions entre les ordres juridiques n\u00e9cessite, d\u2019abord et avant tout, une incursion dans les concepts qui leur sont sous-jacents. Au c\u0153ur de notre r\u00e9flexion se trouve le concept cardinal de territoire. Or, ce concept<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, qu\u2019il soit appr\u00e9hend\u00e9 par le droit, les sciences sociales ou les sciences humaines, r\u00e9pond \u00e0 des d\u00e9finitions diverses<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>. Appr\u00e9hend\u00e9 par diff\u00e9rentes disciplines scientifiques, le territoire peut tour \u00e0 tour \u00eatre qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0v\u00e9cu\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0virtuel\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0imagin\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>. Pour certains, penser au territoire, ce sera imaginer un paysage, un environnement, un milieu de vie. Pour d\u2019autres, ce sera estimer le potentiel \u00e9conomique et envisager le d\u00e9veloppement industriel ou \u00e9nerg\u00e9tique des ressources naturelles. Il va de soi que la perception du territoire pourra comprendre ces deux approches, le territoire pouvant \u00eatre \u00e0 la fois milieu de vie et source de subsistance ou d\u2019enrichissement personnel. Mais encore, le territoire comporterait une dimension identitaire et psychologique ind\u00e9niable<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Certes, le concept de territoire \u00e9volue avec le temps et s\u2019appr\u00e9hende diff\u00e9remment en fonction des cultures. N\u00e9anmoins, selon Dorion et Lacasse, le \u00ab\u00a0d\u00e9nominateur commun [des diff\u00e9rentes d\u00e9finitions] r\u00e9side en cela que le territoire se dit d\u2019un espace terrestre (mais aussi maritime) avec lequel une communaut\u00e9 humaine ou un \u00c9tat entretient un faisceau de relations\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>. Les relations ou rapports des acteurs au territoire s\u2019expriment dans l\u2019id\u00e9e de territorialit\u00e9. Or, \u00ab\u00a0[c]omme ce rapport est subjectif, la convergence de plusieurs territorialit\u00e9s est source de conflits et de rivalit\u00e9s\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans les deux prochaines sections, nous aborderons les perspectives qu\u00e9b\u00e9coise (section A) et innue (section B) des rapports au territoire et aux ressources, telles qu\u2019elles se d\u00e9gagent de leurs ordres juridiques respectifs.<\/p>\n<h2 id=\"991-320-427-b15-db2\"><a name=\"_Toc389052216\"><\/a>A.\u00a0 Le territoire et ses ressources\u00a0: perspective qu\u00e9b\u00e9coise<a name=\"_Toc389051810\"><\/a><\/h2>\n<p>Dans les traditions politiques et juridiques occidentales, du moins depuis les Trait\u00e9s de Westphalie, le territoire est le support de l\u2019autorit\u00e9 politique et est de ce fait intimement li\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de souverainet\u00e9<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Au Qu\u00e9bec, cela s\u2019illustre dans les diff\u00e9rentes lois de nature constitutionnelle qui imposent l\u2019application du pouvoir public sur l\u2019ensemble du territoire. Le principe de souverainet\u00e9, entendu comme le contr\u00f4le <em>exclusif<\/em> de la population et du territoire, est le fondement de l\u2019ordonnancement \u00e9tatique qu\u00e9b\u00e9cois et canadien. Si le territoire est intrins\u00e8quement li\u00e9 \u00e0 la notion de souverainet\u00e9, il supporte \u00e9galement l\u2019ensemble de la construction \u00e9tatique de l\u2019acc\u00e8s et de la gestion des ressources de la terre<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. Au c\u0153ur de cette organisation spatiale se trouve, au Qu\u00e9bec, le concept de propri\u00e9t\u00e9. La propri\u00e9t\u00e9 peut \u00eatre soit priv\u00e9e, soit publique. Dans les deux cas, le concept de propri\u00e9t\u00e9 tire sa source de la souverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat sur son territoire<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>. Nous nous tournons ici vers la conception et l\u2019organisation du territoire, de l\u2019acc\u00e8s et de la gestion des terres et des ressources \u00e9tant pr\u00e9vues dans les lois \u00e9tatiques pour en faire ressortir la compr\u00e9hension qu\u2019a le l\u00e9gislateur qu\u00e9b\u00e9cois \u2014 garant des choix d\u00e9mocratiques des Qu\u00e9b\u00e9cois \u2014 de <em>son<\/em> territoire et de <em>ses <\/em>ressources.<\/p>\n<p>D\u2019embl\u00e9e, une des caract\u00e9ristiques mises en lumi\u00e8re par notre \u00e9tude du droit qu\u00e9b\u00e9cois est le fait que le territoire, la terre et ses ressources font tous l\u2019objet de d\u00e9coupages ou de compartimentations. Ces d\u00e9coupages portent sur l\u2019espace en soi\u00a0(par exemple, la d\u00e9limitation de l\u2019espace terrestre par des fronti\u00e8res fixes entre les \u00c9tats ou les entit\u00e9s f\u00e9d\u00e9r\u00e9es, ou encore les d\u00e9limitations fixes des espaces grev\u00e9s par des titres de propri\u00e9t\u00e9 individuelle ou collective)<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>, ou sont d\u2019un ordre conceptuel (par exemple, la distinction entre terre et ressources, entre la surface et le tr\u00e9fonds, entre l\u2019environnement (\u00ab\u00a0le milieu naturel\u00a0\u00bb) et ses composantes exploitables dans une \u00e9conomie de march\u00e9, entre l\u2019humain et son milieu de vie). Ces d\u00e9coupages spatiaux et conceptuels se refl\u00e8tent \u00e9galement dans les modalit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s et de gestion du territoire. Ainsi, les principes r\u00e9gissant la gestion de l\u2019eau diff\u00e8rent de ceux r\u00e9gissant l\u2019exploitation du sous-sol, de ceux r\u00e9gissant les ressources du sol (par exemple, les ressources foresti\u00e8res), et de ceux r\u00e9gissant l\u2019exploitation des animaux, lesquels vivent pourtant dans ces m\u00eames milieux (exploitation faunique et halieutique). Ce morc\u00e8lement de l\u2019espace par le droit se r\u00e9percute jusqu\u2019aux plus hautes sph\u00e8res de l\u2019ordonnancement normatif canadien. Ainsi, la Constitution du Canada, qui distingue propri\u00e9t\u00e9 et comp\u00e9tence, confirme la fixit\u00e9 des fronti\u00e8res et proc\u00e8de \u00e0 un partage des comp\u00e9tences l\u00e9gislatives entre les entit\u00e9s f\u00e9d\u00e9r\u00e9es et f\u00e9d\u00e9rale dans ce domaine (par exemple, la p\u00eache et les oiseaux migrateurs sont de comp\u00e9tence f\u00e9d\u00e9rale, mais les terres et la propri\u00e9t\u00e9 sont de comp\u00e9tence provinciale)<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>. Le d\u00e9coupage juridique de l\u2019espace s\u2019appuie sur une conception abstraite du territoire et permet \u00e9galement la mise en place du syst\u00e8me \u00e9conomique dominant\u00a0:<\/p>\n<p>Ce droit \u00e9crit repose sur une conception abstraite de la propri\u00e9t\u00e9 qui fait en sorte que le propri\u00e9taire d\u2019un terrain pourrait tr\u00e8s bien ne l\u2019avoir jamais vu\u00a0: celui-ci pourrait \u00eatre situ\u00e9 en Floride par exemple et avoir \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 \u00e0 des fins de sp\u00e9culation. Cette conception s\u2019articule autour d\u2019id\u00e9es se rapportant \u00e0 la valeur p\u00e9cuniaire de la terre \u00e0 laquelle on attache un prix, \u00e0 son appropriation individuelle et \u00e0 l\u2019exclusivit\u00e9 du droit [notes omises].<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a><\/p>\n<p>La lecture des diff\u00e9rentes lois qu\u00e9b\u00e9coises r\u00e9gissant les ressources de la terre montre que le l\u00e9gislateur a le souci de mettre de l\u2019avant plusieurs principes, lesquels sont dits \u00eatre au c\u0153ur de l\u2019organisation fonci\u00e8re et territoriale. Ces principes vont comme suit.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, le territoire et les ressources sont des biens d\u00e9tenus collectivement. En clair, les lois consid\u00e8rent que les terres et les ressources sont des biens collectifs, mais non des \u00ab\u00a0biens communs\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\"><sup>[29]<\/sup><\/a>. Pour cette raison, les lois qu\u00e9b\u00e9coises pr\u00e9voient un droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable et aux ressources. Ce droit d\u2019acc\u00e8s est g\u00e9n\u00e9ralement limit\u00e9 par des conditions et exigences pr\u00e9vues par les lois, sauf en ce qui concerne les \u00ab\u00a0substances min\u00e9rales\u00a0\u00bb pour lesquelles le principe du libre acc\u00e8s (\u00ab\u00a0<em>free mining<\/em>\u00a0\u00bb) demeure applicable encore de nos jours<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau pour des besoins de base est garanti par la loi<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>. Le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau et aux ressources doit \u00eatre lu en corr\u00e9lation avec le droit g\u00e9n\u00e9ral public d\u2019acc\u00e9der aux terres de l\u2019\u00c9tat<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>. Le <em>Code civil du Qu\u00e9bec <\/em>(ci-apr\u00e8s C.c.Q.) favorise ce droit en faisant entrer dans le domaine de l\u2019\u00c9tat les terres dites sans propri\u00e9taires<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>. Le C.c.Q. vient par ailleurs restreindre le droit d\u2019acc\u00e8s du public par la reconnaissance de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Ensuite, les lois qu\u00e9b\u00e9coises affirment toutes, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, respecter le principe du d\u00e9veloppement durable. L\u2019article\u00a06 de la <em>Loi sur le d\u00e9veloppement durable<\/em> \u00e9num\u00e8re les principes du d\u00e9veloppement durable, tel qu\u2019il est entendu en droit qu\u00e9b\u00e9cois<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>. La m\u00eame loi impose un cadre de gestion \u00e0 l\u2019administration publique qui en tient compte<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>. Le l\u00e9gislateur fait par exemple r\u00e9f\u00e9rence au d\u00e9veloppement durable dans la disposition pr\u00e9liminaire de la <em>Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune<\/em> et dans le pr\u00e9ambule de la <em>Loi affirmant le caract\u00e8re collectif des ressources en eau<\/em><a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a><em>.<\/em> En outre, l\u2019obligation de respecter le d\u00e9veloppement durable se manifeste par les principes de l\u2019utilisateur-payeur, de pr\u00e9vention, de r\u00e9paration, de transparence et de participation<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\"><sup>[38]<\/sup><\/a>. Cela \u00e9tant, on peut consid\u00e9rer que le principe de d\u00e9veloppement durable se retrouve de diff\u00e9rentes mani\u00e8res dans les lois qu\u00e9b\u00e9coises. On peut par exemple consid\u00e9rer que l\u2019accent mis sur la responsabilisation des gestionnaires et des utilisateurs s\u2019inscrit dans cette voie. De cette mani\u00e8re, le l\u00e9gislateur promeut la responsabilit\u00e9 collective du territoire et des ressources, cette responsabilit\u00e9 \u00e9tant partag\u00e9e par l\u2019ensemble des intervenants<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\"><sup>[39]<\/sup><\/a>, mais aussi par les utilisateurs. Dans cet esprit, la <em>Loi sur l\u2019am\u00e9nagement durable du territoire forestier<\/em> met en place un r\u00e9gime qui pr\u00e9voit un partage des responsabilit\u00e9s sur la ressource foresti\u00e8re<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a>. La <em>Loi sur la conservation de la faune<\/em> pr\u00e9voit quant \u00e0 elle la conclusion d\u2019ententes de gestion avec les communaut\u00e9s autochtones afin de concilier l\u2019int\u00e9r\u00eat de ces communaut\u00e9s avec les objectifs de cette loi<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>. En ce qui concerne la <em>Loi affirmant le caract\u00e8re collectif des ressources en eau<\/em>, elle a recours aux principes d\u2019utilisateur-payeur<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\"><sup>[42]<\/sup><\/a> et de r\u00e9paration<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\"><sup>[43]<\/sup><\/a> destin\u00e9s \u00e0 responsabiliser les utilisateurs de cette ressource. Le respect de l\u2019environnement et de la prise en compte des int\u00e9r\u00eats des communaut\u00e9s locales et autochtones\u00a0\u2014\u00a0mettant ici l\u2019accent sur la prise en charge des communaut\u00e9s autochtones et la recherche de l\u2019harmonie avec ces derni\u00e8res\u00a0\u2014\u00a0s\u2019inscrivent aussi dans le cadre du d\u00e9veloppement durable<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a>. Enfin, la<em> Loi sur l\u2019am\u00e9nagement durable du territoire forestier<br \/>\n<\/em>valorise quant \u00e0 elle l\u2019\u00ab\u00a0am\u00e9nagement \u00e9cosyst\u00e9mique\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a> et met de l\u2019avant le r\u00f4le des for\u00eats dans les changements climatiques<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\"><sup>[46]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Il reste manifeste que, lorsqu\u2019il est question des terres et des ressources, le c\u0153ur de la structure institutionnelle qu\u00e9b\u00e9coise est le d\u00e9veloppement \u00e9conomique, tel qu\u2019il se comprend dans une \u00e9conomie de march\u00e9<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a>. Ainsi, l\u2019exploitation des ressources sur le territoire qu\u00e9b\u00e9cois r\u00e9pond \u00e0 une logique mercantile eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019organisation et \u00e0 la planification territoriale<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a>. Les pr\u00e9ambules de la <em>Loi sur les mines<\/em> et de la <em>Loi sur l\u2019am\u00e9nagement durable du territoire forestier<\/em> sont tr\u00e8s clairs \u00e0 cet \u00e9gard<a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\"><sup>[49]<\/sup><\/a>. D\u2019ailleurs, au Qu\u00e9bec, l\u2019histoire de l\u2019occupation du territoire et de la colonisation montre bien qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un principe cardinal<a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a>. Parall\u00e8lement, cette approche instrumentale et mercantiliste de l\u2019exploitation des terres et des ressources contribue\u00a0\u2014\u00a0comme le rappellent ces deux m\u00eames lois\u00a0\u2014\u00a0\u00e0 b\u00e2tir l\u2019identit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise<a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>. \u00c0 notre avis, la dimension identitaire du rapport \u00e0 la terre ainsi que le rapport mercantile aux ressources accentuent les difficult\u00e9s que rencontrent les Qu\u00e9b\u00e9cois et les Innus en mati\u00e8re de gouvernance territoriale et rendent d\u00e8s lors plus complexe la r\u00e9solution des conflits sur ces questions.<\/p>\n<p>En clair, la consid\u00e9ration des ressources comme biens <em>appartenant<\/em> \u00e0 la collectivit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise et leur exploitation \u00e0 des fins mercantiles sont des principes qui marquent l\u2019identit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise\u00a0et d\u00e9finissent son rapport \u00e0 la terre. Le principe de la propri\u00e9t\u00e9 publique des ressources implique un acc\u00e8s pour tous (limit\u00e9 ou libre), la n\u00e9cessit\u00e9 de g\u00e9rer dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir et dans l\u2019int\u00e9r\u00eat collectif (par exemple une gestion \u00e9cosyst\u00e9mique, l\u2019obligation de consultation, le respect de l\u2019environnement) et un partage de l\u2019acc\u00e8s et des revenus entre les communaut\u00e9s et les diff\u00e9rentes r\u00e9gions (par exemple une approche multiusage, des pr\u00e9l\u00e8vements de nature fiscale et une redistribution). Mais, comme cela a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9, malgr\u00e9 leur caract\u00e8re collectif, les terres et les ressources sont consid\u00e9r\u00e9es comme des biens susceptibles d\u2019appropriation individuelle et de marchandisation dans le cadre d\u2019une \u00e9conomie capitaliste. En ce sens, les valeurs dominantes du r\u00e9gime foncier qu\u00e9b\u00e9cois sont celles qui se d\u00e9gagent du lib\u00e9ralisme ou du n\u00e9olib\u00e9ralisme, notamment l\u2019utilitarisme et la libert\u00e9, le collectivisme et l\u2019anthropocentrisme. Ces valeurs et principes s\u2019expriment dans le cadre d\u2019un \u00c9tat f\u00e9d\u00e9r\u00e9 centralis\u00e9 inspir\u00e9 \u00e0 la fois des traditions civilistes et de common law et incorporant d\u00e8s lors les valeurs dominantes de ces deux traditions juridiques<a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>.<\/p>\n<h2 id=\"470-965-46b-b25-cfa\"><a name=\"_Toc389052217\"><\/a>B.\u00a0 Le territoire et ses ressources\u00a0: perspective innue<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\"><strong>[53]<\/strong><\/a><a name=\"_Toc389051812\"><\/a><\/h2>\n<p>Comme en t\u00e9moignent notamment les travaux de l\u2019anthropologue Sylvie Vincent, les r\u00e9cits oraux innus pr\u00e9sentent des valeurs et des principes normatifs qui diff\u00e8rent de ceux qui se d\u00e9gagent du droit qu\u00e9b\u00e9cois<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a>. La responsabilit\u00e9 (<em>tipenitamun<\/em>) et le respect (<em>ishpitenitamun<\/em>) envers le territoire, deux principes cardinaux, impliquent que les Innus soient les ma\u00eetres de leur territoire, parce qu\u2019ils en prennent soin et qu\u2019ils en sont les gardiens (ce qui se traduit par le verbe <em>kanauenitam<\/em>)<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>. En vertu du droit innu, il en serait ainsi car le territoire est connu des Innus, qui l\u2019ont occup\u00e9 et qui doivent le transmettre aux g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir dans l\u2019\u00e9tat o\u00f9 ils l\u2019ont re\u00e7u<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>.<\/p>\n<p>Le droit innu est un droit de nature coutumi\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire que ses sources normatives comprennent les r\u00e9cits, les mythes et autres composantes de la tradition orale de m\u00eame que la pratique (il s\u2019agit d\u00e8s lors du droit innu qui \u00e9merge et se d\u00e9veloppe hors la r\u00e9glementation issue du r\u00e9gime de la <em>Loi sur les Indiens<\/em>). Il y aurait alors des sources de droit non humaines, par exemple la cr\u00e9ation, et des sources de droit humaines, par exemple les r\u00e9cits et la pratique<a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a>. \u00c0 l\u2019instar de toutes les sources de droit, ces derni\u00e8res \u00e9voluent et s\u2019adaptent \u00e0 de nouvelles conditions socio-\u00e9conomiques<a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a>. S\u2019agissant du contenu des normes, il para\u00eet clair que ce droit reconna\u00eet et valorise le lien tout particulier des Innus avec leur territoire. Le territoire a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par \u00ab\u00a0le Cr\u00e9ateur\u00a0\u00bb aux Innus en partage, il est occup\u00e9 par et il est connu des Innus<a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a>. D\u2019ailleurs, suivant notre compr\u00e9hension, la connaissance du territoire est un aspect important de l\u2019ordonnancement foncier, voire une des sources de la responsabilit\u00e9 des Innus sur celui-ci. Dans une perspective de droit innu, \u00ab\u00a0[p]our affirmer que l\u2019on d\u00e9tient un lien avec un territoire, il faut l\u2019avoir vu de ses propres yeux, l\u2019avoir parcouru, en conna\u00eetre la topographie et les ressources ainsi que l\u2019histoire. Il faut y avoir investi du travail et y avoir laiss\u00e9 des traces\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a>. Le rapport au territoire se construit <em>in concreto<\/em>. Le territoire permettait historiquement d\u2019assurer la survie des Innus en fournissant tout ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 la vie en for\u00eat, et quoique bien des choses aient chang\u00e9 en raison de la colonisation et de la s\u00e9dentarisation forc\u00e9e, il est encore possible d\u2019affirmer que le droit de nature coutumi\u00e8re le consid\u00e8re comme source de vie<a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a>. Le territoire, celui des anc\u00eatres comme celui de la r\u00e9serve, est \u00e9galement toujours consid\u00e9r\u00e9 comme une source culturelle et identitaire importante. Dans cette optique, comme nombre de peuples autochtones, les Innus reconnaissent le lien intime qui unit la terre et leur langue<a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a>.<\/p>\n<p>Selon le droit innu, la connaissance du territoire permettait de savoir qui en \u00e9tait le responsable et, d\u00e8s lors, le ma\u00eetre. Cela valait non seulement pour les limites ext\u00e9rieures, les fronti\u00e8res, lesquelles \u00e9taient flexibles, surveill\u00e9es et respect\u00e9es, mais aussi pour les territoires familiaux. Ainsi, selon les travaux de Sylvie Vincent, pour passer \u00e0 travers les terres innues, permission devait \u00eatre demand\u00e9e et obtenue sous peine de danger de guerre<a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\">[63]<\/a>. Reste que, \u00e0 la lecture et \u00e0 l\u2019\u00e9coute des r\u00e9cits, il est possible de constater que la guerre \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre la seule strat\u00e9gie utilis\u00e9e pour faire respecter cette r\u00e8gle. Enfin, les territoires familiaux se transmettaient d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre. L\u2019anthropologue Sylvie Vincent \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p>Mentionnons seulement que, d\u2019apr\u00e8s les informations recueillies au cours de diverses enqu\u00eates, le chef de famille indiquait avant de mourir \u00e0 qui il transmettait la responsabilit\u00e9 de son territoire. Il s\u2019agissait g\u00e9n\u00e9ralement de l\u2019un ou de plusieurs de ses fils. En l\u2019absence d\u2019un descendant direct apte \u00e0 se charger des obligations dues \u00e0 ce territoire, il pouvait le transmettre \u00e0 l\u2019un de ses gendres. Ce pouvait \u00eatre aussi \u00e0 un neveu. Il choisissait celui qui, ayant chass\u00e9 avec lui pendant plusieurs ann\u00e9es, connaissait son territoire et serait en mesure d\u2019en prendre soin.<a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\">[64]<\/a><\/p>\n<p>Le respect d\u00fb au territoire se traduit aussi par un certain nombre d\u2019autres r\u00e8gles, dont l\u2019interdiction de gaspillage, le respect de tout ce qui vit (particuli\u00e8rement des esp\u00e8ces vuln\u00e9rables) et l\u2019obligation de partager. La vie en r\u00e9serve plut\u00f4t qu\u2019en for\u00eat et les changements \u00e0 la vie quotidienne qui en d\u00e9coulent ont, bien \u00e9videmment, eu des effets sur la mani\u00e8re d\u2019op\u00e9rationnaliser ces r\u00e8gles<a href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\">[65]<\/a>. Reste que les r\u00e9cits recueillis au tournant des ann\u00e9es\u00a02000, soit plusieurs d\u00e9cennies apr\u00e8s la s\u00e9dentarisation forc\u00e9e, continuent de mettre en avant ces valeurs, principes et r\u00e8gles. De m\u00eame, la lecture du <em>Code de pratique unifi\u00e9<\/em> adopt\u00e9 par la nation innue de Mashteuiasht, <em>Pekuakamiulnuatsh Takuhikan<\/em>, en mai\u00a02008 et r\u00e9vis\u00e9 en\u00a02012 montre bien que les valeurs, principes et r\u00e8gles qui se d\u00e9gagent de la tradition orale continuent, encore de nos jours, \u00e0 r\u00e9gir la vie en for\u00eat<a href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\">[66]<\/a>. On y constate toutefois une transformation de la source normative (codification des sources orales) et une augmentation de la technicit\u00e9 des r\u00e8gles en vue d\u2019harmoniser la pratique avec le droit de l\u2019\u00c9tat. Plusieurs dimensions, notamment les liens avec le monde abstrait ou non humain, sont \u00e9vacu\u00e9es de ce code. \u00c9galement, on constate que le <em>Code de pratique unifi\u00e9<\/em> ne cherche pas \u00e0 r\u00e9gir l\u2019acc\u00e8s des tiers au territoire et aux ressources, mais qu\u2019il a pour but de r\u00e9guler les activit\u00e9s dites traditionnelles de pr\u00e9l\u00e8vement des ressources des Innus. Cela dit, le<em> Code de pratique unifi\u00e9<\/em> reprend la r\u00e8gle coutumi\u00e8re permettant aux Innus d\u2019inviter des tiers \u00e0 les accompagner.