{"id":20915,"date":"2022-06-01T14:30:06","date_gmt":"2022-06-01T18:30:06","guid":{"rendered":"https:\/\/lawjournal.mcgill.ca\/?post_type=articles&#038;p=20915"},"modified":"2024-03-11T16:54:02","modified_gmt":"2024-03-11T20:54:02","slug":"la-gravite-en-droit-international-penal","status":"publish","type":"articles","link":"https:\/\/mcgill-lawjournal-new.nixa.ca\/fr\/article\/la-gravite-en-droit-international-penal\/","title":{"rendered":"La gravit\u00e9 en droit international p\u00e9nal"},"content":{"rendered":"<h1 id=\"c39-89c-43a-8d6-119\">Introduction<\/h1>\n<p><a name=\"_Toc34168713\"><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c9voquer ensemble la gravit\u00e9 et le droit international p\u00e9nal peut relever de la lapalissade, tant l\u2019\u00e9troitesse du lien qui les unit est \u00e9vidente. Point n\u2019est besoin de pr\u00e9ciser en quoi les crimes commis sont effectivement graves, notamment lorsqu\u2019on raisonne par rapport aux crimes de droit commun. Leur ampleur est naturellement r\u00e9v\u00e9latrice de leur gravit\u00e9. Que l\u2019on pense \u00e0 la d\u00e9portation et \u00e0 la mort de millions de juifs durant la Seconde Guerre Mondiale, au massacre de certaines populations cambodgiennes par le r\u00e9gime Khmer ou aux atrocit\u00e9s commises sur la population Tutsi au Rwanda, c\u2019est une m\u00eame gravit\u00e9 qui pr\u00e9side \u00e0 la cr\u00e9ation des juridictions p\u00e9nales internationales<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans le sens commun, le terme \u00ab\u00a0gravit\u00e9\u00a0\u00bb s\u2019entend de plusieurs mani\u00e8res et notamment comme le \u00ab\u00a0caract\u00e8re de ce qui est important, de ce qui doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 avec s\u00e9rieux<em>\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. En d\u2019autres termes, la gravit\u00e9 vient qualifier un rapport de cons\u00e9quences entre l\u2019action et ses r\u00e9percussions. La notion n\u2019est pas inconnue des juristes pour qui la gravit\u00e9 est souvent associ\u00e9e aux notions d\u2019infraction ou de sanction<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. En droit international p\u00e9nal, le terme est \u00e0 ce point relevant du sens commun qu\u2019il souffre d\u2019absence de d\u00e9finition l\u00e9gale. Des auteurs s\u2019y sont pourtant essay\u00e9s. La gravit\u00e9 est alors d\u00e9sign\u00e9e comme \u00ab\u00a0le caract\u00e8re de ce qui peut entra\u00eener des cons\u00e9quences importantes, s\u00e9rieuses ou lourdes\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Mais les r\u00e9dacteurs des textes applicables aux juridictions p\u00e9nales internationales ont fait l\u2019\u00e9conomie d\u2019une d\u00e9finition. Avant les tribunaux p\u00e9naux internationaux pour l\u2019ex-Yougoslavie et le Rwanda, la gravit\u00e9 ne figure jamais express\u00e9ment dans les textes. Ainsi, les articles 227, 228 et 229 du <em>Trait\u00e9 de Versailles<\/em> pr\u00e9voient la cr\u00e9ation d\u2019une juridiction charg\u00e9e de juger l\u2019ancien Kaiser Guillaume II de Bavi\u00e8re pour \u00ab\u00a0offense supr\u00eame contre la morale internationale et l\u2019autorit\u00e9 sacr\u00e9e des Trait\u00e9s\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. L\u00e0, le terme de \u00ab\u00a0gravit\u00e9\u00a0\u00bb est enferm\u00e9 dans l\u2019expression d\u2019\u00ab\u00a0offense supr\u00eame\u00a0\u00bb au sens des r\u00e9dacteurs du texte en ce d\u00e9but de\u00a0XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Il en va de m\u00eame des tribunaux militaires internationaux de Nuremberg ou pour l\u2019Extr\u00eame-Orient. Le terme est sous-entendu au travers de formules telle que \u00ab\u00a0les officiers et les soldats allemands et les membres du parti nazi qui sont responsables d\u2019atrocit\u00e9s et de crimes [&#8230;] seront renvoy\u00e9s dans les pays o\u00f9 leurs forfaits abominables ont \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9s, afin qu\u2019ils puissent \u00eatre jug\u00e9s et punis\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la notion est seulement mentionn\u00e9e \u00e0 travers l\u2019utilisation du substantif \u00ab\u00a0gravit\u00e9\u00a0\u00bb ou de l\u2019adjectif \u00ab\u00a0grave\u00a0\u00bb. Tel est le cas des textes applicables aux tribunaux p\u00e9naux internationaux pour l\u2019ex-Yougoslavie (\u00ab\u00a0TPIY \u00bb) et le Rwanda (\u00ab\u00a0TPIR\u00a0\u00bb)<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, ou ceux des juridictions p\u00e9nales dites internationalis\u00e9es<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, tel le Tribunal sp\u00e9cial pour la Sierra Leone (\u00ab\u00a0TSSL\u00a0\u00bb)<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a> ou les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (\u00ab\u00a0CETC\u00a0\u00bb)<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. La Cour p\u00e9nale internationale (\u00ab\u00a0CPI\u00a0\u00bb) ne fait pas exception, son Pr\u00e9ambule affirmant que\u00a0:<\/p>\n<p>[A]u cours de ce si\u00e8cle, des millions d\u2019enfants, de femmes et d\u2019hommes ont \u00e9t\u00e9 victimes d\u2019atrocit\u00e9s qui d\u00e9fient l\u2019imagination et heurtent profond\u00e9ment la conscience humaine, [&#8230;] que des crimes d\u2019une telle gravit\u00e9 menacent la paix, la s\u00e9curit\u00e9 et le bien-\u00eatre du monde [&#8230;] ne sauraient rester impunis<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a><em>. <\/em><\/p>\n<p>Dans ces diff\u00e9rentes hypoth\u00e8ses, la gravit\u00e9 est constamment \u00e9voqu\u00e9e en lien avec celle des crimes internationaux par nature<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a> et ne soul\u00e8ve <em>a priori<\/em> aucune difficult\u00e9.<\/p>\n<p>Pour autant le flou qui entoure la notion n\u2019est pas sans risque et la doctrine s\u2019en fait le relais, d\u00e9non\u00e7ant \u00e0 cet \u00e9gard l\u2019absence de d\u00e9limitation<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. Ceci est d\u2019autant plus regrettable que la gravit\u00e9 est prot\u00e9iforme en droit international p\u00e9nal et n\u2019est pas toujours \u00e9voqu\u00e9e en lien avec les crimes commis<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. En revanche, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la gravit\u00e9 des crimes est pr\u00e9sente \u00e0 diff\u00e9rentes phases de la proc\u00e9dure p\u00e9nale internationale. Elle se trouve au c\u0153ur de l\u2019office du juge et du pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation du Procureur dans l\u2019exercice des enqu\u00eates et des poursuites.<\/p>\n<p>Dans certains cas, les textes imposent aux organes des juridictions de prendre en compte la gravit\u00e9 des crimes. La gravit\u00e9 fait office de facteur<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a> \u00e0 leur attention. Cela concerne autant l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, la recevabilit\u00e9 d\u2019une affaire devant la CPI<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, le renvoi devant une juridiction interne<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, la proc\u00e9dure d\u2019arrestation des personnes suspect\u00e9es<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>, la d\u00e9tention avant jugement ou dans l\u2019attente du proc\u00e8s en appel<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>, les peines et leur d\u00e9termination<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>, les gr\u00e2ces ou commutation de peines<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a> ou encore les questions de coop\u00e9ration<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Multiplier de la sorte l\u2019appr\u00e9ciation de la gravit\u00e9 fait peser le risque qu\u2019elle soit d\u00e9clin\u00e9e \u00e0 l\u2019envi par les diff\u00e9rents organes et, plus embarrassant encore, de fa\u00e7on divergente. Tel fut le cas en mati\u00e8re de comp\u00e9tence de la CPI avec l\u2019affaire du Mavi Marmara<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a> que nous d\u00e9velopperons ult\u00e9rieurement.<\/p>\n<p>D\u2019autres fois, elle appara\u00eet dans la d\u00e9finition m\u00eame des crimes internationaux (aussi parle-t-on notamment des \u00ab\u00a0infractions graves aux Conventions de Gen\u00e8ve\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>) et dans les \u00e9l\u00e9ments constitutifs des crimes sous-jacents. Un tel constat n\u2019est pas sans interpeller tant cette gravit\u00e9 particuli\u00e8re s\u2019inscrit dans celle, plus g\u00e9n\u00e9rale, de <em>core crimes<\/em>, ce que pr\u00e9voit d\u00e9j\u00e0 l\u2019article 5 du <em>Statut de Rome<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0La comp\u00e9tence de la Cour est limit\u00e9e aux crimes les plus graves qui touchent l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 internationale\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. D\u00e8s lors, comment appr\u00e9hender la gravit\u00e9 particuli\u00e8re d\u2019une atteinte <em>grave<\/em> \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique ou mentale de membres du groupe, constitutif de g\u00e9nocide, crime parmi les plus graves au sens de l\u2019article 5 pr\u00e9c\u00e9demment mentionn\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019ensemble de ces \u00e9l\u00e9ments r\u00e9v\u00e8lent la probl\u00e9matique inh\u00e9rente \u00e0 la gravit\u00e9 en droit international p\u00e9nal. En effet, qu\u2019elle soit une notion th\u00e9orique ou un facteur \u00e0 consid\u00e9rer en pratique, le contenu de la gravit\u00e9 en droit international p\u00e9nal est prot\u00e9iforme. Sa d\u00e9finition est lacunaire et son domaine d\u2019application mouvant, s\u2019\u00e9tendant \u00e0 toutes les phases de la proc\u00e9dure p\u00e9nale internationale<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a> sans qu\u2019un lien concret puisse \u00eatre \u00e9tabli entre elles. Reste \u00e0 savoir ce que la gravit\u00e9 recouvre v\u00e9ritablement, son appr\u00e9ciation \u00e9tant sujette \u00e0 des variations toutes les fois o\u00f9 sa prise en compte est exig\u00e9e par les textes.<\/p>\n<p>Ainsi, nous mettrons en \u0153uvre une m\u00e9thode qui contribuera \u00e0 clarifier l\u2019usage fait de la gravit\u00e9 dans le droit des juridictions internationales p\u00e9nales. Pour ce faire, nous concentrerons nos d\u00e9veloppements sur la CPI. Nous \u00e9tudierons la gravit\u00e9 telle qu\u2019elle existe \u00e0 travers ses textes et sa jurisprudence, soit son <em>Statut<\/em> et son <em>R\u00e8glement de proc\u00e9dure et de preuve<\/em><a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a> ainsi que leur appr\u00e9ciation par les chambres pr\u00e9liminaires, de premi\u00e8re instance et d\u2019appel. Proc\u00e9der de la sorte suppose de tenir compte de l\u2019h\u00e9ritage des autres juridictions p\u00e9nales internationales et internationalis\u00e9es. Le droit de la CPI est le fruit du d\u00e9veloppement plus g\u00e9n\u00e9ral du droit international p\u00e9nal tel qu\u2019initi\u00e9 par les juridictions ant\u00e9rieures<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>. Seront donc mobilis\u00e9es les jurisprudences du TPIY, du TPIR et du TSSL et ce, essentiellement dans les premiers temps de notre d\u00e9monstration. D\u2019autres sources seront utiles, \u00e0 l\u2019image des documents de politique p\u00e9nale du Bureau du Procureur, permettant de saisir plus nettement le contenu de la gravit\u00e9 et les divergences d\u2019appr\u00e9ciation entre les organes de la CPI.<\/p>\n<p>L\u2019objectif que nous nous donnons contribuera \u00e0 renforcer la th\u00e9orie, mais \u00e9galement la pratique du droit international p\u00e9nal et profitera plus g\u00e9n\u00e9ralement au d\u00e9veloppement de la mati\u00e8re. Nous affinerons, \u00e0 l\u2019appui de la pratique des juridictions, l\u2019apport th\u00e9orique de l\u2019\u00e9tude du droit international p\u00e9nal. Notre contribution reposera sur une m\u00e9thode empreinte tant\u00f4t de positivisme, tant\u00f4t de pragmatisme. En effet, s\u2019il s\u2019agit de clarifier la signification de ce mot-concept qu\u2019est la gravit\u00e9 en le rapportant aux effets concrets qu\u2019elle engendre en droit, alors il nous faut recourir \u00e0 une attitude intellectuelle qui se focalise sur \u00ab\u00a0le droit en action\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>. Cependant, il conviendra d\u2019identifier pr\u00e9alablement ce qu\u2019est la gravit\u00e9 en droit international p\u00e9nal. \u00c0 cet \u00e9gard, ce sont surtout les outils du positivisme qui permettront une telle r\u00e9alisation. Nos d\u00e9veloppements prendront d\u2019abord la forme d\u2019une analyse th\u00e9orique qui nous permettra de cheminer progressivement vers les cons\u00e9quences pratiques qu\u2019elle induit.<\/p>\n<p>L\u2019analyse montrera que la gravit\u00e9 fait l\u2019objet d\u2019un traitement ambigu en droit international p\u00e9nal. Qu\u2019elle soit avanc\u00e9e pour la cr\u00e9ation de r\u00e8gles formelles ou substantielles, la gravit\u00e9 sert tant\u00f4t \u00e0 assurer l\u2019efficacit\u00e9 de la lutte contre l\u2019impunit\u00e9, tant\u00f4t \u00e0 prot\u00e9ger les personnes mises en cause dans les proc\u00e9dures. En outre, l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 se fait jour \u00e0 travers la question de la comp\u00e9tence juridictionnelle, laquelle peut tout aussi bien \u00eatre restreinte qu\u2019\u00e9tendue par le recours \u00e0 la gravit\u00e9. Derri\u00e8re son apparente familiarit\u00e9, la gravit\u00e9 pourrait bien \u00eatre incertaine et inaccessible, ce qui cr\u00e9e \u00e0 la lecture de la jurisprudence des incoh\u00e9rences. Il conviendra pour s\u2019en rendre compte de confronter les usages faits de la gravit\u00e9 en droit international p\u00e9nal (I), autant au regard des textes que des appr\u00e9ciations juridictionnelles des organes. Les enseignements tir\u00e9s de cette confrontation permettront de mieux d\u00e9fendre une homog\u00e9n\u00e9isation de son utilisation (II), ce que la phase de d\u00e9termination des peines tend \u00e0 assurer. En effet, \u00e0 travers les peines prononc\u00e9es, la jurisprudence amorce un mouvement de recomposition partielle de la gravit\u00e9 des crimes internationaux. Aussi, dans une approche aussi bien positive que prospective, la description de ce mouvement sera n\u00e9anmoins compl\u00e9t\u00e9e de nos propositions, comme l\u2019\u00e9tablissement des crit\u00e8res de d\u00e9termination de la gravit\u00e9, favorisant l\u2019accessibilit\u00e9 et la pr\u00e9visibilit\u00e9 de celle-ci.<a name=\"_Toc34168714\"><\/a><\/p>\n<h1 id=\"0c1-1e4-4b5-8fb-fe2\">I. \u00a0 Confronter les usages faits de la gravit\u00e9 en droit international p\u00e9nal<\/h1>\n<p>Les usages de la gravit\u00e9 sont de deux ordres. Premi\u00e8rement, la gravit\u00e9 est pr\u00e9sent\u00e9e en tant que notion qui sert \u00e0 justifier de fa\u00e7on r\u00e9currente les r\u00e8gles propres au droit international p\u00e9nal. Dans un second temps, la gravit\u00e9 joue le r\u00f4le de facteur d\u00e9terminant la comp\u00e9tence juridictionnelle. Il sera donc n\u00e9cessaire de confronter ces usages distincts quant \u00e0 la cr\u00e9ation des r\u00e8gles du droit international p\u00e9nal (A) et quant \u00e0 la comp\u00e9tence des juridictions p\u00e9nales internationales (B).<\/p>\n<h2 id=\"9b4-f50-483-ab3-d9d\">A. Quant \u00e0 la cr\u00e9ation de r\u00e8gles du droit international p\u00e9nal<\/h2>\n<p>Les juridictions p\u00e9nales internationales sont prises au c\u0153ur d\u2019une tension entre la fin et les moyens<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>, ce dont t\u00e9moigne l\u2019usage de la gravit\u00e9 en permettant d\u2019instaurer des r\u00e8gles favorisant aussi bien la lutte contre l\u2019impunit\u00e9 (1) que la protection des personnes mises en cause (2).<\/p>\n<h3 id=\"8ae-58a-4af-91d-9bd\">1. \u00a0\u00a0 Fonder des r\u00e8gles favorisant la lutte contre l\u2019impunit\u00e9<\/h3>\n<p>Le Pr\u00e9ambule du <em>Statut de Rome<\/em> \u00e9nonce \u00ab\u00a0que les crimes les plus graves qui touchent l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 internationale ne sauraient rester impunis\u00a0\u00bb et insiste ensuite sur la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab\u00a0mettre un terme \u00e0 l\u2019impunit\u00e9 des auteurs de ces crimes\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>. Cette approche est typique du droit international p\u00e9nal. Les r\u00e9dacteurs des textes et les juges fondent et appr\u00e9cient le droit international p\u00e9nal \u00e0 l\u2019aune de ses sp\u00e9cificit\u00e9s, dont l\u2019imp\u00e9ratif de lutte contre l\u2019impunit\u00e9<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a> fait partie. Pour ce faire, le degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de gravit\u00e9 des crimes permet d\u2019assouplir l\u2019exigence de l\u00e9galit\u00e9 criminelle (a) et justifie la cr\u00e9ation de r\u00e8gles proc\u00e9durales sp\u00e9cifiques (b).<\/p>\n<h4 id=\"f7e-806-4e1-a04-a50\">a.\u00a0\u00a0\u00a0 Assouplir l\u2019exigence de l\u00e9galit\u00e9 criminelle<\/h4>\n<p>D\u00e8s Nuremberg, l\u2019accusation met en exergue la gravit\u00e9 des actes \u00ab\u00a0qui ne peut \u00eatre ignor\u00e9e\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a> afin de l\u00e9gitimer l\u2019existence du Tribunal militaire international. Cet argument r\u00e9pond \u00e0 celui d\u00e9velopp\u00e9 par la d\u00e9fense, invoquant l\u2019absence de conformit\u00e9 du droit de Nuremberg aux prescriptions du principe de l\u00e9galit\u00e9 criminelle et particuli\u00e8rement son corollaire\u00a0: le principe de non-r\u00e9troactivit\u00e9 de la loi p\u00e9nale<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>. L\u2019argument de l\u2019accusation trouve un \u00e9cho favorable chez les juges qui, en r\u00e9ponse \u00e0 celui de la l\u00e9galit\u00e9, affirment que \u00ab\u00a0l\u2019agresseur sait le caract\u00e8re odieux de son action\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>. D\u2019ailleurs, certains auteurs abondent en ce sens et pr\u00e9cisent qu\u2019afin de justifier la cr\u00e9ation du droit l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y en a pas, les juges raisonnent \u00e0 partir \u00ab\u00a0de l\u2019inhumanit\u00e9 profonde de certains faits et de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019y r\u00e9pondre p\u00e9nalement\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>.<\/p>\n<p>Cet usage de la gravit\u00e9 comme fondement de r\u00e8gles substantielles d\u00e9rogatoires s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un instrument \u00e0 la disposition du juge. Elle lui a permis d\u2019incriminer et de sanctionner r\u00e9troactivement des comportements afin de faciliter les poursuites<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>.<\/p>\n<p>Par exemple, dans l\u2019affaire <em>Karemera<\/em>, les juges consid\u00e8rent que l\u2019application de la forme extensive de l\u2019entreprise criminelle commune<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a> \u00e0 un conflit arm\u00e9 non-international ne viole pas le principe de l\u00e9galit\u00e9<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a>, car la gravit\u00e9 des crimes commis est telle qu\u2019elle ne d\u00e9pend pas de la nature interne ou internationale du conflit. Dans l\u2019affaire <em>Tadi\u0107<\/em>, c\u2019est \u00e9galement la gravit\u00e9 qui permet \u00e0 la Chambre d\u2019appel d\u2019appliquer cette forme \u00e9tendue de l\u2019entreprise criminelle commune \u00e0 l\u2019accus\u00e9 car \u00ab\u00a0la gravit\u00e9 d\u2019une telle participation est rarement moindre \u2014 ou diff\u00e9rente \u2014 de celle des personnes ayant effectivement ex\u00e9cut\u00e9 les actes vis\u00e9s\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>.<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte <em>ex post <\/em>de certains crimes internationaux repose \u00e9galement sur l\u2019argument de leur gravit\u00e9. Le TSSL a jug\u00e9 que les crimes d\u2019enr\u00f4lement d\u2019enfants et de mariage forc\u00e9, jusqu\u2019alors non codifi\u00e9s en droit interne, \u00e9taient constitutifs de crimes contre l\u2019humanit\u00e9 au titre du crime sous-jacent d\u2019\u00ab\u00a0autres actes inhumains\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a>. Relevant tout d\u2019abord que la cat\u00e9gorie des actes inhumains introduite par l\u2019article 6(c) du <em>Statut de Nuremberg<\/em> est d\u2019une gravit\u00e9 comparable aux autres crimes contre l\u2019humanit\u00e9<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>, la Chambre d\u2019appel poursuit en rappelant que cette cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e pour sanctionner une s\u00e9rie d\u2019actes de violence qui peuvent varier selon le contexte\u00a0\u00bb [notre traduction]<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a>. C\u2019est la gravit\u00e9 qui permet aux juges d\u2019int\u00e9grer l\u2019enr\u00f4lement d\u2019enfants et le mariage forc\u00e9 dans la cat\u00e9gorie des autres actes inhumains.<\/p>\n<p>La justification de la gravit\u00e9 favorise \u00e9galement la souplesse du principe de l\u00e9galit\u00e9 des peines. Ainsi, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019appr\u00e9cier l\u2019absence d\u2019\u00e9chelle de la peine d\u2019emprisonnement, les juges r\u00e9pondent que le principe n\u2019impose pas l\u2019exigence d\u2019une peine pr\u00e9cise pour chaque infraction en fonction de la gravit\u00e9 de celle-ci<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>. Par cons\u00e9quent, au m\u00eame titre que les l\u00e9gislations internes qui pr\u00e9voient des fourchettes de peines \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur desquelles les juges ont toute latitude, la peine internationale se caract\u00e9rise par la pr\u00e9vision d\u2019un maximum, en raison de la gravit\u00e9 des crimes et de leurs cons\u00e9quences \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>. Les juges concluent que \u00ab [l]e Statut respecte donc la maxime <em>nulla poena<\/em> <em>sine lege<\/em> pour des crimes relevant de la comp\u00e9tence du Tribunal\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a>. La gravit\u00e9 leur permet aussi de justifier le caract\u00e8re facultatif de la grille g\u00e9n\u00e9rale des peines d\u2019emprisonnement en rejetant son fondement l\u00e9galiste<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a>. De m\u00eame, dans l\u2019affaire <em>Taylor<\/em>, les juges du TSSL refusent l\u2019argument tir\u00e9 de la violation du principe de l\u00e9galit\u00e9 en raison des divergences entre le droit interne et le droit international p\u00e9nal en mati\u00e8re de d\u00e9termination des peines. Selon eux\u00a0:<\/p>\n<p>Les personnes accus\u00e9es sont pr\u00e9sum\u00e9es \u00eatre conscientes qu\u2019en vertu du droit international coutumier, les violations les plus graves du droit international humanitaire sont passibles des peines les plus s\u00e9v\u00e8res, les peines \u00e9tant d\u00e9termin\u00e9es en fonction de la gravit\u00e9 de l\u2019infraction [&#8230;], sans \u00e9gard aux dispositions du droit interne ou aux tarifs \u00e9tablis de d\u00e9termination de la peine [notre traduction].