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des activit\u00e9s de chasse, il nous semble que la contemporan\u00e9it\u00e9 des valeurs, principes et r\u00e8gles de droit innu passe aussi par l\u2019application des r\u00e8gles innues aux tiers. Or, ici, le <em>Code<\/em> ne r\u00e9pond pas \u00e0 plusieurs questions. Comment, par exemple, le droit innu dit de nature coutumi\u00e8re r\u00e9glemente-t-il les activit\u00e9s mini\u00e8re et foresti\u00e8re des entreprises poss\u00e9d\u00e9es par des tiers sur le territoire innu? Le droit innu dit de nature coutumi\u00e8re ne permet-il pas aussi de poser des conditions avant que des ressources ne soient exploit\u00e9es en vue de leur commercialisation? Le respect (ou non) du droit innu par les entreprises ne permettrait-il pas de d\u00e9terminer leur droit d\u2019acc\u00e9der (ou non) aux terres innues?<\/p>\n<p>Ces questions renvoient notamment aux enjeux portant sur les conceptions contemporaines du rapport au territoire. Ces derni\u00e8res semblent varier entre les g\u00e9n\u00e9rations en raison de la s\u00e9dentarisation et de la d\u00e9possession territoriale dont sont responsables les autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales et qu\u00e9b\u00e9coises, lesquelles ont autoris\u00e9 l\u2019exploitation des ressources \u00e0 des fins \u00e9nerg\u00e9tiques ou autres depuis plus de cinquante ans maintenant sans le consentement ni l\u2019indemnisation des Innus. \u00c0 ce propos, le professeur Lacasse \u00e9crivait il y a quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0\u00a0:<\/p>\n<p>Le discours innu contemporain montre que le sens de la gestion et celui du gardiennage collectifs du territoire demeurent aigus chez un grand nombre d<em>\u2019<\/em>Innus, particuli\u00e8rement dans l<em>\u2019<\/em>est et le nord du Nitassinan. Ici, d\u2019autres variables affermissent la conscience territoriale\u00a0: l\u2019importance de la chasse, la s\u00e9dentarisation plus r\u00e9cente, la conservation de la langue. Il faut ajouter que ces sens de la gestion et du gardiennage collectifs du territoire \u00e9quivalent, chez les Innus, au sens de la souverainet\u00e9 qu\u2019ont les membres de la soci\u00e9t\u00e9 majoritaire. Mais les variables que nous avons mentionn\u00e9es jouent aussi en sens inverse et peuvent avoir pour effet de limiter ou de neutraliser chez les individus et les groupes la conscience territoriale traditionnelle.<a href=\"#_ftn67\" name=\"_ftnref67\">[67]<\/a><\/p>\n<h1 id=\"3a8-d1c-420-b09-755\"><a name=\"_Toc389052218\"><\/a>II. Le regard du droit qu\u00e9b\u00e9cois sur le droit innu en mati\u00e8re fonci\u00e8re\u00a0:\u00a0entre aveuglement (volontaire) et myopie<\/h1>\n<p>Si le droit qu\u00e9b\u00e9cois pose un regard relativement clair sur le droit innu en mati\u00e8re d\u2019adoption<a href=\"#_ftn68\" name=\"_ftnref68\">[68]<\/a>, sa vision est plut\u00f4t trouble en ce qui concerne le droit innu se rapportant \u00e0 l\u2019acc\u00e8s et \u00e0 la gestion des ressources. \u00c0 quelques exceptions pr\u00e8s (section B), le droit qu\u00e9b\u00e9cois ne reconna\u00eet pas la validit\u00e9 des r\u00e8gles de droit innu portant sur la gouvernance territoriale (section A).<\/p>\n<h2 id=\"ec9-f3a-464-aae-120\"><a name=\"_Toc389052219\"><\/a>A.\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019analyse des interactions entre les Droits innu et qu\u00e9b\u00e9cois en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s et de gestion des ressources\u00a0: le principe de l\u2019invalidation g\u00e9n\u00e9rale du droit innu<\/h2>\n<p>Comme l\u2019affirme le professeur Kent McNeil, la r\u00e9ponse \u00e0 la question de l\u2019identit\u00e9 du d\u00e9tenteur de la souverainet\u00e9 sur un territoire d\u00e9pend largement de l\u2019ordre juridique \u00e0 partir duquel ce probl\u00e8me est \u00e9tudi\u00e9<a href=\"#_ftn69\" name=\"_ftnref69\">[69]<\/a>. Or, \u00e0 notre avis, l\u2019\u00e9tude des interactions entre les ordres juridiques se pose aussi de cette mani\u00e8re. En effet, on peut affirmer sans trop risquer l\u2019erreur que la l\u00e9galit\u00e9, la l\u00e9gitimit\u00e9 et la validit\u00e9 d\u2019un ordre juridique sont tr\u00e8s relatifs. Ainsi, la l\u00e9galit\u00e9, la l\u00e9gitimit\u00e9 et la validit\u00e9 du droit innu ne font aucun doute du point de vue de l\u2019ordre juridique innu, mais il en va autrement du point de vue du droit \u00e9tatique. Inversement, si la l\u00e9galit\u00e9, la l\u00e9gitimit\u00e9 et la validit\u00e9 du droit qu\u00e9b\u00e9cois va de soi du point de vue du droit \u00e9tatique, il en va autrement du point de vue du droit innu. Le principe de souverainet\u00e9 \u00e9tatique exclusive sur le territoire et les ressources, affirm\u00e9 \u00e0 compter du\u00a0XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle dans les r\u00e9gions que comprend aujourd\u2019hui le Canada, ne fait donc aucun doute depuis une perspective de droit \u00e9tatique, mais demeure contestable depuis la perspective du droit innu.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit l\u00e0, \u00e0 notre sens, du n\u0153ud gordien des probl\u00e8mes qui caract\u00e9risent les interactions entre droit innu et droit qu\u00e9b\u00e9cois. Les interactions entre ces ordres juridiques se produisent dans un contexte o\u00f9 les deux visions de la l\u00e9galit\u00e9 et de la l\u00e9gitimit\u00e9 se rejettent mutuellement. Ce rejet se concr\u00e9tise au surplus dans le cadre d\u2019une relation h\u00e9g\u00e9monique, c\u2019est-\u00e0-dire une relation dans laquelle un des acteurs, ici l\u2019\u00c9tat, impose, non pas n\u00e9cessairement et toujours par la violence physique, mais par exemple par ses valeurs et par son discours, sa propre conception de l\u2019organisation du monde r\u00e9el et id\u00e9el<a href=\"#_ftn70\" name=\"_ftnref70\"><sup>[70]<\/sup><\/a>. Ce rejet du droit innu, qui constitue une forme de violence s\u2019inscrivant dans le cadre d\u2019une relation h\u00e9g\u00e9monique, am\u00e8ne les acteurs \u00e9tatiques \u00e0 douter de la l\u00e9galit\u00e9, de la validit\u00e9 et de la l\u00e9gitimit\u00e9 de ce syst\u00e8me, voire \u00e0 douter de son existence m\u00eame. Au-del\u00e0 de ce rejet, il est manifeste que les acteurs et les normes approchent diff\u00e9remment le territoire et ses ressources. Ces distinctions accroissent les difficult\u00e9s de compr\u00e9hension entre les acteurs.<\/p>\n<p>Pour ne donner que quelques exemples de ces d\u00e9fis de compr\u00e9hension mutuelle, il convient de souligner que les deux ordres juridiques ont des acteurs et des structures politiques fort distincts (par exemple la Reine et le repr\u00e9sentant officiel du chef de l\u2019\u00c9tat, les parlementaires, juges, fonctionnaires et autres agents de l\u2019\u00c9tat, par opposition \u00e0 la communaut\u00e9, la famille, les a\u00een\u00e9s, les femmes<a href=\"#_ftn71\" name=\"_ftnref71\">[71]<\/a>, les groupes de chasseurs et les individus). Parmi ces acteurs, il peut \u00eatre difficile de reconna\u00eetre la validit\u00e9 des fictions juridiques qui marquent in\u00e9vitablement tous les ordres juridiques. La l\u00e9galit\u00e9 des d\u00e9cisions d\u2019un <em>ma\u00eetre d\u2019animaux<\/em> (entit\u00e9 abstraite) dans le processus d\u00e9cisionnel peut par exemple \u00eatre difficile \u00e0 reconna\u00eetre pour les agents de l\u2019\u00c9tat, alors que celle des d\u00e9cisions prises par une <em>entreprise<\/em> ou par le <em>gouvernement<\/em> (entit\u00e9s abstraites) \u00e0 l\u2019\u00e9gard du territoire fait sens pour eux<a href=\"#_ftn72\" name=\"_ftnref72\">[72]<\/a>. Le C.c.Q. reconna\u00eet d\u2019ailleurs la personnalit\u00e9 juridique aux secondes formes d\u2019entit\u00e9s abstraites, mais non \u00e0 la premi\u00e8re. De m\u00eame, certaines r\u00e8gles de droit ne trouvent pas \u00e9cho dans l\u2019autre ordre juridique, ce qui peut avoir pour effet de complexifier le dialogue\u00a0\u2014\u00a0lorsqu\u2019il a lieu\u00a0\u2014\u00a0entre les acteurs. Ainsi, le principe selon lequel un individu est ma\u00eetre et <em>gardien du territoire<\/em>, un principe cardinal dans l\u2019ordre foncier innu, ne se retrouve pas dans le droit commun ou les lois particuli\u00e8res du Qu\u00e9bec. En vertu des lois qu\u00e9b\u00e9coises, d\u2019ailleurs, le chef de territoire n\u2019occupe pas de fonctions officielles. La notion <em>d\u2019\u00c9tat gardien<\/em>, inscrite dans la <em>Loi sur le caract\u00e8re collectif des ressources en eau<\/em><a href=\"#_ftn73\" name=\"_ftnref73\">[73]<\/a> est reconnue comme int\u00e9grant une dimension collective \u00e0 la gouvernance territoriale, puisque l\u2019\u00c9tat est dit \u00eatre \u00ab\u00a0gardien des int\u00e9r\u00eats de la nation dans la ressource eau, [et] se doit d\u2019\u00eatre investi des pouvoirs n\u00e9cessaires pour en assurer la protection et la gestion\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn74\" name=\"_ftnref74\">[74]<\/a>. Ce r\u00f4le, qui est reconnu \u00e0 l\u2019\u00c9tat et non aux chefs de territoire, s\u2019appuie sur la propri\u00e9t\u00e9 publique et les comp\u00e9tences de la l\u00e9gislature. Le r\u00f4le du chef de territoire comme ma\u00eetre ou gardien s\u2019appuie quant \u00e0 lui sur la transmission, la connaissance et l\u2019occupation du territoire. Il en est le ma\u00eetre parce que le territoire lui a \u00e9t\u00e9 transmis, parce qu\u2019il le conna\u00eet, parce qu\u2019il l\u2019occupe et en prend soin. Les obligations qui d\u00e9coulent de la notion de gardiennage ne sont d\u00e8s lors pas les m\u00eames pour l\u2019\u00c9tat et le chef de territoire. S\u2019il peut y avoir des points de convergence entre les ordres juridiques, il demeure que la notion d\u2019appropriation de la terre et des ressources est \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019ordre juridique innu, tel qu\u2019il se d\u00e9gage des r\u00e9cits oraux et de la doctrine, et qu\u2019il faille plut\u00f4t privil\u00e9gier la notion de ma\u00eetrise. Enfin, on peut aussi souligner que les r\u00e8gles innues posent l\u2019obligation d\u2019obtenir l\u2019autorisation du chef de territoire avant d\u2019utiliser ou de traverser ses terres. Cette obligation se retrouve aussi en droit qu\u00e9b\u00e9cois de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, mais alors l\u2019interdiction de passage ou d\u2019utilisation des terres ne s\u2019impose ni \u00e0 l\u2019\u00c9tat ni aux d\u00e9tenteurs de <em>claims<\/em> ou baux miniers. En clair, au-del\u00e0 des r\u00e8gles, acteurs, principes ou valeurs, il nous semble que ce sont les principes organisationnels des ordres juridiques qui divergent et rendent d\u00e8s lors conflictuelle leur rencontre. Alors que le contrat et la propri\u00e9t\u00e9 sont au c\u0153ur des relations entre les individus et entre ces derniers et la terre, c\u2019est plut\u00f4t la responsabilit\u00e9 envers l\u2019autre, l\u2019animal et la terre ou l\u2019id\u00e9e de gardiennage (\u00ab\u00a0prendre soin de\u00a0\u00bb) qui demeure au c\u0153ur de ces m\u00eames relations chez les Innus<a href=\"#_ftn75\" name=\"_ftnref75\">[75]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour pallier ces difficult\u00e9s de compr\u00e9hension, et en vue de faciliter le dialogue interculturel, certains auteurs ont recours \u00e0 la notion d\u2019\u00e9quivalence hom\u00e9omorphe. D\u00e9velopp\u00e9e notamment dans les travaux de Raimundo Panikkar, l\u2019\u00e9quivalence hom\u00e9omorphe cherche \u00e0 identifier des notions ou des concepts qui jouent des r\u00f4les ou des fonctions \u00e9quivalentes dans des cultures diff\u00e9rentes<a href=\"#_ftn76\" name=\"_ftnref76\">[76]<\/a>. Le travail de Beno\u00eet \u00c9thier sur la responsabilit\u00e9 territoriale dans l\u2019ordre juridique atikamekw permet d\u2019illustrer l\u2019utilit\u00e9 de cette d\u00e9marche dans le cadre de l\u2019analyse des interactions entre droits \u00e9tatique et autochtone. Abordant la notion de \u00ab\u00a0droit de propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb dans l\u2019univers normatif atikamekw nehirowisiwok\u00a0\u2014\u00a0similaire sur ce point \u00e0 l\u2019univers normatif innu\u00a0\u2014\u00a0\u00c9thier met en lumi\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<p>[L]a difficult\u00e9 v\u00e9cue durant mon \u00e9tude \u00e0 cerner des termes nehrowisiwok qui pourraient \u00e9quivaloir aux concepts de \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0justice\u00a0\u00bb. Cette difficult\u00e9, \u00e9galement partag\u00e9e par des linguistes nehirowisiwok et par des membres nehirowisiwok de la Table des n\u00e9gociations territoriales, provient d\u2019abord du fait que ces conceptions demeurent largement abstraites et issues d\u2019une logique ou d\u2019une rationalit\u00e9 particuli\u00e8re. Par ailleurs, entamer le dialogue \u00e0 partir des terminologies occidentales n\u2019est peut-\u00eatre pas la d\u00e9marche souhaitable en vue de donner une place r\u00e9elle aux \u00e9pist\u00e9mologies et aux ontologies autochtones.<\/p>\n<p>Dans leurs travaux effectu\u00e9s dans le contexte des n\u00e9gociations territoriales globales, les Atikamekw Nehirowisiwok traduisent habituellement les concepts de \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0propri\u00e9t\u00e9 territoriale\u00a0\u00bb par le concept tiperitamowin. Mes interlocuteurs savent tr\u00e8s bien que le concept tiperitamowin n\u2019est pas analogue aux concepts occidentaux de droit ni de propri\u00e9t\u00e9. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une conception hom\u00e9omorphe<em>\u00a0\u2014\u00a0<\/em>qui pr\u00e9sente une analogie fonctionnelle, mais qui est d\u2019une nature tout \u00e0 fait diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>Pour mes interlocuteurs nehirowisiwok, la locution ni tiperiten aski renvoie \u00e0 une sorte de relation au territoire, relation qui comprend certains droits et responsabilit\u00e9s. La locution ni tiperiten aski pourrait \u00eatre traduite par \u00ab\u00a0je suis garant de ce territoire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0j\u2019ai une responsabilit\u00e9 envers ce territoire\u00a0\u00bb. C\u2019est en ce sens que les Nehirowisiwok peuvent utiliser ce concept pour mettre de l\u2019avant leur relation \u00ab\u00a0juridique\u00a0\u00bb au territoire [notes omises].<a href=\"#_ftn77\" name=\"_ftnref77\">[77]<\/a><\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, aucun des acteurs, processus d\u00e9cisionnels ou r\u00e8gles du droit innu ne sont int\u00e9gr\u00e9s directement dans les lois qu\u00e9b\u00e9coises. Les r\u00f4les respectifs du chef de famille et des non-humains, les principes de responsabilit\u00e9, de ma\u00eetrise et de respect, de m\u00eame que les r\u00e8gles et sanctions qui en d\u00e9coulent ne sont pas formellement reconnus dans les textes de loi qu\u00e9b\u00e9cois. Dans leurs op\u00e9rations de marquages et de divisions des terres, les autorit\u00e9s qu\u00e9b\u00e9coises ne favorisent pas non plus le respect des terres innues. Il ne semble pas non plus trop fort d\u2019affirmer que les valeurs dominantes et les principes gouvernant chacun des ordres juridiques sont \u00e0 plusieurs \u00e9gards conflictuels et qu\u2019ils entrent m\u00eame en comp\u00e9tition. En revanche, il n\u2019est pas impossible de trouver des \u00e9quivalences hom\u00e9omorphes, au sens o\u00f9 l\u2019entendent les anthropologues du droit. Cette recherche favoriserait certainement le dialogue, lorsqu\u2019il a lieu, par exemple dans les processus de consultation ou de n\u00e9gociation qui ont cours, souvent de mani\u00e8re ad hoc, au Qu\u00e9bec. Il reste qu\u2019une difficult\u00e9 majeure du dialogue entre les acteurs demeure le fait que le droit qu\u00e9b\u00e9cois se surimpose au droit innu en raison de l\u2019affirmation du pouvoir constitutionnel et de la souverainet\u00e9. Les valeurs et les principes qui d\u00e9coulent des traditions de common law et de droit civil ont, du fait de cette affirmation, \u00e9t\u00e9 impos\u00e9s aux structures contemporaines innues, tout particuli\u00e8rement \u00e0 la suite de l\u2019adoption de la <em>Loi sur les Indiens<\/em> et de ses lois ant\u00e9rieures, notamment celles du Bas-Canada<a href=\"#_ftn78\" name=\"_ftnref78\">[78]<\/a>. Cette imposition, historique et contemporaine, fait en sorte que le droit \u00e9tatique demeure h\u00e9g\u00e9monique, le droit innu ayant \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0refoul\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 un espace que fr\u00e9quentent les membres de la communaut\u00e9, mais non les tiers<a href=\"#_ftn79\" name=\"_ftnref79\">[79]<\/a>. Ce faisant, le droit innu est devenu invisible dans l\u2019espace public ainsi que dans les structures et institutions de la soci\u00e9t\u00e9 dominante qui ne lui reconnaissent aucune validit\u00e9. \u00c0 notre connaissance, il n\u2019en a pas toujours \u00e9t\u00e9 ainsi puisque certaines mesures \u00e9tatiques, comme la r\u00e8glementation instaurant les r\u00e9serves \u00e0 castor, ont historiquement permis d\u2019assurer une protection, certes limit\u00e9e, aux d\u00e9coupages fonciers innus et de prot\u00e9ger l\u2019exercice d\u2019une activit\u00e9 particuli\u00e8re, soit le pi\u00e9geage<a href=\"#_ftn80\" name=\"_ftnref80\">[80]<\/a>. Paul Charest explique\u00a0:<\/p>\n<p>Sous juridiction du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, les r\u00e9serves [\u00e0 castor] sont en fait de petites enclaves territoriales destin\u00e9es \u00e0 l\u2019usage exclusif des Am\u00e9rindiens, dans ce cas-ci les Innus. Elles ne repr\u00e9sentent qu\u2019une infime fraction des territoires ancestraux de chasse, sur lesquels les Innus n\u2019ont qu\u2019un droit d\u2019usufruit r\u00e9siduel. Cela signifie qu\u2019ils peuvent y poursuivre certaines activit\u00e9s traditionnelles comme le pi\u00e9geage, \u00e0 condition que le gouvernement du Qu\u00e9bec\u00a0\u2014\u00a0pour qui ce sont des terres de la couronne\u00a0\u2014\u00a0ne les octroie pas \u00e0 d\u2019autres exploitants comme les compagnies foresti\u00e8res, Hydro-Qu\u00e9bec ou encore les pourvoiries de chasse et p\u00eache. Dans le pass\u00e9, les Innus avaient bien des territoires familiaux de trappe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de \u00ab\u00a0r\u00e9serves \u00e0 castor\u00a0\u00bb cr\u00e9\u00e9es dans les ann\u00e9es\u00a01940 \u00e0\u00a01960, mais l\u2019exclusivit\u00e9 qu\u2019ils y avaient d\u2019y exploiter les animaux \u00e0 fourrure ne veut plus dire grand-chose aujourd\u2019hui, m\u00eame si le syst\u00e8me des r\u00e9serves \u00e0 castor n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 officiellement aboli.<a href=\"#_ftn81\" name=\"_ftnref81\">[81]<\/a><\/p>\n<h2 id=\"6ee-187-4a9-8c0-b59\">B<a name=\"_Toc389052220\"><\/a>.\u00a0 Les points de contact entre les ordres juridiques innu et qu\u00e9b\u00e9cois\u00a0:<br \/>\nles exceptions au principe de l\u2019invalidation du droit innu<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 la n\u00e9gation du droit innu par la l\u00e9gislation qu\u00e9b\u00e9coise, les documents de l\u2019\u00c9tat et la pratique des acteurs donnent quelques exemples de points de contact entre les ordres juridiques innu et qu\u00e9b\u00e9cois<a href=\"#_ftn82\" name=\"_ftnref82\">[82]<\/a>. Dans les politiques publiques du gouvernement du Qu\u00e9bec, il est fait r\u00e9f\u00e9rence au respect des \u00ab\u00a0coutumes\u00a0\u00bb des premiers peuples. Le terme n\u2019est pas d\u00e9fini et peut s\u2019interpr\u00e9ter de mani\u00e8re large et g\u00e9n\u00e9reuse de fa\u00e7on \u00e0 y voir le respect de normes de nature coutumi\u00e8re plut\u00f4t que des pratiques et usages qui seraient d\u00e9pourvus de tout caract\u00e8re normatif ou obligatoire<a href=\"#_ftn83\" name=\"_ftnref83\">[83]<\/a>. Au-del\u00e0 de cette affirmation, les politiques publiques s\u2019appuient concr\u00e8tement sur la recherche d\u2019harmonie, la valorisation de la prise en charge et la conclusion de partenariats, mais elles \u00e9vacuent de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale la r\u00e9f\u00e9rence au respect des droits et des ordres juridiques autochtones<a href=\"#_ftn84\" name=\"_ftnref84\">[84]<\/a>. Malgr\u00e9 des changements r\u00e9cents \u00e0 ses politiques publiques survenus \u00e0 la suite du rapport de la Commission de V\u00e9rit\u00e9 et de R\u00e9conciliation, le gouvernement du Qu\u00e9bec n\u00e9glige toujours de mettre \u00e0 l\u2019avant-plan de ses politiques le respect des droits et des ordres juridiques autochtones<a href=\"#_ftn85\" name=\"_ftnref85\">[85]<\/a>. Une r\u00e9interpr\u00e9tation plus g\u00e9n\u00e9reuse de la politique qu\u00e9b\u00e9coise de\u00a01983 favoriserait une meilleure prise en compte de l\u2019ordre coutumier innu.<\/p>\n<p>Par ailleurs, certains m\u00e9canismes sont int\u00e9gr\u00e9s dans les lois qu\u00e9b\u00e9coises en vue de conna\u00eetre le point de vue des peuples autochtones (dont les Innus) sur le d\u00e9veloppement de leur territoire, ou en vue de d\u00e9l\u00e9guer l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique. Ces m\u00e9canismes comprennent l\u2019obligation de consulter les peuples autochtones, au sens o\u00f9 l\u2019entend la common law constitutionnelle<a href=\"#_ftn86\" name=\"_ftnref86\">[86]<\/a>. Ces obligations ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es dans la <em>Loi sur les mines<\/em> qui pr\u00e9voit que\u00a0:<\/p>\n<p>2.1. La pr\u00e9sente loi doit s\u2019interpr\u00e9ter de mani\u00e8re compatible avec l\u2019obligation de consulter les communaut\u00e9s autochtones. Le gouvernement consulte les communaut\u00e9s autochtones de mani\u00e8re distincte, lorsque les circonstances le requi\u00e8rent.<\/p>\n<p>2.2. La prise en compte des droits et des int\u00e9r\u00eats des communaut\u00e9s autochtones fait partie int\u00e9grante de la conciliation de l\u2019activit\u00e9 mini\u00e8re avec les autres possibilit\u00e9s d\u2019utilisation du territoire.<\/p>\n<p>2.3. Le ministre \u00e9labore, rend publique et tient \u00e0 jour une politique de consultation des communaut\u00e9s autochtones propre au secteur<br \/>\nminier.<a href=\"#_ftn87\" name=\"_ftnref87\">[87]<\/a><\/p>\n<p>Elles ont aussi \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es dans la <em>Loi sur l\u2019am\u00e9nagement durable du territoire forestier<\/em> qui pr\u00e9voit quant \u00e0 elle que\u00a0:<\/p>\n<ol start=\"6\">\n<li>La prise en compte des int\u00e9r\u00eats, des valeurs et des besoins des communaut\u00e9s autochtones pr\u00e9sentes sur les territoires forestiers fait partie int\u00e9grante de l\u2019am\u00e9nagement durable des for\u00eats.<\/li>\n<li>Le ministre doit consulter les communaut\u00e9s autochtones d\u2019une mani\u00e8re distincte pour assurer une prise en compte de leurs int\u00e9r\u00eats, de leurs valeurs et de leurs besoins dans l\u2019am\u00e9nagement durable des for\u00eats et la gestion du milieu forestier et les accommoder, s\u2019il y a lieu.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Il veille \u00e0 ce que la politique de consultation \u00e9labor\u00e9e en vertu de l\u2019article<em>\u00a0<\/em>9 comporte des modalit\u00e9s de consultation propres aux communaut\u00e9s autochtones d\u00e9finies dans un esprit de collaboration avec ces communaut\u00e9s.<a href=\"#_ftn88\" name=\"_ftnref88\">[88]<\/a><\/p>\n<p>\u00c0 la lecture de ces dispositions, il appara\u00eet qu\u2019elles ne cherchent pas \u00e0 r\u00e9gir des \u00ab\u00a0conflits de lois\u00a0\u00bb ni des \u00ab\u00a0conflits de juridiction\u00a0\u00bb, mais qu\u2019elles visent plut\u00f4t \u00e0 obtenir le point de vue des autochtones et, s\u2019il y a lieu, \u00e0 les accommoder. Dans la mesure o\u00f9 l\u2019avis des peuples autochtones est bas\u00e9 sur leurs r\u00e8gles de droit, il peut s\u2019agir l\u00e0 d\u2019un dialogue internormatif. La consultation est toutefois men\u00e9e par l\u2019\u00c9tat, selon les conditions qu\u2019il dicte, et n\u2019emporte ni l\u2019obligation d\u2019accommoder les peuples autochtones ni celle\u00a0\u2014\u00a0en l\u2019absence de reconnaissance judiciaire de titre ancestral innu\u00a0\u2014\u00a0d\u2019obtenir leur consentement<a href=\"#_ftn89\" name=\"_ftnref89\">[89]<\/a>. Pour ces raisons, on peut difficilement conclure que les deux ordres juridiques sont mis ici sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 ou que l\u2019approche retenue est respectueuse du syst\u00e8me normatif traditionnel des Innus<a href=\"#_ftn90\" name=\"_ftnref90\">[90]<\/a>. De plus, la coexistence des deux ordres juridiques se concr\u00e9tise de mani\u00e8re indirecte et, peut-\u00eatre m\u00eame, \u00e0 l\u2019insu des agents de l\u2019\u00c9tat qui n\u2019assistent pas n\u00e9cessairement aux processus d\u00e9cisionnels qui sous-tendent l\u2019avis collectif \u00e9mis par les repr\u00e9sentants de la nation autochtone<a href=\"#_ftn91\" name=\"_ftnref91\">[91]<\/a>. Au surplus, dans le cadre de ces consultations formelles, seuls sont reconnus les avis \u00e9mis par les repr\u00e9sentants autochtones reconnus par l\u2019\u00c9tat\u00a0\u2014\u00a0en l\u2019occurrence, les conseils de bande de chacune des Premi\u00e8res nations innues.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude de la common law constitutionnelle nous am\u00e8ne \u00e0 pr\u00e9senter des conclusions similaires. Alors que l\u2019interpr\u00e9tation judiciaire de l\u2019article\u00a035 de la <em>Loi Constitutionnelle de<\/em><em>\u00a01982<\/em> aurait assez ais\u00e9ment pu faire place aux traditions juridiques autochtones<a href=\"#_ftn92\" name=\"_ftnref92\">[92]<\/a>, les juges de la plus haute juridiction canadienne en ont d\u00e9cid\u00e9 autrement en concluant que la source du titre ancestral \u00e9tait la common law, ainsi que le fait de l\u2019occupation des peuples autochtones (plut\u00f4t que les r\u00e8gles de droit autochtone)<a href=\"#_ftn93\" name=\"_ftnref93\">[93]<\/a>. En ce sens, les r\u00e9cits oraux n\u2019ont, dans la jurisprudence de la plus haute cour canadienne, que pour effet de transmettre la perspective autochtone sur les faits de l\u2019esp\u00e8ce\u00a0\u2014\u00a0sans toutefois qu\u2019aucune valeur normative ne leur soit reconnue<a href=\"#_ftn94\" name=\"_ftnref94\">[94]<\/a>. Il en va de m\u00eame pour les r\u00e8gles de droit ou coutumes, qui peuvent servir comme \u00e9l\u00e9ment de preuve de l\u2019occupation requise \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du titre ancestral<a href=\"#_ftn95\" name=\"_ftnref95\">[95]<\/a>.<\/p>\n<p>En revanche, comme cela a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9 ant\u00e9rieurement, l\u2019obligation de consulter et de rechercher le consentement des peuples autochtones sont des moyens qui, indirectement, ont le potentiel de tenir compte des traditions juridiques autochtones \u2014 bien que ce soit l\u00e0 encore de mani\u00e8re limit\u00e9e, en raison de la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat de contourner les avis et le consentement des peuples autochtones<a href=\"#_ftn96\" name=\"_ftnref96\">[96]<\/a>.<\/p>\n<p>Du reste, en se basant sur l\u2019\u00e9tude des accords de r\u00e8glement des revendications territoriales globales qui ont lieu ailleurs au Canada, on serait tent\u00e9 de conclure que les points de contact les plus significatifs se concr\u00e9tisent dans les n\u00e9gociations et les ententes qui s\u2019ensuivent avec l\u2019\u00c9tat. Au Qu\u00e9bec, il semble toutefois en aller autrement, comme l\u2019illustrent les deux exemples qui suivent.<\/p>\n<p>En premier lieu, rappelons que la <em>Loi sur la conservation de la faune<\/em> d\u00e9l\u00e8gue le pouvoir au gouvernement du Qu\u00e9bec de conclure des ententes dites \u00ab\u00a0sectorielles\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn97\" name=\"_ftnref97\">[97]<\/a> avec les peuples autochtones\u00a0:<\/p>\n<p>Dans le but de mieux concilier les n\u00e9cessit\u00e9s de la conservation et de la gestion de la faune avec les activit\u00e9s des autochtones exerc\u00e9es \u00e0 des fins alimentaires, rituelles ou sociales, ou de faciliter davantage le d\u00e9veloppement et la gestion des ressources fauniques par les autochtones, le gouvernement est autoris\u00e9 \u00e0 conclure avec toute communaut\u00e9 autochtone repr\u00e9sent\u00e9e par son conseil de bande des ententes portant sur toute mati\u00e8re vis\u00e9e par les chapitres<em>\u00a0<\/em>III,<em>\u00a0<\/em>IV et<em>\u00a0<\/em>VI.<\/p>\n<p>Les dispositions de ces ententes pr\u00e9valent sur celles de la pr\u00e9sente loi ou de ses r\u00e8glements. Toute communaut\u00e9, entreprise ou personne vis\u00e9e par une entente n\u2019est cependant exempt\u00e9e de l\u2019application des dispositions inconciliables de la pr\u00e9sente loi ou de ses r\u00e8glements que dans la mesure o\u00f9 elle respecte l\u2019entente.<\/p>\n<p>Les ententes conclues en vertu du pr\u00e9sent article sont d\u00e9pos\u00e9es \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale dans les<em>\u00a0<\/em>15 jours de leur signature si l\u2019Assembl\u00e9e est en session ou, sinon, dans les<em>\u00a0<\/em>15 jours de la reprise de ses travaux. Elles sont en outre publi\u00e9es \u00e0 la Gazette officielle du Qu\u00e9bec.<a href=\"#_ftn98\" name=\"_ftnref98\">[98]<\/a><\/p>\n<p>Deux objectifs sont ici poursuivis par le l\u00e9gislateur. D\u2019une part, ces ententes ont pour but de concilier les n\u00e9cessit\u00e9s de conservation et de gestion de la faune avec les activit\u00e9s des autochtones exerc\u00e9es \u00e0 des fins alimentaires, rituelles ou sociales (et non d\u2019articuler les interactions entre des ordres juridiques distincts). D\u2019autre part, ces ententes visent \u00e0 faciliter le \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0gestion\u00a0\u00bb des ressources <em>fauniques<\/em> par les autochtones. Elles permettent une prise en charge de la gestion de certaines ressources par la nation ou communaut\u00e9 signataire<a href=\"#_ftn99\" name=\"_ftnref99\">[99]<\/a> ou encore la cr\u00e9ation de comit\u00e9s conjoints (tels que des comit\u00e9s de liaison<a href=\"#_ftn100\" name=\"_ftnref100\">[100]<\/a>). Les deux objectifs poursuivis par la loi montrent bien que, m\u00eame lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019ententes, celles-ci sont ancr\u00e9es dans les valeurs dominantes et dans la perception qu\u2019a le l\u00e9gislateur du territoire (par exemple, la compartimentation de l\u2019espace, le lib\u00e9ralisme, l\u2019anthropocentrisme). Ainsi, l\u2019approche holistique qui caract\u00e9rise le droit innu n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9e. De plus, ces objectifs ne r\u00e9f\u00e8rent pas \u00e0 la conciliation de mesures normatives distinctes, mais plut\u00f4t \u00e0 la conciliation entre les mesures gouvernementales n\u00e9cessaires \u00e0 la conservation et la gestion de la faune et la pratique d\u2019activit\u00e9s traditionnelles \u00e0 des fins pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9es (excluant par exemple les fins m\u00e9dicinales ou commerciales). De surcro\u00eet, si tant est que les ententes permettent une forme de prise en charge au regard de la gestion de certaines ressources fauniques, il reste que toute mesure de gestion incompatible avec la loi n\u2019est autoris\u00e9e par l\u2019\u00c9tat que si celui-ci donne pr\u00e9alablement son accord par entente. Enfin, aux termes de la loi, seules les entit\u00e9s politiques reconnues par l\u2019\u00c9tat (c\u2019est-\u00e0-dire le conseil de bande) sont aptes \u00e0 repr\u00e9senter la nation autochtone, \u00e9cartant alors les formes traditionnelles de gouvernance. La reconnaissance par l\u2019\u00c9tat qu\u00e9b\u00e9cois des normes de gestion de la faune et de celles li\u00e9es \u00e0 la pratique d\u2019activit\u00e9s traditionnelles existe bien dans le cadre de ces ententes, mais cette reconnaissance demeure limit\u00e9e et circonscrite par le pouvoir supr\u00eame qu\u2019affirme l\u2019\u00c9tat sur le territoire.<\/p>\n<p>En second lieu, rappelons aussi que les Innus n\u2019ont jamais c\u00e9d\u00e9 leurs territoires, mais que leurs droits sur une partie de leurs terres ancestrales ont \u00e9t\u00e9 \u00e9teints unilat\u00e9ralement dans la foul\u00e9e de la conclusion de la <em>Convention de la Baie James et du Nord qu\u00e9b\u00e9cois<\/em>, et ce, sans compensation<a href=\"#_ftn101\" name=\"_ftnref101\">[101]<\/a>. Le Qu\u00e9bec, le Canada et certaines Premi\u00e8res nations innues sont, encore de nos jours, en n\u00e9gociation concernant la reconnaissance politique de leurs droits sur le Nitassinan. Au contraire d\u2019autres accords de r\u00e8glement des revendications territoriales globales, la version de\u00a02004 du projet n\u00e9goci\u00e9 d\u2019entente de principe d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral entre les Innus, le Qu\u00e9bec et le Canada accorde une place v\u00e9ritablement minimale \u00e0 l\u2019ordre coutumier innu dans le domaine foncier<a href=\"#_ftn102\" name=\"_ftnref102\">[102]<\/a>. En effet, la port\u00e9e et le cadre d\u2019exercice des droits fonciers sur le Nitassinan (<em>Innu assi<\/em>) sont d\u00e9termin\u00e9s au regard du droit \u00e9tatique (titre aborig\u00e8ne ou droit de propri\u00e9t\u00e9)<a href=\"#_ftn103\" name=\"_ftnref103\">[103]<\/a>, et l\u2019exercice des activit\u00e9s traditionnelles (<em>Innu aitun<\/em>) est conditionnel \u00e0 l\u2019adoption de lois et de r\u00e8glements par la nouvelle entit\u00e9 gouvernementale<a href=\"#_ftn104\" name=\"_ftnref104\">[104]<\/a>. La conception du territoire, les valeurs et les principes en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s et de gestion du territoire du projet d\u2019entente sont bien ceux de l\u2019\u00c9tat qu\u00e9b\u00e9cois et non ceux du droit innu<a href=\"#_ftn105\" name=\"_ftnref105\">[105]<\/a>. En mati\u00e8re de gouvernance, toute r\u00e9f\u00e9rence aux instances traditionnelles innues est compl\u00e8tement \u00e9vacu\u00e9e et les conditions de forme et de fond encadrent l\u2019exercice des comp\u00e9tences l\u00e9gislatives du gouvernement innu<a href=\"#_ftn106\" name=\"_ftnref106\">[106]<\/a>. Restera \u00e0 voir si, dans la pratique, la nouvelle entit\u00e9 gouvernementale innue qui pourrait \u00e9merger de ce processus de n\u00e9gociation aurait la capacit\u00e9 l\u00e9gislative de mettre en valeur le droit innu de nature coutumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Parmi les autres formes d\u2019ententes ayant le potentiel de prendre en compte le droit innu de mani\u00e8re significative et directe, il existe un nombre croissant, au Qu\u00e9bec comme ailleurs au Canada, d\u2019ententes sur les r\u00e9percussions et avantages (ci-apr\u00e8s ERA) ou d\u2019ententes apparent\u00e9es. En effet, il faut bien voir qu\u2019en partie en raison des incertitudes caus\u00e9es par les d\u00e9lais propres aux processus de r\u00e8glement des revendications territoriales (d\u00e9lais de plus de quinze ans dans pr\u00e8s de\u00a070% des cas et de quarante ans dans le cas sp\u00e9cifique des Innus) et des critiques qu\u2019on leur oppose<a href=\"#_ftn107\" name=\"_ftnref107\">[107]<\/a>, la n\u00e9gociation d\u2019ententes portant sur la gouvernance territoriale ne rel\u00e8ve plus, depuis plusieurs ann\u00e9es, du ressort exclusif de l\u2019\u00c9tat. \u00c0 travers le Canada, les peuples autochtones ont, depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01990, conclu des centaines d\u2019ententes avec des entreprises (ou organismes publics) d\u2019exploitation des ressources naturelles et d\u2019\u00e9nergie, contribuant ainsi \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouveaux modes de r\u00e9gulation. Bien qu\u2019elles aient \u00e9merg\u00e9 dans le secteur des mines, les ERA se sont \u00e9tendues aux autres secteurs et ont g\u00e9n\u00e9ralement pour objet\u00a0:<\/p>\n<p>[\u2026] d\u2019att\u00e9nuer les r\u00e9percussions des projets de d\u00e9veloppement [\u2026] sur les collectivit\u00e9s autochtones et leur environnement, d\u2019instaurer des rapports formels entre les Autochtones et l\u2019industrie et d\u2019am\u00e9nager la participation des Autochtones \u00e0 l\u2019\u00e9conomie [\u2026], notamment par la voie de programmes de formation, de garanties d\u2019emplois, de pr\u00e9f\u00e9rences dans l\u2019octroi des contrats et de compensations financi\u00e8res [notes omises].<a href=\"#_ftn108\" name=\"_ftnref108\">[108]<\/a><\/p>\n<p>Plusieurs raisons expliquent l\u2019\u00e9mergence des ERA dans le paysage juridique\u00a0: inad\u00e9quation des politiques publiques, besoins socio-\u00e9conomiques des communaut\u00e9s ou volont\u00e9 d\u2019att\u00e9nuer les \u00ab\u00a0risques sociaux\u00a0\u00bb associ\u00e9s \u00e0 un projet. En d\u00e9pit des avantages qu\u2019elles procurent, les ERA sont sujettes \u00e0 plusieurs critiques, notamment en ce qui concerne l\u2019asym\u00e9trie des rapports de force dans les n\u00e9gociations, l\u2019absence de r\u00e9ponse ad\u00e9quate aux besoins des communaut\u00e9s ou encore leur incapacit\u00e9 \u00e0 diminuer les effets n\u00e9gatifs des projets qu\u2019elles autorisent sur la condition des femmes autochtones<a href=\"#_ftn109\" name=\"_ftnref109\">[109]<\/a>. De plus, de nombreuses questions demeurent sans r\u00e9ponse quant au cadre juridique applicable avant, pendant et apr\u00e8s la n\u00e9gociation des ERA<a href=\"#_ftn110\" name=\"_ftnref110\">[110]<\/a>. Apr\u00e8s tout, ces ententes et les n\u00e9gociations pr\u00e9alables sont tr\u00e8s peu encadr\u00e9es, d\u2019une part, par le droit \u00e9tatique et, d\u2019autre part, par les traditions juridiques autochtones dont l\u2019application aux tiers est min\u00e9e par l\u2019imposition du droit \u00e9tatique. Ainsi, sauf exception, les ERA sont conclues volontairement sans contrainte particuli\u00e8re venant de l\u2019\u00c9tat, ce qui pose \u00e0 la fois des enjeux fondamentaux de gouvernance territoriale et de justice n\u00e9goci\u00e9e, ces ententes \u00e9tant \u00ab\u00a0[\u2026] <em>to a material extent the result of negotiations rather than the product of adjudication<\/em>,<em> administrative decision making<\/em>,<em> or purely private<\/em>,<em> individual decision making<\/em>\u00a0\u00bb [notes omises]<a href=\"#_ftn111\" name=\"_ftnref111\">[111]<\/a>.<\/p>\n<p>Une des critiques fr\u00e9quemment avanc\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre des ERA porte sur leur caract\u00e8re confidentiel, qui a notamment pour effet d\u2019en limiter l\u2019acc\u00e8s et, d\u00e8s lors, leur examen critique<a href=\"#_ftn112\" name=\"_ftnref112\">[112]<\/a>. Chez les Innus, trois ententes ou projets d\u2019entente rendus publics peuvent \u00eatre examin\u00e9s afin de v\u00e9rifier la mesure dans laquelle ils prennent en compte le droit innu<a href=\"#_ftn113\" name=\"_ftnref113\">[113]<\/a>. Nous prenons ici l\u2019exemple de l\u2019entente conclue avec <em>Tata Steels Minerals Canada<\/em>.<\/p>\n<p>D\u2019abord, il est int\u00e9ressant de noter que, dans l\u2019<em>Entente Tata Steel<\/em>, les parties identifi\u00e9es reconnaissent des \u00e9l\u00e9ments de la structure politique propre aux Innus\u00a0\u2014\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire hors du r\u00e9gime de la <em>Loi sur les Indiens<\/em>. En effet, d\u00e8s la premi\u00e8re page de l\u2019entente, il est stipul\u00e9 que les parties comprennent\u00a0:<\/p>\n<p>Les Uashaunnuat, soit les Innus de Uashat et de Mani-Utenam, y compris les familles traditionnelles innues de Uashat et de Mani-Utenam, repr\u00e9sent\u00e9s par Innu Takuaikan Uashat Mak Mani-Utenam [\u2026], et<\/p>\n<p>La Bande des Innus de Uashat Mak Mani-Utenam, compos\u00e9e de certaines bandes traditionnelles, particuli\u00e8rement les bandes des rivi\u00e8res Sainte-Marguerite et Moisie, et une bande au sens de la Loi sur les Indiens, \u00e9galement repr\u00e9sent\u00e9s par ITUM [\u2026].<a href=\"#_ftn114\" name=\"_ftnref114\">[114]<\/a><\/p>\n<p>Le pr\u00e9ambule indique \u00e9galement que \u00ab\u00a0les familles uashaunnuat et particuli\u00e8rement les familles les plus directement touch\u00e9es\u00a0\u00bb ont donn\u00e9 leur consentement \u00e0 l\u2019entente et ont autoris\u00e9 l\u2019ITUM \u00e0 les repr\u00e9senter<a href=\"#_ftn115\" name=\"_ftnref115\">[115]<\/a>.<\/p>\n<p>En outre, l\u2019entente assure la protection de l\u2019exercice d\u2019activit\u00e9s traditionnelles dans leur forme historique et contemporaine. Elle pr\u00e9voit des mesures sp\u00e9ciales visant \u00e0 prot\u00e9ger des zones sensibles ayant une grande importance culturelle et spirituelle pour les Uashaunnuat<a href=\"#_ftn116\" name=\"_ftnref116\">[116]<\/a>; pr\u00e9voit des mesures de pr\u00e9caution et de pr\u00e9vention afin de mitiger les impacts environnementaux, mais aussi sociaux, culturels et spirituels de toute activit\u00e9 de d\u00e9veloppement r\u00e9alis\u00e9e dans les zones sensibles<a href=\"#_ftn117\" name=\"_ftnref117\">[117]<\/a>; pr\u00e9voit des mesures de r\u00e9paration juste et \u00e9quitable en cas d\u2019impossibilit\u00e9 pour les Uashaunnuat d\u2019acc\u00e9der aux zones sensibles<a href=\"#_ftn118\" name=\"_ftnref118\">[118]<\/a>; pr\u00e9voit des mesures de consultation<a href=\"#_ftn119\" name=\"_ftnref119\">[119]<\/a>; et veille \u00e0 la protection de la culture et des valeurs des Uashaunnuat dans le cadre des conditions de travail<a href=\"#_ftn120\" name=\"_ftnref120\">[120]<\/a>.<\/p>\n<p>En revanche, l\u2019entente affirme clairement \u00eatre r\u00e9gie exclusivement par les lois qu\u00e9b\u00e9coises et f\u00e9d\u00e9rales applicables et confirme que les tribunaux canadiens ont une comp\u00e9tence exclusive<a href=\"#_ftn121\" name=\"_ftnref121\">[121]<\/a>. En ce qui concerne la langue des travailleurs, les mesures linguistiques n\u2019assurent pas la protection de la langue innue, mais affirment plut\u00f4t de la n\u00e9cessit\u00e9, pour l\u2019employeur, de conna\u00eetre le fran\u00e7ais<a href=\"#_ftn122\" name=\"_ftnref122\">[122]<\/a>. Les horaires de travail (rotation) doivent \u00eatre conformes aux exigences de l\u2019exploitation, mais doivent dans la mesure du possible permettre aux Innus d\u2019exercer leurs activit\u00e9s traditionnelles et de remplir \u00ab\u00a0des engagements communautaires coutumiers similaires\u00a0\u00bb, ce qui constitue une r\u00e9f\u00e9rence aux r\u00e8gles soci\u00e9tales<a href=\"#_ftn123\" name=\"_ftnref123\">[123]<\/a>. L\u2019entente affirme que le travail doit s\u2019effectuer dans un cadre qui soit r\u00e9ceptif aux valeurs sociales et culturelles innues et qui les prot\u00e8ge<a href=\"#_ftn124\" name=\"_ftnref124\">[124]<\/a>. Les mesures de protection concr\u00e8tes sont cependant \u00e0 premi\u00e8re vue lacunaires\u00a0: la langue innue peut \u00eatre prohib\u00e9e pour des questions de sant\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9<a href=\"#_ftn125\" name=\"_ftnref125\">[125]<\/a>; la mise en place de cong\u00e9s culturels se fait au d\u00e9triment des vacances des employ\u00e9s ou est consid\u00e9r\u00e9e comme la mise en place d\u2019un cong\u00e9 sans solde; l\u2019aspect communautaire n\u2019est pas pris en compte, puisqu\u2019il n\u2019est pas possible pour plus de deux employ\u00e9s de s\u2019absenter en m\u00eame temps; les cong\u00e9s sont limit\u00e9s \u00e0 un maximum de sept jours, lesquels doivent \u00eatre cons\u00e9cutifs<a href=\"#_ftn126\" name=\"_ftnref126\">[126]<\/a>. Or, cela inclut la chasse \u00e0 l\u2019outarde<a href=\"#_ftn127\" name=\"_ftnref127\">[127]<\/a> qui a lieu au printemps. L\u2019entente interdit la chasse \u00e0 tous les employ\u00e9s, sauf les Innus et les autres Premi\u00e8res Nations<a href=\"#_ftn128\" name=\"_ftnref128\">[128]<\/a>. Cela \u00e9tant, l\u2019entreprise doit faciliter l\u2019alimentation traditionnelle en permettant l\u2019acc\u00e8s aux lieux d\u2019entreposage du traiteur<a href=\"#_ftn129\" name=\"_ftnref129\">[129]<\/a>. Le traiteur, lui, doit autant que possible int\u00e9grer des aliments issus de la nature. Enfin, le chapitre\u00a09 pr\u00e9voit diff\u00e9rentes mesures concernant la participation des Innus\u00a0\u2014\u00a0incluant les familles qui d\u00e9tiennent des lots de trappe affect\u00e9s par le projet ainsi que les ain\u00e9s\u00a0\u2014\u00a0dans les d\u00e9cisions en lien avec la protection de l\u2019environnement et la prise en compte du savoir traditionnel<a href=\"#_ftn130\" name=\"_ftnref130\">[130]<\/a>. La cr\u00e9ation d\u2019un fonds, b\u00e9n\u00e9ficiant notamment aux familles les plus touch\u00e9es, est \u00e9galement pr\u00e9vue pour assurer la continuation des activit\u00e9s traditionnelles des Innus<a href=\"#_ftn131\" name=\"_ftnref131\">[131]<\/a>. Ces r\u00e9f\u00e9rences aux r\u00f4les des familles et des ain\u00e9s, de m\u00eame qu\u2019au savoir traditionnel, sont sans doute les r\u00e9f\u00e9rences les plus claires et directes aux structures juridiques innues, telles qu\u2019elles existent hors du cadre de la <em>Loi sur les Indiens<\/em>. Reste alors \u00e0 \u00e9valuer, dans la pratique, le r\u00f4le concret r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ces acteurs et la prise en compte de leur parole dans les d\u00e9cisions de l\u2019entreprise.<\/p>\n<h1 id=\"33e-a51-448-9e9-01e\"><a name=\"_Toc389052221\"><\/a>III. Quelques r\u00e9flexions sur les r\u00e9formes contribuant \u00e0 la d\u00e9colonisation du droit qu\u00e9b\u00e9cois<\/h1>\n<p>Il nous a sembl\u00e9 important, dans les deux premi\u00e8res parties de ce texte, de d\u00e9busquer certaines strat\u00e9gies juridiques contribuant \u00e0 la d\u00e9possession politique et territoriale des peuples autochtones au Qu\u00e9bec. En ce sens, le droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination des peuples autochtones doit constituer le c\u0153ur de toute r\u00e9flexion sur la r\u00e9forme du droit \u00e9tatique, lequel n\u00e9cessite que l\u2019\u00c9tat fasse place aux structures politiques et juridiques autochtones. La r\u00e9forme des lois \u00e9tatiques concernant les r\u00e8gles de droit relatives au territoire peut, selon nous et de mani\u00e8re non exhaustive, s\u2019appuyer sur deux grands volets\u00a0: un volet se rapportant \u00e0 la reconnaissance symbolique (section A), d\u2019une part, et un volet se rapportant aux changements syst\u00e9miques (section B), d\u2019autre part.<\/p>\n<h2 id=\"9d7-a35-438-88b-8ee\"><a name=\"_Toc389052222\"><\/a>A.\u00a0 L\u2019espace innu doit \u00eatre visible\u00a0: dans les lois de l\u2019\u00c9tat et sur le territoire<\/h2>\n<p>Certaines mesures marquant l\u2019ouverture de l\u2019\u00c9tat au pluralisme juridique peuvent contribuer \u00e0 valoriser la territorialit\u00e9 innue et \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019\u00e9galit\u00e9 des rapports entre les ordres juridiques, tendant de ce fait \u00e0 contrer l\u2019invalidation dont les ordres juridiques autochtones ont fait l\u2019objet historiquement. Ces mesures n\u2019entra\u00eenent pas n\u00e9cessairement de changements en profondeur des lois, mais elles peuvent n\u00e9anmoins avoir pour effet de promouvoir une meilleure \u00e9galit\u00e9 des ordres juridiques \u00e9tatiques et autochtones. Il s\u2019agit d\u00e8s lors de pistes de solutions que nous qualifierions de minimales, inspir\u00e9es d\u2019une forme limit\u00e9e de pluralisme juridique (\u00ab\u00a0<em>weak pluralism<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn132\" name=\"_ftnref132\">[132]<\/a>), puisqu\u2019elles ne remettent pas en question le cadre \u00e9tatique. Ainsi, en plus de la revitalisation des structures politiques autochtones et du respect du droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination et \u00e0 l\u2019autonomie (qui sont \u00e0 notre avis les moyens \u00e0 privil\u00e9gier), d\u2019autres cat\u00e9gories de mesures moins explor\u00e9es dans la doctrine peuvent \u00eatre prises par le l\u00e9gislateur en vue d\u2019accroitre la place qu\u2019occupent les ordres juridiques autochtones dans l\u2019espace public. Ces mesures, si elles ne changent pas fondamentalement l\u2019ordre des choses, nous semblent n\u00e9anmoins n\u00e9cessaires pour prot\u00e9ger les droits fonciers et les territorialit\u00e9s autochtones conform\u00e9ment au droit \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u2014\u00a0comme cela a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 en droit international et r\u00e9gional<a href=\"#_ftn133\" name=\"_ftnref133\">[133]<\/a>.