<a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a><\/p>\n<p>Par ailleurs, un autre exemple topique, ind\u00e9pendamment de celui tir\u00e9 de la l\u00e9galit\u00e9, concerne les r\u00e8gles d\u2019imputabilit\u00e9 en droit international p\u00e9nal. D\u00e8s Nuremberg, la gravit\u00e9 est avanc\u00e9e afin de rejeter les immunit\u00e9s ou la qualit\u00e9 officielle des accus\u00e9s et d\u2019admettre leur responsabilit\u00e9 p\u00e9nale individuelle en droit international<a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a>. D\u00e9sormais l\u2019article 27 du <em>Statut de Rome<\/em> consacre le principe de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale individuelle des organes \u00e9tatiques<a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>. De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, la gravit\u00e9 l\u00e9galise le rejet de toute mesure favorisant l\u2019impunit\u00e9 telles les gr\u00e2ces et amnisties<a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, l\u2019utilisation de la gravit\u00e9 se fait au service de la lutte contre les crimes internationaux. En invoquant l\u2019argument de gravit\u00e9, le juge adopte une approche pragmatique, lui permettant au besoin de moduler l\u2019application du principe de l\u00e9galit\u00e9<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a> et d\u2019apporter les inflexions n\u00e9cessaires \u00e0 une meilleure efficacit\u00e9 de la r\u00e9pression. Il en ressort que la gravit\u00e9 s\u2019av\u00e8re \u00eatre un outil particuli\u00e8rement mall\u00e9able, \u00e9vitant un exc\u00e8s de rigidit\u00e9 du droit international p\u00e9nal. En outre, l\u2019usage de la gravit\u00e9 d\u00e9passe le cadre des r\u00e8gles substantielles et permet de justifier la cr\u00e9ation de r\u00e8gles proc\u00e9durales sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<h4 id=\"d5d-026-4a8-84a-362\">b.\u00a0\u00a0\u00a0 Justifier la cr\u00e9ation de r\u00e8gles proc\u00e9durales sp\u00e9cifiques<\/h4>\n<p>La gravit\u00e9 des crimes internationaux sert de fondement \u00e0 l\u2019instauration de r\u00e9gimes proc\u00e9duraux d\u00e9rogatoires au droit commun<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a>.<\/p>\n<p>Tel est le cas des r\u00e8gles relatives \u00e0 la prescription. \u00c0 l\u2019occasion de la cr\u00e9ation de la CPI, \u00ab\u00a0[c]ertaines d\u00e9l\u00e9gations ont estim\u00e9 qu\u2019en raison de la gravit\u00e9 des crimes dont la Cour \u00e9tait appel\u00e9e \u00e0 conna\u00eetre, il faudrait exclure toute prescription pour les crimes en question\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>. D\u00e9sormais, la r\u00e8gle de l\u2019imprescriptibilit\u00e9 est consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019article 29 de son statut<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>. D\u2019ailleurs, la gravit\u00e9 des crimes justifie, selon les juges, de ne pas retenir l\u2019\u00e9coulement d\u2019un laps de temps long (pr\u00e9cis\u00e9ment douze ans entre la commission des crimes et le prononc\u00e9 de la peine) comme une circonstance att\u00e9nuante<a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a>.<\/p>\n<p>En outre, la gravit\u00e9 se r\u00e9percute sur les r\u00e8gles relatives \u00e0 l\u2019arrestation et la d\u00e9tention avant jugement des personnes poursuivies. Ainsi, en faisant application de l\u2019adage <em>male captus bene detentus<\/em>, le TPIY a jug\u00e9 que l\u2019arrestation ill\u00e9gale n\u2019est pas une cause de nullit\u00e9 de la proc\u00e9dure, eu \u00e9gard \u00e0 la gravit\u00e9 des crimes commis<a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a>. Par ailleurs, la Chambre pr\u00e9liminaire pr\u00e8s la CPI invoque l\u2019argument de la gravit\u00e9 des charges retenues contre la personne suspect\u00e9e pour justifier la d\u00e9livrance d\u2019un mandat d\u2019arr\u00eat ou son maintien en d\u00e9tention durant l\u2019enqu\u00eate<a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a> et durant la proc\u00e9dure initiale<a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a> ou d\u2019appel<a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a>. De la m\u00eame mani\u00e8re, l\u2019article 59(4) du <em>Statut de Rome<\/em> pr\u00e9voit qu\u2019en cas d\u2019arrestation dans l\u2019\u00c9tat de d\u00e9tention, la chambre qui examine la demande de remise en libert\u00e9 proc\u00e8de \u00e0 un examen de la gravit\u00e9 des crimes all\u00e9gu\u00e9s<a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a>. Enfin, l\u2019article 58(7) du <em>Statut de Rome<\/em> consacre la privation de libert\u00e9 durant l\u2019enqu\u00eate\u00a0: le mandat d\u2019arr\u00eat est \u00e9rig\u00e9 en principe, lequel peut \u00e9ventuellement s\u2019effacer \u00e0 la demande du Procureur et \u00e0 la condition que la Chambre pr\u00e9liminaire puisse se convaincre de garanties suffisantes<a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\">[63]<\/a>.<\/p>\n<p>\u00c0 ce titre, il pourrait \u00eatre object\u00e9, du moins symboliquement, qu\u2019une telle approche est susceptible d\u2019amoindrir la port\u00e9e de la pr\u00e9somption d\u2019innocence dans le droit de la CPI<a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\">[64]<\/a>. Comme l\u2019\u00e9crit Michel Mass\u00e9, puisque le principe de la libert\u00e9 des individus mis en cause d\u00e9coule directement de la pr\u00e9somption d\u2019innocence, la d\u00e9tention avant jugement doit figurer comme une exception<a href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\">[65]<\/a>. Or, si la gravit\u00e9 est avanc\u00e9e pour justifier quelconque acte coercitif, elle suppose que la pr\u00e9somption d\u2019innocence soit cantonn\u00e9e au cas d\u2019auteurs d\u2019infractions de moindre gravit\u00e9<a href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\">[66]<\/a>. L\u2019argument ne peut n\u00e9anmoins pas prosp\u00e9rer\u00a0: l\u2019article 55(1) du <em>Statut de Rome<\/em> et la jurisprudence de la CPI en t\u00e9moignent<a href=\"#_ftn67\" name=\"_ftnref67\">[67]<\/a>. Comme le souligne Antonio Cassese, il est n\u00e9cessaire de tenir compte des sp\u00e9cificit\u00e9s du proc\u00e8s p\u00e9nal international, lequel s\u2019expose \u00e0 une criminalit\u00e9 particuli\u00e8re\u00a0: la justice internationale doit composer avec des forces politiques et diplomatiques augmentant le risque de voir \u00e9chapper l\u2019auteur des faits aux poursuites<a href=\"#_ftn68\" name=\"_ftnref68\">[68]<\/a>. C\u2019est pourquoi l\u2019institution de mesures coercitives, \u00e0 la hauteur de la gravit\u00e9 des faits et de ces enjeux, est justifi\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour autant, la justification de r\u00e8gles formelles et substantielles dans une optique de lutte contre l\u2019impunit\u00e9 ne doit pas occulter l\u2019importance d\u2019assurer un degr\u00e9 minimal de protection aux personnes mises en cause, ce que favorise \u00e9galement la gravit\u00e9 des crimes internationaux.<\/p>\n<h3 id=\"457-934-462-bba-bad\"><a name=\"_Toc34168724\"><\/a>2. \u00a0\u00a0 Assurer la protection des personnes mises en cause<\/h3>\n<p>\u00c0 rebours des d\u00e9veloppements pr\u00e9c\u00e9dents, la gravit\u00e9 des crimes est parfois pr\u00e9texte pour ne pas appliquer certains r\u00e9gimes d\u2019exception. Elle pr\u00e9serve alors l\u2019int\u00e9r\u00eat des personnes mises en cause.<\/p>\n<p>Dans l\u2019affaire <em>Erdemovic<\/em>, la Chambre d\u2019appel juge que la gravit\u00e9 des crimes reproch\u00e9s \u00e0 l\u2019accus\u00e9 justifie qu\u2019il puisse de nouveau plaider coupable<a href=\"#_ftn69\" name=\"_ftnref69\">[69]<\/a>. Reconnu initialement coupable d\u2019assassinat constitutif d\u2019un crime contre l\u2019humanit\u00e9, il est condamn\u00e9 le 29 novembre 1996 \u00e0 une peine de dix ans d\u2019emprisonnement \u00e0 la suite d\u2019un plaidoyer de culpabilit\u00e9<a href=\"#_ftn70\" name=\"_ftnref70\">[70]<\/a>. En appel, la Chambre annule la proc\u00e9dure au motif que l\u2019accus\u00e9 n\u2019avait pas plaid\u00e9 coupable de mani\u00e8re pleinement \u00e9clair\u00e9e, n\u2019ayant pas saisi la nature des charges port\u00e9es contre lui. Les juges justifient leur d\u00e9cision en exprimant leur doute sur le fait que l\u2019accus\u00e9 aurait continu\u00e9 \u00e0 plaider coupable au chef le plus grave s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 mieux inform\u00e9. En effet, si son attention avait \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e sur le fait qu\u2019un des chefs d\u2019accusation \u00e9tait moins grave et qu\u2019il avait le droit de plaider coupable \u00e0 ce chef, alors peut-\u00eatre aurait-il chang\u00e9 sa strat\u00e9gie de d\u00e9fense<a href=\"#_ftn71\" name=\"_ftnref71\">[71]<\/a>. L\u2019affaire est renvoy\u00e9e devant la Chambre de premi\u00e8re instance o\u00f9 l\u2019accus\u00e9 est finalement condamn\u00e9 \u00e0 une peine de cinq ans d\u2019emprisonnement pour, cette fois, avoir plaid\u00e9 coupable de meurtre constitutif d\u2019une violation des lois ou coutumes de la guerre<a href=\"#_ftn72\" name=\"_ftnref72\">[72]<\/a>. De cette mani\u00e8re, l\u2019information sur la gravit\u00e9 des actes reproch\u00e9s \u00e0 l\u2019accus\u00e9 conditionne la validit\u00e9 formelle des plaidoyers de culpabilit\u00e9 et impose, selon les juges, que les accus\u00e9s soient pleinement conscients des cons\u00e9quences induites par cette m\u00eame gravit\u00e9. La d\u00e9cision r\u00e9sonne comme une recommandation adress\u00e9e aux juges, aux procureurs ainsi qu\u2019aux conseils de d\u00e9fense, afin qu\u2019ils soient particuli\u00e8rement vigilants au moment de la conclusion et l\u2019appr\u00e9ciation de ces accords, car les charges port\u00e9es contre les accus\u00e9s impliquent <em>de jure<\/em> des cons\u00e9quences en termes de peines.<\/p>\n<p>La gravit\u00e9 ne sert pas non plus de fondement \u00e0 l\u2019instauration de r\u00e9gimes d\u00e9rogatoires au droit commun mais au contraire, devient un motif de prudence et de circonspection institu\u00e9 en faveur des accus\u00e9s, dialectique bien connue des droits internes. L\u2019impression d\u2019une justice trop r\u00e9tributive<a href=\"#_ftn73\" name=\"_ftnref73\">[73]<\/a> o\u00f9 la gravit\u00e9 des actes commis serait un motif p\u00e9remptoire en faveur de la lutte contre l\u2019impunit\u00e9 se trouve nuanc\u00e9e. D\u00e9sormais les accus\u00e9s profitent de la r\u00e9daction de l\u2019article 65 du <em>Statut de Rome<\/em>, pr\u00e9voyant une proc\u00e9dure d\u2019aveu de culpabilit\u00e9 protectrice de leurs int\u00e9r\u00eats et attentive aux conditions de validit\u00e9 du plaidoyer<a href=\"#_ftn74\" name=\"_ftnref74\">[74]<\/a>.<\/p>\n<p>En fin de compte, outre une utilisation sur diff\u00e9rents plans, l\u2019appr\u00e9ciation de la gravit\u00e9 atteste de la recherche d\u2019un \u00e9quilibre entre la r\u00e9pression et la protection des droits des individus. Si tant est que son appr\u00e9ciation motive certaines solutions d\u00e9rogatoires au droit commun ou vienne en limiter certaines, elle contribue \u00e9galement \u00e0 moduler la comp\u00e9tence des juridictions p\u00e9nales internationales.<\/p>\n<h2 id=\"dc9-c70-4d6-aaa-b90\">B. Quant \u00e0 la comp\u00e9tence des juridictions p\u00e9nales internationales<\/h2>\n<p>La gravit\u00e9 permet d\u2019entrer dans le champ de comp\u00e9tence g\u00e9n\u00e9ral des juridictions p\u00e9nales internationales, celles-ci ayant \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es et d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la poursuite de crimes graves<a href=\"#_ftn75\" name=\"_ftnref75\">[75]<\/a>. L\u2019article 5 du <em>Statut de Rome<\/em> l\u2019affirme\u00a0: \u00ab\u00a0La comp\u00e9tence de la Cour est limit\u00e9e aux crimes les plus graves qui touchent l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 internationale\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn76\" name=\"_ftnref76\">[76]<\/a>. D\u2019autres dispositions du <em>Statut<\/em> fournissent des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9finition. C\u2019est d\u2019abord le Pr\u00e9ambule qui qualifie les \u00ab\u00a0crimes les plus graves\u00a0\u00bb comme ceux qui \u00ab\u00a0d\u00e9fient l\u2019imagination et heurtent profond\u00e9ment la conscience humaine\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn77\" name=\"_ftnref77\">[77]<\/a>. C\u2019est ensuite l\u2019article 1 qui ajoute que ces crimes sont ceux qui ont \u00ab\u00a0une port\u00e9e internationale\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn78\" name=\"_ftnref78\">[78]<\/a>. Reste que l\u2019expression \u00ab\u00a0crimes les plus graves\u00a0\u00bb demeure \u00e9minemment subjective et sujette \u00e0 interpr\u00e9tations<a href=\"#_ftn79\" name=\"_ftnref79\">[79]<\/a>. Pire, la d\u00e9finition est lacunaire car elle offre un seul positionnement conceptuel, presque chim\u00e9rique, et occulte la comp\u00e9tence mat\u00e9rielle des juridictions. En outre, l\u2019apport du Pr\u00e9ambule est limit\u00e9 faute de force juridique contraignante, ses \u00e9l\u00e9ments \u00e9tant essentiellement \u00ab\u00a0constatifs ou d\u00e9claratifs et <em>non<\/em> performatifs ou normatifs\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn80\" name=\"_ftnref80\">[80]<\/a>. Faute de d\u00e9finition pr\u00e9cise, la gravit\u00e9 implique un double mouvement, tant\u00f4t d\u2019extension de la comp\u00e9tence au moyen de l\u2019interpr\u00e9tation des crimes (1), tant\u00f4t de restriction de la comp\u00e9tence au moyen de l\u2019interpr\u00e9tation du facteur de gravit\u00e9 (2).<\/p>\n<h3 id=\"411-bd3-48f-815-a63\">1. \u00a0\u00a0 \u00c9tendre la comp\u00e9tence au moyen de l\u2019interpr\u00e9tation des crimes<\/h3>\n<p>Les crimes qui entrent dans la comp\u00e9tence mat\u00e9rielle de la CPI sont le g\u00e9nocide, les crimes contre l\u2019humanit\u00e9, les crimes de guerre et le crime d\u2019agression. Sans revenir sur chacun d\u2019eux et leurs \u00e9l\u00e9ments constitutifs, il faut insister sur les singularit\u00e9s qui font d\u2019eux les \u00ab\u00a0crimes les plus graves\u00a0\u00bb. Le g\u00e9nocide, dont l\u2019objet est de prot\u00e9ger \u00ab\u00a0l\u2019existence physique des membres actuels du groupe ou la subsistance biologique du groupe\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn81\" name=\"_ftnref81\">[81]<\/a> r\u00e9v\u00e8le une singuli\u00e8re gravit\u00e9 eu \u00e9gard au dol sp\u00e9cial requis pour caract\u00e9riser l\u2019infraction, \u00e0 savoir l\u2019intention de d\u00e9truire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Quant au crime contre l\u2019humanit\u00e9, il \u00ab\u00a0serait bien la borne commune \u00e0 toutes les cultures, celle qui marque [&#8230;] le point \u00e0 ne pas franchir\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn82\" name=\"_ftnref82\">[82]<\/a>. Celui-ci tend \u00e0 prot\u00e9ger les populations civiles contre les atteintes massives \u00e0 leurs droits les plus fondamentaux au m\u00eame titre que les crimes de guerre<a href=\"#_ftn83\" name=\"_ftnref83\">[83]<\/a> qui, eux, prot\u00e8gent contre les violations s\u00e9rieuses du droit des conflits arm\u00e9s<a href=\"#_ftn84\" name=\"_ftnref84\">[84]<\/a>. Ces crimes garantissent tous un ordre public international incarn\u00e9 \u00e0 travers une soci\u00e9t\u00e9 humaine universelle<a href=\"#_ftn85\" name=\"_ftnref85\">[85]<\/a>. \u00c0 cet \u00e9gard, les diff\u00e9rents projets de code r\u00e9dig\u00e9s sous l\u2019\u00e9gide des Nations Unies les qualifient de \u00ab\u00a0crimes contre la paix et la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn86\" name=\"_ftnref86\">[86]<\/a>. D\u2019ailleurs, c\u2019est bien la gravit\u00e9 qui sert d\u2019\u00e9talon \u00e0 leur int\u00e9gration dans le <em>Statut de Rome<\/em> et dans les statuts des tribunaux <em>ad hoc<\/em><a href=\"#_ftn87\" name=\"_ftnref87\">[87]<\/a>.<\/p>\n<p>Toujours est-il qu\u2019une difficult\u00e9 demeure. La seule affirmation d\u2019une gravit\u00e9 th\u00e9orique emp\u00eache une d\u00e9limitation pr\u00e9cise<a href=\"#_ftn88\" name=\"_ftnref88\">[88]<\/a> en m\u00eame temps qu\u2019elle permet l\u2019extension du domaine des \u00ab\u00a0crimes les plus graves\u00a0\u00bb, gr\u00e2ce notamment \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation qu\u2019en font les juges et les procureurs.<\/p>\n<p>Les juridictions peuvent donc se saisir de situations ou d\u2019affaires moins graves que celles originairement appr\u00e9hend\u00e9es. \u00c0 comparer l\u2019atrocit\u00e9 des faits jug\u00e9s \u00e0 Nuremberg et celle des faits poursuivis devant la CPI, force est de constater que la gravit\u00e9 s\u2019en trouve quelque peu amoindrie<a href=\"#_ftn89\" name=\"_ftnref89\">[89]<\/a>. D\u00e9sormais, le Bureau du Procureur m\u00e8ne des enqu\u00eates sur des conflits o\u00f9 sont impliqu\u00e9s moins d\u2019individus et qui font un nombre de victimes certes cons\u00e9quent mais r\u00e9duit, comparativement aux crimes jug\u00e9s devant les tribunaux p\u00e9naux internationaux. Tel est le cas de la situation en Guin\u00e9e o\u00f9 le Bureau du Procureur recense environ quatre cents victimes dont une cinquantaine ayant subi des violences sexuelles<a href=\"#_ftn90\" name=\"_ftnref90\">[90]<\/a>. Il en va pareillement de l\u2019enqu\u00eate, d\u00e9sormais close<a href=\"#_ftn91\" name=\"_ftnref91\">[91]<\/a>, sur la R\u00e9publique de Cor\u00e9e o\u00f9 une attaque nord-cor\u00e9enne aurait provoqu\u00e9 le naufrage d\u2019un navire, causant la mort d\u2019une quarantaine de marins<a href=\"#_ftn92\" name=\"_ftnref92\">[92]<\/a>. Par ailleurs, les affaires se concentrent sur des zones g\u00e9ographiques r\u00e9duites, ne prenant pas forc\u00e9ment en compte la globalit\u00e9 du conflit \u00e0 l\u2019\u00e9chelle interne ou international et ne se saisissant pas de l\u2019ensemble des responsabilit\u00e9s<a href=\"#_ftn93\" name=\"_ftnref93\">[93]<\/a>. Nous pensons notamment \u00e0 la situation en R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo \u00e0 travers l\u2019affaire <em>Germain Katanga<\/em><a href=\"#_ftn94\" name=\"_ftnref94\">[94]<\/a>. L\u2019accus\u00e9 a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 et condamn\u00e9 \u00e0 douze ans d\u2019emprisonnement pour la seule attaque du village Bogoro en Ituri<a href=\"#_ftn95\" name=\"_ftnref95\">[95]<\/a>. Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9e, la CPI a jug\u00e9 et condamn\u00e9 Ahmad Al Faqi Al Mahdi \u00e0 neuf ans d\u2019emprisonnement pour son implication dans la destruction des Mausol\u00e9es de Tombouctou<a href=\"#_ftn96\" name=\"_ftnref96\">[96]<\/a>.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019extension du champ d\u2019application de la gravit\u00e9 concerne les trois crimes internationaux.<\/p>\n<p>S\u2019agissant des crimes de guerre tout d\u2019abord, leur gravit\u00e9 peut varier<a href=\"#_ftn97\" name=\"_ftnref97\">[97]<\/a>. En effet, si tous les crimes de guerre ne rel\u00e8vent pas de la cat\u00e9gorie des \u00ab\u00a0infractions graves\u00a0\u00bb aux <em>Conventions de Gen\u00e8ve<\/em>, toutes les infractions graves \u00e0 ces <em>Conventions<\/em> rel\u00e8vent de la cat\u00e9gorie des crimes de guerre. Le TPIY a \u00e9tendu ces crimes aux conflits arm\u00e9s internes, arguant de leur gravit\u00e9<a href=\"#_ftn98\" name=\"_ftnref98\">[98]<\/a>. D\u00e8s lors, la preuve d\u2019un conflit transfrontalier n\u2019est plus \u00e0 rapporter, des actes de moindre gravit\u00e9 pouvant d\u00e9sormais \u00eatre qualifi\u00e9s de crimes de guerre. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019apport des tribunaux p\u00e9naux internationaux a permis d\u2019\u00e9largir ces crimes au-del\u00e0 des <em>Conventions<\/em> ou du <em>Protocole additionnel I<\/em>, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019utilisation du droit coutumier<a href=\"#_ftn99\" name=\"_ftnref99\">[99]<\/a>. L\u2019expansion de leur domaine d\u2019application est int\u00e9gr\u00e9e dans le <em>Statut de Rome<\/em>, comme en atteste son article 8<a href=\"#_ftn100\" name=\"_ftnref100\">[100]<\/a>. Cet article contribue th\u00e9oriquement \u00e0 l\u2019augmentation des actes pouvant relever de la comp\u00e9tence de la CPI<a href=\"#_ftn101\" name=\"_ftnref101\">[101]<\/a>. D\u2019ailleurs, cette question ne fut pas sans provoquer la crispation de certaines d\u00e9l\u00e9gations comme les \u00c9tats-Unis qui se montr\u00e8rent favorables \u00e0 la d\u00e9termination d\u2019un seuil limitant la comp\u00e9tence de la CPI<a href=\"#_ftn102\" name=\"_ftnref102\">[102]<\/a>.<\/p>\n<p>Quant aux crimes contre l\u2019humanit\u00e9, l\u2019extension se manifeste notamment par l\u2019abandon de l\u2019exigence d\u2019un conflit arm\u00e9. Portant initialement sur le caract\u00e8re international du conflit au profit \u00ab\u00a0d\u2019un conflit arm\u00e9, de caract\u00e8re international ou interne\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn103\" name=\"_ftnref103\">[103]<\/a>, il a ensuite \u00e9t\u00e9 question de consid\u00e9rer comme suffisante la preuve d\u2019une attaque g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e ou syst\u00e9matique dirig\u00e9e contre une population civile<a href=\"#_ftn104\" name=\"_ftnref104\">[104]<\/a>, ce que confirme la jurisprudence<a href=\"#_ftn105\" name=\"_ftnref105\">[105]<\/a>, participant selon Claus Kress, \u00e0 une dilution de l\u2019\u00e9l\u00e9ment contextuel<a href=\"#_ftn106\" name=\"_ftnref106\">[106]<\/a>. De m\u00eame, l\u2019extension se produit \u00e0 cause de l\u2019augmentation et de l\u2019appr\u00e9ciation des crimes sous-jacents. Preuve en est avec la qualification d\u2019\u00ab\u00a0autres actes inhumains\u00a0\u00bb qui est suffisamment vague pour permettre d\u2019inclure des comportements vari\u00e9s<a href=\"#_ftn107\" name=\"_ftnref107\">[107]<\/a> au m\u00eame titre que celui de \u00ab\u00a0pers\u00e9cutions\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn108\" name=\"_ftnref108\">[108]<\/a>. Le recours \u00e0 des expressions telle que \u00ab\u00a0d\u2019une gravit\u00e9 comparable\u00a0\u00bb permet cette op\u00e9ration d\u2019incrimination<a href=\"#_ftn109\" name=\"_ftnref109\">[109]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019extension concerne enfin le crime de g\u00e9nocide. Par exemple, la jurisprudence a pu consid\u00e9rer qu\u2019une seule personne pouvait \u00eatre p\u00e9nalement responsable d\u2019un crime de g\u00e9nocide, abandonnant l\u2019exigence d\u2019un plan ou d\u2019une politique visant des crimes syst\u00e9matiques<a href=\"#_ftn110\" name=\"_ftnref110\">[110]<\/a>. De m\u00eame, afin d\u2019appr\u00e9cier la gravit\u00e9 de l\u2019atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 d\u2019une victime, le TPIY juge que s\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire qu\u2019elle soit permanente ou irr\u00e9m\u00e9diable, l\u2019atteinte grave doit <em>a minima <\/em>hypoth\u00e9quer s\u00e9rieusement et durablement la capacit\u00e9 de la victime \u00e0 mener une vie normale<a href=\"#_ftn111\" name=\"_ftnref111\">[111]<\/a>.<\/p>\n<p>Cet \u00e9tirement du domaine d\u2019application des crimes internationaux est une solution positive dans le d\u00e9veloppement du droit international p\u00e9nal. Sans amoindrir la gravit\u00e9 des crimes jug\u00e9s, l\u2019extension de leur domaine permet celle de la comp\u00e9tence des juridictions p\u00e9nales internationales. Toutefois, la modulation de la comp\u00e9tence mat\u00e9rielle s\u2019op\u00e8re aussi dans le sens d\u2019une restriction.<\/p>\n<h3 id=\"ed1-a47-454-ba3-459\">2. \u00a0\u00a0 Restreindre la comp\u00e9tence au moyen de l\u2019interpr\u00e9tation du facteur de gravit\u00e9<\/h3>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse des d\u00e9veloppements ant\u00e9rieurs, l\u2019appr\u00e9ciation de la gravit\u00e9 engendre un mouvement de restriction de la comp\u00e9tence des juridictions p\u00e9nales internationales, essentiellement d\u00fb \u00e0 une interpr\u00e9tation subjective du facteur de gravit\u00e9 entre les diff\u00e9rents organes. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans le cadre de la CPI o\u00f9 l\u2019appr\u00e9ciation de la gravit\u00e9 appartient au Procureur et aux juges (a), qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le sa subjectivit\u00e9, comme en atteste la situation relative aux navires battant pavillons comorien, grec et cambodgien (b).<\/p>\n<h4 id=\"11c-9c0-40c-835-ffc\"><a name=\"_Toc34168718\"><\/a>a. L\u2019appr\u00e9ciation de la gravit\u00e9 par le Procureur et les juges<\/h4>\n<p>La gravit\u00e9 est un facteur qui doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rents stades de la proc\u00e9dure p\u00e9nale internationale.<\/p>\n<p>Au stade pr\u00e9liminaire, elle intervient dans les quatre phases d\u2019examen des affaires qui ressortent de la lecture crois\u00e9e des articles 15(2), 17 et 53(1) du <em>Statut<\/em> <em>de Rome<\/em>. La gravit\u00e9 est utilis\u00e9e en amont de la proc\u00e9dure d\u00e8s la s\u00e9lection des affaires par le Bureau du Procureur. Qu\u2019il s\u2019agisse du renvoi d\u2019une situation par un \u00c9tat partie, par le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 ou <em>proprio motu<\/em> lorsque le Procureur d\u00e9cide lui-m\u00eame d\u2019enqu\u00eater<a href=\"#_ftn112\" name=\"_ftnref112\">[112]<\/a>, la gravit\u00e9 doit \u00eatre syst\u00e9matiquement prise en compte car toute affaire est soumise aux conditions de recevabilit\u00e9 de l\u2019article 17<a href=\"#_ftn113\" name=\"_ftnref113\">[113]<\/a>. Elle est \u00e9galement appr\u00e9ci\u00e9e lors de l\u2019examen pr\u00e9liminaire, au moment de solliciter l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate, \u00e9tant \u00e9valu\u00e9e tant par le Bureau du Procureur que par la Chambre pr\u00e9liminaire. Enfin, l\u2019opportunit\u00e9 des poursuites lui fait la part belle, comme le d\u00e9montre l\u2019article 53 du <em>Statut de Rome<\/em><a href=\"#_ftn114\" name=\"_ftnref114\">[114]<\/a>.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, l\u2019appr\u00e9ciation de la gravit\u00e9 rel\u00e8ve des organes de la CPI. Le Bureau du Procureur appr\u00e9hende la gravit\u00e9 d\u2019une situation ou d\u2019une affaire \u00e0 l\u2019aune de l\u2019\u00e9chelle, de la nature, du mode op\u00e9ratoire et de l\u2019impact des crimes sur les victimes, conform\u00e9ment \u00e0 la norme 29(2) du <em>R\u00e8glement du Bureau du Procureur<\/em><a href=\"#_ftn115\" name=\"_ftnref115\">[115]<\/a>.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la Chambre d\u2019appel, son appr\u00e9ciation s\u2019av\u00e8re plus pr\u00e9cise et \u00e9toff\u00e9e. D\u00e9j\u00e0, les juges estiment que la gravit\u00e9 doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e au cas par cas, en tenant compte des faits sp\u00e9cifiques d\u2019une affaire<a href=\"#_ftn116\" name=\"_ftnref116\">[116]<\/a> et ce, tant d\u2019un point de vue quantitatif que qualitatif<a href=\"#_ftn117\" name=\"_ftnref117\">[117]<\/a>. Quantitativement, il est admis que le nombre de victimes peut \u00eatre retenu<a href=\"#_ftn118\" name=\"_ftnref118\">[118]<\/a>, sans pour autant faire figure de crit\u00e8re suffisant<a href=\"#_ftn119\" name=\"_ftnref119\">[119]<\/a>. Quant \u00e0 la qualit\u00e9, l\u2019ampleur et la nature des crimes all\u00e9gu\u00e9s, la mani\u00e8re dont les crimes sont commis et les pr\u00e9judices subis par les victimes constituent des \u00e9l\u00e9ments pertinents<a href=\"#_ftn120\" name=\"_ftnref120\">[120]<\/a>. Les juges pr\u00e9cisent aussi que la gravit\u00e9 s\u2019appr\u00e9cie diff\u00e9remment \u00e0 l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate sur une situation ou d\u2019une affaire qui y est relative<a href=\"#_ftn121\" name=\"_ftnref121\">[121]<\/a>. En effet, ils consid\u00e8rent que le seuil de gravit\u00e9 requis s\u2019ajoute \u00e0 la gravit\u00e9 th\u00e9orique des crimes pr\u00e9vus par le <em>Statut de Rome<\/em><a href=\"#_ftn122\" name=\"_ftnref122\">[122]<\/a>. En d\u2019autres termes, le comportement en cause doit pr\u00e9senter certaines caract\u00e9ristiques qui le rendent particuli\u00e8rement grave<a href=\"#_ftn123\" name=\"_ftnref123\">[123]<\/a>. Ensuite, au-del\u00e0 de la gravit\u00e9 th\u00e9orique commune li\u00e9e \u00e0 la qualification juridique des <em>core crimes<\/em>, les juges pr\u00e9cisent que c\u2019est le comportement des accus\u00e9s qui tend \u00e0 asseoir la gravit\u00e9 d\u2019une affaire\u00a0: le comportement en cause doit \u00eatre syst\u00e9matique, c\u2019est-\u00e0-dire constituer une s\u00e9rie d\u2019incidents survenus \u00e0 grande \u00e9chelle, et susciter l\u2019indignation au sein de la communaut\u00e9 internationale<a href=\"#_ftn124\" name=\"_ftnref124\">[124]<\/a>. Les chambres tiennent \u00e9galement compte de la position hi\u00e9rarchique de l\u2019accus\u00e9, du r\u00f4le qu\u2019il a jou\u00e9 par ses actes ou omissions ainsi que du r\u00f4le qu\u2019il a jou\u00e9 en tant que membre de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat dans la perp\u00e9tration de l\u2019ensemble des crimes relevant de la comp\u00e9tence de la CPI<a href=\"#_ftn125\" name=\"_ftnref125\">[125]<\/a>. Concernant ces trois derniers \u00e9l\u00e9ments, les juges \u00e9noncent qu\u2019ils sont tous \u00e9valu\u00e9s \u00e0 partir d\u2019un seuil de gravit\u00e9 suppl\u00e9mentaire pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 17(1)(d), \u00e0 la lumi\u00e8re du Pr\u00e9ambule et de l\u2019article premier du <em>Statut de Rome<\/em><a href=\"#_ftn126\" name=\"_ftnref126\">[126]<\/a>. Les chambres d\u00e9fendent une vision de la compl\u00e9mentarit\u00e9 positive, dans laquelle la comp\u00e9tence de la CPI est limit\u00e9e aux \u00ab\u00a0affaires contre les plus hauts dirigeants suspect\u00e9s de porter la responsabilit\u00e9 la plus lourde des crimes [&#8230;] et qui auraient \u00e9t\u00e9 commis dans toute situation faisant l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn127\" name=\"_ftnref127\">[127]<\/a>.<\/p>\n<p>Deux difficult\u00e9s ressortent des d\u00e9veloppements pr\u00e9c\u00e9dents, qui tiennent toutes deux \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation subjective de la gravit\u00e9. Premi\u00e8rement, dans sa prise en compte, le facteur ne profite pas de crit\u00e8res ou d\u2019indications quant \u00e0 sa quantification, ce qui ne permet pas de conclure \u00e0 l\u2019existence d\u2019un seuil concret. Deuxi\u00e8mement, cette absence d\u2019indication est propice \u00e0 la naissance de divergences, comme en attestent les documents de politique g\u00e9n\u00e9rale. Dans un premier document de 2003, le Procureur \u00e9met le souhait d\u2019enqu\u00eater sur toute situation port\u00e9e \u00e0 sa connaissance. Le document \u00e9voque le fait que \u00ab\u00a0le Bureau du Procureur pourrait \u00eatre saisi de plus d\u2019une situation \u00e0 la fois, certaines ou toutes impliquant un nombre inconnu de victimes ainsi qu\u2019un certain nombre d\u2019auteurs pr\u00e9sum\u00e9s\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn128\" name=\"_ftnref128\">[128]<\/a>. Cela implique une acception particuli\u00e8rement souple de la gravit\u00e9. Peut-\u00eatre la mise en place r\u00e9cente de la CPI et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9laborer et d\u2019affiner le contenu de la politique p\u00e9nale justifiaient pareille largesse. Dans un autre document datant quant \u00e0 lui de 2016, le Bureau du Procureur concentre son action sur les crimes pr\u00e9sentant une gravit\u00e9 importante<a href=\"#_ftn129\" name=\"_ftnref129\">[129]<\/a>. Se fondant sur la gravit\u00e9 de l\u2019article 17 du <em>Statut de Rome<\/em>, le Procureur nuance son propos et pr\u00e9cise qu\u2019il peut appliquer \u00ab\u00a0des conditions plus strictes que celles qui sont l\u00e9galement exig\u00e9es pour d\u00e9terminer la recevabilit\u00e9 [d\u2019une affaire]\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn130\" name=\"_ftnref130\">[130]<\/a>. La gravit\u00e9 repose alors essentiellement sur des consid\u00e9rations subjectives, comme en t\u00e9moignent les divergences entre le Procureur et la Chambre pr\u00e9liminaire, \u00e0 propos de la <em>Situation relative aux navires battant pavillons comorien, grec et cambodgien<\/em><a href=\"#_ftn131\" name=\"_ftnref131\">[131]<\/a>.<\/p>\n<h4 id=\"e9b-b6f-4ae-954-407\"><a name=\"_Toc34168719\"><\/a>b. Aper\u00e7u de la subjectivit\u00e9 dans l\u2019appr\u00e9ciation de la gravit\u00e9\u00a0: exemple pris de la Situation relative aux navires battant pavillons comorien, grec et cambodgien<\/h4>\n<p>Cette affaire, \u00e9galement appel\u00e9e affaire du Mavi Marmara, est symptomatique des difficult\u00e9s suscit\u00e9es par l\u2019appr\u00e9ciation de la gravit\u00e9 au stade pr\u00e9liminaire. Pour rappel, le Bureau du Procureur \u00e9tait saisi par l\u2019Union des Comores d\u2019une affaire opposant Isra\u00ebl (\u00e0 l\u2019origine d\u2019un blocus de la bande de Gaza) \u00e0 une flottille d\u00e9nomm\u00e9e <em>Gaza Freedom Flotilla<\/em>. Compos\u00e9e de huit navires ayant pour objectif affich\u00e9 \u00ab\u00a0de livrer de l\u2019aide \u00e0 Gaza, de briser le blocus isra\u00e9lien et d\u2019attirer l\u2019attention de la communaut\u00e9 internationale sur la situation de cette zone et sur les cons\u00e9quences du blocus\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn132\" name=\"_ftnref132\">[132]<\/a>, une partie de la flottille est intercept\u00e9e puis arraisonn\u00e9e par les forces isra\u00e9liennes. Une fois d\u00e9barqu\u00e9s, les passagers font l\u2019objet de mesures privatives de libert\u00e9. D\u2019apr\u00e8s les diff\u00e9rents rapports \u00e9tablis \u00e0 propos de cet incident<a href=\"#_ftn133\" name=\"_ftnref133\">[133]<\/a>, l\u2019op\u00e9ration provoque la mort d\u2019environ dix personnes (\u00e0 bord du Mavi Marmara), d\u2019une cinquantaine de bless\u00e9es ainsi qu\u2019une centaine d\u2019atteintes \u00e0 la dignit\u00e9, de tortures ou traitements inhumains.<\/p>\n<p>Lors de l\u2019examen pr\u00e9liminaire, le Procureur refuse d\u2019ouvrir une enqu\u00eate en raison de l\u2019insuffisante gravit\u00e9 des faits<a href=\"#_ftn134\" name=\"_ftnref134\">[134]<\/a>. Trois arguments principaux viennent au soutien de sa d\u00e9cision. Premi\u00e8rement, la comp\u00e9tence de la CPI dans cette affaire se limite \u00e0 trois navires<a href=\"#_ftn135\" name=\"_ftnref135\">[135]<\/a>. Deuxi\u00e8mement, cette limite, qui restreignait d\u2019autant l\u2019\u00e9tendue des dommages, implique cons\u00e9quemment un faible nombre de victimes<a href=\"#_ftn136\" name=\"_ftnref136\">[136]<\/a>. Troisi\u00e8mement, l\u2019absence de facteurs qualitatifs ne permet pas d\u2019ajouter \u00e0 la gravit\u00e9 des faits relevant de la situation<a href=\"#_ftn137\" name=\"_ftnref137\">[137]<\/a>. En revanche, c\u2019est l\u00e0 un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9routant, le Procureur conclut que \u00ab\u00a0les informations disponibles fournissent une base raisonnable pour croire que des crimes de guerre relevant de la comp\u00e9tence de la Cour ont \u00e9t\u00e9 commis\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn138\" name=\"_ftnref138\">[138]<\/a> [notre traduction].<\/p>\n<p>Ce dernier \u00e9l\u00e9ment nous enseigne qu\u2019il ne s\u2019agit pas pour l\u2019accusation de conclure \u00e0 l\u2019inexistence des crimes. Au contraire, les conclusions tendent \u00e0 d\u00e9montrer que, lorsqu\u2019ils sont appr\u00e9ci\u00e9s dans leur contexte, des crimes internationaux relevant du champ de comp\u00e9tence de la CPI, th\u00e9oriquement consid\u00e9r\u00e9s comme les plus graves, sont consid\u00e9r\u00e9s comme insuffisamment graves pour emporter comp\u00e9tence juridictionnelle de celle-ci. Autrement dit, dans l\u2019\u00e9chelle des crimes les plus graves, un ordre de gravit\u00e9 se dessine, permettant de hi\u00e9rarchiser les crimes et d\u2019exclure ceux d\u2019une gravit\u00e9 insuffisante pour emporter la comp\u00e9tence de la CPI.<\/p>\n<p>Par ailleurs, un paradoxe se fait jour \u00e0 la lecture de la d\u00e9cision du Bureau du Procureur qui rel\u00e8ve des versions contradictoires dans l\u2019\u00e9tablissement des faits et l\u2019am\u00e8ne \u00e0 conclure \u00e0 l\u2019insuffisance d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuves<a href=\"#_ftn139\" name=\"_ftnref139\">[139]<\/a>. Pourtant, une telle constatation va \u00e0 l\u2019encontre de sa propre strat\u00e9gie de poursuite, selon laquelle \u00ab\u00a0[l]a volont\u00e9 d\u2019approfondir les enqu\u00eates renvoie \u00e0 la nouvelle approche du Bureau qui consiste \u00e0 recueillir de plus en plus des \u00e9l\u00e9ments de preuve plus vari\u00e9s \u00e0 l\u2019appui de ses dossiers\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn140\" name=\"_ftnref140\">[140]<\/a>.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s plusieurs \u00e9changes de vues entre les parties, la Chambre pr\u00e9liminaire I est saisie de l\u2019affaire et rend une premi\u00e8re d\u00e9cision le 16 juillet 2015 \u00e0 l\u2019occasion de laquelle elle infirme celle du Bureau du Procureur<a href=\"#_ftn141\" name=\"_ftnref141\">[141]<\/a>. \u00c0 rebours des conclusions de celui-ci, les juges \u00e9voquent que l\u2019objectif principal de l\u2019enqu\u00eate tend \u00e0 apporter des \u00e9claircissements sur l\u2019existence de crimes internationaux d\u2019une gravit\u00e9 suffisante<a href=\"#_ftn142\" name=\"_ftnref142\">[142]<\/a>. En d\u2019autres termes, l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate aurait d\u00fb permettre d\u2019\u00e9claircir les doutes \u00e9voqu\u00e9s par le Procureur et provoqu\u00e9s par le caract\u00e8re contradictoire des versions des parties. C\u2019est une vision particuli\u00e8rement souple et large du stade des \u00ab\u00a0pr\u00e9-enqu\u00eates\u00a0\u00bb que nous livre la Chambre pr\u00e9liminaire, conf\u00e9rant \u00e0 l\u2019enqu\u00eate une fonction d\u00e9cisive dans l\u2019affinage de la gravit\u00e9 et permettant d\u2019exclure ou d\u2019inclure les situations port\u00e9es \u00e0 la connaissance du Procureur dans le champ des activit\u00e9s de la CPI.<\/p>\n<p>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, quatre points sont d\u00e9velopp\u00e9s par la Chambre pr\u00e9liminaire. Premier point, elle consid\u00e8re que le fait de ne pas avoir recherch\u00e9 les personnes susceptibles de faire l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate \u00e9tait une erreur. Si tel avait \u00e9t\u00e9 le cas, ces \u00e9l\u00e9ments auraient permis d\u2019apporter des crit\u00e8res qualitatifs \u00e0 l\u2019examen de la gravit\u00e9<a href=\"#_ftn143\" name=\"_ftnref143\">[143]<\/a>, ce que le Procureur d\u00e9plorait par ailleurs. Deuxi\u00e8me point, les juges reviennent sur le nombre de victimes et proc\u00e8dent \u00e0 une comparaison avec d\u2019autres affaires et notamment l\u2019affaire <em>Abu Garda<\/em>, o\u00f9 la gravit\u00e9 \u00e9tait quantitativement inf\u00e9rieure<a href=\"#_ftn144\" name=\"_ftnref144\">[144]<\/a>, mais qui a fait l\u2019objet poursuites<a href=\"#_ftn145\" name=\"_ftnref145\">[145]<\/a>. Troisi\u00e8me point, la Chambre s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la nature des crimes et \u00e9voque \u00ab\u00a0la gravit\u00e9 relative des \u00e9ventuelles qualifications juridiques des faits apparents\u00a0\u00bb [notre traduction]<a href=\"#_ftn146\" name=\"_ftnref146\">[146]<\/a>. Enfin quatri\u00e8me point, l\u2019accusation omet d\u2019examiner certains faits dans l\u2019\u00e9valuation de la gravit\u00e9 et notamment le mode de commission des crimes. Pr\u00e9cis\u00e9ment, les juges pointent du doigt l\u2019incoh\u00e9rence dans la d\u00e9cision du Procureur, laquelle admet des contradictions quant \u00e0 l\u2019existence de tirs ant\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019arraisonnement du Mavi Marmara. Selon la Chambre pr\u00e9liminaire, si les tirs avaient \u00e9t\u00e9 ant\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019arraisonnement, ils permettraient de d\u00e9montrer une intention pr\u00e9alable d\u2019attaquer et de tuer<a href=\"#_ftn147\" name=\"_ftnref147\">[147]<\/a>. Ceci justifie d\u00e8s lors une gravit\u00e9 certaine et suffisante<a href=\"#_ftn148\" name=\"_ftnref148\">[148]<\/a>. Les juges d\u00e9noncent l\u2019absence d\u2019enqu\u00eate de la part du Procureur qui, tout en admettant un doute sur le degr\u00e9 de gravit\u00e9, ne prend pas la peine de lever ce dernier. En d\u00e9finitive et c\u2019est l\u00e0 une nuance importante, l\u2019arr\u00eat de la Chambre pr\u00e9liminaire n\u2019affirme pas que les crimes commis sont graves. En revanche, elle juge que les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments de faits, parfois contradictoires entre les versions des parties, laissent subsister un doute quant \u00e0 leur degr\u00e9 de gravit\u00e9, justifiant alors l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un r\u00e9examen en 2017<a href=\"#_ftn149\" name=\"_ftnref149\">[149]<\/a> et une seconde d\u00e9cision de la Chambre de premi\u00e8re instance concluant \u00e0 son insuffisance<a href=\"#_ftn150\" name=\"_ftnref150\">[150]<\/a>, la Chambre d\u2019appel dans un arr\u00eat du 2 septembre 2019 juge le r\u00e9examen de la Procureure insuffisant<a href=\"#_ftn151\" name=\"_ftnref151\">[151]<\/a>. Selon elle, la Procureure ne se fonde que sur des arguments \u00e9voqu\u00e9s par les parties lors de l\u2019instance de 2015, ignorant alors les instructions de la Chambre pr\u00e9liminaire<a href=\"#_ftn152\" name=\"_ftnref152\">[152]<\/a>. La Chambre d\u2019appel fait n\u00e9anmoins preuve de pr\u00e9caution et pr\u00e9cise que si la Chambre pr\u00e9liminaire peut contraindre la Procureure \u00e0 consid\u00e9rer certains \u00e9l\u00e9ments factuels, il ne lui appartient pas de le diriger dans l\u2019\u00e9valuation des informations<a href=\"#_ftn153\" name=\"_ftnref153\">[153]<\/a>. Autrement dit, la Chambre pr\u00e9liminaire impose \u00e0 la Procureure de tenir compte et d\u2019\u00e9valuer les \u00e9l\u00e9ments de faits afin de d\u00e9terminer la suffisance de la gravit\u00e9, sans pouvoir la contraindre \u00e0 ouvrir une enqu\u00eate. \u00c0 cet \u00e9gard, la Chambre d\u2019appel vient au secours de l\u2019ind\u00e9pendance de la Procureure, mais insiste sur l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il y a d\u2019enqu\u00eater en cas de doute sur la gravit\u00e9<a href=\"#_ftn154\" name=\"_ftnref154\">[154]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019affaire montre les tensions existantes entre les diff\u00e9rents organes de la CPI et attribuables \u00e0 la subjectivit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation de la gravit\u00e9. Dans le m\u00eame temps, la Chambre d\u2019appel \u00e9choue \u00e0 encadrer les pouvoirs du Procureur<a href=\"#_ftn155\" name=\"_ftnref155\">[155]<\/a>. Sans remettre en cause l\u2019ind\u00e9pendance de celui-ci, les juges avaient l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019imposer \u00e0 l\u2019accusation de motiver ses choix d\u2019enqu\u00eater et de poursuivre par des consid\u00e9rations plus pr\u00e9cises. De telles consid\u00e9rations pouvaient inclure la recherche d\u2019un effet dissuasif aux potentiels auteurs de pareilles exactions<a href=\"#_ftn156\" name=\"_ftnref156\">[156]<\/a>, la volont\u00e9 de favoriser les poursuites nationales<a href=\"#_ftn157\" name=\"_ftnref157\">[157]<\/a>, l\u2019existence d\u2019une affaire essentielle pour le d\u00e9veloppement du droit ou le souci de ne pas interf\u00e9rer avec des processus transitionnels d\u00e9j\u00e0 existants et d\u00e9licats. Gilbert Bitti per\u00e7oit une \u00ab\u00a0utilisation [&#8230;] de plus en plus abusive de la part du Procureur\u00a0\u00bb du facteur<a href=\"#_ftn158\" name=\"_ftnref158\">[158]<\/a>, qui rend d\u2019autant plus imp\u00e9rative la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas en faire un \u00e9l\u00e9ment de langage qui justifierait, sans les d\u00e9montrer, les choix du Bureau.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre certaines consid\u00e9rations plus pragmatiques peuvent justifier la position du Procureur. Les diff\u00e9rents plans strat\u00e9giques du Bureau du Procureur s\u2019en font l\u2019\u00e9cho lorsqu\u2019ils d\u00e9noncent l\u2019insuffisance des moyens et la volont\u00e9 des parties d\u2019une r\u00e9ponse rapide et transparente<a href=\"#_ftn159\" name=\"_ftnref159\">[159]<\/a>. Ces \u00e9l\u00e9ments peuvent \u00eatre les causes d\u2019un traitement sommaire de certaines situations, o\u00f9 les facteurs juridiques telle la gravit\u00e9 des crimes sont appr\u00e9ci\u00e9s dans l\u2019optique de parvenir rapidement et efficacement au terme de l\u2019examen pr\u00e9liminaire<a href=\"#_ftn160\" name=\"_ftnref160\">[160]<\/a>. \u00c0 cet \u00e9gard nous regrettons, m\u00eame si nous l\u2019entendons, une vision de plus en plus technocratique impos\u00e9e au Bureau du Procureur dans la gestion des flux<a href=\"#_ftn161\" name=\"_ftnref161\">[161]<\/a>.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, en jugeant l\u2019affaire <em>Al Mahdi <\/em>suffisamment grave pour justifier la comp\u00e9tence de la CPI, les juges et le Procureur ont apport\u00e9 d\u2019autant plus de confusion quant au domaine de comp\u00e9tence de cette derni\u00e8re. Comme l\u2019explique Gilbert Bitti\u00a0:<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de la CPI qu\u2019une affaire qui ne concerne que des atteintes aux biens est consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 la fois par le Procureur et par la Chambre pr\u00e9liminaire comme suffisamment grave pour que la Cour y donne suite. Cette affaire aura probablement un impact important sur l\u2019appr\u00e9ciation du crit\u00e8re de la gravit\u00e9 des affaires au regard de l\u2019article 17-1-d du Statut. En effet, il sera difficile \u00e0 l\u2019avenir, notamment pour le Procureur, de soutenir qu\u2019une affaire qui concerne seulement un nombre limit\u00e9 d\u2019atteintes aux personnes n\u2019est pas suffisamment grave au regard de l\u2019article 17-1-d du Statut<a href=\"#_ftn162\" name=\"_ftnref162\">[162]<\/a>.<\/p>\n<p>Mise en perspective avec l\u2019affaire du Mavi Marmara, force est de constater que la gravit\u00e9 fait l\u2019objet d\u2019un traitement distinct. Ce traitement est fond\u00e9 essentiellement sur l\u2019appr\u00e9ciation subjective des organes de la Cour, cr\u00e9ant un besoin d\u2019homog\u00e9n\u00e9iser l\u2019utilisation de la gravit\u00e9 en droit international p\u00e9nal.