<\/p>\n<p>Le l\u00e9gislateur et les autorit\u00e9s gouvernementales pourraient commencer par mettre en valeur\u00a0\u2014\u00a0sur le territoire et dans le respect de la volont\u00e9 des communaut\u00e9s concern\u00e9es\u00a0\u2014\u00a0les langues et la toponymie autochtones, en mettant par exemple en \u00e9vidence les d\u00e9marcations (souples ou fixes) des territoires nationaux et familiaux<a href=\"#_ftn134\" name=\"_ftnref134\">[134]<\/a>. Ces d\u00e9limitations, connues des membres des communaut\u00e9s, sont d\u00e9j\u00e0 fr\u00e9quemment indiqu\u00e9es sur des cartes sous forme de territoires fixes ou de lieux fr\u00e9quent\u00e9s<a href=\"#_ftn135\" name=\"_ftnref135\">[135]<\/a>. \u00c0 ce propos, l\u2019identification sur le territoire des noms des lieux sacr\u00e9s ainsi que des lieux importants pour les individus et les communaut\u00e9s aurait pour effet significatif de rappeler l\u2019occupation pass\u00e9e et contemporaine du territoire par les membres des communaut\u00e9s innues, mettant \u00e0 mal dans l\u2019esprit du grand public l\u2019id\u00e9e que le Qu\u00e9bec \u00e9tait <em>terra nullius<\/em> \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des colons<a href=\"#_ftn136\" name=\"_ftnref136\">[136]<\/a>. La pr\u00e9sence de lieux partag\u00e9s ou fr\u00e9quent\u00e9s par plusieurs nations ne pose ici pas probl\u00e8me\u00a0: les toponymes, les langues, les histoires li\u00e9s \u00e0 ces endroits peuvent \u00eatre, selon les volont\u00e9s des communaut\u00e9s de les rendre visibles, indiqu\u00e9s sur des affiches informatives invitant le grand public et les membres des communaut\u00e9s \u00e0 conna\u00eetre et \u00e0 prendre soin de ces endroits<a href=\"#_ftn137\" name=\"_ftnref137\">[137]<\/a>.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"318\"><\/td>\n<td width=\"318\">Signalisation routi\u00e8re indiquant les limites des<br \/>\n<em>Ahupua\u2019a<\/em>\u00a0\u2014\u00a0districts territoriaux traditionnels des Kanaka Maolis. \u00cele d\u2019Oahu, \u00c9tat d\u2019Hawai\u2019i (\u00c9tats-Unis).<\/p>\n<p>Cr\u00e9dit photo\u00a0:<\/p>\n<p>Jocelyn Tremblay, 2018.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Au-del\u00e0 de ce marquage du territoire, la division du territoire qu\u00e9b\u00e9cois pourrait \u00e9galement correspondre aux divisions territoriales autochtones. Cette nouvelle division des terres qu\u00e9b\u00e9coises ferait alors prendre connaissance des effets cumulatifs d\u2019un nombre soutenu de \u00ab\u00a0petits projets de d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb qui affectent les terres autochtones tout autant que les \u00ab\u00a0grands projets de d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb. Le mod\u00e8le forestier adapt\u00e9 mis en place \u00e0 la suite de la n\u00e9gociation de l\u2019Accord de\u00a02002 entre le Gouvernement du Qu\u00e9bec et le Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee) (aujourd\u2019hui nomm\u00e9 Gouvernement de la Nation crie) constitue un mod\u00e8le en ce sens<a href=\"#_ftn138\" name=\"_ftnref138\">[138]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans les lois, divers m\u00e9canismes de reconnaissance des droits fonciers et des territorialit\u00e9s autochtones peuvent \u00eatre utilis\u00e9s. La reconnaissance de la personnalit\u00e9 juridique de certains \u00e9l\u00e9ments dits \u00ab\u00a0naturels\u00a0\u00bb, comme les rivi\u00e8res, est une solution que retiennent de plus en plus les \u00c9tats et qui fait \u00e9cho \u00e0 la doctrine qui s\u2019est pench\u00e9e sur des propositions de m\u00eame nature<a href=\"#_ftn139\" name=\"_ftnref139\">[139]<\/a>. Dans ces cas, il est possible de d\u00e9signer un gardien ayant le mandat d\u2019assurer le respect des droits de cet \u00eatre anim\u00e9<a href=\"#_ftn140\" name=\"_ftnref140\">[140]<\/a>. La professeure Iorns Magallanes, rappelant les diff\u00e9rentes conceptions du monde et de la nature qui divisent Maori et N\u00e9o-Z\u00e9landais, s\u2019exprime en ces termes au sujet de la reconnaissance de la personnalit\u00e9 juridique \u00e0 une rivi\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<p><em>These examples from New Zealand illustrate ways in which the law can be used to implement and incorporate indigenous cosmologies with a Western society and legal system and better protect the natural environment in the process. I suggest that it may even alter the mainstream constructions of nature, through normalizing the indigenous constructions. Thus, the protection of indigenous rights to culture and religion could better protect a healthy environment for everyone<\/em>.<a href=\"#_ftn141\" name=\"_ftnref141\">[141]<\/a><\/p>\n<p>L\u2019incorporation de principes fondamentaux du droit autochtone \u00e0 m\u00eame le droit de l\u2019\u00c9tat, contribuant ainsi \u00e0 la formation de la mixit\u00e9 du droit \u00e9tatique et autochtone, est aussi une technique \u00e0 laquelle on pourrait avoir recours, comme c\u2019est le cas \u00e0 Hawai\u2019i dans le domaine de la gestion de l\u2019eau. Dans cet \u00c9tat, int\u00e9gr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique par annexion unilat\u00e9rale \u00e0 la suite du renversement de la monarchie hawaiienne<a href=\"#_ftn142\" name=\"_ftnref142\">[142]<\/a>, le principe du fiduciaire public est cardinal \u00e0 toute la r\u00e9glementation sur l\u2019eau. Cela s\u2019explique par la raret\u00e9 de l\u2019eau douce, laquelle a \u00e9t\u00e9 et demeure une ressource fort pr\u00e9cieuse dans cet archipel du Pacifique. Or, il est connu que ce principe constitutionnel provient du droit hawaiien et ne se trouve pas dans le droit des autres \u00c9tats am\u00e9ricains ni en droit f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain. Cet exemple montre que l\u2019enrichissement du droit \u00e9tatique par l\u2019ajout de principes issus du droit autochtone est faisable et que cela peut \u00eatre avantageux pour la soci\u00e9t\u00e9 dominante et pour les soci\u00e9t\u00e9s autochtones. Ainsi, l\u2019int\u00e9gration du principe selon lequel l\u2019\u00c9tat et d\u2019autres acteurs, comme les chefs de territoire, seraient responsables de prendre soin du territoire pourrait \u00eatre une des mani\u00e8res d\u2019assurer la coexistence et la coh\u00e9rence des deux syst\u00e8mes, tout en valorisant les principes juridiques autochtones. L\u2019int\u00e9gration de ce principe fait \u00e9cho \u00e0 plusieurs valeurs d\u00e9coulant de la mise en \u0153uvre du principe de d\u00e9veloppement durable et pourrait d\u00e8s lors renforcer ce dernier \u00e0 l\u2019avantage de tous<a href=\"#_ftn143\" name=\"_ftnref143\"><sup>[143]<\/sup><\/a>. En plus de l\u2019int\u00e9gration de ce principe, il serait possible de reconna\u00eetre une place formelle aux chefs de territoire et aux d\u00e9tenteurs du savoir traditionnel dans le droit \u00e9tatique, tout en assurant l\u2019obligation de prise en compte de ce savoir dans les processus d\u00e9cisionnels. Ici, les travaux sur les \u00e9quivalences hom\u00e9omorphes pourraient devenir fort utiles.<\/p>\n<p>Dans ces mod\u00e8les de reconnaissance, il convient de ne pas sous-estimer le pouvoir des acteurs du droit, dont les juges, d\u2019interpr\u00e9ter\u00a0\u2014\u00a0et de r\u00e9interpr\u00e9ter\u00a0\u2014\u00a0l\u2019ordre normatif autochtone auquel fait r\u00e9f\u00e9rence le droit \u00e9tatique, ce qui peut avoir (et a, de fait, dans le pass\u00e9 eu) pour cons\u00e9quence de le d\u00e9former<a href=\"#_ftn144\" name=\"_ftnref144\">[144]<\/a>. En Nouvelle-Z\u00e9lande, par exemple, des s\u00e9ances de formation des magistrats ont \u00e9t\u00e9 mises sur pied pour assurer le respect de la territorialit\u00e9 maori<a href=\"#_ftn145\" name=\"_ftnref145\">[145]<\/a>. Bien qu\u2019il ne s\u2019agisse pas l\u00e0 d\u2019une garantie contre tout risque de d\u00e9formation non souhait\u00e9e, la participation des acteurs autochtones \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de leur droit demeure n\u00e9anmoins un moyen \u00e0 privil\u00e9gier afin d\u2019assurer le respect et l\u2019\u00e9volution des principes issus des traditions juridiques autochtones. En ce sens, le r\u00f4le des chefs de territoire dans les prises de d\u00e9cision eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019acc\u00e8s et \u00e0 la gestion du territoire doit \u00eatre repens\u00e9. \u00c0 Hawai\u2019i, des juges K\u0101naka Maoli contribuent, par leurs d\u00e9cisions et par leur interpr\u00e9tation de la Constitution hawaiienne, \u00e0 renforcer le principe de fiduciaire public comme principe directeur du droit de l\u2019eau dans cet \u00c9tat<a href=\"#_ftn146\" name=\"_ftnref146\">[146]<\/a>. Le r\u00f4le n\u00e9vralgique que jouent les Autochtones dans l\u2019appareil judiciaire de l\u2019\u00c9tat devient ici \u00e9vident<a href=\"#_ftn147\" name=\"_ftnref147\">[147]<\/a>.<\/p>\n<p>Un autre m\u00e9canisme de coexistence consiste \u00e0 incorporer le droit autochtone \u00e0 m\u00eame le droit de l\u2019\u00c9tat sans le d\u00e9finir, ou \u00e0 faire un renvoi au droit autochtone dans la l\u00e9gislation \u00e9tatique. Ce mod\u00e8le existe au Canada dans au moins une entente de r\u00e8glement des revendications territoriales globales en mati\u00e8re de crit\u00e8res d\u2019identit\u00e9<a href=\"#_ftn148\" name=\"_ftnref148\">[148]<\/a>. Lorsque de tels renvois ou incorporations ont lieu, il est utile de mener une r\u00e9flexion sur les conflits de lois potentiels (cumul ou option des droits, pr\u00e9pond\u00e9rance) et de leurs effets sur le respect du principe d\u2019autonomie<a href=\"#_ftn149\" name=\"_ftnref149\">[149]<\/a>. Du coup, par souci de transparence, de bonne gouvernance et d\u2019opposabilit\u00e9 aux tiers, les communaut\u00e9s gagneraient \u00e0 publiciser leurs lois<a href=\"#_ftn150\" name=\"_ftnref150\">[150]<\/a>.<\/p>\n<p>Ind\u00e9pendamment des moyens officiels retenus pour reconna\u00eetre la normativit\u00e9 autochtone, les acteurs du droit jouent un r\u00f4le de premier plan pour assurer au mieux une coexistence non h\u00e9g\u00e9monique des traditions juridiques. En effet, au-del\u00e0 des obligations formelles qui leur sont impos\u00e9es, les acteurs du droit \u00e9tatique facilitent (ou emp\u00eachent), dans la pratique et ceci de mani\u00e8re tout \u00e0 fait informelle, une juste reconnaissance des acteurs, savoirs et normativit\u00e9s autochtones<a href=\"#_ftn151\" name=\"_ftnref151\">[151]<\/a>. Tel que cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mis en lumi\u00e8re par la Commission de v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation<a href=\"#_ftn152\" name=\"_ftnref152\">[152]<\/a>, la formation ad\u00e9quate des acteurs du droit \u00e9tatique constitue un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de la coexistence des traditions juridiques autochtones et \u00e9tatiques<a href=\"#_ftn153\" name=\"_ftnref153\">[153]<\/a>.<\/p>\n<p>Les m\u00e9canismes de reconnaissance sont nombreux et, sans vouloir ni pouvoir en faire ici une pr\u00e9sentation exhaustive, il importe de noter que le d\u00e9marrage de toute initiative en ce sens ne peut se faire sans le concours, l\u2019impulsion ni la volont\u00e9 des premiers int\u00e9ress\u00e9s. En effet, les savoirs et connaissances traditionnels font parfois l\u2019objet d\u2019interdits, notamment quant \u00e0 leur caract\u00e8re public, et les d\u00e9cisions \u00e9tatiques doivent prendre garde de ne pas en tenir rigueur aux peuples autochtones<a href=\"#_ftn154\" name=\"_ftnref154\">[154]<\/a>. Il demeure qu\u2019en vertu du droit international et r\u00e9gional, la reconnaissance des traditions juridiques autochtones, incluant en mati\u00e8re territoriale, est une obligation. Cette obligation peut prendre diverses dimensions, par exemple le droit \u00e0 la non-discrimination, le droit \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 et le droit \u00e0 l\u2019environnement<a href=\"#_ftn155\" name=\"_ftnref155\">[155]<\/a>.<\/p>\n<p>Enfin, les lois qu\u00e9b\u00e9coises nous semblent devoir faire l\u2019objet d\u2019autres modifications, qui auraient pour but non pas d\u2019ouvrir l\u2019\u00c9tat aux traditions juridiques autochtones (action positive), mais plut\u00f4t d\u2019\u00e9liminer (action n\u00e9gative) les formes subsistantes de n\u00e9gation des droits fonciers des autochtones. Il s\u2019agit en d\u2019autres termes de rendre le droit qu\u00e9b\u00e9cois conforme aux normes internationales en mati\u00e8re de protection contre la discrimination, laquelle s\u2019applique aussi aux questions de propri\u00e9t\u00e9<a href=\"#_ftn156\" name=\"_ftnref156\">[156]<\/a>.<\/p>\n<h2 id=\"728-20f-4ee-b8f-ebb\"><a name=\"_Toc389052223\"><\/a>B.\u00a0\u00a0\u00a0 Une \u00e9tape essentielle dans le processus de d\u00e9colonisation\u00a0: \u00e9liminer les formes de n\u00e9gation des droits en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9<\/h2>\n<p>Certaines lois qu\u00e9b\u00e9coises demeurent fond\u00e9es sur le principe de <em>terra nullius<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire que seules y sont reconnues la propri\u00e9t\u00e9 publique ou priv\u00e9e et qu\u2019elles excluent de leur champ de protection les tenures fonci\u00e8res autochtones. Or, en plus de la modification de certaines lois et politiques permettant la reconnaissance de r\u00e8gles, acteurs et principes issus du droit autochtone, il nous para\u00eet manifeste que ces conceptions proprement coloniales doivent \u00eatre d\u00e9pass\u00e9es au profit d\u2019une approche de reconnaissance v\u00e9ritable des droits fonciers autochtones. Cela nous semble \u00eatre une position conforme aux r\u00e8gles de droit interam\u00e9ricain et international, lesquelles confirment que toutes les formes de propri\u00e9t\u00e9 doivent recevoir la protection de la loi en toute \u00e9galit\u00e9<a href=\"#_ftn157\" name=\"_ftnref157\">[157]<\/a>. Au m\u00eame effet, les articles\u00a06 et\u00a010 de la <em>Charte des droits et libert\u00e9s de la personne<\/em><a href=\"#_ftn158\" name=\"_ftnref158\">[158]<\/a> du Qu\u00e9bec (ci-apr\u00e8s <em>Charte qu\u00e9b\u00e9coise<\/em>) devraient \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s de mani\u00e8re \u00e0 ce que toutes les formes de propri\u00e9t\u00e9 soient prot\u00e9g\u00e9es en toute \u00e9galit\u00e9 et ce, sans \u00e9gard \u00e0 la condition sociale<a href=\"#_ftn159\" name=\"_ftnref159\">[159]<\/a>, \u00e0 la race, \u00e0 la couleur, ou \u00e0 l\u2019origine ethnique. Or, il semble que l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019article\u00a06 pose certaines difficult\u00e9s \u00e0 cet \u00e9gard<a href=\"#_ftn160\" name=\"_ftnref160\">[160]<\/a>. Nous sommes toutefois d\u2019avis, \u00e0 l\u2019instar du professeur Otis, que cette disposition peut difficilement s\u2019interpr\u00e9ter comme assurant une protection moindre aux biens fonciers autochtones qu\u2019\u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e reconnue par le droit civil sur la seule base du crit\u00e8re de l\u2019autochtonit\u00e9<a href=\"#_ftn161\" name=\"_ftnref161\">[161]<\/a>. Reste que la protection, sans discrimination, de toutes les formes de propri\u00e9t\u00e9 aurait des effets non n\u00e9gligeables au Qu\u00e9bec. Tout d\u2019abord, les dispositions du C.c.Q. sur la propri\u00e9t\u00e9 vacante ou la publicit\u00e9 des titres, le r\u00e9gime de <em>free mining<\/em> \u00e9tabli par la <em>Loi sur les mines<\/em><a href=\"#_ftn162\" name=\"_ftnref162\">[162]<\/a> ainsi que les dispositions sur les terres de la Couronne ne seraient <em>a priori<\/em> pas conformes \u00e0 la <em>Charte qu\u00e9b\u00e9coise<\/em><a href=\"#_ftn163\" name=\"_ftnref163\">[163]<\/a> et devraient, \u00e0 notre avis, faire l\u2019objet de r\u00e9formes de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9liminer toute pr\u00e9somption que le Qu\u00e9bec \u00e9tait, \u00e0 un moment ou un autre de son histoire politique, <em>terra nullius<\/em>. Cela pourrait impliquer, par exemple, que le C.c.Q. reconnaisse la propri\u00e9t\u00e9 coutumi\u00e8re dans une disposition pr\u00e9cise\u00a0\u2014\u00a0comme cela se fait en mati\u00e8re d\u2019adoption<a href=\"#_ftn164\" name=\"_ftnref164\">[164]<\/a>. La <em>Loi sur les terres du domaine de l\u2019\u00c9tat<\/em>, qui reconnait \u00e0 l\u2019heure actuelle uniquement les droits fonciers pr\u00e9vus par la <em>Loi sur les Indiens<\/em>, devrait \u00e9galement \u00eatre modifi\u00e9e afin de reconna\u00eetre formellement les droits de propri\u00e9t\u00e9 coutumiers. D\u2019autres lois, comme la <em>Loi sur les Mines<\/em>, la <em>Loi sur l\u2019am\u00e9nagement durable du territoire forestier<\/em> et la <em>Loi sur le caract\u00e8re collectif des ressources en eau<\/em> devraient faire l\u2019objet de r\u00e9formes pour qu\u2019y soient reconnus les droits fonciers autochtones comme ayant valeur \u00e9gale aux droits de propri\u00e9t\u00e9 et d\u2019exploitation qu\u2019on y trouve actuellement. Les cons\u00e9quences de cette reconnaissance seraient importantes, puisque cela sous-entendrait que les acteurs autochtones ont v\u00e9ritablement leur mot \u00e0 dire sur le d\u00e9veloppement du territoire. Comme l\u2019\u00e9crivait le professeur Lacasse il y a d\u00e9j\u00e0 quelques ann\u00e9es au sujet de la reconnaissance de l\u2019autonomie politique innue, les implications de cette mise \u00e0 niveau du droit qu\u00e9b\u00e9cois sont vastes, mais n\u00e9cessaires\u00a0:<\/p>\n<p>[L]a reconnaissance d\u2019un gouvernement innu pourrait avoir pour cons\u00e9quence le retour de r\u00e8gles diff\u00e9rentes de celles qui ont cours dans la soci\u00e9t\u00e9 majoritaire\u00a0: le concept de \u00ab\u00a0propri\u00e9t\u00e9 commune\u00a0\u00bb, qui n\u2019existe que de fa\u00e7on exceptionnelle dans le Code civil du Qu\u00e9bec (article<em>\u00a0<\/em>913\u00a0: l\u2019eau); l\u2019importance de la tradition orale dans l\u2019ordre innu; une pluralit\u00e9 de dirigeants; un r\u00f4le accru pour les a\u00een\u00e9s; des institutions diff\u00e9rentes et pas n\u00e9cessairement \u00ab\u00a0r\u00e9tributives\u00a0\u00bb pour sanctionner les actes criminels.<\/p>\n<p>On aurait alors une approche centr\u00e9e sur l\u2019Innu, sa philosophie, ses besoins, ses aspirations, sa perspective en somme. Cette approche s\u2019oppose \u00e0 l\u2019approche actuelle de la soci\u00e9t\u00e9 majoritaire qui, \u00e0 travers la Loi sur les Indiens et les politiques du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, tend \u00e0 accorder ou \u00e0 reconna\u00eetre des pouvoirs aux Autochtones dans le seul cadre des institutions politiques et juridiques existantes de cette soci\u00e9t\u00e9. Il faut souhaiter, par ailleurs, que le retour \u00e0 certaines valeurs traditionnelles se fasse dans des conditions favorables \u00e0 l\u2019ensemble des membres des communaut\u00e9s [notes omises].<a href=\"#_ftn165\" name=\"_ftnref165\">[165]<\/a><\/p>\n<p>Finalement, dans le cadre de ses comp\u00e9tences constitutionnelles sur la propri\u00e9t\u00e9 et le droit civil, le Qu\u00e9bec devrait revoir son approche eu \u00e9gard aux rapports qu\u2019il souhaite entretenir avec les peuples autochtones (\u00e9nonc\u00e9e dans la politique des \u00ab\u00a0quinze principes\u00a0\u00bb), celle-ci devant selon nous \u00eatre bas\u00e9e sur le respect de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, notamment en mati\u00e8re fonci\u00e8re. Cette approche devrait \u00eatre reprise dans une loi plut\u00f4t que dans une politique administrative ou une r\u00e9solution sans ou \u00e0 faible port\u00e9e normative. Rappelons ici que la Cour supr\u00eame du Canada a \u00e9largi, dans l\u2019affaire <em>Nation<\/em> <em>Tsilhqot\u2019in<\/em>, la comp\u00e9tence provinciale en mati\u00e8re fonci\u00e8re de sorte que les provinces peuvent d\u00e9sormais porter atteinte aux droits ancestraux sans se voir opposer le partage des comp\u00e9tences<a href=\"#_ftn166\" name=\"_ftnref166\">[166]<\/a>. De ces pouvoirs \u00e9largis d\u00e9coulent \u00e9galement des devoirs plus importants pour les provinces \u00e0 l\u2019\u00e9gard des peuples autochtones.<\/p>\n<p>Ces changements appelant \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019ouverture de l\u2019\u00c9tat au pluralisme juridique et au respect des droits humains, dont celui \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, n\u00e9cessitent au final la mise en place d\u2019une r\u00e9forme importante du droit de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et publique, ainsi que des lois sur les ressources naturelles. Ces modifications permettraient d\u2019engager un processus de d\u00e9colonisation dans la mesure o\u00f9 (1) elles tentent de combler le \u00ab\u00a0vide radical\u00a0\u00bb que suppose l\u2019approche de n\u00e9gation des droits autochtones sur laquelle sont fond\u00e9es les lois qu\u00e9b\u00e9coises, particuli\u00e8rement en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 publique et priv\u00e9e, (2) elles r\u00e9int\u00e8grent les ordres juridiques autochtones dans la discussion normative et (3) elles humanisent les lois qu\u00e9b\u00e9coises en mati\u00e8re territoriale en les rendant conformes aux droits fondamentaux en mati\u00e8re d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de propri\u00e9t\u00e9. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un chantier important, mais r\u00e9alisable, de mise \u00e0 jour du droit qu\u00e9b\u00e9cois, notamment quant \u00e0 sa conformit\u00e9 au droit \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 et au droit des peuples autochtones \u00e0 leurs traditions juridiques<a href=\"#_ftn167\" name=\"_ftnref167\">[167]<\/a>.<\/p>\n<h1 id=\"894-e0f-44f-a57-5ca\"><a name=\"_Toc389052224\"><\/a>Conclusion<\/h1>\n<p>La coexistence, en toute \u00e9galit\u00e9, des traditions juridiques autochtones et \u00e9tatique d\u00e9bute \u00e0 notre sens par la remise en cause des th\u00e9ories imp\u00e9riales qui fondent encore aujourd\u2019hui les lois de l\u2019\u00c9tat qu\u00e9b\u00e9cois. Si une r\u00e9forme des lois et politiques qu\u00e9b\u00e9coises s\u2019impose afin de reconna\u00eetre de fa\u00e7on \u00e9galitaire les droits fonciers autochtones avec la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et publique, il importe aussi de questionner la place des acteurs autochtones dans la gouvernance territoriale au Qu\u00e9bec. Alors que la <em>D\u00e9claration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones<\/em> interpelle tous les \u00c9tats sur la question du respect des traditions juridiques autochtones<a href=\"#_ftn168\" name=\"_ftnref168\">[168]<\/a>, trop peu a encore \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 au Qu\u00e9bec pour mettre \u00e0 jour la l\u00e9gislation \u00e9tatique. Au-del\u00e0 des modifications l\u00e9gislatives supprimant les in\u00e9galit\u00e9s de traitement et des actions concr\u00e8tes valorisant les espaces et conceptions normatives autochtones, il reste que le respect des droits des peuples autochtones se trouve aussi limit\u00e9 par le cadre constitutionnel, ce qui pose toute la question de la souverainet\u00e9 et de la gouvernance du territoire. Cet enjeu, intimement li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9colonisation de l\u2019\u00c9tat canadien, se pose bien s\u00fbr en filigrane des actions que peut prendre le Qu\u00e9bec quant \u00e0 sa propre d\u00e9colonisation. Le respect et la valorisation des traditions juridiques autochtones quant aux espaces qui appartiennent de droit\u00a0aux peuples autochtones \u2014\u00a0sous une forme certes diff\u00e9rente de ce que met de l\u2019avant le droit civil qu\u00e9b\u00e9cois\u00a0\u2014\u00a0contribuent \u00e9galement \u00e0 repenser le partage de la souverainet\u00e9 au Qu\u00e9bec et au Canada<a href=\"#_ftn169\" name=\"_ftnref169\"><sup>[169]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Il demeure qu\u2019une juste coexistence entre les ordres juridiques demande \u00e0 l\u2019\u00c9tat qu\u00e9b\u00e9cois une transformation importante de son approche eu \u00e9gard au respect des droits des peuples autochtones et de leurs ordres juridiques\u00a0\u2014\u00a0le tout conform\u00e9ment aux exigences des normes internationales. Dans cette optique, le professeur Pierre Noreau en appelait, selon nous avec justesse, \u00e0 remettre en cause les fondements politiques et juridiques de la domination\u00a0:<\/p>\n<p>[L]a justi\ufb01cation sur laquelle est fond\u00e9e l\u2019appropriation du territoire autochtone par les Europ\u00e9ens est fond\u00e9e sur une fraude. Les Europ\u00e9ens ont agi en contravention de leur propre normativit\u00e9 juridique. Ainsi, par exemple, si le principe de la terra nullius a pu servir de justi\ufb01cation \u00e0 l\u2019occupation du territoire autochtone, elle ne peut plus faire illusion aujourd\u2019hui, \u00e0 la lumi\u00e8re de ce que nous apprennent l\u2019arch\u00e9ologie, l\u2019histoire ou l\u2019anthropologie. Et, si les diff\u00e9rences de civilisation (pr\u00e9texte parmi d\u2019autres) ont paru autoriser les Europ\u00e9ens \u00e0 se justi\ufb01er \u00e0 eux-m\u00eames la l\u00e9galit\u00e9 de leur d\u00e9couverte et de leur conqu\u00eate, tout ce que nous savons aujourd\u2019hui de la diversit\u00e9 des collectivit\u00e9s humaines ne permet plus de pr\u00e9senter l\u2019occupation de ces territoires comme juridiquement fond\u00e9e. <em>A posteriori<\/em> donc, la l\u00e9galit\u00e9 de cette occupation doit \u00eatre contest\u00e9e. Il faut cependant par extension tirer de cette constatation toutes les cons\u00e9quences.