<\/p>\n<h1 id=\"33e-0cc-4ff-bc4-e3c\">II. Homog\u00e9n\u00e9iser l\u2019utilisation de la gravit\u00e9 en droit international p\u00e9nal<\/h1>\n<p>Il ressort des d\u00e9veloppements pr\u00e9c\u00e9dents que les difficult\u00e9s n\u00e9es de l\u2019appr\u00e9ciation de la gravit\u00e9 prennent corps \u00e0 travers la question de la hi\u00e9rarchisation des crimes internationaux. En ce sens un auteur \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019il faudrait d\u00e9finir, c\u2019est une notion de gravit\u00e9 dans le contexte du Statut de la CPI. Or, cela impliquerait de se poser la question de la hi\u00e9rarchie des crimes en droit international p\u00e9nal, exercice que les juges, comme un grand nombre de commentateurs, se refusent \u00e0 faire\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn163\" name=\"_ftnref163\">[163]<\/a>. Nonobstant ces constats, la lecture de la jurisprudence en mati\u00e8re de d\u00e9termination des peines nous a permis d\u2019identifier une hi\u00e9rarchie des crimes internationaux (A). Cette hi\u00e9rarchie s\u2019av\u00e8re n\u00e9anmoins insuffisante, c\u2019est pourquoi nous proposons de la compl\u00e9ter par la fixation de crit\u00e8res de d\u00e9termination de la gravit\u00e9 (B).<\/p>\n<h2 id=\"72f-bd3-46d-a3a-a79\">A. Hi\u00e9rarchiser les crimes gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9termination des peines<\/h2>\n<p>La gravit\u00e9 se retrouve au c\u0153ur de la probl\u00e9matique des peines. Pour fixer le quantum de la peine, les juges ont recours \u00e0 une appr\u00e9ciation <em>in concreto <\/em>de la gravit\u00e9. Or, une appr\u00e9ciation <em>in abstracto<\/em> permettrait de la red\u00e9finir dans le contexte du <em>Statut de Rome<\/em> et de d\u00e9composer la gravit\u00e9 abstraite des crimes. En tout \u00e9tat de cause, la gravit\u00e9 est le crit\u00e8re d\u00e9terminant dans l\u2019appr\u00e9ciation des peines (1). Les peines prononc\u00e9es par les juges montreront r\u00e9ciproquement une hi\u00e9rarchisation des crimes qui nous permettra d\u2019induire des degr\u00e9s de gravit\u00e9\u00a0(2).<\/p>\n<h3 id=\"6d1-6ff-446-a45-2b3\">1. \u00a0\u00a0 La gravit\u00e9 pour appr\u00e9cier les peines<\/h3>\n<p>En mati\u00e8re de d\u00e9termination des peines, la norme de sanction repose sur l\u2019affirmation implicite que les crimes de la comp\u00e9tence des juridictions p\u00e9nales internationales sont les plus graves. En effet, les textes pr\u00e9voient seulement une peine maximale d\u2019emprisonnement \u00e0 vie pour les juridictions <em>ad hoc<\/em> et dans le cadre de la CPI, une peine \u00e0 temps de trente ans ou, sous certaines conditions, un emprisonnement \u00e0 vie. De cette mani\u00e8re, le l\u00e9gislateur international adapte la norme de sanction \u00e0 la gravit\u00e9 des crimes<a href=\"#_ftn164\" name=\"_ftnref164\">[164]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, la gravit\u00e9 fait office de limite \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des peines. L\u2019article 77(1)(b) du <em>Statut de Rome<\/em> pr\u00e9voit que les juges peuvent prononcer une peine d\u2019emprisonnement \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9<a href=\"#_ftn165\" name=\"_ftnref165\">[165]<\/a>. \u00c0 l\u2019instar des tribunaux <em>ad hoc<\/em>, les r\u00e9dacteurs du <em>Statut de Rome<\/em> ont jug\u00e9 utile de conditionner le prononc\u00e9 de telles peines \u00e0 la caract\u00e9risation de \u00ab\u00a0l\u2019extr\u00eame gravit\u00e9 du crime et la situation personnelle du condamn\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn166\" name=\"_ftnref166\">[166]<\/a>. Aucune indication n\u2019est fournie quant \u00e0 la substance de l\u2019expression \u00ab\u00a0extr\u00eame gravit\u00e9\u00a0\u00bb car, pour l\u2019heure, aucune peine perp\u00e9tuelle n\u2019a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e par la CPI. La sentence dans l\u2019affaire <em>Ntaganda<\/em> offre n\u00e9anmoins quelques pistes de r\u00e9flexion, l\u2019accus\u00e9 ayant \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une peine de trente ans d\u2019emprisonnement pour de nombreux crimes contre l\u2019humanit\u00e9 et crimes de guerre, notamment de nombreux crimes sexuels<a href=\"#_ftn167\" name=\"_ftnref167\">[167]<\/a>. Par cons\u00e9quent, \u00e0 l\u2019argument du repr\u00e9sentant des victimes sollicitant l\u2019infliction d\u2019une peine perp\u00e9tuelle, la Chambre r\u00e9pond que\u00a0:<\/p>\n<p>[C]onstatant le chevauchement des comportements entre une partie de ces crimes, et sur la base de toutes les autres consid\u00e9rations pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce, nonobstant le fait qu\u2019il n\u2019y a pas de circonstances att\u00e9nuantes \u00e0 prendre en compte, la Chambre constate que les crimes pour lesquels M. Ntaganda a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, malgr\u00e9 leur gravit\u00e9 et son degr\u00e9 de culpabilit\u00e9, ne justifient n\u00e9anmoins pas une peine d\u2019emprisonnement \u00e0 vie [notre traduction]<a href=\"#_ftn168\" name=\"_ftnref168\">[168]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans cette affaire, les juges ont estim\u00e9 que les crimes commis durant la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me op\u00e9ration faisaient partie de la m\u00eame campagne militaire et constituaient une succession logique d\u2019\u00e9v\u00e9nements. Par une interpr\u00e9tation <em>a contrario<\/em>, nous \u00e9mettons l\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019extr\u00eame gravit\u00e9 des crimes est caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019existence d\u2019un nombre important de crimes de natures diverses, qui ne pr\u00e9senteraient aucune similitude contextuelle. En outre, l\u2019existence de nombreuses circonstances aggravantes permettrait de caract\u00e9riser l\u2019extr\u00eame gravit\u00e9 et autoriserait les juges \u00e0 infliger une peine d\u2019emprisonnement \u00e0 vie.<\/p>\n<p>Enfin, les textes imposent aux juges la prise en compte d\u2019un facteur de gravit\u00e9. \u00c0 l\u2019exception des CETC, les statuts pr\u00e9voient que lorsqu\u2019ils d\u00e9terminent la peine, les juges doivent tenir compte de la gravit\u00e9 de l\u2019infraction<a href=\"#_ftn169\" name=\"_ftnref169\">[169]<\/a>. De l\u2019aveu des juges, ce facteur \u00ab\u00a0est une consid\u00e9ration principale dans le prononc\u00e9 d\u2019une peine\u00a0\u00bb [notre traduction]<a href=\"#_ftn170\" name=\"_ftnref170\">[170]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour ce faire, ils proc\u00e8dent essentiellement \u00e0 une appr\u00e9ciation <em>in concreto<\/em>. Les tribunaux p\u00e9naux internationaux se refusaient<a href=\"#_ftn171\" name=\"_ftnref171\">[171]<\/a>, sauf quelques exceptions ponctuelles<a href=\"#_ftn172\" name=\"_ftnref172\">[172]<\/a>, \u00e0 se livrer \u00e0 une appr\u00e9ciation <em>in abstracto<\/em>. Une raison \u00e0 cela, en lien avec la question de la hi\u00e9rarchisation des crimes internationaux, int\u00e9resse l\u2019\u00e9tat du d\u00e9veloppement du droit international p\u00e9nal. En effet, l\u2019absence de hi\u00e9rarchisation desdits crimes a aussi pour cons\u00e9quence l\u2019absence d\u2019une \u00e9chelle de la peine d\u2019emprisonne-ment<a href=\"#_ftn173\" name=\"_ftnref173\">[173]<\/a>. Dans la mesure o\u00f9 les crimes internationaux sont sujets \u00e0 de nombreuses mutations<a href=\"#_ftn174\" name=\"_ftnref174\">[174]<\/a>, l\u2019absence d\u2019une appr\u00e9ciation <em>in abstracto<\/em> des crimes permettait d\u2019\u00e9viter une hi\u00e9rarchisation indirecte et l\u2019\u00e9laboration pr\u00e9torienne d\u2019une \u00e9chelle de la peine d\u2019emprisonnement. De cette fa\u00e7on, les juges se pr\u00e9servaient une marge confortable dans le choix de la peine. D\u2019ailleurs, c\u2019est ce qu\u2019ils affirment lorsqu\u2019ils \u00e9noncent que la jurisprudence du TPIY n\u2019\u00e9tant pas arr\u00eat\u00e9e en ce qui concerne la hi\u00e9rarchisation des crimes internationaux, la chambre se limite <em>\u00ab\u00a0<\/em>\u00e0 une appr\u00e9ciation de la gravit\u00e9 bas\u00e9e sur les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn175\" name=\"_ftnref175\">[175]<\/a>.<\/p>\n<p>Tel n\u2019est plus le cas devant la CPI qui mesure l\u2019int\u00e9r\u00eat de d\u00e9velopper une appr\u00e9ciation <em>in abstracto.<\/em> Elle profite de la d\u00e9termination des peines et de la disjonction du proc\u00e8s permise par le <em>Statut de Rome<\/em><a href=\"#_ftn176\" name=\"_ftnref176\">[176]<\/a> pour y proc\u00e9der. Partant, les juges affirment d\u00e8s 2014 que \u00ab\u00a0[c]hacun des crimes objets de la d\u00e9claration de culpabilit\u00e9 ne rev\u00eat pas obligatoirement la m\u00eame gravit\u00e9 et il appartiendra \u00e0 la Chambre d\u2019\u00e9valuer leur nature exacte en distinguant, par exemple, selon qu\u2019ils visaient des personnes ou seulement des biens\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn177\" name=\"_ftnref177\">[177]<\/a>. Cette position a \u00e9t\u00e9 r\u00e9affirm\u00e9e plus r\u00e9cemment dans les affaires <em>Al Mahdi<\/em><a href=\"#_ftn178\" name=\"_ftnref178\">[178]<\/a> et <em>Ntaganda<\/em><a href=\"#_ftn179\" name=\"_ftnref179\">[179]<\/a>. Dans la seconde, les juges ont ent\u00e9rin\u00e9 la tendance en faveur d\u2019une appr\u00e9ciation abstraite de la gravit\u00e9 des crimes<a href=\"#_ftn180\" name=\"_ftnref180\">[180]<\/a>. Par ailleurs, cette position est confort\u00e9e par l\u2019article 78(3) du <em>Statut de Rome<\/em> qui contraint les juges \u00e0 prononcer plusieurs peines distinctes et ensuite seulement une peine globale, r\u00e9sultat de la confusion ou du cumul des pr\u00e9c\u00e9dentes<a href=\"#_ftn181\" name=\"_ftnref181\">[181]<\/a>. Ces d\u00e9veloppements jurisprudentiels montrent qu\u2019une distinction s\u2019op\u00e8re entre les atteintes aux personnes et aux biens, instituant d\u00e8s lors des ordres de gravit\u00e9 diff\u00e9rents, ce que corroborent par ailleurs les peines prononc\u00e9es.<\/p>\n<h3 id=\"b04-a0a-498-a1f-f61\">2. \u00a0\u00a0 Les peines pour appr\u00e9cier la gravit\u00e9<\/h3>\n<p>La pratique des juges de la CPI d\u00e9montre que ceux-ci sont de plus en plus enclins \u00e0 favoriser une hi\u00e9rarchisation des valeurs prot\u00e9g\u00e9es par certaines infractions particuli\u00e8res<a href=\"#_ftn182\" name=\"_ftnref182\">[182]<\/a>.<\/p>\n<p>De ce fait, les juges amorcent une hi\u00e9rarchisation des crimes entre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ceux portant atteinte aux personnes et d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 ceux portant atteinte aux biens. Dans l\u2019affaire <em>Katanga<\/em>, la Chambre de premi\u00e8re instance distingue entre les crimes de meurtre et d\u2019attaque contre la population civile d\u2019une part, et les crimes de destruction et de pillage de l\u2019autre, avant de conclure que les premiers entra\u00eenent l\u2019imposition d\u2019une peine plus s\u00e9v\u00e8re<a href=\"#_ftn183\" name=\"_ftnref183\">[183]<\/a>. Cette distinction concerne \u00e9galement la qualification d\u2019atteintes aux biens culturels, jug\u00e9e fondamentalement graves, mais<em> \u00ab\u00a0<\/em>moins [grave] que les crimes contre les personnes\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn184\" name=\"_ftnref184\">[184]<\/a>. Cela se confirme \u00e0 travers le <em>quantum<\/em> des peines inflig\u00e9es pour les atteintes aux biens, plus faible que celui des atteintes aux personnes<a href=\"#_ftn185\" name=\"_ftnref185\">[185]<\/a>.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019oppos\u00e9 des atteintes aux biens, l\u2019exercice de la justice internationale p\u00e9nale se polarise autour d\u2019autres infractions plus s\u00e9v\u00e8rement sanctionn\u00e9es. Il s\u2019agit par exemple des atteintes sexuelles et sexistes et des atteintes contre les enfants. L\u2019impulsion est essentiellement donn\u00e9e par le Bureau du Procureur qui axe sa politique p\u00e9nale \u00e0 cette fin<a href=\"#_ftn186\" name=\"_ftnref186\">[186]<\/a>. Les juges insistent \u00e9galement sur la gravit\u00e9 des actes commis et notamment en ce qui concerne les atteintes port\u00e9es aux enfants. \u00c0 titre d\u2019illustration, les juges du TSSL ont condamn\u00e9 nombre d\u2019auteurs pour avoir enr\u00f4l\u00e9 et fait participer activement des enfants dans les conflits<a href=\"#_ftn187\" name=\"_ftnref187\">[187]<\/a>. En revanche, le recours \u00e0 une unique peine globale rend impossible la d\u00e9termination de la part prise par ces infractions dans la peine totale. Seule l\u2019affaire <em>Issa Hassan Sesay <\/em>du TSSL fait exception lorsque les accus\u00e9s Issa Sesay et Morris Kallon sont condamn\u00e9s, respectivement, \u00e0 des peines de cinquante et trente-cinq ans d\u2019emprisonnement pour leurs crimes d\u2019enr\u00f4lement d\u2019enfants, peines parmi les plus s\u00e9v\u00e8res prononc\u00e9es \u00e0 leur encontre<a href=\"#_ftn188\" name=\"_ftnref188\">[188]<\/a>. Devant la CPI, Thomas Lubanga Dyilo se voit infliger une peine de quatorze ans d\u2019emprisonnement pour des crimes de m\u00eame nature<a href=\"#_ftn189\" name=\"_ftnref189\">[189]<\/a>, cette peine \u00e9tant sup\u00e9rieure \u00e0 celle prononc\u00e9e contre Germain Katanga pour meurtres<a href=\"#_ftn190\" name=\"_ftnref190\">[190]<\/a>.<\/p>\n<p>Ainsi, parce qu\u2019ils oscillent entre une moindre s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et une plus grande s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, les atteintes aux biens et les atteintes sexuelles, sexistes et contre les enfants pourraient donner lieu \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une \u00e9chelle de peines plus pr\u00e9cise sans pour autant faire figure de peines fixes<a href=\"#_ftn191\" name=\"_ftnref191\">[191]<\/a>. Ces paliers permettraient de donner plus de corps \u00e0 la gravit\u00e9 des crimes relevant de la comp\u00e9tence de la CPI. Officialiser de la sorte des ordres de gravit\u00e9 \u00e0 l\u2019aune des peines \u00e0 prononcer permet de clarifier que tous les crimes relevant de la comp\u00e9tence de la Cour sont d\u2019une gravit\u00e9 th\u00e9orique \u00e9quivalente, mais que leur gravit\u00e9 concr\u00e8te justifie une appr\u00e9ciation diff\u00e9renci\u00e9e. Peut-\u00eatre cela profitera indirectement \u00e0 la s\u00e9lection des affaires par le Bureau du Procureur o\u00f9 il ne sera plus permis de penser que l\u2019utilisation abusive de la gravit\u00e9 justifie que la moindre gravit\u00e9 des crimes contre les biens implique <em>de facto<\/em> une gravit\u00e9 sup\u00e9rieure des crimes contre les personnes<a href=\"#_ftn192\" name=\"_ftnref192\">[192]<\/a>. M\u00eame si une hi\u00e9rarchie est admise concr\u00e8tement dans les textes, l\u2019instauration de deux ordres de gravit\u00e9 distincts ne permettra plus d\u2019amalgames. Dans l\u2019appr\u00e9ciation de la recevabilit\u00e9 d\u2019une affaire, les atteintes aux biens seront pens\u00e9es distinctement des atteintes aux personnes de telle mani\u00e8re qu\u2019aucune comparaison ne sera permise.<\/p>\n<p>Toutefois, il ne peut s\u2019agir l\u00e0 que d\u2019une solution temporaire et imparfaite, tant les b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019elle apporte ne profitent pas \u00e0 l\u2019ensemble de la probl\u00e9matique de la gravit\u00e9. Si les juges ne fixent pas pr\u00e9cis\u00e9ment certains crit\u00e8res, du moins au stade de la s\u00e9lection des affaires, l\u2019utilisation redondante de la gravit\u00e9 continuera \u00e0 cr\u00e9er de la confusion quant \u00e0 sa substance. La fixation de certains crit\u00e8res permettrait de corriger cette situation.<\/p>\n<h2 id=\"3f7-c0d-463-a92-beb\"><a name=\"_Toc34168721\"><\/a>B. Fixer des crit\u00e8res de d\u00e9termination de la gravit\u00e9<\/h2>\n<p>\u00c0 rebours de critiques exprim\u00e9es par certains auteurs regrettant l\u2019absence de crit\u00e8res pr\u00e9cis<a href=\"#_ftn193\" name=\"_ftnref193\">[193]<\/a>, les d\u00e9veloppements pr\u00e9c\u00e9dents ont d\u00e9montr\u00e9 que de tels crit\u00e8res existent bel et bien<a href=\"#_ftn194\" name=\"_ftnref194\">[194]<\/a>. La jurisprudence affirme par ailleurs que l\u2019accusation et les juges peuvent se fonder sur d\u2019autres param\u00e8tres \u00e9voqu\u00e9s ailleurs dans les textes tels ceux relatifs \u00e0 la fixation de la peine<a href=\"#_ftn195\" name=\"_ftnref195\">[195]<\/a>. Tel est le cas de ceux mentionn\u00e9s par la r\u00e8gle 145 du <em>R\u00e8glement de proc\u00e9dure et de preuve<\/em> de la CPI dans lequel figurent\u00a0l\u2019ampleur du dommage caus\u00e9, le pr\u00e9judice caus\u00e9 aux victimes et aux membres de leur famille, la nature du comportement illicite et des moyens qui ont servi au crime, le degr\u00e9 de participation de la personne condamn\u00e9e, le degr\u00e9 d\u2019intention, les circonstances de temps, de lieu et de mani\u00e8re, l\u2019\u00e2ge, le niveau d\u2019instruction et de la situation sociale et \u00e9conomique de la personne condamn\u00e9e mais aussi l\u2019abus de pouvoir ou de fonctions officielles, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 particuli\u00e8re de la victime, la cruaut\u00e9 particuli\u00e8re du crime, le nombre de victimes ou le mobile ayant un aspect discriminatoire<a href=\"#_ftn196\" name=\"_ftnref196\">[196]<\/a>.<\/p>\n<p>Il pourrait \u00eatre object\u00e9 que cet ajout renforce la perte de visibilit\u00e9 de la gravit\u00e9 car des \u00e9l\u00e9ments tir\u00e9s de la phase de d\u00e9termination des peines permettent d\u2019appr\u00e9cier ce m\u00eame facteur durant la phase pr\u00e9liminaire. En r\u00e9alit\u00e9, la confusion n\u2019est qu\u2019apparente, puisque l\u2019appr\u00e9ciation de la gravit\u00e9 est diff\u00e9rente dans les deux phases. \u00c0 travers la motivation dans l\u2019affaire du Mavi Marmara, la Chambre pr\u00e9liminaire nous livre la teneur de la gravit\u00e9 en amont du proc\u00e8s p\u00e9nal international et de l\u2019engagement des poursuites<a href=\"#_ftn197\" name=\"_ftnref197\">[197]<\/a>. La formule utilis\u00e9e par la CPI<a href=\"#_ftn198\" name=\"_ftnref198\">[198]<\/a>, empreinte de prudence et formul\u00e9e au conditionnel, r\u00e9v\u00e8le v\u00e9ritablement la substance de la gravit\u00e9 requise au stade de la pr\u00e9-enqu\u00eate. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une gravit\u00e9 fond\u00e9e sur un ensemble de probabilit\u00e9s, incertaines et \u00e9quivoques, qui devront rev\u00eatir une consistance mat\u00e9rielle confirm\u00e9e par des preuves concr\u00e8tes afin que la CPI autorise l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate. Il en va tout autrement lors de la phase de d\u00e9termination des peines. \u00c0 cette \u00e9tape, la gravit\u00e9 sert essentiellement \u00e0 asseoir celle des crimes tels qu\u2019ils sont av\u00e9r\u00e9s et tels qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9s dans la d\u00e9claration de culpabilit\u00e9. En d\u2019autres termes, la phase de d\u00e9termination des peines permet aux juges d\u2019affirmer plus exactement, pour chaque chef de condamnation, le degr\u00e9 de gravit\u00e9 des crimes.<\/p>\n<p>En revanche, la v\u00e9ritable difficult\u00e9 consiste dans l\u2019absence de quantification pr\u00e9cise des crit\u00e8res. La Chambre d\u2019appel ne semble pas dispos\u00e9e \u00e0 \u00e9tablir plus rigoureusement des crit\u00e8res qui pourraient \u00eatre impos\u00e9s aux juges de premi\u00e8re instance et au Bureau du Procureur. Cela ressort notamment de l\u2019affaire <em>Al Hassan<\/em><a href=\"#_ftn199\" name=\"_ftnref199\">[199]<\/a>, \u00e0 propos des faits commis par Ansar Eddine et Al-Qa\u00efda dans la ville de Tombouctou et pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019implication de l\u2019ancien commissaire de la police islamique de la ville. Les juges, en recourant \u00e0 une appr\u00e9ciation casuistique de la gravit\u00e9<a href=\"#_ftn200\" name=\"_ftnref200\">[200]<\/a>, institutionnalisent la subjectivit\u00e9 dans l\u2019appr\u00e9ciation de celle-ci.<\/p>\n<p>Pourtant une d\u00e9cision contraire serait grandement appr\u00e9ciable, tant qu\u2019elle n\u2019apporte pas de rigidit\u00e9. Tout crit\u00e8re d\u00e9termin\u00e9 avec pr\u00e9cision pourrait constituer des freins port\u00e9s \u00e0 la fonction dissuasive de la justice internationale p\u00e9nale. En effet, \u00e9noncer pr\u00e9cis\u00e9ment des crit\u00e8res qualitatifs donnant lieu \u00e0 l\u2019exclusion de certains crimes pourrait \u00eatre per\u00e7u comme une source d\u2019impunit\u00e9, incitant \u00e0 leur commission. Cela emp\u00eacherait \u00e9galement d\u2019appr\u00e9hender des crimes occasionnant dans l\u2019imm\u00e9diat moins de victimes, mais tout aussi graves en ce qu\u2019ils pourraient \u00eatre l\u2019amorce d\u2019un conflit plus grand et plus important. Vue sous cet angle, l\u2019efficacit\u00e9 de la justice internationale p\u00e9nale et de la lutte contre l\u2019impunit\u00e9 entre en conflit avec l\u2019imp\u00e9ratif de s\u00e9curit\u00e9 juridique.<\/p>\n<p>Une solution m\u00e9diane r\u00e9side alors dans la fixation de certains crit\u00e8res, les plus importants, qui, s\u2019ils \u00e9taient caract\u00e9ris\u00e9s, emporteraient <em>de facto<\/em> la comp\u00e9tence de la CPI. Par exemple, le nombre de victimes et l\u2019impact des crimes sur les victimes directes ou indirectes, ainsi que le caract\u00e8re syst\u00e9matique et \u00e0 grande \u00e9chelle des crimes, seraient deux crit\u00e8res d\u00e9terminants. \u00c9videmment, si ces derniers n\u2019\u00e9taient pas caract\u00e9ris\u00e9s, la CPI serait tout aussi comp\u00e9tente d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 plusieurs autres crit\u00e8res am\u00e8neraient \u00e0 abonder dans le sens de la gravit\u00e9. Les crit\u00e8res ne permettraient qu\u2019une modulation et serviraient de variable d\u2019ajustement. Sans sacrifier une certaine souplesse, cette solution apporterait davantage de s\u00e9curit\u00e9 juridique et permettrait de fixer clairement des crit\u00e8res concrets auxquels les juges et le Procureur seraient tenus.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le probl\u00e8me se pr\u00e9sente avec moins de difficult\u00e9 si la d\u00e9finition de la gravit\u00e9 s\u2019inscrit dans une compl\u00e9mentarit\u00e9 effective. Le d\u00e9ficit de r\u00e9pression que pourrait engendrer une fixit\u00e9 de la gravit\u00e9 serait compens\u00e9 si les \u00c9tats s\u2019accordaient avec la CPI pour poursuivre syst\u00e9matiquement certains crimes isol\u00e9s, jug\u00e9s commun\u00e9ment d\u2019une moindre gravit\u00e9 et ne justifiant pas la comp\u00e9tence de la juridiction internationale. Celle-ci se focaliserait, faute de capacit\u00e9 ou de volont\u00e9 de la part des \u00c9tats, sur des crimes plus graves et impliquant des auteurs hi\u00e9rarchiquement sup\u00e9rieurs<a href=\"#_ftn201\" name=\"_ftnref201\">[201]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019essentiel r\u00e9side dans la recherche d\u2019un juste milieu entre l\u2019absence de d\u00e9finition occasionnant des vues divergentes et une fixit\u00e9 \u00ab\u00a0excluante\u00a0\u00bb, r\u00e9duisant d\u2019autant la port\u00e9e de la comp\u00e9tence de la Cour.<\/p>\n<h1 id=\"604-93e-425-bcc-967\">Conclusion<\/h1>\n<p>Dans une perspective positiviste, si l\u2019\u00e9tude de la gravit\u00e9 a en droit international p\u00e9nal r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une double utilisation de celle-ci, elle enseigne \u00e9galement qu\u2019elle s\u2019impose aux juridictions p\u00e9nales internationales autant qu\u2019elles en disposent. En tant que facteur, la gravit\u00e9 contribue \u00e0 \u00e9tendre ou restreindre la comp\u00e9tence des juridictions p\u00e9nales internationales, mais son usage justifie aussi la cr\u00e9ation de r\u00e8gles favorisant la lutte contre l\u2019impunit\u00e9 ou la protection des personnes mises en cause. \u00c0 cet \u00e9gard, la gravit\u00e9 est utile aux juges r\u00e9pressifs internationaux pour adapter certains principes du droit p\u00e9nal, telle la l\u00e9galit\u00e9 criminelle ou la pr\u00e9somption d\u2019innocence, aux n\u00e9cessit\u00e9s de la lutte contre les crimes internationaux, sans pour autant nier ces droits ni n\u00e9gliger les garanties offertes aux accus\u00e9s. Derri\u00e8re l\u2019ambivalence, se manifeste en r\u00e9alit\u00e9 la recherche d\u2019un \u00e9quilibre inh\u00e9rent au droit r\u00e9pressif.