<a href=\"#_ftn170\" name=\"_ftnref170\">[170]<\/a><\/p>\n<p>Et pourtant, suivant ses politiques territoriales contemporaines, le Qu\u00e9bec nie toujours dans ses lois les droits fonciers de la grande majorit\u00e9 des peuples autochtones avec qui il partage le territoire. Cette n\u00e9gation s\u2019appuie largement sur la pr\u00e9misse\u00a0\u2014\u00a0fausse\u00a0\u2014\u00a0que les peuples autochtones n\u2019avaient et n\u2019ont aucun ordre juridique leur permettant de gouverner leurs terres<a href=\"#_ftn171\" name=\"_ftnref171\">[171]<\/a>. Il nous semble temps de remettre en question les postulats sur lesquels sont fond\u00e9s la possession des terres par l\u2019\u00c9tat qu\u00e9b\u00e9cois. Cela nous para\u00eet \u00eatre une question d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les personnes et entre les peuples.<\/p>\n<p><u>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/u><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir Peter W Hogg, <em>Constitutional Law of Canada<\/em>, \u00e9d \u00e9tudiante r\u00e9vis\u00e9e, Toronto, Thomson Reuters,\u00a02011 aux pp\u00a02-17 \u00e0\u00a02-18.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir par ex <em>Campbell v Hall<\/em> (1774),\u00a01 Cowp\u00a0204 aux pp\u00a0209\u201310 (KB R-U),\u00a098 ER\u00a01045; <em>Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique c Colombie<\/em><em>&#8211;<\/em><em>Britannique<\/em>,\u00a02013 CSC\u00a042 aux para\u00a014\u201317 (le juge Wagner y r\u00e9dige l\u2019opinion majoritaire au nom de la juge en chef McLachlin et des juges Rothstein et Moldaver. L\u2019opinion dissidente, r\u00e9dig\u00e9e par la juge Karakatsanis avec l\u2019accord des juges LeBel et Abella, mentionne que la loi anglaise de\u00a01731 a \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue en droit provincial (voir <em>ibid<\/em> au para\u00a069 et s)). Voir aussi <em>Mabo v Queensland <\/em>(<em>No\u00a02<\/em>), [1992] HCA\u00a023 aux para\u00a035\u201336 [<em>Mabo<\/em>] (l\u2019opinion majoritaire r\u00e9dig\u00e9e par le juge Brennan mentionne que, l\u2019Australie n\u2019ayant jamais \u00e9t\u00e9, dans les faits, <em>terra nullius<\/em>, le droit local pr\u00e9colonial r\u00e9gissant les populations autochtones continue de trouver application); JE Cote, \u00ab\u00a0The Reception of English Law\u00a0\u00bb (1977)\u00a015:1 Alta L Rev\u00a029; Michael Asch, \u00ab\u00a0From Terra Nullius to Affirmation: Reconciling Aboriginal Rights with the Canadian Constitution\u00a0\u00bb (2002)\u00a017:2 RCDS\u00a023 aux\u00a0pp\u00a023\u201324; Genevi\u00e8ve Motard, <em>Le principe de personnalit\u00e9 des lois comme voie d\u2019\u00e9mancipation des peuples autochtones<\/em>?<em> Analyse critique des ententes d\u2019autonomie gouvernementale au Canada<\/em>, th\u00e8se de doctorat en droit, Universit\u00e9 Laval,\u00a02013 [non publi\u00e9e] aux pp\u00a040\u201342.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 George R, Proclamation,\u00a07\u00a0octobre\u00a01763 (3\u00a0Geo\u00a0III), reproduite dans LRC\u00a01985, ann\u00a0II, n<sup>o\u00a0<\/sup>1 aux pp\u00a01\u20137 [<em>Proclamation royale de\u00a01763<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir Bradford W Morse, \u00ab\u00a0Indigenous Law and the State Legal System: Conflict and Compatibility\u00a0\u00bb dans Bradford W Morse et Gordon R Woodman, dir, <em>Indigenous Law and the State<\/em>, Dordrecht, Foris,\u00a01988,\u00a0101 \u00e0 la p\u00a0105 [Morse, \u00ab\u00a0Indigenous Law\u00a0\u00bb]. Pour en apprendre davantage sur la fa\u00e7on dont la common law a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie tout en permettant la conservation d\u2019un droit coutumier autochtone, voir <em>ibid<\/em> aux pp\u00a0106\u201307.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir par ex <em>Connolly v Woolrich<\/em> (1867),\u00a017 RJRQ\u00a075,\u00a01 CNLC\u00a070 (CS), conf par (1869)\u00a017 RJRQ\u00a0266,\u00a01 CNLC\u00a0151 (CA); <em>Kitchooalik v Tucktoo<\/em> (1972),\u00a028 DLR (3<sup>e<\/sup>)\u00a0483, [1972] NWTJ No\u00a023 (TN-O CA);<em> Re Beaulieu\u2019s Adoption Petition<\/em> (1969),\u00a03 DLR (3<sup>e<\/sup>)\u00a0479, [1969] NWTJ No\u00a04 (TN-O Terr Ct); <em>Re Adoption of Katie<\/em> (1961),\u00a032 DLR (2<sup>e<\/sup>)\u00a0686, [1961] NWTJ No\u00a02 (TN-O Terr Ct); <em>Casimel v Insurance Corp of British Columbia<\/em> (1993),\u00a0106 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a0720, [1994]\u00a02 CNLR\u00a022 (BC CA);<em> Casimel v Insurance Corp of British Columbia<\/em> (1991), [1992]\u00a01 CNLR\u00a084,\u00a01991 CanLII\u00a02273 (BC SC);<em> Michell v Dennis and Dennis<\/em> (1983), [1984]\u00a02 CNLR\u00a091,\u00a01983 CanLII\u00a0670 (BC SC). Les tribunaux de premi\u00e8re instance dans les affaires <em>Casimel<\/em> et <em>Michell<\/em> avaient conclu que l\u2019adoption coutumi\u00e8re ne permettait pas aux parents adoptifs d\u2019\u00eatre qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0parents\u00a0\u00bb par les lois de l\u2019\u00c9tat. Plus r\u00e9cemment, voir l\u2019affaire <em>Adoption\u00a0<\/em>\u2014<em>\u00a01212<\/em>,\u00a02012 QCCQ\u00a02873 aux para\u00a0505\u201306, dans laquelle le tribunal conclut que l\u2019adoption n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e conform\u00e9ment au droit coutumier cri. Voir notamment Bradford W Morse, \u00ab\u00a0Indian and Inuit Family Law and the Canadian Legal System\u00a0\u00bb (1980)\u00a08:2 Am Indian L Rev\u00a0199; Morse, \u00ab\u00a0Indigenous Law\u00a0\u00bb, <em>supra<\/em> note\u00a04 aux pp\u00a0105\u201309; Norman K Zlotkin, \u00ab\u00a0Judicial Recognition of Aboriginal Customary Law in Canada: Selected Marriage and Adoption Cases\u00a0\u00bb (1984)\u00a04 CNLR\u00a01.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir toutefois <em>Nation Tsilhqot\u2019in c Colombie-Britanique<\/em>, 2014 CSC 44 au para\u00a035 [<em>Nation Tsilhqot\u2019in<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir Genevi\u00e8ve Motard et Mathieu-Joffre Lain\u00e9, \u00ab\u00a0Prendre le droit autochtone au s\u00e9rieux\u00a0: entretien avec Hadley Louise Friedland\u00a0\u00bb (2016)\u00a040:2 Anthropologie &amp; Soc\u00a0195 aux\u00a0pp\u00a0195\u201397 [Motard et Lain\u00e9, \u00ab\u00a0Entretien\u00a0\u00bb].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir Denis Alland et St\u00e9phane Rials, dir, <em>Dictionnaire de la culture juridique<\/em>, Paris, Presses universitaires de France,\u00a02003, <em>sub verbo<\/em> \u00ab\u00a0pluralisme juridique\u00a0\u00bb aux pp\u00a01158\u201359.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Jean Carbonnier, <em>Sociologie juridique<\/em>, Paris, Presses universitaires de France,\u00a01978 \u00e0 la p\u00a0210. Voir aussi Brian Z Tamanaha, \u00ab\u00a0Understanding Legal Pluralism: Past to Present, Local to Global\u00a0\u00bb (2008)\u00a030:3 Sydney L Rev\u00a0375; Franz von Benda-Beckmann, \u00ab\u00a0Who\u2019s Afraid of Legal Pluralism?\u00a0\u00bb (2002)\u00a034:47 J Leg Pluralism &amp; Unofficial L\u00a037; John Griffiths, \u00ab\u00a0What Is Legal Pluralism?\u00a0\u00bb (1986)\u00a018:24 J Leg Pluralism &amp; Unofficial L\u00a01.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Emmanuelle Piccoli, Genevi\u00e8ve Motard et Christoph Eberhard, \u00ab\u00a0Pr\u00e9sentation\u00a0: les vies du pluralisme, entre l\u2019anthropologie et le droit\u00a0\u00bb (2016)\u00a040:2 Anthropologie &amp; Soc\u00a09 \u00e0\u00a0la\u00a0p\u00a015.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> \u00a0\u00a0 L\u2019analyse plurale des interactions entre les normes formelles du droit offre en effet une perspective int\u00e9ressante pour \u00e9tudier les relations entre les cultures juridiques dans des situations postcoloniales (voir Ghislain Otis, \u00ab\u00a0Les figures de la th\u00e9orie pluraliste dans la recherche juridique\u00a0\u00bb dans Ghislain Otis, dir, <em>M\u00e9thodologie du pluralisme juridique<\/em>, Paris, Karthala,\u00a02012,\u00a09 aux pp\u00a013\u201315 [Otis, \u00ab\u00a0Figures\u00a0\u00bb]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> \u00a0\u00a0 Motard et Lain\u00e9, \u00ab\u00a0Entretien\u00a0\u00bb, <em>supra <\/em>note\u00a07 \u00e0 la p\u00a0199.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> \u00a0\u00a0 Pour des pr\u00e9cisions concernant la m\u00e9thodologie retenue, voir Pierrot Ross-Tremblay, Genevi\u00e8ve Motard et Sylvie Vincent, \u00ab\u00a0Acc\u00e8s \u00e0 la terre et gestion des ressources\u00a0: perspectives du droit innu et du droit \u00e9tatique qu\u00e9b\u00e9cois\u00a0\u00bb (15\u00a0mai\u00a02015), rapport de recherche dans le cadre du projet <em>\u00c9tat et cultures juridiques autochtones\u00a0<\/em>:<em> un droit en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9 <\/em>aux pp 6\u20139, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Legitimus<\/em>\u00a0&lt;legitimus.ca&gt; [perma.cc\/CFM9-6UH6] (les parties\u00a01 et\u00a02 de ce texte sont issues de ce rapport de recherche, ainsi qu\u2019en partie du rapport suivant, compl\u00e9t\u00e9 le\u00a016\u00a0octobre\u00a02016).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> \u00a0\u00a0 Comme l\u2019expliquait Alain Bissonnette il y a d\u00e9j\u00e0 plusieurs ann\u00e9es,\u00a0\u00ab\u00a0[p]our qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la diversit\u00e9 culturelle, il convient d\u2019\u00e9viter le d\u00e9faut de certains juristes qui prennent leur propre syst\u00e8me pour r\u00e9f\u00e9rent et ainsi ram\u00e8nent l\u2019observation de l\u2019autre \u00e0 des crit\u00e8res qui sont valides dans leur propre culture mais qui n\u2019offrent aucune garantie de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 et d\u2019universalit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(Alain Bissonnette, \u00ab\u00a0Un regard d\u2019anthropologue sur le dialogue entre les traditions juridiques notamment en mati\u00e8re de rapports au territoire\u00a0\u00bb dans Myriam J\u00e9z\u00e9quel, dir, <em>La justice \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la diversit\u00e9 culturelle<\/em>, Cowansville, Yvon Blais,\u00a02007,\u00a0191 aux pp 194\u201395).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> \u00a0\u00a0 Ce travail a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par une \u00e9quipe de chercheurs dont les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9s dans un rapport de recherche en\u00a02015 (Ross-Tremblay, Motard et Vincent, <em>supra<\/em> note\u00a013). L\u2019analyse du droit innu a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019anthropologue Sylvie Vincent (<em>ibid<\/em>)<em>.<\/em> La sous-section\u00a0B de la Partie\u00a0I de ce texte rend compte des conclusions de ce rapport auxquelles ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9es nos propres recherches doctrinales.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> \u00a0 LRC\u00a01985, c I-5.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Motard, <em>supra<\/em> note\u00a02 aux pp\u00a082\u201388.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir par ex Henri Dorion et Jean-Paul Lacasse, <em>Le Qu\u00e9bec\u00a0<\/em>:<em> territoire incertain<\/em>, Qu\u00e9bec, Septentrion,\u00a02011 aux pp\u00a026\u201329.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir<em> i<\/em><em>bid<\/em> aux pp\u00a026\u201327.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Andrea Brighenti, \u00ab\u00a0On Territory as Relationship and Law as Territory\u00a0\u00bb (2006)\u00a021:2 RCDS\u00a065. D\u2019apr\u00e8s cette auteure, le territoire n\u2019est pas seulement un espace. En effet, selon l\u2019approche \u00e9thologique du concept de territoire, celui-ci est d\u00e9fini par le rapport que les animaux et les humains entretiennent avec lui\u00a0:<\/p>\n<p><em>Territorial animals are endowed with territoriality, which we may think of as a habitus of action and, above all, of reaction. Territoriality does not manifest itself as a constantly visible behaviour. It can be latent until a cospecific (a member of the same species) displaying a type of behaviour that is considered intrusive makes its appearance. In short, territoriality is virtual: it is a disposition to act\u2014or better, react\u2014according to given patterns (generally, aggressive\/defensive patterns) under given circumstances<\/em> (<em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a067).<\/p>\n<p>Le territoire est alors intimement li\u00e9 \u00e0 sa fonction, par exemple la d\u00e9fense ou le contr\u00f4le (voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a068). Cette conception du territoire s\u2019oppose essentiellement \u00e0 celle de Robert David Sack, qui con\u00e7oit plut\u00f4t le territoire comme une strat\u00e9gie de pouvoir (voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a069). Pour distinguer le territoire (virtuel) du \u00ab\u00a0<em>home range<\/em>\u00a0\u00bb, ce dernier \u00e9tant li\u00e9 au v\u00e9cu, \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience et aux liens entre le territoire et l\u2019identit\u00e9 individuelle, voir <em>ibid<\/em> aux pp\u00a068\u201369,\u00a072\u201373.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> \u00a0\u00a0 Dorion et Lacasse, <em>supra<\/em> note\u00a018 \u00e0 la p\u00a026.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> \u00a0\u00a0 Alexandre Brun et al, \u00ab\u00a0Le Plan Nord\u00a0: enjeux g\u00e9opolitiques actuels au regard des \u201cPlans Nord\u201d pass\u00e9s\u00a0\u00bb (2017)\u00a058:2 Recherches sociographiques\u00a0297 \u00e0\u00a0la\u00a0p\u00a0301.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Genevi\u00e8ve Nootens, <em>D\u00e9senclaver la d\u00e9mocratie\u00a0<\/em>:<em> des huguenots \u00e0 la paix des Braves<\/em>, Montr\u00e9al, Qu\u00e9bec Am\u00e9rique,\u00a02004 aux pp\u00a036\u201337. Cette \u00e9quation du politique et du territoire est une id\u00e9e somme toute r\u00e9cente et culturellement d\u00e9termin\u00e9e. En ce sens, la fonction du territoire est li\u00e9e au d\u00e9veloppement de l\u2019\u00c9tat-nation et est culturellement d\u00e9finie\u00a0: \u00ab\u00a0[l]e contr\u00f4le territorial caract\u00e9ristique de l\u2019\u00c9tat national constitue, tout comme cet \u00c9tat lui-m\u00eame, une forme historique et culturelle particuli\u00e8re, distincte du lien \u00e9tabli par la Cit\u00e9 (qui fragmente les espaces), l\u2019Empire (dont la logique est l\u2019expansion) et la f\u00e9odalit\u00e9 (o\u00f9 le lien d\u2019all\u00e9geance est avant tout personnel)\u00a0\u00bb\u00a0(<em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a033).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> \u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Le principe de souverainet\u00e9 permanente sur les ressources naturelles [\u2026] est un corollaire n\u00e9cessaire du principe de la souverainet\u00e9 territoriale\u00a0\u00bb (Jean-Maurice Arbour, Sophie Lavall\u00e9e et H\u00e9l\u00e8ne Trudeau, <em>Droit international de l\u2019environnement<\/em>,\u00a02<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Cowansville, Yvon Blais,\u00a02012 \u00e0 la p\u00a0108). Le principe de souverainet\u00e9 permanente sur les ressources naturelles a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 par de multiples r\u00e9solutions des Nations Unies (voir notamment <em>D\u00e9claration sur l\u2019octroi de l\u2019ind\u00e9pendance aux pays et aux peuples coloniaux<\/em>, R\u00e9s AG\u00a01514 (XV), Doc off AG NU,\u00a015<sup>e<\/sup>\u00a0sess, supp n\u25e6\u00a016, Doc NU A\/4684 (1960)\u00a070 \u00e0 la p\u00a070; <em>Souverainet\u00e9 permanente sur les ressources naturelles<\/em>, R\u00e9s AG\u00a01803 (XVII), Doc off AG NU,\u00a017<sup>e<\/sup>\u00a0sess, supp n\u25e6\u00a017, Doc NU A\/5217 (1962)\u00a015 \u00e0 la p\u00a015; <em>Charte des droits et devoirs \u00e9conomiques des \u00c9tats,<\/em> R\u00e9s AG\u00a03281 (XXIX), Doc off AG NU,\u00a029<sup>e<\/sup>\u00a0sess, supp n\u25e6\u00a031, Doc NU A\/9631 (1974)\u00a054 \u00e0 la p\u00a054; <em>D\u00e9claration sur le droit au d\u00e9veloppement<\/em>, R\u00e9s AG 41\/128, Doc off AG NU,\u00a041<sup>e<\/sup>\u00a0sess, supp n\u25e6\u00a053, Doc NU A\/41\/53 (1986) 196 \u00e0 la p\u00a0196). Le principe de souverainet\u00e9 permanente sur les ressources naturelles a par ailleurs acquis le statut de droit g\u00e9n\u00e9ral coutumier (voir Arbour, Lavall\u00e9e et Trudeau, <em>supra<\/em> note\u00a024 \u00e0 la p\u00a093. Voir aussi David Ruzi\u00e9 et G\u00e9rard Teboul, <em>Droit international public<\/em>,\u00a023<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Paris, Dalloz,\u00a02015 aux pp\u00a079,\u00a0102).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Jean Salmon, dir, <em>Dictionnaire de droit international public<\/em>, Bruxelles, Bruylant,\u00a02001, <em>sub verbo<\/em> \u00ab\u00a0territoire\u00a0\u00bb; Claude Emanuelli, <em>Droit international public\u00a0<\/em>:<em> contribution \u00e0 l\u2019\u00e9tude du droit international selon une perspective canadienne<\/em>,\u00a03<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Montr\u00e9al, Wilson &amp; Lafleur,\u00a02010 \u00e0 la p\u00a0183 et s. En ce qui concerne le Qu\u00e9bec, voir\u00a0<em>Loi sur les terres du domaine de l\u2019\u00c9tat<\/em>, RLRQ c\u00a0T-8.1, art\u00a01 [<em>Loi sur les terres de l\u2019\u00c9tat<\/em>] (cette disposition pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0[l]a pr\u00e9sente loi s\u2019applique \u00e0 toutes les terres qui font partie du domaine de l\u2019\u00c9tat, y compris le lit des cours d\u2019eau et des lacs, de m\u00eame que les parties du lit du fleuve Saint-Laurent et du golfe du Saint-Laurent appartenant au Qu\u00e9bec <em>par droit de souverainet\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb [nos italiques]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> \u00a0 Voir par ex <em>Loi sur l\u2019am\u00e9nagement durable du territoire forestier<\/em>, RLRQ c\u00a0A-18.1, arts\u00a015\u201316 (ces articles permettent de diviser le territoire en unit\u00e9s d\u2019am\u00e9nagement, lesquelles sont d\u00e9limit\u00e9es par le ministre et am\u00e9nag\u00e9es en fonction de leurs caract\u00e9ristiques propres).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Loi constitutionnelle de\u00a01867 <\/em>(R-U),\u00a030 &amp;\u00a031 Vict, c\u00a03, partie\u00a0VI, reproduit dans LRC\u00a01985, annexe\u00a0II, n<sup>o<\/sup>\u00a05.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> \u00a0\u00a0 Jean-Paul Lacasse, \u00ab\u00a0Le territoire dans l\u2019univers innu aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb (1996)\u00a040:110 Cahiers G\u00e9ographie Q\u00a0185 \u00e0 la p\u00a0192 [Lacasse, \u00ab\u00a0Territoire\u00a0\u00bb].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir art\u00a0913 CcQ; Hubert Reid, <em>Dictionnaire de droit qu\u00e9b\u00e9cois et canadien<\/em>,\u00a05<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Montr\u00e9al, Wilson &amp; Lafleur,\u00a02015, <em>sub verbo<\/em> \u00ab\u00a0bien commun\u00a0\u00bb\u00a0(se d\u00e9finit comme un \u00ab\u00a0[b]ien qui n\u2019est pas susceptible d\u2019appropriation et dont l\u2019usage est commun \u00e0 tous\u00a0\u00bb), \u00ab\u00a0<em>res communis\u00a0<\/em>\u00bb (qui signifie\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026]\u00a0\u201dchose commune\u201d et qui d\u00e9signe un bien qui n\u2019appartient \u00e0 personne et dont l\u2019usage est commun \u00e0 tous\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> \u00a0\u00a0 Pour une explication du concept de \u00ab\u00a0<em>free mining<\/em>\u00a0\u00bb, voir Sophie Th\u00e9riault, \u00ab\u00a0Repenser les fondements du r\u00e9gime minier qu\u00e9b\u00e9cois au regard de l\u2019obligation de la Couronne de consulter et d\u2019accommoder les peuples autochtones\u00a0\u00bb (2010)\u00a06:2 RDPDD\u00a0217 \u00e0 la p\u00a0224<em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Loi affirmant le caract\u00e8re collectif des ressources en eau et favorisant une meilleure gouvernance de l\u2019eau et des milieux associ\u00e9s<\/em>, RLRQ c\u00a0C-6.2, art\u00a02 [<em>Loi sur le caract\u00e8re collectif des ressources en eau<\/em>]<em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Loi sur les terres<\/em><em> de l\u2019\u00c9tat<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a025, art\u00a053.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir art 918 CcQ. Voir aussi <em>Loi sur les terres de l\u2019\u00c9tat<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a025, art 3.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir art\u00a0953 CcQ.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> \u00a0\u00a0 Ces principes sont les suivants\u00a0: sant\u00e9 et qualit\u00e9 de vie, \u00e9quit\u00e9 et solidarit\u00e9 sociales, protection de l\u2019environnement, efficacit\u00e9 \u00e9conomique, participation et engagement, acc\u00e8s au savoir, subsidiarit\u00e9, partenariat et coop\u00e9ration intergouvernementale, pr\u00e9vention, pr\u00e9caution, protection du patrimoine culturel, pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9, respect de la capacit\u00e9 de support des \u00e9cosyst\u00e8mes, production et consommation responsables, pollueur payeur et internalisation des co\u00fbts (<em>Loi sur le d\u00e9veloppement durable<\/em>, RLRQ c D-8.1.1, art\u00a06).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> \u00a0 Voir <em>ibid<\/em>, art\u00a07 et s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a><em> \u00a0 <\/em>RLRQ c C-61.1, disposition pr\u00e9liminaire [<em>Loi sur la conservation de la faune<\/em>]; <em>supra<\/em> note\u00a031, pr\u00e9ambule.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> \u00a0 Voir <em>i<\/em><em>bid<\/em>, arts\u00a04\u20137.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> \u00a0\u00a0 L\u2019\u00c9tat, les organismes de gestion et les communaut\u00e9s autochtones.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Supra <\/em>note\u00a026, art\u00a01(3).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Supra <\/em>note\u00a037, art\u00a024.1.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> \u00a0 <em>Supra <\/em>note\u00a031, art\u00a04.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> \u00a0 <em>Ibid<\/em>, arts\u00a06,\u00a09,\u00a011.