<\/p>\n<p>En outre, ces diff\u00e9rentes consid\u00e9rations nous ont permis, dans une optique prospective, de d\u00e9crire un tant soit peu la forme que doit rev\u00eatir la gravit\u00e9 en fonction du temps proc\u00e9dural o\u00f9 elle est requise. Lorsqu\u2019elle est appr\u00e9ci\u00e9e lors de la d\u00e9termination des peines, celle-ci partage peu de traits communs avec celle attendue en amont du proc\u00e8s p\u00e9nal. \u00c0 une gravit\u00e9 \u00ab\u00a0suppos\u00e9e\u00a0\u00bb, le prononc\u00e9 des peines requiert une gravit\u00e9 \u00ab\u00a0assertive\u00a0\u00bb, appr\u00e9ci\u00e9e sur des faits d\u00e9j\u00e0 admis au stade de la culpabilit\u00e9, mais aussi sur des bases th\u00e9oriques qui permettent le d\u00e9veloppement du droit international p\u00e9nal.<\/p>\n<p>Effectivement, la gravit\u00e9 et son appr\u00e9ciation par les juges favorisent le d\u00e9veloppement du droit international p\u00e9nal. Tant\u00f4t elle permet, en se fondant sur sa seule appr\u00e9ciation concr\u00e8te des crimes internationaux, de d\u00e9velopper les incriminations sans \u00e9tablir de hi\u00e9rarchie entre elles. Elle contribuerait tant\u00f4t, en faisant la part belle \u00e0 une appr\u00e9ciation <em>in abstracto<\/em>, \u00e0 \u00e9tablir des distinctions entre les infractions internationales <em>via <\/em>les int\u00e9r\u00eats qu\u2019elles prot\u00e8gent, offrant la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper le droit sur cette question et de corriger certains exc\u00e8s.<\/p>\n<p><u>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/u><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 La r\u00e9solution cr\u00e9atrice du Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie \u00e9voque que\u00a0: \u00ab\u00a0Convaincu que, dans les circonstances particuli\u00e8res qui pr\u00e9valent dans l\u2019ex-Yougoslavie, la cr\u00e9ation d\u2019un tribunal international, en tant que mesure sp\u00e9ciale prise par lui, et l\u2019engagement de poursuites contre les personnes pr\u00e9sum\u00e9es responsables de violations graves du droit humanitaire international permettraient d\u2019atteindre cet objectif et contribueraient \u00e0 la restauration et au maintien de la paix\u00a0\u00bb (R\u00e9s CS 827, Doc off CS NU, 1993, 3217<sup>e<\/sup> s\u00e9ance, Doc NU S\/RES\/827). Il en va de m\u00eame pour le Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda (voir R\u00e9s CS 955, Doc off CS NU, 1994, 3453<sup>e<\/sup> s\u00e9ance, annexe, Doc NU S\/RES\/955, 3, Pr\u00e9ambule, en ligne (pdf)\u00a0: ONU &lt;legal.un.org&gt; [perma.cc\/3LJL-R2QL] [<em>Statut du TPIR<\/em>]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a><em> \u00a0\u00a0\u00a0 <\/em><em>Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em>, 9<sup>e<\/sup> \u00e9d, actuelle, <em>sub verbo<\/em> \u00ab\u00a0gravit\u00e9\u00a0\u00bb, en ligne\u00a0: <em>Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> &lt;dictionnaire-academie.fr&gt; [perma.cc\/7NNZ-NRGG].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir G\u00e9rard Cornu, dir, <em>Vocabulaire juridique<\/em>, 13<sup>e<\/sup> \u00e9d, Paris, Presses Universitaires de France, 2020, <em>sub verbo<\/em> \u00ab\u00a0Grave\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Gravit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir Mario Bettati,\u00a0\u00ab\u00a0Le crime contre l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb dans Herv\u00e9 Ascensio, Emmanuel Decaux et Alain Pellet, dir, <em>Droit international p\u00e9nal<\/em>, 1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d, Paris, A Pedone, 2000, 293 \u00e0 la p 295. Voir \u00e9galement Damien Scalia qui d\u00e9finit la gravit\u00e9, prise dans le contexte de la d\u00e9termination des peines, comme correspondant \u00ab\u00a0aux faits qui sont incrimin\u00e9s [&#8230;]. Tous ces faits individuels sont des composants de crimes \u201cplus larges\u201d incrimin\u00e9s par les Statuts\u00a0\u00bb (Damien Scalia, \u00ab\u00a0Les peines et les juridictions p\u00e9nales internationales\u00a0: TPI et CPI\u00a0\u00bb dans Robert Kolb, dir, <em>Droit international p\u00e9nal\u00a0: Pr\u00e9cis<\/em>, 1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d, B\u00e2le (Suisse), Helbing Lichtenhahn, 2008, 341 \u00e0 la p 365 [Scalia, \u00ab\u00a0Peines et juridictions\u00a0\u00bb]).<\/p>\n<p>Globalement, peu d\u2019\u00e9tudes pr\u00e9cisent son contenu et sa d\u00e9finition. C\u2019est particuli\u00e8rement vrai de la doctrine francophone, o\u00f9 personne ne se pr\u00eate au jeu d\u2019une analyse approfondie et se contente de l\u2019analyser \u00e0 l\u2019aune des crimes, de la comp\u00e9tence de la CPI et du Bureau du Procureur, voire des peines, abandonnant alors la possibilit\u00e9 d\u2019une \u00e9tude transversale, \u00e0 l\u2019inverse de la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine qui demeure n\u00e9anmoins tr\u00e8s parcellaire. Voir Andrea Carcano, \u00ab\u00a0Sentencing and the Gravity of the Offence in International Criminal Law\u00a0\u00bb (2002) 51:3 Intl &amp; Comp L Rev 583; Diane Bernard, \u00ab\u00a0Pretention to Universality, an Obstacle to International Criminal Justice?\u00a0\u00bb dans Antonio Incampo et Vito Mormando, dir, <em>Quaderni di Filosofia del Diritto<\/em>, Bari, Cacucci Editore, 2014, 173 aux pp 174\u201375; Rosmerlin\u00a0Estupi\u00f1an Silva, \u00ab\u00a0La \u201cgravit\u00e9\u201d dans la jurisprudence de la Cour p\u00e9nale internationale \u00e0 propos des crimes de guerre\u00a0\u00bb (2011) 82:3 Rev IDP 541; Iryna Grebenyuk, <em>Pour une reconstruction de la justice p\u00e9nale internationale\u00a0: R\u00e9flexions autour d\u2019une compl\u00e9mentarit\u00e9 \u00e9largie<\/em>, Paris, Institut Universitaire Varenne, 2018 aux para 108\u201310; Pierre Jouette, <em>La d\u00e9termination des peines en droit international p\u00e9nal<\/em>, Paris, Mare &amp; Martin, 2021 aux para 137\u201357; Margaret M deGuzman, \u00ab\u00a0How Serious Are International Crimes? The Gravity Problem in International Criminal Law\u00a0\u00bb (2012) 51:18 Colum J Transnat\u2019l L [deGuzman, \u00ab How Serious \u00bb]; Margaret M deGuzman, \u00ab\u00a0Gravity and the Legitimacy of the International Criminal Court\u00a0\u00bb (2009) 32:5 Fordham Intl LJ 1400; Margaret M deGuzman, <em>Shocking the Conscience of Humanity: Gravity and the Legitimacy of International Criminal Law<\/em>, Oxford, Oxford University Press, 2020.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 <em>Trait\u00e9 de Versailles<\/em>, 1919, arts 227\u201329, en ligne (pdf)\u00a0: <em>H\u00e9rodote<\/em> &lt;herodote.net&gt; [perma.cc\/AJ9N-LA8P] [<em>Trait\u00e9 de Versailles<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir <em>Accord entre le Gouvernement Provisoire de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise et les Gouvernements des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, du Royaume Uni de Grande-Bretagne et d\u2019Irlande du Nord et de l\u2019Union des R\u00e9publiques Socialistes Sovi\u00e9tiques concernant la poursuite et le ch\u00e2timent des grands criminels de guerre des Puissances europ\u00e9ennes de l\u2019Axe (Accord de Londres)<\/em>, 8 ao\u00fbt 1945, Pr\u00e9ambule, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Centre virtuel de la connaissance sur l\u2019Europe<\/em> &lt;www.cvce.eu&gt; [perma.cc\/455X-Q2UL].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Le Pr\u00e9ambule du <em>Statut du TPIR<\/em> pr\u00e9voit\u00a0:<\/p>\n<p>Cr\u00e9\u00e9 par le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le Tribunal criminel international charg\u00e9 de juger les personnes pr\u00e9sum\u00e9es responsables d\u2019actes de g\u00e9nocide ou d\u2019autres violations graves du droit international humanitaire commis sur le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais pr\u00e9sum\u00e9s responsables de tels actes ou violations commis sur le territoire d\u2019\u00c9tats voisins entre le 1er janvier et le 31 d\u00e9cembre 1994 (ci-apr\u00e8s d\u00e9nomm\u00e9 \u201cTribunal international pour le Rwanda\u201d) exercera ses fonctions conform\u00e9ment aux dispositions du pr\u00e9sent statut (<em>Statut du TPIR<\/em>, <em>supra <\/em>note 1, Pr\u00e9ambule).<\/p>\n<p>La formulation est identique dans le <em>Statut du tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie<\/em> (voir <em>Rapport du Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tabli conform\u00e9ment au paragraphe 2 de la r\u00e9solution 808 (1993) du Conseil de s\u00e9curit\u00e9<\/em>, Doc off CS NU, 1993, annexe, Doc S\/25704, 38 \u00e0 la p 38, en ligne (pdf)\u00a0: <em>TPIY<\/em> &lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/T5AE-YX9W] [<em>Statut du TPIY<\/em>]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Sur la distinction avec les juridictions p\u00e9nales internationales, voir Jean-Marc Sorel, \u00ab\u00a0Chapitre 63\u00a0: Les tribunaux mixtes ou hybrides\u00a0\u00bb dans Herv\u00e9 Ascensio, Emmanuel Decaux et Alain Pellet, dir,<em> Droit international p\u00e9nal<\/em>, 2<sup>e<\/sup> \u00e9d, Paris, A Pedone, 2012, 825 \u00e0 la p 825.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0 Voir <em>Statut du Tribunal sp\u00e9cial pour la Sierra Leone<\/em>, 16 janvier 2002, 2178 UNTS 161, art 1(1) (entr\u00e9e en vigueur\u00a0: 12 avril 2002), en ligne (pdf)\u00a0: <em>ONU<\/em> &lt;legal.un.org&gt; [perma.cc\/Q3D7-3B4T] [<em>Statut du TSSL<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Loi relative \u00e0 la cr\u00e9ation des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux du Cambodge pour la poursuite des crimes commis durant la p\u00e9riode du Kampuch\u00e9a d\u00e9mocratique<\/em>, Doc NS\/RKM\/0801\/12 KRAM, art\u00a01 (promulgation\u00a0: 27 octobre 2004), en ligne (pdf)\u00a0: <em>Gouvernement du Cambodge <\/em>&lt;www.eccc.gov.kh&gt; [perma.cc\/74R3-WX9H] [<em>Statut du CETC<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Statut de Rome de la Cour p\u00e9nale internationale<\/em>, 17 juillet 1998, 2187 UNTS 3 (entr\u00e9e en vigueur\u00a0: 1 juillet 2002), en ligne (pdf)\u00a0: &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/MN6H-YB25] [<em>Statut de Rome<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> \u00a0\u00a0 Cette expression a \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9e \u00e0 Claude Lombois, <em>Droit p\u00e9nal international, <\/em>Paris, Dalloz, 2<sup>e<\/sup> \u00e9d, 1979 au para 32. Il s\u2019agit des crimes de g\u00e9nocide, crimes contre l\u2019humanit\u00e9, crimes de guerre et des crimes d\u2019agression.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir deGuzman, \u00ab How Serious \u00bb, <em>supra <\/em>note 4.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> \u00a0\u00a0 \u00c0 plusieurs reprises, le substantif ou l\u2019adjectif apparaissent pour \u00e9voquer des questions diverses qui, faute d\u2019entretenir un lien avec les <em>core crimes<\/em>, n\u2019entrent pas dans le cadre de cette \u00e9tude. Ils m\u00e9ritent n\u00e9anmoins d\u2019\u00eatre relev\u00e9s. Il s\u2019agit p\u00eale-m\u00eale des r\u00e8gles de discipline \u00e0 l\u2019intention des membres des juridictions (voir <em>R\u00e8glement de proc\u00e9dure et de preuve du Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda<\/em>, (1995), art 46, en ligne (pdf)\u00a0: <em>UNICTR <\/em>&lt;unictr.irmct.org&gt; [perma.cc\/WW5Q-8XGC] [<em>RPP du TPIR<\/em>]; <em>Statut de Rome, supra <\/em>note 11, arts 46\u00ad\u201347; <em>R\u00e8glement de proc\u00e9dure et de preuve<\/em>, Doc off Assembl\u00e9e des \u00c9tats Parties au Statut de Rome de la Cour p\u00e9nale internationale, 1<sup>re<\/sup> session, ICC-ASP\/1\/3 (2002), r\u00e8gles 24\u201325, 29, en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/5JY5-JBYG] [<em>RPP de la CPI<\/em>]), des atteintes \u00e0 l\u2019administration de la justice (voir <em>ibid<\/em>, r\u00e8gles 162, 171), de la jonction et disjonction d\u2019instance (voir <em>R\u00e8glement de proc\u00e9dure et de preuve<\/em>, Doc off Tribunal international charg\u00e9 de poursuivre les personnes pr\u00e9sum\u00e9es responsables de violations graves du droit international humanitaire commises sur le territoire de l\u2019ex-Yougoslavie depuis 1991 NU, Doc IT\/32\/Rev 50 (2015), art 82, en ligne (pdf)\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/3WFE-D4SN] [<em>RPP du TPIY<\/em>]; <em>RPP de la CPI<\/em>, <em>supra <\/em>note 14, r\u00e8gle 136), des questions d\u2019indemnisation des personnes arr\u00eat\u00e9es ou condamn\u00e9es (voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra<\/em> note 11, art 85; <em>RPP de la CPI<\/em>,<em> supra <\/em>note 14, r\u00e8gle 173), des motifs d\u2019exon\u00e9ration de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale (voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra<\/em> note 11, art 31), de la protection et la participation des victimes et t\u00e9moins au proc\u00e8s (voir<em> ibid,<\/em> art 68) ou d\u2019irrecevabilit\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments de preuve (voir <em>RPP du TPIR<\/em>, <em>supra<\/em> note 14, art 95).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> \u00a0\u00a0 Ce que nous qualifions de facteurs juridiques renvoie aux \u00e9l\u00e9ments mentionn\u00e9s par les textes et qui conditionnent le raisonnement juridique des juges et structure la motivation des sentences. Tel est le cas en mati\u00e8re de d\u00e9termination des peines, concernant les circonstances att\u00e9nuantes, aggravantes ou la situation personnelle de la personne condamn\u00e9e. D\u2019ailleurs, la r\u00e8gle 145 du <em>RPP de la CPI <\/em>(<em>supra<\/em> note 14) fait elle aussi mention de facteurs.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 53.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em>, art 17.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>RPP du TPIY<\/em>, <em>supra<\/em> note 14, art 11 <em>bis<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 59.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em>, art 81.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Statut du TPIY<\/em>, <em>supra <\/em>note 7, art 24; <em>Statut du TPIR<\/em>, <em>supra<\/em> note 1, art 23; <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, arts 77\u00ad\u201378; <em>RPP de la CPI<\/em>, <em>supra<\/em> note 14, r\u00e8gle 145.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>RPP du TPIY<\/em>, <em>supra<\/em> note 14, art 125.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, arts 90, 93.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> \u00a0\u00a0 L\u2019ensemble des documents relatifs \u00e0 cette affaire sont accessibles en ligne (voir g\u00e9n\u00e9ralement \u00ab\u00a0Les navires battant pavillon comorien, grec et cambodgien\u00a0\u00bb, en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/9SX2-4W76] [\u00ab Navires battant pavillon \u00bb]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Statut du TPIY<\/em>, <em>supra <\/em>note 7, art 5.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 5.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> \u00a0\u00a0 Mario Bettati \u00e9voque les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 cette notion et s\u2019interrogent de savoir comment \u00e9valuer la gravit\u00e9 de fa\u00e7on pr\u00e9cise, scientifique, impartiale ou neutre\u00a0? Ils apportent une r\u00e9ponse en citant les propos de Doudou Thiam\u00a0: \u00ab\u00a0un fait illicite international devient un crime du code, non seulement s\u2019il est d\u2019une extr\u00eame gravit\u00e9, mais aussi si la communaut\u00e9 internationale d\u00e9cide qu\u2019il en sera ainsi \u201ccar l\u2019extr\u00eame gravit\u00e9 est un crit\u00e8re trop subjectif qui laisse place \u00e0 beaucoup d\u2019incertitudes\u201d\u00a0\u00bb (Bettati, <em>supra <\/em>note 4 \u00e0 la p 295). Voir aussi deGuzman, \u00ab How Serious \u00bb, <em>supra<\/em> note\u00a04; Caroline Laly-Chevalier et Elsa Marie, \u00ab\u00a0Article 5\u00a0: Crimes relevant de la comp\u00e9tence de la Cour\u00a0\u00bb dans Julian Fernandez, Xavier Pacreau et Muriel Ubeda-Saillard, dir, <em>Statut de Rome de la Cour p\u00e9nale internationale\u00a0: Commentaire article par article<\/em>, t 1, 2<sup>e<\/sup> \u00e9d, Paris, A Pedone, 2019, 517.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>RPP de la CPI<\/em>, <em>supra<\/em> note 14; <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Damien Scalia, \u00ab\u00a0Les apports du Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie au droit international p\u00e9nal\u00a0\u00bb, dans Julian Fernandez et Olivier de Frouville, dir, <em>Les mutations de la justice p\u00e9nale internationale?<\/em>, Paris, A Pedone, 2018, 41.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> \u00a0\u00a0 Telle est l\u2019id\u00e9e que recouvre la m\u00e9thode pragmatique en droit. Un auteur \u00e9crit que \u00ab\u00a0le droit est ce qu\u2019il fait, qui donc se concentrent sur les effets du droit<em>\u00a0<\/em>\u00bb (Boris Barraud, <em>Le pragmatisme juridique<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2017 \u00e0 la p 15).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> \u00a0\u00a0 \u00c0 la fin est associ\u00e9e la poursuite des infractions internationales. Quant aux moyens, ils correspondent \u00e0 la protection des personnes mises en cause (voir Michel Mass\u00e9, \u00ab\u00a0Article 66\u00a0: Pr\u00e9somption d\u2019innocence\u00a0\u00bb dans Fernandez, Pacreau et Ubeda-Saillard, dir, <em>supra <\/em>note 27, t 2, 1801 \u00e0 la p 1805).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, Pr\u00e9ambule.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> \u00a0\u00a0 La lutte contre l\u2019impunit\u00e9 est d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0un ensemble d\u2019actions visant \u00e0 identifier et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, sanctionner, les auteurs des crimes les plus graves demeur\u00e9s jusqu\u2019alors impunis par des moyens principalement judiciaires, mais \u00e9galement quasi-judiciaires ou non judiciaires\u00a0\u00bb (Cl\u00e9mence Bectarte, \u00ab\u00a0Impunit\u00e9 (lutte contre)\u00a0\u00bb dans Olivier Beauvallet, dir, <em>Dictionnaire encyclop\u00e9dique de la justice p\u00e9nale internationale<\/em>, Boulogne-Billancourt, Berger Levrault, 2017, 540 \u00e0 la p 540).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> \u00a0\u00a0 Nous faisons ici r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019accusation telle qu\u2019elle ressort du r\u00e9quisitoire du Procureur g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain, Robert Jackson, lorsqu\u2019il \u00e9nonce qu\u2019\u00ab\u00a0[a]ucun autre demi-si\u00e8cle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de massacres d\u2019une telle importance, de telles cruaut\u00e9s et de telles barbaries, de telles d\u00e9portations massives de populations en vue d\u2019esclavage, de telles suppressions de minorit\u00e9s. La terreur de Torquemada p\u00e2lit devant l\u2019inquisition nazie\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Minutes du Proc\u00e8s de Nuremberg, Cent quatre-vingt-septi\u00e8me journ\u00e9e\u00a0\u00bb (vendredi 26 juillet 1946) \u00e0 la p 414, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Universit\u00e9 de Caen en Normandie (UNICAEN)<\/em> &lt;www.unicaen.fr&gt; [perma.cc\/X2WW-54WK]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> \u00a0\u00a0 Le Professeur Jarrheis a pr\u00e9sent\u00e9 un tel argument dans sa plaidoirie pour la d\u00e9fense prononc\u00e9e devant le Tribunal militaire international de Nuremberg (voir \u00ab\u00a0Minutes du Proc\u00e8s de Nuremberg, Cent soixante et onzi\u00e8me journ\u00e9e\u00a0\u00bb (vendredi 4 juillet 1946) aux pp 467 et s, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Universit\u00e9 de Caen en Normandie (UNICAEN)<\/em> &lt;www.<br \/>\nunicaen.fr&gt; [perma.cc\/2W7T-EMG9]). Pour une explication d\u00e9taill\u00e9e, voir aussi Marcel Merle, <em>Le proc\u00e8s de Nuremberg et le ch\u00e2timent des criminels de guerre<\/em>, Paris, A Pedone, 1949 aux pp 81\u201386; Commission du droit international,<em> Historique du probl\u00e8me de la juridiction criminelle internationale<\/em>, Doc off AG NU, 1949, Doc NU AC\/CN.4\/7\/Rev.1 aux pp 126\u201327, en ligne (pdf): <em>Legal Tools<\/em> &lt;www.legal-tools.org&gt; [<a href=\"http:\/\/perma.cc\/K77B-RF4Y\">perma.cc\/K77B-RF4Y<\/a>] [CDI, <em>Historique<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> \u00a0\u00a0 Service d\u2019information des crimes de guerre,<em> Le proc\u00e8s de Nuremberg\u00a0<\/em>: <em>le verdict<\/em>, t 3, Paris, Office franc\u031cais d\u2019\u00e9dition, 1946 \u00e0 la p 58. Pr\u00e9cis\u00e9ment, le jugement \u00e9nonce que \u00ab\u00a0[l]a conscience du monde, bien loin d\u2019\u00eatre offens\u00e9e, si [l\u2019aggresseur] est puni, serait choqu\u00e9e s\u2019il ne l\u2019\u00e9tait pas\u00a0\u00bb et laisse entendre que la gravit\u00e9 des actes commis justifie la cr\u00e9ation du Tribunal (<em>ibid<\/em>). Cette affirmation est d\u2019autant plus vrai qu\u2019elle succ\u00e8de \u00e0 un d\u00e9veloppement o\u00f9 les juges affirment qu\u2019\u00ab\u00a0[i]l est faux de pr\u00e9senter comme injuste le ch\u00e2timent inflig\u00e9 \u00e0 ceux qui, au m\u00e9pris d\u2019engagements et de trait\u00e9s solennels ont, sans avertissement pr\u00e9alable, assailli un \u00c9tat voisin. En pareilles occurrences, l\u2019agresseur sait <u>le caract\u00e8re odieux<\/u> de son action\u00a0\u00bb [nos soulignements] (<em>ibid <\/em>\u00e0 la p 57\u201358).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> \u00a0\u00a0 \u00c9ric David, \u00ab\u00a0L\u2019actualit\u00e9 juridique de Nuremberg\u00a0\u00bb dans <em>Le Proc\u00e8s de Nuremberg\u00a0: Cons\u00e9quences et actualisation<\/em>, Bruxelles, Bruylant, 1988, 89 \u00e0 la p 113.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Jouette, <em>supra<\/em> note 4 aux para 295\u2013304.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> \u00a0\u00a0 D\u2019apr\u00e8s cette th\u00e9orie, un individu participant \u00e0 une entreprise criminelle commune peut se voir imputer la responsabilit\u00e9 de tous les crimes d\u00e9coulant du but commun, y compris ceux ne faisant pas partie du plan initial et ce malgr\u00e9 le fait que l\u2019individu n\u2019a pas contribu\u00e9 mat\u00e9riellement audit crime. Pour plus de d\u00e9tails, voir Gerhard Werle et Boris Burghardt, \u00ab\u00a0Les formes de participation en droit international p\u00e9nal\u00a0\u00bb (2021) 1:1 R science criminelle &amp; dr p\u00e9nal 47.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em>Voir <em>Le Procureur c \u00c9douard Karemera<\/em>, ICTR-98-44-T, Decision on the Preliminary Motions by the Defence of Joseph Nzirorera, Edouard Karemera, Andre Rwamakuba and Mathieu Ngirumpatse Challenging Jurisdiction in Relation to Joint Criminal Enterprise (11 mai 2004) aux para 39\u201345 (Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda, Chambre de premi\u00e8re instance III), en ligne\u00a0: <em>ICTR <\/em>&lt;unictr.irmct.org&gt; [perma.cc\/3GS9-ADX8].