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Loi sur les mines<\/em>, RLRQ c M-13.1, pr\u00e9ambule, qui \u00e9nonce ce principe. La <em>Loi sur les terres de l\u2019\u00c9tat <\/em>(<em>supra<\/em> note\u00a025, art\u00a024) pr\u00e9voit la prise en compte des communaut\u00e9s dans l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un plan d\u2019affectation<em>. <\/em>La<em> Loi sur les mines <\/em>(<em>supra<\/em> note\u00a044, arts\u00a02.1\u20132.3), la <em>Loi sur l\u2019am\u00e9nagement durable du territoire forestier <\/em>(<em>supra <\/em>note\u00a026, arts\u00a06\u20137) et la <em>Loi sur la conservation de la faune <\/em>(<em>supra <\/em>note\u00a037, arts\u00a024.1\u201324.2) comprennent des dispositions qui se rapportent \u00e0 la prise en compte ou \u00e0 la consultation des communaut\u00e9s autochtones. L\u2019obligation de consulter constitue en fait une obligation de nature constitutionnelle d\u00e9coulant de l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019article\u00a035 de la <em>Loi constitutionnelle de\u00a01982<\/em>. On pourrait rattacher l\u2019obligation de consulter \u00e0 des principes constitutionnels, par exemple l\u2019obligation de l\u2019\u00c9tat d\u2019agir honorablement dans tous ses rapports avec les peuples autochtones (principe de l\u2019honneur de la Couronne) et le respect des droits des minorit\u00e9s (voir les d\u00e9cisions\u00a0<em>R\u00a0c\u00a0Sparrow<\/em>, [1990]\u00a01 RCS\u00a01075 aux pp\u00a01111\u201319,\u00a070 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a0385; <em>Nation Ha\u00efda\u00a0c Colombie-Britannique <\/em>(<em>Ministre des For\u00eats<\/em>),\u00a02004 CSC\u00a073 [<em>Nation Ha\u00efda<\/em>]; <em>Premi\u00e8re nation Tlingit de Taku River c Colombie-Britannique <\/em>(<em>Directeur d\u2019\u00e9valuation de projet<\/em>),<em>\u00a0<\/em>2004 CSC\u00a074 [<em>Taku River<\/em>]; <em>Beckman c Premi\u00e8re nation de Little Salmon\/Carmacks<\/em>,\u00a02010 CSC\u00a053; <em>Rio Tinto Alcan Inc c<\/em> <em>Conseil tribal Carrier Sekani<\/em>,\u00a02010 CSC\u00a043 [<em>Carrier Sekani<\/em>])<em>.<\/em> Au Qu\u00e9bec, voir Qu\u00e9bec, Secr\u00e9tariat aux affaires autochtones, <em>Guide int\u00e9rimaire en mati\u00e8re de consultation des communaut\u00e9s autochtones<\/em>,\u00a02008 (mise \u00e0 jour),\u00a0en ligne (pdf)\u00a0: <em>Secr\u00e9tariat aux affaires autochtones<\/em> &lt;autochtones.gouv.qc.ca&gt; [perma.cc\/B6Q6-E6YB] (la version initiale de ce guide fut adopt\u00e9e en\u00a02006). Par ailleurs, la <em>Loi<\/em><em> sur la qualit\u00e9 de l\u2019environnement<\/em> (RLRQ c Q-2, art\u00a019.1) rappelle que chacun a droit \u00e0 la qualit\u00e9 de l\u2019environnement (dans la mesure pr\u00e9vue par la loi).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> \u00a0\u00a0 L\u2019am\u00e9nagement \u00e9cosyst\u00e9mique se met en place dans des territoires o\u00f9 agissent une multitude d\u2019acteurs aux valeurs et aux besoins vari\u00e9s. Il s\u2019inscrit dans une d\u00e9marche de gestion int\u00e9gr\u00e9e des ressources et du territoire qui facilite la participation de ces acteurs et qui aborde simultan\u00e9ment les enjeux \u00e9cologiques, sociaux et \u00e9conomiques (voir Qu\u00e9bec, Minist\u00e8re des For\u00eats, de la Faune et des Parcs, \u00ab\u00a0L\u2019am\u00e9nagement \u00e9cosyst\u00e9mique\u00a0: au c\u0153ur de la gestion des for\u00eats\u00a0\u00bb (derni\u00e8re consultation le\u00a027\u00a0mai\u00a02020), en ligne\u00a0: <em>For\u00eats<\/em>,<em> Faune et Parcs Qu\u00e9bec<\/em> &lt;mffp.gouv.qc.ca&gt; [perma.cc\/6A75-GHZL]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Supra <\/em>note\u00a026, pr\u00e9ambule.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> \u00a0\u00a0 Sur la notion de d\u00e9veloppement et ses \u00e9volutions, voir\u00a0Pierre Bezbakh et Sophie Gherardi, dir, <em>Dictionnaire de l\u2019\u00e9conomie<\/em>, Paris, Larousse,\u00a02008, <em>sub verbo <\/em>\u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb; Fran\u00e7ois Perroux, <em>L\u2019\u00e9conomie du\u00a0XXe\u00a0si\u00e8cle<\/em>,\u00a03<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Paris, Presses Universitaires de France,\u00a01969 aux pp\u00a0191\u2013207; Pierre Beaudet, Jessica Schafer et Paul Haslam, <em>Introduction au d\u00e9veloppement international\u00a0<\/em>: <em>approches et enjeux<\/em>, Ottawa, Presses de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa,\u00a02008; Elsa Assidon, <em>Les th\u00e9ories \u00e9conomiques du d\u00e9veloppement<\/em>, 3<sup>e<\/sup> \u00e9d, Paris, La D\u00e9couverte,\u00a02002; Fatoumata Kaba, \u00ab\u00a0Les atteintes au droit au d\u00e9veloppement des peuples autochtones dans le contexte de l\u2019exploitation mini\u00e8re\u00a0\u00bb, conf\u00e9rence dans le cadre du Colloque sur les peuples autochtones et l\u2019industrie extractive, pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa,\u00a017\u201321\u00a0octobre\u00a02016.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Fr\u00e9d\u00e9ric Lasserre, \u00ab\u00a0L\u2019eau, la for\u00eat, les barrages du Nord du Qu\u00e9bec\u00a0: un territoire instrumentalis\u00e9?\u00a0\u00bb dans Fr\u00e9d\u00e9ric Lasserre et Aline Lechaume, dir, <em>Le territoire pens\u00e9\u00a0<\/em>:<em> g\u00e9ographie des repr\u00e9sentations territoriales<\/em>, Qu\u00e9bec, Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec,\u00a02003,\u00a013; Fr\u00e9d\u00e9ric Lasserre, <em>Le Canada d\u2019un mythe \u00e0 l\u2019autre\u00a0<\/em>: <em>territoire et images du territoire<\/em>, Montr\u00e9al, Hurtubise,\u00a01998 \u00e0 la p\u00a0213 et s [Lasserre, <em>Le Canada d\u2019un mythe \u00e0 l\u2019autre<\/em>] (l\u2019auteur y pr\u00e9sente les diff\u00e9rentes approches qui ont au fil du temps contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir les divisions spatiales au Qu\u00e9bec et au Canada).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Supra<\/em> note\u00a044, pr\u00e9ambule; <em>supra <\/em>note\u00a026, pr\u00e9ambule.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 Voir Brun et al, <em>supra <\/em>note\u00a022 aux pp\u00a0304\u201312. Les auteurs concluent\u00a0:<\/p>\n<p>Comme l\u2019avan\u00e7ait Serge Bouchard, le Plan Nord appara\u00eet \u00eatre un projet de d\u00e9veloppement \u00e9conomique du Qu\u00e9bec bor\u00e9al similaire \u00e0 ceux que les si\u00e8cles derniers ont connus. Il faut cependant nuancer l\u2019affirmation, car l\u2019analyse montre que plusieurs de ses composantes \u00e9taient absentes des plans pass\u00e9s, particuli\u00e8rement l\u2019attention port\u00e9e aux questions environnementales et \u00e0 la participation des Autochtones. Ce sont d\u2019ailleurs ces caract\u00e9ristiques qui distinguent le Plan Nord des plans de d\u00e9veloppement d\u2019autres \u00c9tats miniers avec lesquels la province est en comp\u00e9tition pour attirer les investissements. Le gouvernement du Qu\u00e9bec serait en mauvaise posture s\u2019il ne concevait pas un projet inclusif, \u00ab\u00a0vert\u00a0\u00bb, respectueux des communaut\u00e9s autochtones, et porteur de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise. Or, cette question de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral est pr\u00e9cis\u00e9ment un enjeu majeur des grands projets d\u2019am\u00e9nagement du territoire\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em> \u00e0\u00a0la\u00a0p\u00a0320).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid <\/em>aux pp\u00a0304,\u00a0310; Lasserre, <em>Le Canada d\u2019un mythe \u00e0 l\u2019autre<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a048 aux pp\u00a0236\u201337.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> \u00a0\u00a0 Catherine Iorns Magallanes conclut de fa\u00e7on similaire en ce qui concerne les territorialit\u00e9s autochtones et occidentales et explique que le d\u00e9veloppement de l\u2019agriculture a amen\u00e9 la transformation des cultures, des religions et du rapport au territoire et \u00e0 l\u2019environnement (voir Catherine J Iorns Magallanes, \u00ab\u00a0Maori Cultural Rights in Aotearoa New Zealand: Protecting the Cosmology that Protects the Environment\u00a0\u00bb (2016)\u00a021:2 Widener L Rev\u00a0273 aux pp\u00a0276\u201384). Sur l\u2019\u00e9tude du droit qu\u00e9b\u00e9cois, voir Genevi\u00e8ve Motard et Pierrot Ross-Tremblay, \u00ab\u00a0El acceso y la gesti\u00f3n de tierras y los recursos naturales en el derecho quebequ\u00e9s: \u00bfcu\u00e1l reconocimiento para los sistemas jur\u00eddicos ind\u00edgenas? \u00bb dans Pedro Garz\u00f3n L\u00f3pez et Oscar Mej\u00eda Mesa, dir, <em>Pueblos ind\u00edgenas y estado<\/em>:<em> avances<\/em>,<em> l\u00edmites y desaf\u00edos del reconocimiento ind\u00edgena<\/em>, Quito, Abya Yala,\u00a02019,\u00a0203.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Ross-Tremblay, Motard et Vincent, <em>supra <\/em>note\u00a013.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> \u00a0\u00a0 Sur la port\u00e9e normative des r\u00e9cits innus, voir aussi R\u00e9mi Savard, <em>La for\u00eat vive\u00a0<\/em>:<em> r\u00e9cits fondateurs du peuple innu<\/em>, Montr\u00e9al, Bor\u00e9al,\u00a02004 \u00e0 la p\u00a0173; Bissonnette, s<em>upra <\/em>note\u00a014 aux pp\u00a0197\u2013203.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Ross-Tremblay, Motard et Vincent, <em>supra <\/em>note\u00a013 \u00e0 la p\u00a014.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a020.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a> \u00a0\u00a0 Sur les sources normatives des traditions juridiques autochtones, voir S\u00e9bastien Grammond, <em>Terms of Coexistence<\/em>:<em> Indigenous Peoples and Canadian Law<\/em>, Toronto, Carswell,\u00a02013 aux pp\u00a0368\u201374.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid <\/em>\u00e0 la p\u00a0372; Savard, <em>supra<\/em> note\u00a054 aux pp\u00a0169\u201370 (\u00e0 travers les changements apport\u00e9s \u00e0 un mythe innu, l\u2019auteur donne l\u2019exemple des modifications faites \u00e0 la r\u00e8gle du partage et qui ont permis aux Innus de s\u2019adapter \u00e0 l\u2019intensification du commerce des fourrures).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Lacasse, \u00ab\u00a0Territoire\u00a0\u00bb, <em>supra<\/em> note\u00a028.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a> \u00a0\u00a0 Ross-Tremblay, Motard et Vincent, <em>supra <\/em>note\u00a013 \u00e0 la p\u00a09.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir<em> ibid <\/em>aux pp\u00a09\u201310; Lacasse, \u00ab\u00a0Territoire\u00a0\u00bb, <em>supra<\/em> note\u00a028 \u00e0 la p\u00a0188.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir notamment Genevi\u00e8ve Motard et Mathieu-Joffre Lain\u00e9, \u00ab\u00a0Territoire, espace public et langues autochtones\u00a0: le cas du Qu\u00e9bec\u00a0\u00bb dans Alain-G Gagnon et Pierre Noreau, dir, <em>Constitutionnalisme<\/em>,<em> droits et diversit\u00e9\u00a0<\/em>:<em> m\u00e9langes en l\u2019honneur de Jos\u00e9 Woehrling<\/em>, Montr\u00e9al, Th\u00e9mis,\u00a02017,\u00a0253 aux pp\u00a0279\u201386.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\">[63]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Ross-Tremblay, Motard et Vincent, <em>supra <\/em>note\u00a013 \u00e0 la p\u00a016.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\">[64]<\/a> \u00a0 <em>Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a020.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\">[65]<\/a> \u00a0 Ces r\u00e8gles sont notamment pr\u00e9sent\u00e9es dans Jean-Paul Lacasse, <em>Les Innus et le territoire\u00a0<\/em>:<em> Innu tipenitamun<\/em>, Qu\u00e9bec, Septentrion,\u00a02004 [Lacasse, <em>Innu tipenitamun<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\">[66]<\/a> \u00a0\u00a0 Mashteuiatsh, Pekuakamiulnuatsh Takuhikan, <em>Tshe eshi nashekanitsh kie tshe eshi pampalitsh kassinu e mamushtakanitsh ahitun<\/em> [Code de pratique unifi\u00e9]\u00a0:<em> Nuhtshimiu ahitun miam ka nituhunanutsh<\/em> [Activit\u00e9s traditionnelles reli\u00e9es \u00e0 la faune], mai\u00a02008 (modifi\u00e9 le\u00a08\u00a0ao\u00fbt\u00a02012), en ligne (pdf)\u00a0: <em>Mashteuiatsh<\/em> &lt;mashteuiatsh.ca&gt; [perma.cc\/<br \/>\nY5WR-6PA7].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref67\" name=\"_ftn67\">[67]<\/a> \u00a0\u00a0 Lacasse, \u00ab\u00a0Territoire\u00a0\u00bb, <em>supra<\/em> note\u00a028 \u00e0 la p\u00a0200.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref68\" name=\"_ftn68\">[68]<\/a> \u00a0\u00a0 Concernant la garde coutumi\u00e8re et l\u2019adoption, voir arts\u00a0199.10 et\u00a0543.1 CcQ, modifi\u00e9s par le PL\u00a0113 (<em>Loi modifiant le Code civil et d\u2019autres dispositions l\u00e9gislatives en mati\u00e8re d\u2019adoption et de communication de renseignements<\/em>,\u00a01<sup>re<\/sup> sess,\u00a041<sup>e <\/sup>l\u00e9g, Qu\u00e9bec,\u00a02017 (sanctionn\u00e9 le\u00a016\u00a0juin\u00a02017), LQ\u00a02017, c\u00a012 (non en vigueur), arts\u00a010,\u00a013).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn69\">[69]<\/a> \u00a0\u00a0 Kent McNeil, \u00ab\u00a0La Relativit\u00e9 de la Souverainet\u00e9 de Jure au Canada,\u00a01600-2016\u00a0\u00bb (2016) Osgoode Hall Law School Research Paper No\u00a040 \u00e0 la p\u00a07, en ligne (pdf)\u00a0: <em>SSRN<\/em> &lt;papers.ssrn.com&gt; [perma.cc\/3BCC-DD6Y].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref70\" name=\"_ftn70\">[70]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Bill Ashcroft, Gareth Griffiths et Helen Tiffin, <em>Post-Colonial Studies<\/em>:<em> the Key Concepts<\/em>,\u00a02<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, New York, Routledge,\u00a02007 aux pp\u00a0106\u201307. Sur le m\u00eame sujet, voir aussi Jane Hiddleston, <em>Understanding Postcolonialism<\/em>, New York, Acumen,\u00a02009 \u00e0 la p\u00a011.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref71\" name=\"_ftn71\">[71]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Andr\u00e9e Lajoie,<em> Le r\u00f4le des femmes et des a\u00een\u00e9s dans la gouvernance autochtone au Qu\u00e9bec<\/em>, Montr\u00e9al, Th\u00e9mis,\u00a02009.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref72\" name=\"_ftn72\">[72]<\/a> \u00a0\u00a0 Sur la n\u00e9cessaire remise en question des concepts et cat\u00e9gories qui permettent de \u00ab\u00a0nommer\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0penser\u00a0\u00bb le monde afin de revoir les relations entre Autochtones et Allochtones, voir Pierre Noreau, \u00ab\u00a0La gouvernance autochtone\u00a0: penser hors du livre\u00a0\u00bb dans Pierre Noreau, dir, <em>Gouvernance autochtone\u00a0<\/em>:<em> reconfiguration d\u2019un avenir collectif<\/em>, Montr\u00e9al, Th\u00e9mis,\u00a02010,\u00a0XV aux pp\u00a0XIX\u2013XXIII.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref73\" name=\"_ftn73\">[73]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Supra<\/em> note\u00a031, pr\u00e9ambule, art\u00a08 (pour plus de d\u00e9tails sur cette loi et sur les notions d\u2019\u00c9tat gardien et de patrimoine commun, voir la note\u00a0141).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref74\" name=\"_ftn74\">[74]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid<\/em>, pr\u00e9ambule.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref75\" name=\"_ftn75\">[75]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Jean-Olivier Roy, \u00ab\u00a0Identit\u00e9 et territoire chez les Innus du Qu\u00e9bec\u00a0: regard sur des entretiens (2013\u20132014)\u00a0\u00bb (2015)\u00a045:2\/3 Recherches am\u00e9rindiennes au Q\u00a047 \u00e0 la p\u00a051.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref76\" name=\"_ftn76\">[76]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Raimundo Panikkar, \u00ab\u00a0La notion des droits de l\u2019homme est-elle un concept occidental?\u00a0\u00bb (1982)\u00a0120 Diog\u00e8ne\u00a087 \u00e0 la p\u00a089.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref77\" name=\"_ftn77\">[77]<\/a> \u00a0\u00a0 Benoit \u00c9thier, \u00ab Pluralisme juridique et contemporan\u00e9it\u00e9 des droits et des responsabili-t\u00e9s territoriales chez les Atikamekw Nehirowisiwok \u00bb (2016) 40:2 Anthropologie &amp; Soc 177 aux pp 181\u201382. En langue innue, l\u2019expression tiperitamowin se traduit par ti-penitamun. \u00ab [R]etenons que le concept tiperitamowin est essentiellement utilis\u00e9 [\u2026] pour parler de l\u2019influence, du contr\u00f4le ou de la ma\u00eetrise qu\u2019exerce une personne \u00bb (<em>ibid<\/em> \u00e0 la p 182).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref78\" name=\"_ftn78\">[78]<\/a> \u00a0\u00a0 Sous le r\u00e9gime fran\u00e7ais, la politique indienne \u00e9tait un m\u00e9lange d\u2019\u00e9vang\u00e9lisme, d\u2019alliances militaires et de commerce. \u00ab\u00a0Toutefois l\u2019influence des pr\u00eatres missionnaires conduisit \u00e0 la fondation d\u2019\u00e9tablissements indiens. Ce sont les J\u00e9suites qui ont fait une des premi\u00e8res tentatives en ce sens, \u00e0 Sillery [\u2026]. L\u2019historien Stanley en a conclu que Sillery fut la premi\u00e8re r\u00e9serve indienne au Canada [\u2026]\u00a0\u00bb (Canada, Minist\u00e8re des Affaires indiennes et du Nord, <em>Les r\u00e9serves indiennes au Canada avant la conf\u00e9d\u00e9ration<\/em>, par WMB Henderson, Ottawa, Direction de la recherche, Minist\u00e8re des Affaires indiennes et du Nord,\u00a01980 \u00e0 la p\u00a03). Voir aussi Alain Beaulieu, \u00ab\u00a0\u201dL\u2019on n\u2019a point d\u2019ennemis plus grands que ces sauvages\u201d\u00a0: l\u2019alliance franco-innue revisit\u00e9e (1603-1653)\u00a0\u00bb (2008)\u00a061:3\/4 R Histoire Am\u00e9rique Fran\u00e7aise\u00a0365 \u00e0 la p\u00a0368; <em>Proclamation royale de 1763<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a03; <em>Acte pour mieux prot\u00e9ger les terres et les propri\u00e9t\u00e9s des sauvages dans le Bas-Canada<\/em>, S Prov C\u00a01850, 13 &amp;\u00a014 Vict, c\u00a042; <em>Acte pour mettre a\u0300 part certaines \u00e9tendues de terre pour l\u2019usage de certaines tribus de sauvages dans le Bas-Canada<\/em>, S Prov C\u00a01851, 14 &amp;\u00a015 Vict, c\u00a0106. Pour l\u2019historique relatif \u00e0 l\u2019acte de\u00a01851 qui pr\u00e9voyait la cr\u00e9ation d\u2019une r\u00e9serve \u00e0 Manicouagan, voir G\u00e9rard L Fortin et Jacques Frenette, \u00ab\u00a0L\u2019acte de\u00a01851 et la cr\u00e9ation de nouvelles r\u00e9serves indiennes au Bas-Canada en\u00a01853\u00a0\u00bb (1989)\u00a019:1 Recherches am\u00e9rindiennes au Q\u00a031.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref79\" name=\"_ftn79\">[79]<\/a> \u00a0\u00a0 L\u2019expression ici utilis\u00e9e est de Ghislain Otis. Pour un exemple de ce proc\u00e9d\u00e9, voir\u00a0Otis, \u00ab\u00a0Figures\u00a0\u00bb, <em>supra<\/em> note\u00a011 aux pp\u00a013\u201315). Voir aussi <em>Oliphant v Suquamish Indian Tribe<\/em>,\u00a0435 US\u00a0191 (1978); <em>Montana v United States<\/em>,\u00a0450 US\u00a0544 (1981).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref80\" name=\"_ftn80\">[80]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>R\u00e8glement sur les r\u00e9serves de castor<\/em>, RLRQ c C-61.1, r\u00a028; <em>Loi sur les droits de chasse et de p\u00eache dans les territoires de la Baie James et du Nouveau-Qu\u00e9bec<\/em>, RLRQ c D-13.1. Selon le Minist\u00e8re des For\u00eats, de la Faune et des Parcs (d\u00e9nomm\u00e9 Soci\u00e9t\u00e9 de la faune et des parcs \u00e0 l\u2019\u00e9poque), \u00ab\u00a0[a]vec le temps, d\u2019autres territoires fauniques se sont superpos\u00e9s aux r\u00e9serves \u00e0 castor, dont les r\u00e9serves fauniques, les pourvoiries avec droits exclusifs et les zecs\u00a0\u00bb (Qu\u00e9bec, Direction des territoires fauniques et de la r\u00e9glementation, <em>Territoires<\/em><em> ayant un statut particulier ou faisant l\u2019objet d\u2019une protection particuli\u00e8re<\/em>, Qu\u00e9bec, Soci\u00e9t\u00e9 de la faune et des parcs, juin\u00a02002 \u00e0 la p\u00a024.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref81\" name=\"_ftn81\">[81]<\/a> \u00a0\u00a0 Paul Charest, \u00ab\u00a0Les Montagnais d\u2019autrefois, les Innus d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb (2006)\u00a085 Cap-aux-Diamants\u00a010 \u00e0 la p\u00a013. Pour la liste des r\u00e9serves \u00e0 castor, voir Direction des territoires fauniques et de la r\u00e9glementation, <em>supra<\/em> note\u00a080 \u00e0 la p\u00a025.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref82\" name=\"_ftn82\">[82]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Genevi\u00e8ve Motard et Val\u00e9rie Bergeron-Boutin, \u00ab\u00a0Le Qu\u00e9bec et les traditions juridiques autochtones\u00a0: analyse des politiques publiques en mati\u00e8re de n\u00e9gociations territoriales et d\u2019autonomie\u00a0\u00bb dans Patrick Taillon, Eug\u00e9nie Brouillet et Am\u00e9lie Binette, dir, <em>Un regard qu\u00e9b\u00e9cois sur le droit constitutionnel\u00a0<\/em>:<em> M\u00e9langes en l\u2019honneur d\u2019Henri Brun et de Guy Tremblay<\/em>, Montr\u00e9al, Yvon Blais,\u00a02016,\u00a0597 aux pp\u00a0603\u201305.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref83\" name=\"_ftn83\">[83]<\/a> \u00a0\u00a0 Quinze principes constituant le fondement de l\u2019action gouvernementale \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Autochtones ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9s le\u00a09\u00a0f\u00e9vrier\u00a01983 par le Conseil des ministres (D\u00e9cision\u00a083-20). Ces principes font maintenant partie int\u00e9grante de la mission et de l\u2019orientation du Secr\u00e9tariat aux affaires autochtones. Le principe\u00a01 mentionne que \u00ab\u00a0le Qu\u00e9bec reconna\u00eet que les peuples aborig\u00e8nes du Qu\u00e9bec sont des nations distinctes qui ont droit \u00e0 leur culture, \u00e0 leur langue, \u00e0 leurs coutumes et traditions ainsi que le droit d\u2019orienter elles-m\u00eames le d\u00e9veloppement de cette identit\u00e9 propre\u00a0\u00bb (Qu\u00e9bec, Secr\u00e9tariat aux affaires autochtones, <em>Les fondements de la politique du gouvernement du Qu\u00e9bec en mati\u00e8re autochtone<\/em>, Qu\u00e9bec, Publications du Qu\u00e9bec,\u00a01988 aux pp\u00a03\u20134; Qu\u00e9bec, Secr\u00e9tariat aux affaires autochtones, <em>Partenariat, d\u00e9veloppement, actions<\/em>, Qu\u00e9bec, Secr\u00e9tariat aux affaires autochtones,\u00a01998 \u00e0 la p\u00a018). Le Gouvernement du Qu\u00e9bec a r\u00e9cemment rendu public un nouveau plan d\u2019action, lequel r\u00e9f\u00e8re toujours \u00e0 ces principes\u00a0(Qu\u00e9bec, Secr\u00e9tariat aux affaires autochtones en collaboration avec la Direction des communications, <em>Faire plus, faire mieux<\/em><em>\u00a0<\/em>: <em>Plan d\u2019action gouvernemental pour le d\u00e9veloppement social et culturel des Premi\u00e8res Nations et des Inuits\u00a02017<\/em>&#8211;<em>2022<\/em>, Qu\u00e9bec, Secr\u00e9tariat aux affaires autochtones, juin\u00a02017, aux pp\u00a07,\u00a070, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Secr\u00e9tariat aux affaires autochtones<\/em> &lt;autochtones.gouv.qc.ca&gt; [perma.cc\/ESJ7-6NVX]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref84\" name=\"_ftn84\">[84]<\/a> \u00a0 Voir<em> ibid<\/em>; Paul Charest, \u00ab\u00a0La prise en charge donne-t-elle du pouvoir? L\u2019exemple des Atikamek et des Montagnais\u00a0\u00bb (1992)\u00a016:3 Anthropologie &amp; Soc\u00a055 [Charest, \u00ab\u00a0Prise en charge\u00a0\u00bb].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref85\" name=\"_ftn85\">[85]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Motard et Bergeron-Boutin, <em>supra<\/em> note\u00a082.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref86\" name=\"_ftn86\">[86]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir notamment <em>Nation Ha\u00efda<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a044;<em> Taku River<\/em>,<em> supra <\/em>note\u00a044;<em> Premi\u00e8re nation crie Mikisew c Canada<\/em> (<em>Ministre du Patrimoine canadien<\/em>),<em>\u00a0<\/em>2005 CSC\u00a069; <em>Carrier Sekani<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a044;<em> Nation Tsilhqot\u2019in<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a06 aux para\u00a078\u201380.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref87\" name=\"_ftn87\">[87]<\/a> \u00a0 <em>Supra<\/em> note\u00a044, arts 2.1\u20132.3.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref88\" name=\"_ftn88\">[88]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 <em>Supra <\/em>note\u00a026, arts 6\u20137.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref89\" name=\"_ftn89\">[89]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 Voir <em>Nation Tsilhqot\u2019in<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a06 au para\u00a076. Il faut cependant noter que, m\u00eame en pr\u00e9sence d\u2019un titre ancestral reconnu, l\u2019\u00c9tat peut passer outre l\u2019absence de consentement du groupe autochtone s\u2019il d\u00e9montre que l\u2019utilisation propos\u00e9e est justifi\u00e9e en vertu de l\u2019article 35 de la <em>Loi constitutionnelle de 1982<\/em> (voir <em>ibid<\/em> aux para 76\u201377, 88).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref90\" name=\"_ftn90\">[90]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir\u00a0par ex les effets des droits des peuples autochtones sur les politiques nordiques du gouvernement du Qu\u00e9bec dans Jean Leclair, \u00ab\u00a0L\u2019effet structurant des droits reconnus aux Peuples autochtones sur le d\u00e9bat entourant le Plan Nord\u00a0\u00bb dans Carole L\u00e9vesque, Daniel Sal\u00e9e et Ioana Radu, dir, <em>Les Peuples Autochtones et le Plan Nord\u00a0<\/em>: <em>\u00e9l\u00e9ments pour un d\u00e9bat<\/em>, Cahier DIALOG n\u00b02012-04, Montr\u00e9al, R\u00e9seau de recherche et de connaissances relatives aux peuples autochtones et Institut national de la recherche scientifique,\u00a02012,\u00a065, en ligne (pdf)\u00a0: <em>R\u00e9seau DIALOG<\/em> &lt;reseaudialog.ca&gt; [perma.cc\/872P-MUR6]; Doris Farget et Marie-Pier Fullum-Lavery, \u00ab\u00a0La place r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019avis des peuples autochtones dans le cadre du processus de prise de d\u00e9cision concernant le Plan Nord ou l\u2019exploitation du Nord qu\u00e9b\u00e9cois\u00a0: perspective juridique interne et internationale\u00a0\u00bb (2014)\u00a059:3 RD McGill\u00a0595.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref91\" name=\"_ftn91\">[91]<\/a> \u00a0\u00a0 Ainsi, les d\u00e9bats en assembl\u00e9e qui pr\u00e9c\u00e8dent les d\u00e9cisions des Conseils de bande varient en fonction des communaut\u00e9s et des th\u00e8mes abord\u00e9s. Voir notamment Charest, \u00ab\u00a0Prise en charge\u00a0\u00bb, <em>supra <\/em>note\u00a084 la p\u00a071\u00a0:<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s ce que nous en savons, la participation des membres des bandes aux affaires communautaires varie beaucoup d\u2019une bande \u00e0 l\u2019autre. Elle est g\u00e9n\u00e9ralement beaucoup plus forte dans les plus petites que dans les plus grosses. Dans certains cas, comme \u00e0 La Romaine, toutes les affaires de quelque importance sont d\u00e9battues en assembl\u00e9e publique rassemblant une grande partie des membres adultes, hommes et femmes, de la communaut\u00e9. Dans d\u2019autres cas, comme \u00e0 Betsiamites, de telles assembl\u00e9es sont tr\u00e8s rares et attirent peu de monde, sauf exception.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref92\" name=\"_ftn92\">[92]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Loi constitutionnelle de 1982<\/em>, art 35, constituant l\u2019annexe B de la <em>Loi de\u00a01982 sur le Canada<\/em> (R-U),\u00a01982, c\u00a011.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref93\" name=\"_ftn93\">[93]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Nation Tsilhqot\u2019in<\/em> (<em>supra <\/em>note\u00a06 au para\u00a050), qui est venue trancher cette question semblant avoir \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e en suspens depuis l\u2019affaire <em>Delgamuukw c<\/em> <em>Colombie-Britannique<\/em> ([1997]\u00a03 RCS\u00a01010,\u00a0153 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a0193 [<em>Delgamuukw<\/em>])<em>.<\/em> Voir aussi Ghislain Otis, \u00ab\u00a0Les sources des droits ancestraux des peuples autochtones\u00a0\u00bb (1999)\u00a040:3 C de D<em>\u00a0<\/em>591 \u00e0 la p\u00a0599<em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref94\" name=\"_ftn94\">[94]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>R<\/em> <em>c<\/em> <em>Van der Peet<\/em>, [1996]\u00a02 RCS\u00a0507 au para\u00a068,\u00a0137 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a0289 (les juges McLachlin et L\u2019Heureux-Dub\u00e9 sont dissidentes par rapport \u00e0 la d\u00e9cision finale de la Cour). Voir aussi <em>Delgamuukw<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a093.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref95\" name=\"_ftn95\">[95]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Nation Tsilhqot\u2019in<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a06 aux para\u00a035,\u00a041,\u00a054.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref96\" name=\"_ftn96\">[96]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir la d\u00e9cision int\u00e9ressante de la Cour d\u2019appel du Qu\u00e9bec <em>Corporation Makivik<\/em> <em>c <\/em><em>Qu\u00e9bec <\/em>(<em>PG<\/em>),\u00a02014 QCCA\u00a01455. Le juge Dalphond y explique que, si l\u2019obligation de consulter d\u00e9montre le devoir de prendre en comptes les int\u00e9r\u00eats des autochtones, cette obligation est \u00ab\u00a0\u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable\u00a0\u00bb et commande l\u2019ouverture d\u2019esprit n\u00e9cessaire pour la rendre significative (<em>ibid <\/em>aux para 71\u201376).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref97\" name=\"_ftn97\">[97]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir \u00ab\u00a0Ententes conclues\u00a0\u00bb (derni\u00e8re modification le 17 janvier 2008), en ligne\u00a0: <em>Qu\u00e9bec<\/em>, <em>Secr\u00e9tariat aux affaires autochtones<\/em> &lt;www.autochtones.gouv.qc.ca&gt; [perma.cc\/7CZG-6CUR].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref98\" name=\"_ftn98\">[98]<\/a> \u00a0 <em>Supra <\/em>note\u00a037, art\u00a024.1. Voir aussi <em>Loi sur l\u2019am\u00e9nagement durable du territoire forestier<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a026, art\u00a08 (\u00ab\u00a0[l]e gouvernement est autoris\u00e9 \u00e0 conclure des ententes avec toute communaut\u00e9 autochtone repr\u00e9sent\u00e9e par son conseil de bande pour faciliter l\u2019exercice et le suivi des activit\u00e9s d\u2019am\u00e9nagement forestier par les membres d\u2019une communaut\u00e9 et pour soutenir un am\u00e9nagement durable des for\u00eats\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref99\" name=\"_ftn99\">[99]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir par ex <em>Entente concernant la conservation et la mise en valeur du saumon atlantique et de l\u2019omble de fontaine anadrome sur la rivi\u00e8re<\/em><em> Moisie et ses affluents entre le gouvernement du <\/em><em>Qu\u00e9bec<\/em><em> et le Conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-Utenam<\/em>,\u00a02016, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Secr\u00e9tariat aux relations canadiennes du Qu\u00e9bec <\/em>&lt;francophonie.sqrc.gouv.qc.ca&gt; [perma.cc\/U3LS-MCW3]. Le versement d\u2019une subvention indique la volont\u00e9 de Qu\u00e9bec de \u00ab\u00a0[&#8230;] faciliter davantage le d\u00e9veloppement et la gestion des ressources fauniques par les autochtones\u00a0\u00bb (<em>Entente entre le Conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-Utenam et le gouvernement du Que\u0301bec relativement \u00e0 la protection<\/em>,<em> la recherche biologique et la gestion du saumon atlantique et de l\u2019omble de fontaine anadrome sur la rivi\u00e8re Moisie et le versement par la Soci\u00e9t\u00e9\u0301 de la faune et des parcs du Qu\u00e9bec d\u2019une subvention au Conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-Utenam<\/em>, D\u00a0982-2003, (2003) GOQ II,\u00a04648, pr\u00e9ambule).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref100\" name=\"_ftn100\">[100]<\/a> Voir par ex <em>Entente concernant la conservation et la mise en valeur du caribou dans la r\u00e9gion de Schefferville entre le gouvernement du Qu\u00e9bec et la Nation Innu Matimekush-Lac John<\/em>,\u00a03\u00a0novembre\u00a02009, art\u00a03, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Secr\u00e9tariat aux affaires autochtones <\/em>&lt;autochtones.gouv.qc.ca&gt; [perma.cc\/LG5T-YV5J].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref101\" name=\"_ftn101\">[101]<\/a> Voir<em> Convention de la Baie-James et du Nord qu\u00e9b\u00e9cois et conventions compl\u00e9mentaires<\/em>,\u00a011\u00a0novembre\u00a01975 (\u00e9dition\u00a01998), en ligne (pdf)\u00a0: <em>Association des employ\u00e9s du nord qu\u00e9b\u00e9cois<\/em> &lt;aenq.org&gt; [perma.cc\/BB89-VLP9] (les parties \u00e0 cette Convention sont le gouvernement du Qu\u00e9bec, la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9nergie de la Baie James, la Soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9veloppement de la Baie James, la Commission hydro\u00e91ectrique de Qu\u00e9bec (Hydro-Qu\u00e9bec), le <em>Grand Council of the Crees <\/em>(<em>of Qu\u00e9bec<\/em>), la <em>Northern Quebec Inuit Association<\/em> et le gouvernement du Canada); <em>Loi approuvant la convention de la Baie James et du Nord Qu\u00e9b\u00e9cois<\/em>, RLRQ c C-67, art\u00a02; <em>Loi sur le r\u00e8glement des revendications des autochtones de la Baie James et du Nord qu\u00e9b\u00e9cois<\/em>, SC\u00a01976-77, c\u00a032, art\u00a03.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref102\" name=\"_ftn102\">[102]<\/a> Voir <em>Entente de principe d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral entre les premi\u00e8res nations de Mamuitun et de Nutashkuan et le Gouvernement du Qu\u00e9bec et le Gouvernement du Canada<\/em>, 31 mars 2004, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Secr<\/em><em>\u00e9tariat aux affaires autochtones<\/em> &lt;www.autochtones.gouv.qc.ca&gt; [perma.cc\/B48Y-JZJQ] [<em>Entente de principe<\/em>]. Le professeur Otis a observ\u00e9 que les accords et les constitutions reconnaissent aux cultures juridiques autochtones une place limit\u00e9e \u00e0 des degr\u00e9s variables (voir Ghislain Otis, \u00ab\u00a0La place des cultures juridiques et des langues autochtones dans les accords d\u2019autonomie gouvernementale\u00a0au Canada\u00a0\u00bb (2009)\u00a054:2 RD McGill\u00a0237 \u00e0 la p\u00a0245).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref103\" name=\"_ftn103\">[103]<\/a> Voir <em>Entente de principe<\/em>, <em>supra<\/em> note 102, arts 4.2.3\u20134.2.4.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref104\" name=\"_ftn104\">[104]<\/a> Voir <em>ibid<\/em>, art\u00a05.3.1.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref105\" name=\"_ftn105\">[105]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> aux ch 5\u20136.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref106\" name=\"_ftn106\">[106]<\/a> Voir <em>ibid <\/em>au ch 8.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref107\" name=\"_ftn107\">[107]<\/a> Voir notamment Christopher Alcantara, \u00ab\u00a0To Treaty or Not to Treaty? Aboriginal Peoples and Comprehensive Land Claims Negotiations in Canada\u00a0\u00bb (2007)\u00a038:2 Publius\u00a0343; Christopher Alcantara, <em>Negotiating the Deal<\/em>:<em> Comprehensive Land Claims Agreements in Canada<\/em>, Toronto, University of Toronto Press,\u00a02013; Motard<em>, supra<\/em> note\u00a02; Maxime Saint-Hilaire, \u00ab\u00a0La proposition d\u2019entente de principe avec les Innus\u00a0: vers une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de trait\u00e9s?\u00a0\u00bb (2003)\u00a044:3 C de D\u00a0395; Paul Nadasdy, <em>Hunters and Bureaucrats<\/em>:<em> Power<\/em>,<em> Knowledge<\/em>,<em> and Aboriginal-State Relations in the Southwest Yukon<\/em>, Vancouver, UBC Press,\u00a02003; Pierrot Ross-Tremblay et Nawel Hamidi, \u00ab\u00a0Les \u00e9cueils de l\u2019extinction\u00a0: les Premiers peuples, les n\u00e9gociations territoriales et l\u2019esquisse d\u2019une \u00e8re postcoloniale\u00a0\u00bb (2013)\u00a043:1 Recherches am\u00e9rindiennes au Q\u00a051; Colin Samson, \u00ab\u00a0Canada\u2019s Strategy of Dispossession: Aboriginal Land and Rights Cessions in Comprehensive Land Claims\u00a0\u00bb (2016)\u00a031:1 RCDS\u00a087; Colin Samson et Elizabeth Cassell, \u00ab\u00a0The Long Reach of Frontier Justice: Canadian Land Claims \u2018Negotiation\u2019 Strategies as Human Rights Violations\u00a0\u00bb (2013)\u00a017:1 Intl JHR\u00a035.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref108\" name=\"_ftn108\">[108]<\/a> Th\u00e9riault, <em>supra<\/em> note\u00a030 \u00e0 la p\u00a0242.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref109\" name=\"_ftn109\">[109]<\/a> Voir notamment Bonnie Campbell\u00a0et\u00a0Myriam Laforce, \u00ab\u00a0La r\u00e9forme des cadres r\u00e9glementaires dans le secteur minier\u00a0: les exp\u00e9riences canadienne et africaine mises en perspective\u00a0\u00bb (2010)\u00a040:3 Recherches am\u00e9rindiennes au Q\u00a069; Cathleen Knotsch, Peter Siebenmorgen et Ben Bradshaw, \u00ab\u00a0Les \u201cEntentes sur les r\u00e9percussions et les avantages\u201d et le bien-\u00eatre des communaut\u00e9s\u00a0: des occasions rat\u00e9es?\u00a0\u00bb (2010)\u00a040:3 Recherches am\u00e9rindiennes au Q\u00a059; Patricia Hania, \u00ab\u00a0Revitalizing Indigenous Women\u2019s Water Governance Roles in Impact and Benefit Agreement Processes Through Indigenous Legal Orders and Water Stories\u00a0\u00bb (2019) 60:2 C de D 519.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref110\" name=\"_ftn110\">[110]<\/a> Voir Th\u00e9riault, <em>supra<\/em> note\u00a030. Voir aussi le num\u00e9ro th\u00e9matique consacr\u00e9 \u00e0 cette question dans les Cahiers de droit\u00a0: <em>N\u00e9gocier le territoire\u00a0: les ententes sur les r\u00e9percussions et les avantages <\/em>(2019)\u00a060:2 C de D 323.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref111\" name=\"_ftn111\">[111]<\/a> David Szablowski, \u00ab\u00a0Operationalizing Free, Prior, and Informed Consent in the Extractive Industry Sector? Examining the Challenges of a Negotiated Model of Justice\u00a0\u00bb (2010)\u00a030:1\/2 Can J Development Studies\u00a0111 \u00e0 la p\u00a0113.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref112\" name=\"_ftn112\">[112]<\/a> Sur la question de la transparence, voir Chris Hummel, \u00ab\u00a0Behind the Curtain, Impact Benefit Agreement Transparency in Nunavut\u00a0\u00bb (2019) 60:2 C de D\u00a0367.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref113\" name=\"_ftn113\">[113]<\/a> Voir <em>Entente sur les r\u00e9percussions et les avantages <\/em>(<em>ERA<\/em>)<em> conclue entre les Uashaunnuat<\/em> et la<em> Bande des Innus de Uashat Mak Mani-Utenam, repr\u00e9sent\u00e9s par Innu Takuaikan Uashat Mak Mani-Utenam et ArcelorMittal Mines Canada, <\/em>22 f\u00e9vrier 2012; <em>Entente sur les r\u00e9percussions et les avantages <\/em>(<em>ERA<\/em>)<em> conclue entre les Uashaunnuat<\/em> et la<em> Bande des Innus de Uashat Mak Mani-Utenam, repr\u00e9sent\u00e9s par Innu Takuaikan Uashat Mak Mani-Utenam et Labrador Iron Mines Holding et al<\/em>; <em>Entente sur les r\u00e9percussions et les avantages conclue entre les Uashaunnuat<\/em> et la<em> Bande des Innus de Uashat Mak Mani-Utenam<\/em>,<em> repr\u00e9sent\u00e9s par Innu Takuaikan Uashat Mak Mani-Utenam et Tata Steel Minerals Canada<\/em> [<em>Entente Tata Steel<\/em>]. Les copies informelles d\u2019ententes ou de projets d\u2019entente ont \u00e9t\u00e9 obtenues \u00e0 la suite de leur diffusion dans les m\u00e9dias et non par l\u2019interm\u00e9diaire des parties, tenues \u00e0 des engagements en mati\u00e8re de confidentialit\u00e9 (voir Anne Panasuk, \u00ab\u00a0La bataille d\u2019Innus contre la mini\u00e8re Iron Ore\u00a0\u00bb (4 septembre 2014), en ligne\u00a0: <em>Radio-Canada<\/em> &lt;ici.radio-canada.ca&gt; [perma.cc\/M6GP-2XT7]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref114\" name=\"_ftn114\">[114]<\/a> <em>Entente Tata Steel<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a0113 \u00e0 la p\u00a01.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref115\" name=\"_ftn115\">[115]<\/a> <em>Ibid<\/em>, pr\u00e9ambule.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref116\" name=\"_ftn116\">[116]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a04.4.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref117\" name=\"_ftn117\">[117]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a04.4(c).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref118\" name=\"_ftn118\">[118]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a04.4(d).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref119\" name=\"_ftn119\">[119]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a04.4(a).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref120\" name=\"_ftn120\">[120]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a07.1 et s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref121\" name=\"_ftn121\">[121]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a01.16.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref122\" name=\"_ftn122\">[122]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a06.8(e).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref123\" name=\"_ftn123\">[123]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a07.5.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref124\" name=\"_ftn124\">[124]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a07.3.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref125\" name=\"_ftn125\">[125]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, arts 6.8,\u00a07.3(d).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref126\" name=\"_ftn126\">[126]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a07.6.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref127\" name=\"_ftn127\">[127]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a07.7.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref128\" name=\"_ftn128\">[128]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a07.13.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref129\" name=\"_ftn129\">[129]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a07.11.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref130\" name=\"_ftn130\">[130]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, arts\u00a09.1,\u00a09.4,\u00a09.12,\u00a09.25\u20139.28.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref131\" name=\"_ftn131\">[131]<\/a> Voir<em> ibid<\/em>, art\u00a011.2.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref132\" name=\"_ftn132\">[132]<\/a> Piccoli, Motard et Eberhard, <em>supra<\/em> note 10 aux pp 9, 15.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref133\" name=\"_ftn133\">[133]<\/a> Kirsty Gover, \u201cEquality and Non-Discrimination in the UNDRIP: Articles 2, 6, and 7(1)\u201d dans Jessie Hohmann et Marc Weller, dir, <em>The UN Declaration on the Rights of Indigenous Peoples<\/em>:<em> A Commentary<\/em>, Oxford, Oxford University Press, 2018, 179, \u00e0 la p. 188 (\u201cIn the last several decades, however, non-discrimination norms have emerged as the justificatory basis for the recognition and protection of Indigenous <em>property rights<\/em> by domestic and regional courts\u201d [italiques dans l\u2019original]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref134\" name=\"_ftn134\">[134]<\/a> Rappelons que la reconnaissance des d\u00e9limitations traditionnelles fait partie des obligations des \u00c9tats impos\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale. Par exemple, la Cour interam\u00e9ricaine des droits de l\u2019homme a demand\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u2019adopter des mesures l\u00e9gislatives, administratives ou toute autre mesure afin de cr\u00e9er des m\u00e9canismes efficaces \u00ab\u00a0<em>for delimitation<\/em>,<em> demarcation<\/em>,<em> and titling of the property of indigenous communities<\/em>,<em> in accordance with their customary law<\/em>,<em> values<\/em>,<em> customs and mores<\/em>\u00a0\u00bb (<em>Affaire<\/em><em> Mayagna <\/em>(<em>Sumo<\/em>)<em> Awas Tingni Community <\/em>(<em>Nicaragua<\/em>) (2001), Inter-Am Ct HR (s\u00e9r C) n\u00b0\u00a079 au para\u00a0164 [<em>Awas Tingni<\/em>]). Par ailleurs, cet arr\u00eat de principe fonde la protection internationale des droits fonciers ancestraux des peuples autochtones. La Cour interam\u00e9ricaine met depuis de l\u2019avant \u00ab\u00a0une approche interpr\u00e9tative qui mobilise les traditions juridiques des peuples autochtones dans la d\u00e9finition m\u00eame de la propri\u00e9t\u00e9 en tant que concept ou cat\u00e9gorie du droit international. C\u2019est ainsi que la coutume autochtone devient une source mat\u00e9rielle du droit des gens\u00a0\u00bb (Ghislain Otis, \u00ab\u00a0Coutume autochtone et gouvernance environnementale dans le syst\u00e8me interam\u00e9ricain de protection des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb (2010)\u00a020 J Envtl L &amp; Prac\u00a0233 \u00e0 la p\u00a0253).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref135\" name=\"_ftn135\">[135]<\/a> Voir Brian Gettler, \u00ab\u00a0Les autochtones et l\u2019histoire du Qu\u00e9bec\u00a0: au-del\u00e0 du n\u00e9gationnisme et du r\u00e9cit \u201cnationaliste-conservateur\u201d\u00a0\u00bb (2016)\u00a046:1 Recherches am\u00e9rindiennes au Q\u00a07.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref136\" name=\"_ftn136\">[136]<\/a> Voir Salmon, <em>supra<\/em> note\u00a025, <em>sub verbo <\/em>\u00ab\u00a0<em>t<\/em><em>erra<\/em> ou <em>territorium nullius\u00a0<\/em>\u00bb (\u00ab\u00a0[t]erme d\u00e9signant, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la colonisation, un territoire sur lequel aucun \u00c9tat n\u2019exer\u00e7ait sa souverainet\u00e9 et qui, par suite, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme susceptible d\u2019acquisition par un \u00c9tat quelconque par voie d\u2019occupation\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref137\" name=\"_ftn137\">[137]<\/a> Pour un exemple de projet communautaire allant en ce sens, voir \u00ab\u00a0Ko`olaupoko Ahupua`a Boundary Marker Project begins on the Windward side\u00a0\u00bb, <em>The Hawaii Independent<\/em> (27\u00a0janvier\u00a02011), en ligne\u00a0: &lt;thehawaiiindependent.com&gt; [perma.cc\/5CYD-9YRG].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref138\" name=\"_ftn138\">[138]<\/a> Voir <em>D\u00e9cret concernant la publication de l\u2019Entente concernant une nouvelle relation entre le gouvernement du Qu\u00e9bec et les Cris du Qu\u00e9bec<\/em>, RLRQ c M-35.1.2, r\u00a01, art\u00a03.7 et s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref139\" name=\"_ftn139\">[139]<\/a> Voir notamment John Borrows, <em>Recovering Canada<\/em>:<em> The Resurgence of Indigenous Law<\/em>, Toronto, University of Toronto Press,\u00a02002 \u00e0 la p\u00a022.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref140\" name=\"_ftn140\">[140]<\/a> Voir Iorns Magallanes, <em>supra <\/em>note\u00a052 aux pp\u00a0324\u201327.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref141\" name=\"_ftn141\">[141]<\/a> <em>Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0275.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref142\" name=\"_ftn142\">[142]<\/a> Voir Liliuokalani, <em>Hawaii\u2019s Story By Hawaii\u2019s Queen<\/em>, Honolulu, Mutual Publishing,\u00a02016 (la version originale de cet ouvrage date de\u00a01898).