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Le Procureur c Du\u0161ko Tadi\u0107<\/em>, IT-94-1-A, Arr\u00eat (15 juillet 1999) au para 191 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre d\u2019appel),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.<br \/>\nicty.org&gt; [perma.cc\/CCR6-PXM5].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em><em>Le Procureur c Alex Tamba Brima<\/em>, SCSL-04-16-A-675, Judgment (22 f\u00e9vrier 2008) aux para 175\u201386,\u00a0 293\u201397 (Tribunal sp\u00e9cial pour le Sierra Leone, Chambre d\u2019appel), en ligne\u00a0: <em>RSCSL <\/em>&lt;www.rscsl.org&gt; [perma.cc\/MU99-5CXM] [<em>Brima <\/em>2008].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em> au para 183.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em> au para 184.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Le Procureur c Dragoljub Kunurac<\/em>, IT-96-23 &amp; IT-96-23\/1-A, Arr\u00eat (12 juin 2002) au para 373 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre d\u2019appel),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/Z3UD-43CA] [<em>Kunurac <\/em>chambre d\u2019appel]. Pour une approche critique de cette jurisprudence, voir Damien Scalia, <em>Du principe de l\u00e9galit\u00e9 des peines en droit international p\u00e9nal<\/em>, Bruxelles, Bruylant, 2011 [Scalia, <em>Principe de l\u00e9galit\u00e9<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Kunurac <\/em>chambre d\u2019appel,<em> supra <\/em>note 45 au para 373.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> \u00a0\u00a0 Les juges \u00e9noncent qu\u2019\u00ab\u00a0il pourrait \u00eatre soutenu que la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la grille g\u00e9n\u00e9rale des peines est exig\u00e9e par le principe <em>nullum crimen nulla poena<\/em> <em>sine lege<\/em>. Justifier la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette grille par ce principe serait m\u00e9conna\u00eetre le caract\u00e8re criminel universellement attach\u00e9 au crime contre l\u2019humanit\u00e9 ou, au mieux, rendrait un tel renvoi superf\u00e9tatoire. La Chambre a en effet d\u00e9montr\u00e9 que le crime contre l\u2019humanit\u00e9 fait partie depuis d\u00e9j\u00e0 longtemps de l\u2019ordre juridique international et que les peines les plus s\u00e9v\u00e8res y sont attach\u00e9es\u00a0\u00bb (<em>Le Procureur c Drazen Erdemovic,<\/em> IT-96-22, Jugement portant condamnation (29 novembre 1996) au para 38 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/8NLH-9HQT] [<em>Erdemovic<\/em> chambre de premi\u00e8re instance]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a><em> \u00a0\u00a0 Le Procureur v Charles Ghankay Taylor<\/em>, SCSL-03-01-A, Jugement final (26 septembre 2013) au para 669 (Tribunal sp\u00e9cial pour la Sierra Leone, Chambre d\u2019appel), en ligne\u00a0: <em>TSSL<\/em> &lt;www.rscsl.org&gt; [perma.cc\/23EM-S4YC]; <em>Erdemovic<\/em> chambre de premi\u00e8re instance, <em>supra <\/em>note 48 au para 38.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a> \u00a0\u00a0 P\u00eale-m\u00eale nous pouvons mentionner, parmi les pr\u00e9c\u00e9dents de l\u2019entre-deux-guerres, le travail de la Commission des auteurs de guerre et sanctions en 1919 (voir CDI, <em>Historique<\/em>, <em>supra <\/em>note 35 \u00e0 la p 54), la mise en accusation de Guillaume II de Bavi\u00e8re (voir <em>Trait\u00e9 de Versailles<\/em>, <em>supra <\/em>note 5, art 227), le projet d\u2019un Code r\u00e9pressif des Nations de l\u2019Union interparlementaire sur la criminalit\u00e9 de la guerre d\u2019agression et l\u2019organisation d\u2019une r\u00e9pression internationale de 1925 (voir CDI, <em>Historique<\/em>, <em>supra <\/em>note 35 aux pp 76, 78).<\/p>\n<p>Pour des pr\u00e9c\u00e9dents datant d\u2019apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, voir <em>Statut du Tribunal militaire international<\/em>, constituant la partie II de l\u2019<em>Accord concernant la poursuite et le ch\u00e2timent des grands criminels de guerre des Puissances europ\u00e9ennes de l\u2019Axe<\/em>, 8 ao\u00fbt 1945, 82 RTNU 279 art 7 (entr\u00e9e en vigueur\u00a0: 8 ao\u00fbt 1945) en ligne\u00a0: <em>ICRC<\/em> &lt;www.ihl-databases.icrc.org&gt; [perma.cc\/WE27-MVGE]; <em>Charte du Tribunal militaire international pour l\u2019Extr\u00eame-Orient<\/em>, 19 janvier 1946, TIAS 1589 art 6 (entr\u00e9e en vigueur\u00a0: 19 janvier 1946) en ligne\u00a0: <em>INSDIP <\/em>&lt;www.insdip.net&gt; [perma.cc\/G9HU-Z4DL]; <em>Control Council Law No 10: Punishment of Persons Guilty of War Crimes, Crimes Against Peace and Against Humanity<\/em>, 20 d\u00e9cembre 1945, art 2(4)(a), en ligne\u00a0: <em>Yale University<\/em> &lt;avalon.law.yale.edu&gt; [perma.cc\/F4JX-LHVH]; <em>Convention pour la pr\u00e9vention et la r\u00e9pression du crime de g\u00e9nocide<\/em>, 9 d\u00e9cembre 1948, 78 RTNU 277 art 4 (entr\u00e9e en vigueur\u00a0: 12 janvier 1951) en ligne\u00a0: <em>OHCHR<\/em> &lt;www.ohchr.org&gt; [perma.cc\/HWY4-QKT5]; \u00ab\u00a0Principes du droit international consacr\u00e9s par le Statut du Tribunal de Nuremberg et dans le jugement de ce tribunal\u00a0\u00bb dans <em>Annuaire de la Commission du droit international 1950<\/em>, vol 2, New York, NU, 1950 \u00e0 la p 268, principe III, en ligne (pdf)\u00a0: <em>Bureau des affaires juridiques des Nation unies<\/em> &lt;legal.un.org&gt; [perma.cc\/695Q-R7UM]; <em>Convention sur l\u2019imprescriptibilit\u00e9 des crimes de guerre et des crimes contre l\u2019humanit\u00e9<\/em>, 26 novembre 1968, 754 RTNU 73 art 2 (entr\u00e9e en vigueur\u00a0: 11 novembre 1970) en ligne\u00a0: <em>OHCHR<\/em> &lt;www.ohchr.org&gt; [perma.cc\/Q4BF-MAX7]; <em>Convention internationale sur l\u2019\u00e9limination et la r\u00e9pression du crime d\u2019apartheid<\/em>, 30 novembre 1973, 1015 RTNU 243 art 3 (entr\u00e9e en vigueur\u00a0: 18 juillet 1976) en ligne\u00a0: <em>UN<\/em> &lt; www.un.org&gt; [perma.cc\/ 8Z9S-BJBN].<\/p>\n<p>Pour des pr\u00e9c\u00e9dents dans le droit et la jurisprudence des juridictions <em>ad hoc<\/em>,\u00a0voir par ex <em>Le Procureur c Anto Furundzija<\/em>, IT-95-17\/1-T, Jugement (10 d\u00e9cembre 1998) au para 140 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/H2AG-9WCA]; <em>Le Procureur c Slobodan Milosevic<\/em>, IT-99-37-PT, D\u00e9cision relative aux exceptions pr\u00e9judicielles (8 novembre 2001) aux para 26\u201333 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance),\u00a0en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/N4DS-CAHC].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 27.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir par ex <em>Statut du CETC<\/em>, <em>supra<\/em> note 10,\u00a0art 40; <em>Le Procureur c Morris Kallon et Brima Bazzy Kamara<\/em>, SCSL-2004-15-AR72(E) et SCSL-2004-16AR72(E), Decision on Challenge to Jurisdiction: Lom\u00e9 Accord Amnesty (13 mars 2004) au para 82 (Tribunal Sp\u00e9cial pour le Sierra Leone, Chambre d\u2019appel),\u00a0en ligne\u00a0: <em>RCSL<\/em> &lt;www.rscsl.org&gt; [perma.cc\/ADU6-AHW7].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> \u00a0\u00a0 Cette vision de la l\u00e9galit\u00e9 est conforme \u00e0 la conception de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019Homme (voir Pascal Beauvais, \u00ab Le droit \u00e0 la pr\u00e9visibilit\u00e9 en mati\u00e8re p\u00e9nale dans la jurisprudence des cours europ\u00e9ennes \u00bb (2007) 1:29 Archive de politique crim 3 aux pp 7<em>\u2013<\/em>9).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> \u00a0\u00a0 Pr\u00e9cisons n\u00e9anmoins que les juges ne visent pas toujours express\u00e9ment la gravit\u00e9 des crimes mais la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des peines encourues, leur permettant de contourner la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9finir ce crit\u00e8re et de ne pas d\u00e9valuer la pr\u00e9somption d\u2019innocence face \u00e0 des actes coercitifs comme le maintien en d\u00e9tention provisoire (voir <em>Le Procureur c Jean-Pierre Bemba Gombo<\/em>, ICC-01\/05-01\/08 OA, Arr\u00eat relatif \u00e0 l\u2019appel interjet\u00e9 par Jean-Pierre Bemba Gombo contre la d\u00e9cision de la Chambre pr\u00e9liminaire III intitul\u00e9e \u00ab\u00a0D\u00e9cision relative \u00e0 la demande de mise en libert\u00e9 provisoire\u00a0\u00bb (16 d\u00e9cembre 2008) au para 55 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre d\u2019appel), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt;<br \/>\n[perma.cc\/SQM2-FSFM]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> \u00a0\u00a0 M Jun Yoshida, <em>Compte rendu des travaux du Comit\u00e9 pr\u00e9paratoire pour la cr\u00e9ation d\u2019une cour criminelle internationale\u00a0: R\u00e9sum\u00e9 des travaux du 25 mars au 12 avril 1996<\/em>, Doc off AG NU, 1996, A\/AC.249\/1 au para 92.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a>\u00a0 \u00a0 Voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 29.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Le Procureur c Darko Mrda<\/em>, IT-02-59-S, Jugement portant condamnation (31 mars 2004) aux para 95\u2013104 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougouslavie, Chambre de premi\u00e8re instance),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/DYB7-LWY7].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Le Procureur c Dragan Nikoli\u0107<\/em>, IT-94-2-AR73, Decision on Interlocutory Appeal Concerning Legality of Arrest (5 juin 2003) au para 26 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougouslavie, Chambre d\u2019appel),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/FR3U-5RPP].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Le Procureur c Jean-Pierre Bemba Gombo<\/em>, ICC-01\/05-01\/08, D\u00e9cision relative \u00e0 la demande de mise en libert\u00e9 provisoire (16 d\u00e9cembre 2008) au para 36\u00a0(Cour p\u00e9nale internationale, Chambre pr\u00e9liminaire III), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/<br \/>\n9NSG-CVHV]; <em>Le Procureur c Thomas Lubanga Dyilo<\/em>, ICC-01\/04-01\/06 OA7, Arr\u00eat relatif \u00e0 l\u2019appel interjet\u00e9 par Thomas Lubanga Dyilo contre la d\u00e9cision de la Chambre pr\u00e9liminaire I intitul\u00e9e \u00ab\u00a0D\u00e9cision sur la demande de mise en libert\u00e9 provisoire de Thomas Lubanga Dyilo\u00a0\u00bb (13 f\u00e9vrier 2007) au para 136 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre d\u2019appel), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/5828-RS3U].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 60; <em>Le Procureur c Zejnil Delali\u0107<\/em>, IT-96-21-T, D\u00e9cision relative \u00e0 la requ\u00eate de l\u2019accus\u00e9 Delali\u0107 aux fins de mise en libert\u00e9 provisoire (25 septembre 1996) aux para 19\u201320 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.<br \/>\ncc\/X3U8-MFF2].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 81.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em>, art 59(4).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\">[63]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid<\/em>, art 58(7).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\">[64]<\/a> \u00a0\u00a0 Inscrit \u00e0 l\u2019article 66 du <em>Statut de Rome <\/em>(voir <em>ibid<\/em>), le principe ne se con\u00e7oit pas comme une \u00ab\u00a0attitude naturelle\u00a0\u00bb, mais comme \u00ab\u00a0le prix d\u2019un effort, d\u2019une d\u00e9termination raisonn\u00e9e de dominer l\u2019apparence, d\u2019instituer une provisoire incertitude de droit\u00a0\u00bb (Claude Lombois, \u00ab\u00a0La pr\u00e9somption d\u2019innocence\u00a0\u00bb (1990) 55 Pouvoirs 81 aux pp 83\u201384).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\">[65]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Mass\u00e9, <em>supra <\/em>note 31 \u00e0 la p 1806.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\">[66]<\/a> \u00a0\u00a0 Dov Jacobs explique\u00a0:<\/p>\n<p>[&#8230;] \u00e9tant donn\u00e9 que par sa nature m\u00eame, la CPI est cr\u00e9\u00e9e pour exercer sa comp\u00e9tence\u00a0\u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes pour les crimes les plus graves ayant une port\u00e9e internationale\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0gravit\u00e9\u00a0\u00bb dont parlent les juges dans le cadre de l\u2019article 60 doit forc\u00e9ment \u00eatre diff\u00e9rente, sauf \u00e0 ce que la condition soit toujours satisfaite \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on est en pr\u00e9sence d\u2019un crime entrant dans la comp\u00e9tence de la Cour. Ce qu\u2019il faudrait d\u00e9finir, c\u2019est une notion de gravit\u00e9 dans le contexte du Statut de la CPI. Or cela impliquerait de se poser la question de la hi\u00e9rarchie des crimes en droit international p\u00e9nal, exercice que les juges, comme un grand nombre de commentateurs, se refusent \u00e0 faire (Dov Jacobs, \u00ab\u00a0Article 60\u00a0: Proc\u00e9dure initiale devant la Cour\u00a0\u00bb dans Fernandez, Pacreau et Ubeda-Saillard, dir, <em>supra<\/em> note 27, t\u00a02, 1653 \u00e0 la p 1663).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref67\" name=\"_ftn67\">[67]<\/a> \u00a0\u00a0 Les juges rappellent que \u00ab le droit d\u2019\u00eatre pr\u00e9sum\u00e9 d\u2019innocent jusqu\u2019\u00e0 ce que la culpabilit\u00e9 soit \u00e9tablie, pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 66\u20101 du Statut, est garanti \u00e0 \u201ctoute personne\u201d [&#8230;]. Le Statut garantit ainsi le droit \u00e0 la pr\u00e9somption d\u2019innocence non seulement aux accus\u00e9s mais aussi aux personnes \u00e0 l\u2019encontre desquelles a \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9 un mandat d\u2019arr\u00eat ou une citation \u00e0 compara\u00eetre, avant leur remise \u00e0 la Cour\u00a0\u00bb (<em>Le Procureur c Callixte Mbarushimana<\/em>, ICC-01\/04-01\/10, D\u00e9cision relative \u00e0 la requ\u00eate de la D\u00e9fense sollicitant une ordonnance aux fins de pr\u00e9server l\u2019impartialit\u00e9 de la proc\u00e9dure (31 janvier 2011) au para 8 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre pr\u00e9liminaire I), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/NYR5-P9QR]). Nous pouvons \u00e9galement faire mention des acquittements prononc\u00e9s par la CPI qui attestent de la vigueur de la pr\u00e9somption d\u2019innocence devant celle-ci.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref68\" name=\"_ftn68\">[68]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Antonio Cassese, \u00ab\u00a0La prise en compte de la jurisprudence de Strasbourg par les juridictions p\u00e9nales internationales\u00a0\u00bb dans Jean-Fran\u00e7ois Flauss, dir, <em>Le rayonnement international de la jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme<\/em>, Bruxelles, Bruylant, 2005, 29 aux pp 33, 46, n 12.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn69\">[69]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Le Procureur c Drazen Erdemovic<\/em>, IT-96-22-A, Arr\u00eat (7 octobre 1997) au para 20 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre d\u2019appel),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/9JN8-7T6T]; <em>Le Procureur c Drazen Erdemovic<\/em>, IT-96-22-A, Arr\u00eat, Opinion individuelle pr\u00e9sent\u00e9e conjointement par Madame le juge McDonald et Monsieur le juge Vohrah (7 octobre 1997) aux para 18\u201327 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre d\u2019appel),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/<br \/>\n9JN8-7T6T] [<em>Erdemovic<\/em> Juges Mcdonald et Vorah].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref70\" name=\"_ftn70\">[70]<\/a><em> \u00a0\u00a0 <\/em>Voir <em>Erdemovic <\/em>chambre de premi\u00e8re instance, <em>supra<\/em> note 48 \u00e0 la section IV, \u00ab\u00a0Dispositif\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref71\" name=\"_ftn71\">[71]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Erdemovic<\/em> Juges Mcdonald et Vorah<em>, supra<\/em> note 69 au para 26. <em>Contra<\/em> <em>Le Procureur c Drazen Erdemovic<\/em>, IT-96-22-A, Arr\u00eat, Opinion individuelle et dissidente du juge Li (7 octobre 1997) (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre d\u2019appel),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/T8VJ-UXCF] [<em>Erdemovic<\/em> Juge Li].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref72\" name=\"_ftn72\">[72]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Le Procureur c Drazen Erdemovic<\/em>, IT-96-22-T<em>bis<\/em>, Jugement portant condamnation (5 mars 1998) au para 23 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/GZ7S-P97V].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref73\" name=\"_ftn73\">[73]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir g\u00e9n\u00e9ralement Scalia, <em>Principe de l\u00e9galit\u00e9,<\/em> <em>supra <\/em>note 45.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref74\" name=\"_ftn74\">[74]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 65.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref75\" name=\"_ftn75\">[75]<\/a> \u00a0\u00a0 \u00adFlorence Bellivier, Marina Eudes et Isabelle Fouchard \u00e9crivent : \u00ab\u00a0L\u2019horreur des camps nazis ayant profond\u00e9ment marqu\u00e9 l\u2019opinion publique internationale, des hommes politique et des juristes d\u00e9cid\u00e8rent de r\u00e9agir [&#8230;] cr\u00e9ant ainsi un contexte favorable \u00e0 une v\u00e9ritable naissance du droit international p\u00e9nal avec la cr\u00e9ation des tribunaux de Nuremberg et de Tokyo\u00a0\u00bb (Florence Bellivier, Marina Eudes et Isabelle Fouchard, <em>Droit des crimes internationaux<\/em>, Paris, Th\u00e9mis, 2018 \u00e0 la p 12).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref76\" name=\"_ftn76\">[76]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 5.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref77\" name=\"_ftn77\">[77]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em>, Pr\u00e9ambule.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref78\" name=\"_ftn78\">[78]<\/a> \u00a0\u00a0 <em>Ibid<\/em>, art 1.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref79\" name=\"_ftn79\">[79]<\/a> \u00a0\u00a0 Il suffit pour s\u2019en convaincre de lire les travaux pr\u00e9paratoires relatifs \u00e0 la d\u00e9limitation des crimes de la comp\u00e9tence de la CPI. Certaines d\u00e9l\u00e9gations \u00e9taient en d\u00e9faveur de l\u2019existence d\u2019un seuil minimal \u00e0 la comp\u00e9tence de la CPI comme, par exemple la d\u00e9l\u00e9gation n\u00e9o-z\u00e9landaise\u00a0: \u00ab\u00a0there was no need for a threshold for war crimes since international law was already clear and any threshold adopted might limit the existing rules\u00a0\u00bb (<em>Diplomatic Conference of Plenipotentiaries on the Establishment of an International Criminal Court<\/em>, Doc Off NU, 1998, 25<sup>e<\/sup> s\u00e9ance, Doc NU A\/CONF.183\/C.1\/SR.25). La d\u00e9l\u00e9gation de la R\u00e9publique Dominicaine\u00a0avait fait valoir une position similaire : \u00ab\u00a0Both option 1 and option 2 on war crimes thresholds were unsatisfactory. To kill intentionally was equally serious, whether or not it was part of a plan or general policy\u00a0\u00bb (<em>Diplomatic Conference of Plenipotentiaries on the Establishment of an International Criminal Court,<\/em> Doc Off NU, 1998, 27<sup>e<\/sup> s\u00e9ance, Doc NU A\/CONF.183\/C.1\/SR.27). Ce \u00e0 quoi s\u2019opposaient d\u2019autres d\u00e9l\u00e9gations comme les \u00c9tats-Unis (voir <em>Diplomatic Conference of Plenipotentiaries on the Establishment of an International Criminal Court,<\/em> Doc Off NU, 1998, 26<sup>e<\/sup> s\u00e9ance, Doc NU A\/CONF.183\/C.1\/SR.26 [<em>Diplomatic Conference <\/em>26<sup>e<\/sup> s\u00e9ance]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref80\" name=\"_ftn80\">[80]<\/a> \u00a0\u00a0 \u00c9ric David, \u00ab\u00a0Pr\u00e9ambule\u00a0\u00bb dans Fernandez, Pacreau et Ubeda-Saillard, dir, <em>supra <\/em>note 27, t 1, 441 \u00e0 la p 444.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref81\" name=\"_ftn81\">[81]<\/a> \u00a0\u00a0 Richard Kolb, \u00ab\u00a0Les crimes internationaux \u00bb dans Robert Kolb et Damien Scalia, dir, <em>Droit international p\u00e9nal : Pr\u00e9cis<\/em>, 2<sup>nde<\/sup> \u00e9d, Helbing Lichtenhahn, 2008, 68 \u00e0 la p 73.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref82\" name=\"_ftn82\">[82]<\/a> \u00a0\u00a0 Mireille Delmas-Marty, <em>Trois d\u00e9fis pour un droit mondial<\/em>, Paris, Seuil, 1998 \u00e0 la p 192.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref83\" name=\"_ftn83\">[83]<\/a> \u00a0\u00a0 Pour une d\u00e9finition d\u00e9taill\u00e9e de la cat\u00e9gorie des crimes de guerre dans le cadre du Statut de Rome, voir Estupi\u00f1an Silva, <em>supra <\/em>note 4.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref84\" name=\"_ftn84\">[84]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Kolb, <em>supra <\/em>note 81 aux pp 121 et s; Cherif Bassiouni, <em>Introduction au droit p\u00e9nal international<\/em>, Bruxelles, Bruylant, 2002 \u00e0 la p 101.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref85\" name=\"_ftn85\">[85]<\/a> \u00a0\u00a0 \u00c9doardo Greppi \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p>[I]l ne s\u2019agit pas normalement de d\u00e9lit \u00ab\u00a0priv\u00e9s\u00a0\u00bb, commis par des individus agissant de leur propre initiative, poursuivant leurs propres int\u00e9r\u00eats. Dans les situations de conflits arm\u00e9s, les individus sont g\u00e9n\u00e9ralement amen\u00e9s \u00e0 agir comme des organes \u00e9tatiques, ou bien comme des sujets agissant dans le cadre d\u2019une conflictualit\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e et aliment\u00e9e par un \u00c9tat ou par une entit\u00e9 politique et militaire. Dans certains ce sont des situations o\u00f9 un \u00c9tat criminel s\u2019est lanc\u00e9 dans une entreprise de g\u00e9nocide. On se trouve, dans la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 des crimes du droit international humanitaire, devant une cat\u00e9gorie de d\u00e9lits \u00ab\u00a0publics\u00a0\u00bb, par rapport \u00e0 laquelle l\u2019\u00c9tat ne veut pas punir des faits qu\u2019il a lui-m\u00eame ordonn\u00e9s, encourag\u00e9s ou stimul\u00e9s. Et voil\u00e0 la raison profonde d\u2019une justice p\u00e9nale internationale. Mais il y en a aussi une autre. Les crimes en question sont une offense \u00e0 la conscience publique de l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re. Ce sont des <em>delicta iuris gentium<\/em> parce qu\u2019ils blessent le sentiment de justice de l\u2019humanit\u00e9\u00a0; il s\u2019agit de crimes sans fronti\u00e8res, qui appellent la communaut\u00e9 internationale \u00e0 r\u00e9agir avec des instruments de droit international public (\u00c9doardo Greppi, \u00ab\u00a0La Cour p\u00e9nale internationale et le droit international\u00a0\u00bb dans Mario Chiavario, dir, <em>La justice p\u00e9nale internationale entre pass\u00e9 et avenir<\/em>, Paris, Dalloz, 2003, 81 \u00e0 la p 82).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref86\" name=\"_ftn86\">[86]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir par ex \u00ab\u00a0Rapport de la commission \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale sur les travaux de sa quarante-huiti\u00e8me session\u00a0\u00bb dans <em>Annuaire de la Commission du droit international 1996<\/em>, vol 2, partie 2, New York, NU, 1998 \u00e0 la p 15 (Doc NU A\/CN.4\/SER.A\/1996\/Add.1).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref87\" name=\"_ftn87\">[87]<\/a> \u00a0\u00a0 Un commentaire \u00e9voque :<\/p>\n<p>[L]\u2019unanimit\u00e9 semble exister autour du crit\u00e8re de la gravit\u00e9. Il s\u2019agit des crimes qui touchent au fondement m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 humaine. La gravit\u00e9 peut se d\u00e9duire soit du caract\u00e8re de l\u2019acte incrimin\u00e9 (cruaut\u00e9, monstruosit\u00e9, barbarie, etc.), soit de l\u2019\u00e9tendue de ses effets (massivit\u00e9, lorsque les victimes sont des peuples, des populations, des ethnies), soit du mobile de l\u2019auteur (par exemple, g\u00e9nocide), soit de plusieurs de ces \u00e9l\u00e9ments. Quel que soit le facteur qui permet de d\u00e9terminer la gravit\u00e9 de l\u2019acte, c\u2019est cette gravit\u00e9 qui constitue l\u2019\u00e9l\u00e9ment essentiel du crime contre la paix et la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9, crime caract\u00e9ris\u00e9 par son degr\u00e9 d\u2019horreur et de barbarie et qui sape les fondements de la soci\u00e9t\u00e9 humaine (voir \u00ab\u00a0Rapport de la commission \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale sur les travaux de sa trente-neuvi\u00e8me session\u00a0\u00bb dans <em>Annuaire de la Commission du droit international 1987<\/em>, vol 2, partie 2, New York, NU, 1989 \u00e0 la p 13, art 1(2) (Doc NU A\/CN.4\/SER.A\/<br \/>\n1987\/Add.1)).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref88\" name=\"_ftn88\">[88]<\/a> \u00a0\u00a0 La seule affirmation d\u2019une gravit\u00e9 th\u00e9orique emp\u00eache une d\u00e9limitation pr\u00e9cise comme l\u2019atteste le d\u00e9bat relatif \u00e0 l\u2019inclusion du crime de terrorisme dans le <em>Statut de Rome<\/em> (voir Laly-Chevalier et Marie, <em>supra<\/em> note 27 aux pp 519\u201322).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref89\" name=\"_ftn89\">[89]<\/a> \u00a0\u00a0 Andrea Carcano affirme que la gravit\u00e9 des crimes jug\u00e9s \u00e0 Nuremberg et par les juridictions des pays Alli\u00e9s post-Nuremberg \u00e9tait d&rsquo;une nature particuli\u00e8re qui ne se retrouve peut-\u00eatre plus aujourd\u2019hui. Nuremberg avait ceci de particulier qu\u2019il s\u2019inscrivait dans un contexte d\u2019atrocit\u00e9s sans pr\u00e9c\u00e9dents et institutionnalis\u00e9es par un \u00c9tat. Par cons\u00e9quent, la comparaison des comp\u00e9tences entre les juridictions contemporaines et celles post-Seconde Guerre mondiale ne rev\u00eat sur le fond plus v\u00e9ritablement de pertinence, tant le contexte et l\u2019\u00e9poque sont diff\u00e9rents (voir Andrea Carcano, \u00ab\u00a0Sentencing and the Gravity of the Offence in International Criminal Law\u00a0\u00bb (2002) 51:3 ICLQ 583 \u00e0 la p 600).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref90\" name=\"_ftn90\">[90]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Cour P\u00e9nale Internationale, <em>Rapport sur les activit\u00e9s men\u00e9es en 2018 en mati\u00e8re d\u2019examen pr\u00e9liminaire,<\/em> 2018, au para 174, en ligne (pdf)\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/3KSY-KYNW] [<em>Rapport sur les activit\u00e9s men\u00e9es en 2018<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref91\" name=\"_ftn91\">[91]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Cour P\u00e9nale Internationale, <em>Situation en R\u00e9publique de Cor\u00e9e, Rapport \u00e9tabli au titre de l\u2019article 5<\/em>, (2014) au para 82, en ligne\u00a0(pdf) : <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/R4JF-HPGY].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref92\" name=\"_ftn92\">[92]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>ibid <\/em>au para 7.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref93\" name=\"_ftn93\">[93]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir \u00c9lise Le Gall, \u00ab\u00a0L\u2019opportunit\u00e9 des poursuites du procureur international\u00a0: du pouvoir arbitraire au contr\u00f4le insuffisant\u00a0\u00bb (2013) 84:3 RIDP 495 \u00e0 la p 503.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref94\" name=\"_ftn94\">[94]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Le Procureur c Germain Katanga<\/em>, ICC-01\/04-01\/07, Jugement rendu en application de l\u2019article 74 du Statut (7 mars 2014) (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre de premi\u00e8re instance II), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/8LQZ-NLB8].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref95\" name=\"_ftn95\">[95]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Le Procureur c Germain Katanga<\/em>, ICC-01\/04-01\/07, D\u00e9cision relative \u00e0 la peine (article 76 du Statut) (23 mai 2014) aux para 1, 147 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre de premi\u00e8re instance II), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/CHJ3-5EXF] [<em>Katanga<\/em> 2014].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref96\" name=\"_ftn96\">[96]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Le Procureur c Ahmad Al Faqi Al Mahdi<\/em>, ICC-01\/12-01\/15, Jugement portant condamnation (27 septembre 2016) au para 109 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre de premi\u00e8re instance VIII), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/VNB8-GG5K]<br \/>\n[<em>Al Mahdi<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref97\" name=\"_ftn97\">[97]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Marina Eudes, \u00ab\u00a0Article 8\u00a0: Crimes de guerre\u00a0\u00bb dans Fernandez, Pacreau et Ubeda-Saillard, dir, <em>supra<\/em> note 27, t 1, 627.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref98\" name=\"_ftn98\">[98]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir <em>Le Procureur c Du\u0161ko Tadi\u0107<\/em>, IT-94-1-AR72, Arr\u00eat relatif \u00e0 l\u2019appel de la d\u00e9fense concernant l\u2019exception pr\u00e9judicielle d\u2019incomp\u00e9tence (2 octobre 1995) aux para 76\u201378\u00a0(Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre d\u2019appel),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/DQ2D-RAU4] [<em>Tadi\u0107 <\/em>1995]; <em>Le Procureur c Du\u0161ko Tadi\u0107<\/em>, IT-94-1-T, Jugement (7 mai 1997) au para 562 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/AD5N-LPZ8] \u00a0[<em>Tadi\u0107<\/em> 1997].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref99\" name=\"_ftn99\">[99]<\/a> \u00a0\u00a0 Voir Bellivier, Eudes et Fouchard, <em>supra<\/em> note 75 au para 120.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref100\" name=\"_ftn100\">[100]<\/a> Voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 8.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref101\" name=\"_ftn101\">[101]<\/a> Par extension, l\u2019article tend donc \u00e0 d\u00e9mentir la position du Procureur dans l\u2019affaire du Mavi Marmara (voir la section I-B-2-b, ci-dessous).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref102\" name=\"_ftn102\">[102]<\/a> La d\u00e9l\u00e9gation am\u00e9ricaine arguait que la juridiction ne devait conna\u00eetre que des crimes pr\u00e9sentant un caract\u00e8re exceptionnellement s\u00e9rieux touchant la communaut\u00e9 internationale. Finalement, aucun seuil ne sera retenu, octroyant une comp\u00e9tence \u00e9tendue au Procureur et \u00e0 la CPI (voir <em>Diplomatic Conference <\/em>26<sup>e<\/sup> s\u00e9ance, <em>supra <\/em>note 79).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref103\" name=\"_ftn103\">[103]<\/a> <em>Statut du TPIY<\/em>, <em>supra<\/em> note 7, art 5.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref104\" name=\"_ftn104\">[104]<\/a> Voir <em>Statut du TPIR<\/em>, <em>supra<\/em> note 1, art 3.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref105\" name=\"_ftn105\">[105]<\/a> Voir <em>Tadi\u0107 <\/em>1995, <em>supra <\/em>note 98 au para 140.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref106\" name=\"_ftn106\">[106]<\/a> Voir Claus Kress, \u00ab\u00a0On the Outer Limits of Crimes Against Humanity: The Concept of Organization within the Policy Requirement: Some Reflections\u00a0\u00bb (2010) 23:4 Leiden J Intl L 855.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref107\" name=\"_ftn107\">[107]<\/a> Voir Bellivier, Eudes et Fouchard, <em>supra <\/em>note 75 aux pp 129 et s; deGuzman, \u00ab How Serious \u00bb,<em> supra<\/em> note 4<em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref108\" name=\"_ftn108\">[108]<\/a> Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une cat\u00e9gorie de crimes tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, qui englobe toute sorte d\u2019actes, m\u00eame de gravit\u00e9 r\u00e9duite comme des atteintes aux biens ou des interdictions professionnelles, qui sont commises dans un but discriminatoire. C\u2019est l\u2019intention discriminatoire qui donne \u00e0 ce crime son caract\u00e8re de gravit\u00e9 (voir <em>Tadi\u0107<\/em> 1997, <em>supra <\/em>note 98 aux para 715\u201317).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref109\" name=\"_ftn109\">[109]<\/a> Voir par ex <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 7(1)(g); <em>Brima<\/em> 2008, <em>supra <\/em>note 42 au para 183.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref110\" name=\"_ftn110\">[110]<\/a> Voir <em>Le Procureur c Goran Jelisi\u0107<\/em>, IT-95-10-A, Arr\u00eat (5 juillet 2001) au para 48 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre d\u2019appel),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/KG39-BMY9]. <em>Contra<\/em> <em>Le Procureur c Omar Hassan Ahmad Al Bashir<\/em>, ICC-02\/05-01\/09, D\u00e9cision relative \u00e0 la requ\u00eate de l\u2019Accusation aux fins de d\u00e9livrance d\u2019un mandat d\u2019arr\u00eat \u00e0 l\u2019encontre d\u2019Omar Hassan Ahmad Al Bashir (4 mars 2009) aux para 147\u201361 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre pr\u00e9liminaire I), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/CP6Q-R7NU].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref111\" name=\"_ftn111\">[111]<\/a> Voir <em>Le Procureur c Radislav Krsti\u0107<\/em>, IT-98-33-T, Jugement (2 ao\u00fbt 2001) au para 513 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/9EYD-WCHW]. Par ailleurs l\u2019atteinte doit \u00eatre s\u00e9rieuse\u00a0(voir <em>Le Procureur c Milomir Staki\u0107<\/em>, IT-97-24-T, Jugement (31 juillet 2003) au para 516 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance II),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/5ZDE-PG73]). \u00c0 l\u2019inverse, le TPIR a maintenu un niveau de gravit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9 en exigeant qu\u2019une atteinte grave \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 mentale doit recouvrir une atteinte plus grave qu\u2019une atteinte mineure ou temporaire aux facult\u00e9s mentales de la victime\u00a0(voir <em>Le Procureur c Laurent Semanza<\/em>, ICTR-97-20-T, Jugement et sentence (15 mai 2003) au para 321 (Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda, Chambre de premi\u00e8re instance III), en ligne\u00a0: <em>ONU <\/em>&lt;unictr.irmct.org&gt; [perma.cc\/YA23-WVC8] [<em>Semanza<\/em>]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref112\" name=\"_ftn112\">[112]<\/a> Si l\u2019ouverture de l\u2019enqu\u00eate se fait <em>proprio motu<\/em>, le Procureur doit demander l\u2019autorisation \u00e0 la Chambre pr\u00e9liminaire, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 15 du <em>Statut de Rome<\/em> (voir <em>supra <\/em>note 11). Cette derni\u00e8re appr\u00e9cie alors la demande d\u2019apr\u00e8s les articles 15, 17 et 53(1) du <em>Statut de Rome<\/em> (voir <em>ibid<\/em>; Rapha\u00eblle Nollez-Goldbach, \u00ab\u00a0Article 15\u00a0: Le Procureur\u00a0\u00bb dans Fernandez, Pacreau et Ubeda-Saillard, dir, <em>supra<\/em> note 27, t\u00a01, 821 aux pp 829\u201333).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref113\" name=\"_ftn113\">[113]<\/a> Bien que l\u2019exigence de gravit\u00e9 n\u2019apparaisse pas dans l\u2019hypoth\u00e8se du renvoi d\u2019une situation par un \u00c9tat partie (voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 14), la recevabilit\u00e9 est soumise aux conditions de l\u2019article 17 et notamment le crit\u00e8re de la gravit\u00e9 (voir <em>ibid<\/em> art 17). Voir par ex <em>Le Procureur c Germain Katanga<\/em>, ICC-01\/04-01\/07, Motifs de la d\u00e9cision orale relative \u00e0 l\u2019exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 de l\u2019affaire (article 19 du Statut) (16 juin 2009) au para 87 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre de premi\u00e8re instance II), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/3QBM-EUD2]. <em>Contra Situation en R\u00e9publique islamique d\u2019Afghanistan<\/em>, ICC-02\/17 OA4, Judgment on the Appeal Against the Decision on the Authorisation of an Investigation into the Situation in the Islamic Republic of Afghanistan (5 mars 2020) aux para 19\u201346 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre d\u2019appel), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/3TVY-G69Z].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref114\" name=\"_ftn114\">[114]<\/a> L\u2019article 53 du <em>Statut de Rome <\/em>pr\u00e9voit\u00a0que:<\/p>\n<ol>\n<li>Le Procureur, apr\u00e8s avoir \u00e9valu\u00e9 les renseignements port\u00e9s \u00e0 sa connaissance, ouvre une enqu\u00eate, \u00e0 moins qu\u2019il ne conclue qu\u2019il n\u2019y a pas de base raisonnable pour poursuivre en vertu du pr\u00e9sent Statut. Pour prendre sa d\u00e9cision, le Procureur examine\u00a0: [&#8230;] c) S\u2019il y a des raisons s\u00e9rieuses de penser, compte tenu de la gravit\u00e9 du crime et des int\u00e9r\u00eats des victimes, qu\u2019une enqu\u00eate ne servirait pas les int\u00e9r\u00eats de la justice. [&#8230;]<\/li>\n<li>Si, apr\u00e8s enqu\u00eate, le Procureur conclut qu\u2019il n\u2019y a pas de base suffisante pour engager des poursuites\u00a0: [&#8230;] c)\u00a0Parce que poursuivre ne servirait pas les int\u00e9r\u00eats de la justice, compte tenu de toutes les circonstances, y compris la gravit\u00e9 du crime, les int\u00e9r\u00eats des victimes, l\u2019\u00e2ge ou le handicap de l\u2019auteur pr\u00e9sum\u00e9 et son r\u00f4le dans le crime all\u00e9gu\u00e9 ; il ou elle informe de sa conclusion et des raisons qui l\u2019ont motiv\u00e9e la Chambre pr\u00e9liminaire et l\u2019\u00c9tat qui lui a d\u00e9f\u00e9r\u00e9 la situation conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 14, ou le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 s\u2019il s\u2019agit d\u2019une situation vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 13, paragraphe b) (<em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 53).<\/li>\n<\/ol>\n<p><a href=\"#_ftnref115\" name=\"_ftn115\">[115]<\/a> Voir <em>R\u00e8glement du Bureau du Procureur<\/em>, Doc off CPI, 2009, ICC-BD\/05-01-09, norme 29(2) [<em>R\u00e8glement du Bureau du Procureur<\/em>]; Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Rapport relatif \u00e0 la strat\u00e9gie en mati\u00e8re de poursuites\u00a0\u00bb (2006) aux pp 5\u20136, en ligne (pdf)\u00a0: <em>C<\/em><em>PI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/3M85-L6NN] [Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Rapport poursuites\u00a0\u00bb].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref116\" name=\"_ftn116\">[116]<\/a> Voir <em>Le Procureur c Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud<\/em>, ICC-01\/12-01\/18 OA, Judgment on the Appeal of Mr Al Hassan Against the Decision of Pre-Trial Chamber I entitled \u2018D\u00e9cision relative \u00e0 l\u2019exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 pour insuffisance de gravit\u00e9 de l\u2019affaire soulev\u00e9e par la d\u00e9fense\u2019 (19 f\u00e9vrier 2020) au para 53 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre d\u2019appel), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/358R-JUR7] [<em>Al Hassan<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref117\" name=\"_ftn117\">[117]<\/a> Voir <em>Le Procureur c Bahar Idriss Abu Garda<\/em>, ICC-02\/05-02\/09, D\u00e9cision relative \u00e0 la confirmation des charges (version publique expurg\u00e9e) (8 f\u00e9vrier 2010) au para 31 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre pr\u00e9liminaire I), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt;<br \/>\n[perma.cc\/N936-YSWX] [<em>Abu Garda<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref118\" name=\"_ftn118\">[118]<\/a> Voir <em>ibid<\/em>. \u00c0 cet \u00e9gard, la Chambre d\u2019appel pr\u00e9cise que, outre les victimes directes, les juges peuvent prendre en compte le nombre de victimes participant \u00e0 la proc\u00e9dure, ce qui peut leur fournir des indications sur l\u2019\u00e9tendue du nombre de victimes (voir <em>Al Hassan<\/em>, <em>supra<\/em> note 116 au para 97).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref119\" name=\"_ftn119\">[119]<\/a> Voir <em>Al Hassan<\/em>, <em>supra<\/em> note 116 au para 97; Eudes, <em>supra <\/em>note 97 \u00e0 la p\u00a0638.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref120\" name=\"_ftn120\">[120]<\/a> Voir <em>Le Procureur c Francis Kirimi Muthaura<\/em>, ICC-01\/09-02\/11, D\u00e9cision relative \u00e0 la confirmation des charges rendue en application des alin\u00e9as a) et b) de l\u2019article 61-7 du Statut de Rome (version publique expurg\u00e9e) (23 janvier 2012) au para 50 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre pr\u00e9liminaire II), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/<br \/>\n3C25-7JRQ].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref121\" name=\"_ftn121\">[121]<\/a> Voir <em>Le Procureur c Thomas Lubanga Dyilo<\/em>, ICC-01\/04-01\/06, D\u00e9cision relative \u00e0 la Requ\u00eate du Procureur aux fins de d\u00e9livrance d\u2019un mandat d\u2019arr\u00eat en vertu de l\u2019article 58 (20 f\u00e9vrier 2006) au para 44 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre Pr\u00e9liminaire I), en ligne : <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/23NB-3QEC] [<em>Lubanga<\/em> 2006].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref122\" name=\"_ftn122\">[122]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> au para 41.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref123\" name=\"_ftn123\">[123]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> au para 45.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref124\" name=\"_ftn124\">[124]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> au para 46.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref125\" name=\"_ftn125\">[125]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> aux para 51\u201352.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref126\" name=\"_ftn126\">[126]<\/a> Voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, Pr\u00e9ambule, arts 1, 17(1)(d).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref127\" name=\"_ftn127\">[127]<\/a> <em>Lubanga <\/em>2006, <em>supra <\/em>note 121 au para 50.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref128\" name=\"_ftn128\">[128]<\/a> Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Communication relative \u00e0 certaines questions de politique g\u00e9n\u00e9rale concernant le Bureau du Procureur\u00a0\u00bb (2003) \u00e0 la p 7, en ligne (pdf)\u00a0: <em>CPI <\/em>&lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/GU85-CS9A].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref129\" name=\"_ftn129\">[129]<\/a> Voir Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Document de politique g\u00e9n\u00e9rale relatif \u00e0 la s\u00e9lection et \u00e0 la hi\u00e9rarchisation des affaires\u00a0\u00bb (2016) au para 35, en ligne (pdf)\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/6LZX-65HJ] [Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Document relatif \u00e0 la s\u00e9lection et \u00e0 la hi\u00e9rarchisation\u00a0\u00bb].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref130\" name=\"_ftn130\">[130]<\/a><em> Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref131\" name=\"_ftn131\">[131]<\/a> L\u2019ensemble des documents relatifs \u00e0 cette affaire sont accessibles en ligne (voir g\u00e9n\u00e9ralement \u00ab Navires battant pavillon \u00bb, <em>supra<\/em> note 24).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref132\" name=\"_ftn132\">[132]<\/a> Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Rapport sur les activit\u00e9s men\u00e9es en 2013 en mati\u00e8re d\u2019examen pr\u00e9liminaire\u00a0\u00bb (2013) au para 91, en ligne (pdf)\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/<br \/>\n6TBH-P8UW].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref133\" name=\"_ftn133\">[133]<\/a> La situation a fait l\u2019objet d\u2019une Mission d\u2019\u00e9tablissement des faits de l\u2019Organisation des Nations Unies, qui a rendu son rapport en septembre 2010 (voir <em>Rapport de la mission internationale ind\u00e9pendante d\u2019\u00e9tablissement des faits<\/em>, Doc off CDH, 2009, annexe, Doc NU A\/64\/490, 3; <em>Deuxi\u00e8me suite au rapport de la Mission d\u2019\u00e9tablissement des faits des Nations Unies sur le conflit de Gaza<\/em>, Doc off CDH, 2010, 64<sup>e<\/sup> sess, Doc NU A\/64\/890, 4), ainsi que d\u2019une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e par un panel d\u2019experts nomm\u00e9 par le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations Unies, qui a publi\u00e9 son rapport en septembre 2011 (voir Sir Geoffrey Palmer et al, \u00ab\u00a0Report of the Secretary-General\u2019s Panel of Inquiry on the 31 May 2010 Flotilla Incident\u00a0\u00bb (2011), en ligne (pdf) : <em>Biblioth\u00e8que num\u00e9rique des Nations Unies<\/em> &lt;<a href=\"http:\/\/digitallibrary.un.org\">digitallibrary.un.org<\/a>&gt; [perma.cc\/T3DK-8P5P]). Les gouvernements turc et isra\u00e9lien ont \u00e9galement men\u00e9 leurs propres enqu\u00eates.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref134\" name=\"_ftn134\">[134]<\/a> Voir Le Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Situation relative aux navires battant pavillons comorien, grec et cambodgien\u00a0: Rapport \u00e9tabli au titre de l\u2019article 53-1 du Statut\u00a0\u00bb\u00a0(2014) au para 25, en ligne (pdf)\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/CP2K-6SKC].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref135\" name=\"_ftn135\">[135]<\/a> Voir <em>ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref136\" name=\"_ftn136\">[136]<\/a> Voir<em> ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref137\" name=\"_ftn137\">[137]<\/a> Voir<em> ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref138\" name=\"_ftn138\">[138]<\/a> Pr\u00e9cis\u00e9ment il s\u2019agit du fait de tuer intentionnellement (voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 8(2)(a)(i)), de porter intentionnellement des atteintes graves \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique et \u00e0 la sant\u00e9 (voir <em>ibid<\/em>, art 8(2)(a)(iii)), de porter atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 de la personne (voir <em>ibid<\/em>, art 8(2)(b)(xxi)) et de la direction intentionnelle d\u2019une attaque contre deux biens de caract\u00e8re civil (voir <em>ibid<\/em>, art (8(2)(b)(ii)); Le Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Situation on Registered Vessels of Comores, Greece and Cambodia\u00a0: Article 53(1) Report\u00a0\u00bb (2014) \u00e0 l\u2019annexe A au para 149, en ligne (pdf)\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/QHD4-VUW4]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref139\" name=\"_ftn139\">[139]<\/a> Voir <em>ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref140\" name=\"_ftn140\">[140]<\/a> Le Bureau du Procureur \u00ab\u00a0Plan strat\u00e9gique 2016\u20132018\u00a0\u00bb (2015) au para 34, en ligne (pdf)\u00a0: <em>CPI <\/em>&lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc<strong>\/<\/strong>Z4X6-7M9L] [Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Plan strat\u00e9gique 2016-2018\u00a0\u00bb].