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref143\" name=\"_ftn143\">[143]<\/a> L\u2019adoption de la <em>Loi sur le caract\u00e8re collectif des ressources en eau<\/em> (<em>supra<\/em> note\u00a031), telle que parue le\u00a011\u00a0juin\u00a02009, est une \u00e9tape importante dans l\u2019\u00e9volution du droit de l\u2019environnement qu\u00e9b\u00e9cois de par les principes que cette loi met de l\u2019avant, notamment ceux de patrimoine commun et d\u2019\u00c9tat gardien que l\u2019on peut retrouver au sein de son pr\u00e9ambule. La notion de patrimoine commun a un statut particulier, se trouvant inscrite \u00e0 l\u2019article\u00a01 (voir <em>ibid<\/em>, art\u00a01), alors que celle d\u2019\u00c9tat gardien n\u2019est mentionn\u00e9 qu\u2019accessoirement \u00e0 son article\u00a08 (voir <em>ibid<\/em>, art 8). \u00c0 ce sujet, voir Raphae\u0308lle Groulx-Julien, \u00ab\u00a0Les notions d\u2019\u00c9tat gardien et d\u2019\u00c9tat fiduciaire dans la <em>Loi sur l\u2019eau\u00a0<\/em>\u00bb, note de recherche, (2009) aux pp\u00a02\u20133, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Universit\u00e9 Laval<\/em> &lt;www.crcde.ulaval.ca&gt; [perma.cc\/6XLB-DAHJ]. Voir aussi Paule Halley et Christine Gagnon, \u00ab\u00a0Les r\u00e9formes du droit de l\u2019eau au Qu\u00e9bec\u00a0: un patrimoine commun et son \u00c9tat gardien\u00a0\u00bb dans Paule Halley et Julia Sotousek, dir, <em>L\u2019environnement<\/em>,<em> notre patrimoine commun et son \u00c9tat gardien\u00a0<\/em>:<em> aspects juridiques nationaux<\/em>,<em> transnationaux et internationaux<\/em>, Cowansville, Yvon Blais,\u00a02012,\u00a0225;\u00a0Suzanne Comtois et Bianca Turgeon, \u00ab\u00a0L\u2019eau, chose commune a\u0300 l\u2019usage de tous\u00a0: l\u2019\u00c9tat qu\u00e9b\u00e9cois a-t-il les moyens de donner effet \u00e0 ce statut?\u00a0\u00bb (2010)\u00a051:3\/4 C de D\u00a0617; Hugo Tremblay, \u00ab\u00a0La gestion \u00e9conomique de l\u2019eau souterraine par le droit de propri\u00e9t\u00e9 au Qu\u00e9bec\u00a0\u00bb (2008)\u00a038:2 RDUS\u00a0483; Fran\u00e7ois-Xavier Fort, \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat fiduciaire et l\u2019obligation de prot\u00e9ger l\u2019environnement\u00a0\u00bb dans Paule Halley et Julia Sotousek, <em>supra<\/em> note\u00a0143,\u00a0159 aux pp\u00a0169\u201370<em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref144\" name=\"_ftn144\">[144]<\/a> Voir notamment Otis, \u00ab\u00a0Figures\u00a0\u00bb, <em>supra<\/em> note\u00a011 aux pp\u00a013\u201315; Kent McNeil, \u00ab\u00a0Reduction by Definition: The Supreme Court\u2019s Treatment of Aboriginal Rights in 1996\u00a0\u00bb (1997)\u00a05:3\/4 Can Watch\u00a060; Ghislain Otis, \u00ab\u00a0Constitutional recognition of aboriginal and treaty rights: a new framework for managing legal pluralism in Canada?\u00a0\u00bb (2014)\u00a046:3 J Leg Pluralism &amp; Unofficial L\u00a0320.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref145\" name=\"_ftn145\">[145]<\/a> \u00ab\u00a0[T]<em>wo of the judges of the Ma<\/em><em>\u0308<\/em><em>ori Land Court hold alternate warrants to sit and hear cases on it<\/em>.<em> The Environment Court is continuing to build its own capacity through training and the experience of hearings commissioners knowledgeable in Ma<\/em><em>\u0308<\/em><em>ori issues to deal with matters of kaitiakitanga and the relationship<\/em>,<em> culture and traditions that Ma<\/em><em>\u0308<\/em><em>ori have with their ancestral lands<\/em>,<em> water<\/em>,<em> sites<\/em>,<em> waahi tapu and other taonga\u00a0<\/em>\u00bb (New Zealand Human Rights Commission, \u00ab\u00a0Human Rights in New Zealand\u00a0\u00bb (2010) \u00e0 la p\u00a047, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Human Rights Commission<\/em> &lt;www.hrc.co.nz&gt; [perma.cc\/J3FS-3BHB]). Iorns Magallanes rappelle aussi que<\/p>\n<p><em>[t]he requirement to effectively follow Maori cultural tradition in application of the Act has required the judges of the Maori Land Court to hear evidence\u00a0\u2014\u00a0often in Maori\u00a0\u2014\u00a0about relevant cultural traditions and to be well versed in Maori culture. Most Maori Land Court judges are now accordingly Maori themselves and are fluent Maori language speakers<\/em> (<em>supra <\/em>note\u00a052 \u00e0 la p\u00a0303, n\u00a0145).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref146\" name=\"_ftn146\">[146]<\/a> Sur le principe de fiduciaire public \u00e0 Hawai\u2019i, voir notamment <em>McBryde Sugar Co<\/em> <em>v<\/em> <em>Robinson<\/em>,\u00a054 Haw\u00a0174,\u00a0504 P (2d)\u00a01330 (Hawaii Sup Ct\u00a01973); <em>Robinson<\/em> <em>v<\/em> <em>Ariyoshi<\/em>,\u00a065 Haw\u00a0641,\u00a0658 P (2d)\u00a0287 (Hawaii Sup Ct\u00a01982); John Castle et Alan Murakami, \u00ab\u00a0Water Rights\u00a0\u00bb dans Melody Kapilialoha MacKenzie, dir, <em>Native Hawaiian Rights Handbook<\/em>, Honolulu, Native Hawaiian Legal Corporation,\u00a01991,\u00a0149 aux pp\u00a0161,\u00a0167; D Kapua\u2019 ala Sproat, \u00ab\u00a0From Wai to K\u0101n\u0101wai: Water Law in Hawai\u2019i\u00a0\u00bb dans Melody Kapilialoha MacKenzie, Susan K Serrano et D Kapua\u2019ala Sproat, <em>Native Hawaiian Law<\/em>:<em> A Treatise<\/em>, Honolulu, Kamehameha Publishing, 2015, 522 aux pp\u00a0534\u201338. Voir aussi Hawaii Const art\u00a0XI, \u00a7\u00a07\u00a0:<\/p>\n<p><em><u>The State has an obligation to protect, control and regulate the use of Hawaii\u2019s water resources for the benefit of its people<\/u><\/em><em>. The legislature shall provide for a water resources agency which, as provided by law, shall set overall water conservation, quality and use policies; define beneficial and reasonable uses; protect ground and surface water resources, watersheds and natural stream environments; establish criteria for water use priorities while assuring appurtenant rights and existing correlative and riparian uses and establish procedures for regulating all uses of Hawaii\u2019s water resources<\/em> [nos soulignements].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref147\" name=\"_ftn147\">[147]<\/a> Il faut n\u00e9anmoins prendre garde ici aux risques d\u2019essentialiser les Autochtones et leurs traditions (voir notamment Justin B Richland, \u00ab\u00a0Hopi Tradition as Jurisdiction: On the Potentializing Limits of Hopi Sovereigny\u00a0\u00bb (2011)\u00a036:1 Law &amp; Soc Inquiry\u00a0201 \u00e0 la p\u00a0204).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref148\" name=\"_ftn148\">[148]<\/a> Voir <em>Accord entre les Inuit de la r\u00e9gion du Nunavut et Sa Majest\u00e9 la Reine du chef du Canada<\/em>,\u00a025\u00a0mai\u00a01993, arts\u00a035.1.1,\u00a035.3.1(c), en ligne (pdf)\u00a0: <em>Gouvernement du Canada<\/em> &lt;publications.gc.ca&gt; [perma.cc\/7DXD-R6T2]; <em>Loi concernant l\u2019Accord sur les revendications territoriales du Nunavut<\/em>, LC\u00a01993, c\u00a029. Pour des exemples de limites \u00e0 cette technique \u00e0 laquelle on a aussi eu recours dans le cadre de la <em>Convention de la Baie-James et du Nord qu\u00e9b\u00e9cois<\/em>, voir S\u00e9bastien Grammond, \u00ab\u00a0L\u2019appartenance aux communaut\u00e9s inuit du Nunavik\u00a0: un cas de r\u00e9ception de l\u2019ordre juridique inuit?\u00a0\u00bb (2008)\u00a023:1\/2 RCDS\u00a093 aux pp\u00a0108\u201319 [Grammond, \u00ab\u00a0Appartenance\u00a0\u00bb].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref149\" name=\"_ftn149\">[149]<\/a> Voir Motard, <em>supra<\/em> note\u00a02; Ghislain Otis, \u00ab\u00a0L\u2019autonomie gouvernementale autochtone et l\u2019option de loi en mati\u00e8re de statut personnel\u00a0\u00bb (2014)\u00a055:3 C de D\u00a0583.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref150\" name=\"_ftn150\">[150]<\/a> Comme l\u2019observe S\u00e9bastien Grammond, ce passage \u00e0 l\u2019\u00e9crit est g\u00e9n\u00e9ralement une exigence pr\u00e9alable \u00e0 la reconnaissance des ordres juridiques autochtones par l\u2019\u00c9tat, qui y voit une mani\u00e8re d\u2019assurer la certitude et la pr\u00e9visibilit\u00e9 du droit et, donc, un traitement \u00e9quitable entre les personnes (voir Grammond, \u00ab\u00a0Appartenance\u00a0\u00bb, <em>supra<\/em> note\u00a0148 \u00e0 la p\u00a0110).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref151\" name=\"_ftn151\">[151]<\/a> Voir \u00c9tienne Le Roy, \u00ab\u00a0Pourquoi, en Afrique, \u201cle droit\u201d refuse-t-il toujours le pluralisme que le communautarisme induit?\u00a0\u00bb (2016)\u00a040:2 Anthropologie &amp; Soc\u00a025; Piccoli, Motard et Eberhard, <em>supra<\/em> note\u00a010 \u00e0\u00a0la\u00a0p\u00a017; Anne Fournier, \u00ab\u00a0L\u2019adoption coutumi\u00e8re autochtone au Qu\u00e9bec\u00a0: qu\u00eate de reconnaissance et d\u00e9passement du monisme juridique\u00a0\u00bb (2011)\u00a041:2 RGD\u00a0703; Christoph Eberhard, \u00ab\u00a0Au-del\u00e0 de l\u2019universalisme et du relativisme\u00a0: l\u2019horizon d\u2019un pluralisme responsable\u00a0\u00bb (2009)\u00a033:3 Anthropologie &amp; Soc\u00a079 aux pp\u00a079\u201383.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref152\" name=\"_ftn152\">[152]<\/a> La <em>Convention de r\u00e8glement relative aux pensionnats indiens<\/em> du\u00a08\u00a0mai\u00a02006 pr\u00e9voyait notamment l\u2019\u00e9tablissement de la Commission de v\u00e9rit\u00e9 et de r\u00e9conciliation du Canada afin de faciliter la r\u00e9conciliation entre les anciens \u00e9l\u00e8ves des pensionnats indiens, leurs familles, leurs collectivit\u00e9s et tous les Canadiens, en ligne (pdf)\u00a0: <em>R\u00e8glement relatif aux pensionnats indiens<\/em> &lt;www.residentialschoolsettlement.ca&gt; [perma.cc\/B6AG-84AF]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref153\" name=\"_ftn153\">[153]<\/a> En 2015, la Commission de v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation du Canada a publi\u00e9 son rapport final qui comprend\u00a094 appels \u00e0 l\u2019action et recommandations. Le rapport final est contenu dans plusieurs volumes. Dans le volume comprenant les appels \u00e0 l\u2019action, il est pr\u00e9cis\u00e9 la recommandation n\u00b0\u00a028\u00a0:<\/p>\n<p>Nous demandons aux \u00e9coles de droit du Canada d\u2019exiger que tous leurs \u00e9tudiants suivent un cours sur les peuples autochtones et le droit, y compris en ce qui a trait \u00e0 l\u2019histoire et aux s\u00e9quelles des pensionnats, \u00e0 la D\u00e9claration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, aux trait\u00e9s et aux droits des Autochtones, au droit autochtone de m\u00eame qu\u2019aux relations entre l\u2019\u00c9tat et les Autochtones. \u00c0 cet \u00e9gard, il faudra, plus particuli\u00e8rement, offrir une formation ax\u00e9e sur les comp\u00e9tences pour ce qui est de l\u2019aptitude interculturelle, du r\u00e8glement de diff\u00e9rends, des droits de la personne et de la lutte contre le racisme\u00a0(Commission de v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation du Canada, <em>Rapport final de la Commission sur la v\u00e9rit\u00e9 et la r\u00e9conciliation du Canada<\/em>, vol\u00a06\u00a0: Pensionnats du Canada\u00a0: la r\u00e9conciliation, Montr\u00e9al et Kingston, McGill-Queen\u2019s University Press,\u00a02015 \u00e0 la p\u00a0257).<\/p>\n<p>C\u2019est notamment dans cet esprit que le Laboratoire de recherche en droit autochtone (<em>Indigenous Law Research Unit<\/em>) \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Victoria a vu le jour (voir Motard et Lain\u00e9, \u00ab\u00a0Entretien\u00a0\u00bb, <em>supra <\/em>note\u00a07 \u00e0\u00a0la\u00a0p\u00a0198; Val Napoleon et Hadley Friedland, \u00ab\u00a0An Inside Job: Engaging with Indigenous Legal Traditions through Stories\u00a0\u00bb (2016)\u00a061:4 RD McGill\u00a0725 aux pp\u00a0732, n\u00a025,\u00a0752, n\u00a095).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref154\" name=\"_ftn154\">[154]<\/a> Ces interdits ont parfois des cons\u00e9quences malheureuses eu \u00e9gard \u00e0 la protection des droits territoriaux. En effet, la protection constitutionnelle des droits ancestraux et la port\u00e9e des obligations constitutionnelles de la Couronne sont tributaires des preuves pr\u00e9sent\u00e9es au tribunal par le groupe autochtone (voir <em>Ktunaxa Nation<\/em> <em>c<\/em> <em>Colombie-Britannique <\/em>(<em>Forests<\/em>, <em>Lands and Natural Resource Operations<\/em>),\u00a02017 CSC\u00a054).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref155\" name=\"_ftn155\">[155]<\/a> Voir par ex <em>Convention <\/em>(<em>n\u00b0\u00a0169<\/em>)<em> relative aux peuples indig\u00e8nes et tribaux<\/em>,\u00a027 juin\u00a01989, C169 OIT art\u00a014; <em>Convention internationale sur l\u2019\u00e9limination de toutes les formes de discrimination raciale<\/em>, R\u00e9s AG\u00a02106A (XX), Doc off AG NU,\u00a020<sup>e<\/sup>\u00a0sess, supp n\u00b0\u00a014, Doc NU A\/6181 (1965)\u00a050 art\u00a05(d)(v) [<em>CEDR<\/em>]; <em>Convention am\u00e9ricaine relative aux droits de l\u2019homme\u00a0<\/em>: \u00ab<em>\u00a0Pacte de San Jos\u00e9 de Costa Rica\u00a0<\/em>\u00bb,\u00a022\u00a0novembre\u00a01969,\u00a017955 RTNU\u00a0123 arts\u00a01(1),\u00a021 (entr\u00e9e en vigueur\u00a0:\u00a018\u00a0juillet\u00a01978) [<em>CADH<\/em>] (interpr\u00e9t\u00e9s par la Cour et la Commission\u00a0dans <em>Awas Tingni<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a0134; <em>Maya Indigenous communities of the Toledo district c Belize<\/em> (2004), Inter-Am Comm HR, No\u00a040\/04; <em>Affaire Yakye Axa Indigenous Community <\/em>(<em>Paraguay<\/em>) (2005), Inter-Am Ct HR (s\u00e9r C) n\u00b0\u00a0125; <em>Affaire Sawhoyamaxa Indigenous c<\/em><em>ommunity <\/em>(<em>Paraguay<\/em>) (2006), Inter-Am Ct HR (s\u00e9r C) n\u00b0\u00a0146 [<em>Sawhoyamaxa<\/em>]; <em>Affaire Saramaka People<\/em> (<em>Suriname<\/em>) (2007), Inter-Am Ct HR (s\u00e9r C) n\u00b0\u00a0172; <em>Recommandation g\u00e9n\u00e9rale sur les droits des populations autochtones<\/em>, <em>adopt\u00e9e par le Comit\u00e9 \u00e0 la\u00a01235<sup>e<\/sup>\u00a0s\u00e9ance<\/em>,<em> le\u00a018\u00a0ao\u00fbt\u00a01997<\/em>, Doc off HCDG,\u00a052<sup>e<\/sup>\u00a0sess, annexe\u00a0V, Doc NU A\/52\/18 (1997)\u00a0130 [<em>Recommandation sur les droits des populations autochtones<\/em>]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref156\" name=\"_ftn156\">[156]<\/a> La Cour interam\u00e9ricaine des droits de l\u2019homme a consid\u00e9r\u00e9 l\u2019absence de protection des droits fonciers autochtones comme \u00e9tant une forme de discrimination dans l\u2019affaire <em>Awas Tingni <\/em>(<em>supra <\/em>note\u00a0134 au para\u00a0140(b)). Le Comit\u00e9 de la <em>CEDR<\/em> demande<\/p>\n<p>aux \u00c9tats parties de reconna\u00eetre et de prot\u00e9ger le droit des populations autochtones de poss\u00e9der, de mettre en valeur, de contr\u00f4ler et d\u2019utiliser leurs terres, leurs ressources et leurs territoires communaux et, lorsqu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s des terres et territoires qui, traditionnellement, leur appartenaient ou, sinon, qu\u2019ils habitaient ou utilisaient, sans leur consentement libre et inform\u00e9, de prendre des mesures pour que ces terres et ces territoires leur soient rendus (<em>Recommandation sur les droits des populations autochtones<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a0155 au para\u00a05).<\/p>\n<p>Ce m\u00eame Comit\u00e9 \u00ab\u00a0<em>tire du concept de non-discrimination<\/em> l\u2019obligation pour les \u00c9tats de reconna\u00eetre et de prot\u00e9ger les tenures fonci\u00e8res collectives des autochtones sur leurs terres traditionnelles\u00a0\u00bb [nos italiques] (Ghislain Otis, \u00ab\u00a0Les r\u00e9parations pour violation des droits fonciers des peuples autochtones\u00a0: le\u00e7ons de la Cour interam\u00e9ricaine des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb (2009)\u00a039:1\/2 Recherches am\u00e9rindiennes au Q\u00a099 \u00e0 la p\u00a0100). En effet, l\u2019article\u00a05(d)(v) de la <em>CEDR<\/em>, demande \u00e0 ce que les \u00c9tats parties s\u2019engagent \u00e0 interdire et \u00e0 \u00e9liminer la discrimination raciale sous toute ses formes et \u00e0 garantir le droit de chacun \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la loi, dans la jouissance du droit de toute personne, aussi bien seule qu\u2019en association, \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 (voir <em>CEDR<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a0155, art 5(d)(v)).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref157\" name=\"_ftn157\">[157]<\/a> Voir <em>CADH<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a0155, art\u00a01(1); <em>Sawhoyamaxa<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a0155 au para\u00a0120.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref158\" name=\"_ftn158\">[158]<\/a> RLRQ c C-12, arts\u00a06,\u00a010 [<em>Charte qu\u00e9b\u00e9coise<\/em>] (l\u2019article\u00a06 pr\u00e9voit que \u00ab\u00a0[t]oute personne a droit \u00e0 la jouissance paisible et \u00e0 la libre disposition de ses biens, sauf dans la mesure pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb). Concernant la protection de la propri\u00e9t\u00e9 voir g\u00e9n\u00e9ralement arts\u00a0947\u201352 CcQ.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref159\" name=\"_ftn159\">[159]<\/a> \u00ab\u00a0La condition sociale r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la situation dans laquelle une personne se trouve dans la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb (Henri Brun, Pierre Brun et Fannie Lafontaine, <em>Chartes des droits de la personne\u00a0<\/em>:<em> l\u00e9gislation, jurisprudence et doctrine<\/em>,\u00a026<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d, Montr\u00e9al, Wilson &amp; Lafleur,\u00a02013 \u00e0 la p\u00a0971). Par exemple, les origines familiales (<em>ibid<\/em>) ou encore le fait d\u2019\u00eatre membre d\u2019une communaut\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref160\" name=\"_ftn160\">[160]<\/a> L\u2019article\u00a06 annonce une protection moindre qu\u2019\u00e0 certains autres droits de la <em>Charte qu\u00e9b\u00e9coise<\/em> puisque le droit de propri\u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu par cet article est soumis aux limitations pr\u00e9vues par la loi. (voir <em>Desroches<\/em> <em>c<\/em> <em>Qu\u00e9bec <\/em>(<em>Commission des droits de la personne<\/em>), [1997] RJQ\u00a01540 \u00e0 la p\u00a01552,\u00a0149 DLR (4<sup>e<\/sup>)\u00a0425 (CA Qc)). \u00ab\u00a0L\u2019article 6 garantit [\u2026] le droit a\u0300 la propri\u00e9t\u00e9 uniquement \u201cdans la mesure pr\u00e9vue par la loi\u201d. Il \u00e9nonce ainsi une limite particuli\u00e8re, tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale, qui se substitue en principe \u00e0 la restriction plus nuanc\u00e9e pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a09.1 de la <em>Charte <\/em>a\u0300 l\u2019\u00e9gard de l\u2019ensemble des droits et libert\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s\u00a0\u00bb (Anne-Franc\u0327oise Debruche, \u00ab\u00a0La protection de la propri\u00e9t\u00e9 par la Charte des droits et libert\u00e9s de la personne\u00a0: diable dans la bouteille ou simple peau de chagrin?\u00a0\u00bb (2006) (hors-s\u00e9rie) R du B\u00a0175 \u00e0 la p\u00a0185). L\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019article\u00a06 de la <em>Charte qu\u00e9b\u00e9coise<\/em> permet une large discr\u00e9tion \u00e0 l\u2019\u00c9tat en ce qui a trait \u00e0 la limitation du droit de propri\u00e9t\u00e9\u00a0(voir Sophie Th\u00e9riault et David Robitaille, \u00ab\u00a0Les droits environnementaux dans la Charte des droits et libert\u00e9s de la personne du Qu\u00e9bec\u00a0: Pistes de r\u00e9flexion\u00a0\u00bb (2011)\u00a057:2 RD McGill\u00a0211 \u00e0 la p\u00a0252). Les auteurs Th\u00e9riault et Robitaille, s\u2019appuyant sur une d\u00e9cision de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, soulignent que cette interpr\u00e9tation n\u2019est pas in\u00e9luctable (<em>ibid<\/em>). En effet, la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme a rendu une d\u00e9cision dans laquelle elle \u00e9tablit une norme de contr\u00f4le ou un test de proportionnalit\u00e9 des lois attentatoires relatives au droit et au respect de ses biens (voir <em>Sporrong et L\u00f6nnroth c Su\u00e8de<\/em> (1982),\u00a052 CEDH (S\u00e9r A)\u00a04,\u00a05 EHRR\u00a035).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref161\" name=\"_ftn161\">[161]<\/a> Voir Ghislain Otis, \u00ab\u00a0Ententes et m\u00e9sententes entre les peuples autochtones et l\u2019industrie extractive au Qu\u00e9bec\u00a0: aux confins du droit public et du droit priv\u00e9\u00a0\u00bb dans Christophe Krolik, dir, <em>Le droit des ressources naturelles et de l\u2019\u00e9nergie\u00a0<\/em>:<em> O\u00f9 en sommes-nous? O\u00f9 allons-nous?<\/em>, Montr\u00e9al, LexisNexis,\u00a02017,\u00a0153 aux pp\u00a0171\u201373.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref162\" name=\"_ftn162\">[162]<\/a> S<em>upra<\/em> note\u00a044. Ce r\u00e9gime est actuellement encastr\u00e9 au sein de la l\u00e9gislation qu\u00e9b\u00e9coise et permet l\u2019acquisition unilat\u00e9rale par des prospecteurs miniers de \u00ab <em>claims<\/em> \u00bb miniers sur des terres ayant un titre ancestral (voir Jean Leclair et Michel Morin, \u00ab Fascicule 15 : Peuples autochtones et droit constitutionnel \u00bb au n\u00b0 168, n 1, dans St\u00e9phane Beaulac et Jean-Fran\u00e7ois Gaudreault-Desbiens, dir, JCQ <em>Droit public<\/em>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref163\" name=\"_ftn163\">[163]<\/a> <em>Charte qu\u00e9b\u00e9coise<\/em>, <em>supra <\/em>note\u00a0158, arts\u00a06,\u00a010.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref164\" name=\"_ftn164\">[164]<\/a> Arts\u00a0199.10, 543.1 CcQ.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref165\" name=\"_ftn165\">[165]<\/a> Lacasse, <em>Innu tipenitamun<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a065 aux pp\u00a0231\u201332.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref166\" name=\"_ftn166\">[166]<\/a><em> Supra <\/em>note\u00a06 au para 98 et s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref167\" name=\"_ftn167\">[167]<\/a> \u00c0 ce propos, notons que le droit international reconna\u00eet de plus en plus le droit des peuples autochtones au respect de leurs traditions juridiques\u00a0(voir Val\u00e9rie Bergeron-Boutin, <em>A right to Laws of their Own<\/em>: <em>International Human Rights Law and Indigenous Legal Traditions<\/em>, th\u00e8se de ma\u00eetrise en droit, University of Oxford,\u00a02018 [non publi\u00e9e]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref168\" name=\"_ftn168\">[168]<\/a> R\u00e9s AG, Doc off AG NU,\u00a061<sup>e<\/sup>\u00a0sess, supp n<sup>o<\/sup>\u00a049, Doc NU A\/61\/295 (2007).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref169\" name=\"_ftn169\">[169]<\/a> Voir Lacasse, <em>Innu tipenitamun<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a065 aux pp\u00a0231\u201332.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref170\" name=\"_ftn170\">[170]<\/a> Noreau, <em>supra <\/em>note\u00a072 aux pp\u00a0XVI\u2013XVII. Pourtant, \u00ab\u00a0il est admis que les territoires colonis\u00e9s, en Am\u00e9rique comme ailleurs, n\u2019\u00e9taient ni physiquement ni juridiquement vides et que toute conclusion en sens contraire est discriminatoire\u00a0\u00bb\u00a0(Motard et Lain\u00e9, \u00ab\u00a0Entretien\u00a0\u00bb, <em>supra <\/em>note\u00a07 \u00e0\u00a0la\u00a0p\u00a0196). \u00c0 ce propos, voir aussi <em>Mabo<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a02 au para\u00a062 (cet arr\u00eat est d\u2019une grande importance, puisque la Haute Cour d\u2019Australie y rejette la doctrine de <em>terra nullius<\/em>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref171\" name=\"_ftn171\">[171]<\/a> Cette pr\u00e9misse contredit \u00e9galement les enseignements de la Cour supr\u00eame qui, dans l\u2019affaire <em>Calder<\/em>, rappelle que \u00ab\u00a0lorsque les colons sont arriv\u00e9s, les Indiens \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, ils \u00e9taient organis\u00e9s en soci\u00e9t\u00e9s et occupaient les terres comme leurs anc\u00eatres l\u2019avaient fait depuis des si\u00e8cles\u00a0\u00bb (<em>Calder<\/em><em> c<\/em> <em>Colombie-Britannique <\/em>(<em>PG<\/em>), [1973] RCS\u00a0313 \u00e0 la p\u00a0328,\u00a034 DLR (3<sup>e<\/sup>)\u00a0145).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Au Qu\u00e9bec comme dans le reste du Canada, la construction et l\u2019\u00e9volution du droit \u00e9tatique se sont faites selon un certain nombre de th\u00e9ories imp\u00e9riales, historiquement peu nombreuses, reposant essentiellement sur le concept de \u00ab\u00a0r\u00e9ception\u00a0\u00bb. 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