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref141\" name=\"_ftn141\">[141]<\/a><em> Situation on Registered Vessels of Comoros, the Hellenic Republic and Cambodia<\/em>, ICC-01\/13, Decision on the Request of the Union of the Comoros to Review the Prosecutor\u2019s Decision Not to Initiate an Investigation (version publique) (16 juillet 2015) (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre pr\u00e9liminaire I), en ligne : <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/<br \/>\nBYY2-5ZUN] [<em>Registered Vessels <\/em>2015].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref142\" name=\"_ftn142\">[142]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> au para 13.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref143\" name=\"_ftn143\">[143]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> aux para 22\u201324.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref144\" name=\"_ftn144\">[144]<\/a> Dans l\u2019affaire <em>Abu Garba<\/em>, la Chambre pr\u00e9liminaire a jug\u00e9 que, malgr\u00e9 le peu de victime, l\u2019affaire \u00e9tait qualitativement grave car la mission de maintien de la paix avait \u00e9t\u00e9 fortement perturb\u00e9e, ce qui avait eu des cons\u00e9quences n\u00e9gatives pour la protection des civils au Darfour (voir <em>Abu Garba<\/em>, <em>supra<\/em> note 117 au para 33).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref145\" name=\"_ftn145\">[145]<\/a> Voir <em>Registered Vessels <\/em>2015,<em> supra<\/em> note 141 au para 26.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref146\" name=\"_ftn146\">[146]<\/a> <em>Ibid<\/em> aux para 27\u201328.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref147\" name=\"_ftn147\">[147]<\/a> Voir<em> ibid<\/em> au para 36.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref148\" name=\"_ftn148\">[148]<\/a> Voir <em>ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref149\" name=\"_ftn149\">[149]<\/a> Voir <em>Situation on Registered Vessels of Comores, Greece and Cambodia<\/em>, ICC-01\/13-57-Anx1, Final Decision of the Prosecution Concerning the \u201cArticle 53(1) Report\u201d (29 novembre 2017) (Cour p\u00e9nale internationale), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/<br \/>\nP36T-JD2L]<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref150\" name=\"_ftn150\">[150]<\/a> Voir <em>Situation on Registered Vessels of Comores, Greece and Cambodia<\/em>, ICC-01\/13, Decision on the \u2018Application for Judicial Review by the Government of the Union of the Comoros\u2019 (15 novembre 2018), (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre pr\u00e9liminaire I), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/8E3X-86BZ].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref151\" name=\"_ftn151\">[151]<\/a> Voir <em>Situation on Registered Vessels of the Union of the Comoros, the Hellenic Republic and the Kingdom of Cambodia<\/em>, ICC-01\/13 OA 2, Judgment on the Appeal of the Prosecutor against Pre-Trial Chamber I\u2019s \u2018Decision on the \u2018Application for Judicial Review by the Government of the Union of the Comoros\u2019 (2 septembre 2019) (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre d\u2019appel), en ligne : <em>CPI <\/em>&lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/V8TQ-RQU7].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref152\" name=\"_ftn152\">[152]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> au para 73.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref153\" name=\"_ftn153\">[153]<\/a> Voir <em>ibid<\/em> aux para 80\u201382.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref154\" name=\"_ftn154\">[154]<\/a> L\u2019appr\u00e9ciation de la Chambre d\u2019appel n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 remise en cause par l\u2019arr\u00eat rendu ult\u00e9rieurement par la Chambre pr\u00e9liminaire I. Concr\u00e8tement, l\u2019arr\u00eat met fin \u00e0 l\u2019examen pr\u00e9liminaire sans abonder dans le sens du Bureau du Procureur. Au contraire, les juges maintiennent leur position initiale, corrigent leur analyse \u00e0 l\u2019aune de l\u2019arr\u00eat de la Chambre d\u2019appel et insistent v\u00e9ritablement sur l\u2019appr\u00e9ciation que devrait mener le Procureur. Sans imposer la prise en compte de certains \u00e9l\u00e9ments pour conclure \u00e0 la gravit\u00e9 suffisante des faits, les juges \u00e9noncent que l\u2019analyse \u00e0 laquelle s\u2019est livr\u00e9e le Procureur n\u2019est pas conforme au standard de la preuve exig\u00e9 par le <em>Statut de Rome<\/em> au stade des pr\u00e9-enqu\u00eates, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0une base raisonnable de croire\u00a0\u00bb. Mais les juges n\u2019en restent pas l\u00e0 et interpellent la Chambre d\u2019appel afin qu\u2019elle clarifie sa position quant \u00e0 l\u2019\u00e9tendue des pouvoirs dont ils disposent afin d\u2019ordonner au Procureur de reconsid\u00e9rer sa d\u00e9cision de ne pas enqu\u00eater (voir <em>Situation on Registered Vessels of the Union of the Comoros, the Hellenic Republic and the Kingdom of Cambodia<\/em>, ICC-01\/13-111, Decision on the \u2018Application for Judicial Review by the Government of the Comoros\u2019 (16 septembre 2020) aux para 102, 111 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre pr\u00e9liminaire I), en ligne : <em>CPI<\/em> &lt; www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/8JTV-Z2EG]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref155\" name=\"_ftn155\">[155]<\/a> Pour un exemple d\u2019une tentative d\u2019encadrement par la Chambre pr\u00e9liminaire, voir <em>Lubanga <\/em>2006, <em>supra <\/em>note 121. Elle fut d\u00e9savou\u00e9e par la Chambre d\u2019appel (voir <em>Situation en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo<\/em>, ICC-01\/04-169-tFRA, Arr\u00eat relatif \u00e0 l\u2019appel interjet\u00e9 par le Procureur contre la d\u00e9cision de la Chambre pr\u00e9liminaire I intitul\u00e9e \u00ab\u00a0d\u00e9cision relative \u00e0 la requ\u00eate du Procureur aux fins de d\u00e9livrance d\u2019un mandat d\u2019arr\u00eat en vertu de l\u2019article 58\u00a0\u00bb (version confidentielle rendue publique) (13 juillet 2006) (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre d\u2019appel), en ligne\u00a0: <em>CPI <\/em>&lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.<br \/>\ncc\/GX5X-5FT6]). Gilbert Bitti, qui reprend les propos de Mireille Delmas-Marty, consid\u00e8re que le refus de la Chambre d\u2019appel est difficilement compr\u00e9hensible ou acceptable (voir Gilbert Bitti, \u00ab\u00a0Article 53\u00a0: Ouverture d\u2019une enqu\u00eate\u00a0\u00bb dans Fernandez, Pacreau, Ubeda-Saillard, dir, <em>supra<\/em> note 27, t\u00a02, 1447 \u00e0 la p 1473 [Bitti, \u00ab\u00a0Article 53\u00a0\u00bb], citant Mireille Delmas-Marty, \u00ab\u00a0La CPI et les interactions entre droit international p\u00e9nal et droit p\u00e9nal interne \u00e0 la phase d\u2019ouverture du proc\u00e8s p\u00e9nal\u00a0\u00bb (2005) R Science Crim &amp; Dr p\u00e9nal compar\u00e9 473).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref156\" name=\"_ftn156\">[156]<\/a> Voir Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Plan strat\u00e9gique 2016-2018\u00a0\u00bb, <em>supra <\/em>note 140 au para 54.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref157\" name=\"_ftn157\">[157]<\/a> Voir <em>ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref158\" name=\"_ftn158\">[158]<\/a> Bitti, \u00ab\u00a0Article 53\u00a0\u00bb, <em>supra <\/em>note 155 \u00e0 la p 1474.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref159\" name=\"_ftn159\">[159]<\/a> Cour p\u00e9nale internationale, Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Plan strat\u00e9gique 2019-2021\u00a0\u00bb (2019) au para 18, en ligne (pdf)\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/9HRF-Y9DC]<br \/>\n[Bureau de Procureur, \u00ab\u00a0Plan strat\u00e9gique\u00a02019-21 \u00bb].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref160\" name=\"_ftn160\">[160]<\/a> D\u2019ailleurs la longueur des examens pr\u00e9liminaires a \u00e9t\u00e9 point\u00e9e du doigt en 2020 dans le rapport du groupe d\u2019experts ind\u00e9pendants ayant fait l\u2019examen de la Cour p\u00e9nale internationale et du Syst\u00e8me du Statut de Rome (voir Assembl\u00e9e des \u00c9tats parties de la CPI, <em>Examen de la Cour p\u00e9nale internationale et du Syst\u00e8me du Statut de Rome par des experts ind\u00e9pendants<\/em>, Doc off, 19<sup>e<\/sup> sess, 16<sup>e<\/sup> s\u00e9ance, Doc ICC-ASP\/19\/16 (2020) aux para 680\u201393).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref161\" name=\"_ftn161\">[161]<\/a> Le Bureau du Procureur \u00e9voque :<\/p>\n<p>La Division des enqu\u00eates, qui d\u00e9termine syst\u00e9matiquement depuis plusieurs ann\u00e9es les moyens de r\u00e9aliser des gains d\u2019efficacit\u00e9 et des \u00e9conomies, intensifiera ses efforts pour accro\u00eetre la cadence et l\u2019efficacit\u00e9 de ses activit\u00e9s. De m\u00eame, la Division des enqu\u00eates et la Division des poursuites \u00e9tudieront les moyens d\u2019optimiser leur analyse factuelle et juridique. Ainsi, la Division des poursuites a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 uniformiser et \u00e0 am\u00e9liorer l\u2019efficacit\u00e9 de ses processus de communication des preuves. La Section de la gestion de l\u2019information, des connaissances et des \u00e9l\u00e9ments de preuve (IKEMS), quant \u00e0 elle, travaillera avec le Greffe pour d\u00e9terminer comment l\u2019automatisation pourrait \u00e9ventuellement permettre de d\u00e9gager davantage de ressources\u00a0(Bureau de Procureur, \u00ab\u00a0Plan strat\u00e9gique 2019-21\u00a0\u00bb, <em>supra<\/em> note 159 au para 26).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref162\" name=\"_ftn162\">[162]<\/a> Gilbert Bitti, \u00ab\u00a0La jurisprudence de la Cour p\u00e9nale internationale en 2015\u00a0: le d\u00e9veloppement de nouveaux contentieux\u00a0\u00bb dans Jean-Pierre Massias, Xavier Philippe et Pascal Plas, dir<em>, Annuaire de Justice p\u00e9nale internationale &amp; transitionnelle<\/em>, Paris, Institut Universitaire Varenne, 2015, 393 \u00e0 la p 399.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref163\" name=\"_ftn163\">[163]<\/a> Jacobs, <em>supra <\/em>note 66 \u00e0 la p 1663.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref164\" name=\"_ftn164\">[164]<\/a> Voir Jouette, <em>supra <\/em>note 4 aux para 138\u201341.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref165\" name=\"_ftn165\">[165]<\/a> Voir <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra <\/em>note 11, art 77(1)(b)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref166\" name=\"_ftn166\">[166]<\/a> <em>Ibid<\/em>. La limitation de la peine perp\u00e9tuelle est un symbole important pour la justice internationale p\u00e9nale qui, jusqu\u2019alors ne circonscrivait pas l\u2019imposition d\u2019une telle peine. Le <em>Statut de Rome<\/em>, tout en pr\u00e9servant les divergences de vues des d\u00e9l\u00e9gations quant aux peines, est en progression par rapport aux tribunaux <em>ad hoc<\/em>. En effet, le droit applicable devant ces derniers ne pr\u00e9voyait pas d\u2019\u00e9chelle de peine mais seulement l\u2019imposition d\u2019un maximum\u00a0: l\u2019emprisonnement \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9<em>. <\/em>Ainsi, le passage du principe d\u2019une peine d\u2019emprisonnement \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 \u00e0 celui d\u2019une peine d\u2019emprisonnement \u00e0 temps o\u00f9 la perp\u00e9tuit\u00e9 fait figure d\u2019exception est un progr\u00e8s. Voir par ex <em>Cr\u00e9ation d\u2019une cour criminelle internationale<\/em>, R\u00e9s 49\/53, Doc off AG NU, 49<sup>e<\/sup> sess, supp n<sup>o<\/sup> 43, Doc NU A\/RES\/49\/53\u00a0(1995); <em>Rapport du groupe de travail sur les peines<\/em>, Doc off AG NU, 1997, annexe IV et V, Doc NU A\/AC.249\/1997\/L.9\/Rev.1 aux pp 62, 65. Voir aussi Isabelle Fouchard, <em>Crimes internationaux\u00a0: Entre internationalisation du droit p\u00e9nal et p\u00e9nalisation du droit international<\/em>, Bruxelles, Bruylant, 2014 \u00e0 la p 79.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref167\" name=\"_ftn167\">[167]<\/a> Voir <em>Le Procureur c Bosco Ntaganda<\/em>, ICC-01\/04-02\/06, Sentencing Judgement (version publique) (7 novembre 2019) (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre de premi\u00e8re instance VI), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/CH62-THEQ] [<em>Ntaganda<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref168\" name=\"_ftn168\">[168]<\/a><em> Ibid<\/em> au para 251.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref169\" name=\"_ftn169\">[169]<\/a> Voir <em>Statut du TPIY<\/em>, <em>supra<\/em> note 7, art 24; <em>Statut du TPIR<\/em>, <em>supra<\/em> note 1, art 23; <em>Statut du M\u00e9canisme international charg\u00e9 d\u2019exercer les fonctions r\u00e9siduelles des Tribunaux p\u00e9naux<\/em>, Doc off CS NU, 2010, annexe, Doc NU S\/RES\/1966, 4, art 22; <em>Statut du TSSL<\/em>, <em>supra<\/em> note 9, art\u00a019; <em>Statut de Rome<\/em>, <em>supra<\/em> note 11, art 78.<\/p>\n<p>La gravit\u00e9 est un facteur parmi d\u2019autres\u00a0:<\/p>\n<p>Des facteurs juridiques \u00ab\u00a0communs\u00a0\u00bb tels la gravit\u00e9 des crimes, la situation personnelle des condamn\u00e9s, les circonstances att\u00e9nuantes et aggravantes, le temps pendant lequel la personne condamn\u00e9e a d\u00e9j\u00e0 purg\u00e9 une peine impos\u00e9e \u00e0 raison du m\u00eame acte par une juridiction interne et le temps pass\u00e9 en d\u00e9tention avant jugement. D\u2019autres semblent plus sp\u00e9cifiques \u00e0 certaines juridictions, tels les tribunaux <em>ad hoc<\/em> et le Tribunal sp\u00e9cial pour la Sierra Leone qui emploient la grille g\u00e9n\u00e9rale des peines d\u2019emprisonnement appliqu\u00e9e par les tribunaux internes. Telle encore le Statut de la Cour p\u00e9nale internationale dans lequel la d\u00e9termination des peines par le juge est plus pr\u00e9cise. L\u2019infliction d\u2019une peine d\u2019emprisonnement \u00e0 vie doit \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e si \u00ab\u00a0<em>l\u2019extr\u00eame gravit\u00e9 du crime et la situation personnelle du condamn\u00e9 le justifient<\/em>\u00a0\u00bb. Quant au R\u00e8glement de proc\u00e9dure et de preuve de la m\u00eame Cour, il pr\u00e9voit que les juges prennent en consid\u00e9ration \u00ab\u00a0<em>des facteurs att\u00e9nuants et les facteurs aggravants, et tient compte \u00e0 la fois de la situation de la personne condamn\u00e9e et des circonstances du crime<\/em>\u00a0\u00bb, circonscrit leur domaine d\u2019application ainsi que celui des circonstances att\u00e9nuantes et \u00e9tablit une liste non exhaustive des circonstances aggravantes (Jouette, <em>supra<\/em> note 4 au para 11 [italiques dans l\u2019original]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref170\" name=\"_ftn170\">[170]<\/a> <em>Ntaganda<\/em>, <em>supra <\/em>note 167 au para 14. Voir aussi <em>Le Procureur c Zejnil Delali\u0107<\/em>, IT-96-21-T, Jugement (16 novembre 1998) au para 1225 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance), en ligne\u00a0: <em>TPIY<\/em> &lt;www.icty.org&gt;\u00a0[perma.cc\/4VNX-CJ4Z]; <em>Le Procureur c Zlatko Aleksovski<\/em>, IT-95-14\/1-A, Arr\u00eat (24 mars 2000) au para 182 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre d\u2019appel),\u00a0en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/BHZ4-H7PL]; <em>L\u00e9onidas Nshogoza c Le Procureur<\/em>, ICTR-2007-91-A, Arr\u00eat (15 mars 2010) au para 98\u00a0(Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda, Chambre d\u2019appel), en ligne\u00a0: <em>TPIR<\/em> &lt;www.unictr.irmct.org&gt; [perma.cc\/4J23-QBXZ]; <em>Ferdinand Nahimana c Le Procureur<\/em>, ICTR-99-52-A, Arr\u00eat (28 novembre 2007) au para 1060 (Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda, Chambre d\u2019appel), en ligne\u00a0: <em>TPIR<\/em> &lt;www.unictr.irmct.org&gt; [perma.cc\/PY8J-ZC5J].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref171\" name=\"_ftn171\">[171]<\/a> Voir <em>Le Procureur c Dragoljub Kunarac<\/em>, IT-96-23-T &amp; IT-96-23\/1-T, Jugement (22 f\u00e9vrier 2001) au para 851 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance), en ligne\u00a0: <em>TPIY<\/em> &lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/EUZ8-W79S]; <em>Le Procureur c Milan Simi\u0107<\/em>, IT-95-9\/2-S, Jugement portant condamnation (17 octobre 2002) aux para 34 et s (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance), en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/HS9L-DCHY].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref172\" name=\"_ftn172\">[172]<\/a> Voir <em>Erdemovic<\/em> chambre de premi\u00e8re instance note 48 aux para 25\u201340; <em>Erdemovic<\/em> Juges Mcdonald et Vorah<em>, supra<\/em> note 69 au para 21; <em>Erdemovic<\/em> Juge Li, <em>supra<\/em> note 71 aux para 19\u201326; <em>Le Procureur c Georges Ruggiu<\/em>, ICTR-97-32-I, Judgment and Sentence (1 juin 2000) aux para 13 et s (Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda, Chambre de premi\u00e8re instance), en ligne\u00a0: <em>TPIR<\/em> &lt;www.unictr.org&gt;\u00a0[perma.cc\/X76R-ZK6S]; <em>Le Procureur c Jean-Paul Akayesu<\/em>, ICTR-96-4-T, Judgment (2 septembre 1998) au para 560 (Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda, Chambre de premi\u00e8re instance), en ligne\u00a0: <em>TPIR<\/em> &lt;www.unictr.org&gt; [perma.cc\/4KVW-YYNL].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref173\" name=\"_ftn173\">[173]<\/a> Voir Scalia, \u00ab\u00a0Peines et juridictions \u00bb, <em>supra<\/em> note 4 \u00e0 la p 347.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref174\" name=\"_ftn174\">[174]<\/a> Voir les sections I-B-1 et I-B-2, ci-dessus.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref175\" name=\"_ftn175\">[175]<\/a> <em>Le Procureur c Tihomir Bla\u0161kic<\/em>, IT-95-14-T, Jugement (3 mars 2000) au para 802 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance), en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/7TLP-UUKM] [<em>Bla\u0161kic<\/em>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref176\" name=\"_ftn176\">[176]<\/a> Voir <em>Statut de Rome<\/em>,<em> supra<\/em> note 11, art 76(2).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref177\" name=\"_ftn177\">[177]<\/a><em> Katanga<\/em> 2014,<em> supra <\/em>note 95 au para 43.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref178\" name=\"_ftn178\">[178]<\/a> Voir <em>Al Mahdi,<\/em> <em>supra <\/em>note 96 au para 72.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref179\" name=\"_ftn179\">[179]<\/a> Voir <em>Ntaganda<\/em>,<em> supra <\/em>note 167 au para 14.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref180\" name=\"_ftn180\">[180]<\/a> Voir <em>Statut de Rome<\/em>,<em> supra<\/em> note 11, art 78(3). Les juges \u00e9noncent :<\/p>\n<p>La gravit\u00e9 est une consid\u00e9ration principale dans l\u2019imposition d\u2019une peine. Bien qu\u2019il s\u2019agisse des crimes les plus graves qui concernent la communaut\u00e9 internationale, dans l\u2019abstrait, tous les crimes pr\u00e9vus par le Statut ne sont pas n\u00e9cessairement d\u2019une gravit\u00e9 \u00e9quivalente et la Chambre doit peser chacun d\u2019entre eux, en distinguant, par exemple, les crimes contre les personnes et les crimes contre les biens. M\u00eame s\u2019ils sont intrins\u00e8quement graves, et compte tenu de l\u2019impact consid\u00e9rable que les crimes contre les biens peuvent avoir sur les victimes, ces crimes sont g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une gravit\u00e9 moindre que les crimes contre les personnes\u00a0[notre traduction] (<em>Ntaganda<\/em>,<em> supra <\/em>note 167 au para 14).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref181\" name=\"_ftn181\">[181]<\/a> Auparavant, les juges des TPI avaient d\u00e9velopp\u00e9 le crit\u00e8re de totalit\u00e9, les conduisant \u00e0 prononcer une peine unique \u00e0 l\u2019encontre d\u2019un individu condamn\u00e9 pour plusieurs crimes de diff\u00e9rentes natures. Or, cette pratique conduit \u00e0 ne pas rendre suffisamment compte de la part de chaque crime dans la peine totalement prononc\u00e9e. Au-del\u00e0, elle emp\u00eache l\u2019\u00e9laboration <em>a posteriori <\/em>d\u2019une \u00e9chelle de peines.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref182\" name=\"_ftn182\">[182]<\/a> En effet, par le pass\u00e9, les juges des tribunaux p\u00e9naux internationaux <em>ad hoc<\/em> se sont refus\u00e9s \u00e0 proc\u00e9der \u00e0 une hi\u00e9rarchisation des crimes internationaux. Voir <em>Le Procureur c <\/em><em>Du\u0161ko Tadi\u0107<\/em>, IT-94-1-A et IT-94-1-A <em>bis<\/em>, Arr\u00eat concernant les jugements relatifs \u00e0 la sentence (26 janvier 2000) au para 69 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre d\u2019appel), en ligne\u00a0: <em>TPIY<\/em> &lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/JCB8-PYXY]; <em>Bla\u0161kic<\/em>, <em>supra<\/em> note 175 au para 802; <em>Le Procureur c Anto Furundzija<\/em>, IT-95-17\/1-A, Arr\u00eat relatif \u00e0 la sentence (21 juillet 2000) aux para 246 et s (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre d\u2019appel), en ligne\u00a0: <em>TPIY <\/em>&lt;www.icty.org&gt;\u00a0[perma.cc\/6FQV-8WMP]; <em>Contra Semanza<\/em>, <em>supra <\/em>note 111 aux para 563\u201364.<\/p>\n<p>Sur les questions de hi\u00e9rarchisation des <em>core crimes<\/em>, voir Rafa\u00eblle Maison, \u00ab\u00a0Les fronti\u00e8res entre les crimes relevant de la comp\u00e9tence des tribunaux p\u00e9naux internationaux\u00a0\u00bb dans Paul Tavernier et C\u00e9line Renaut, dir, <em>Actualit\u00e9 de la jurisprudence p\u00e9nale internationale \u00e0 l\u2019heure de la mise en place de la Cour p\u00e9nale internationale<\/em>, Bruxelles, Bruylant, 2004, 7 aux pp 11\u00ad\u201314; Allison Marston Danner, \u00ab\u00a0Constructing a Hierarchy of Crimes in International Criminal Law Sentencing\u00a0\u00bb (2001) 87:3 Va L Rev 415; Herv\u00e9 Ascensio, \u00ab Crimes de masse et responsabilit\u00e9 individuelle \u00bb dans Juristes sans fronti\u00e8res, dir, <em>Le Tribunal P\u00e9nal International de La Haye\u00a0: Le droit \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la \u201cpurification ethnique\u201d<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2000, 129 aux pp 135\u00ad\u201336. D\u2019autres auteurs voient, \u00e0 travers l\u2019interpr\u00e9tation des articles 31(1)(c), 33(2) et 124 du <em>Statut de Rome<\/em>, des indices qui permettent de conclure \u00e0 un degr\u00e9 de gravit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9 concernant les crimes contre l\u2019humanit\u00e9 et le g\u00e9nocide (voir William A Schabas, \u00ab\u00a0Chapter 35 Penalties\u00a0\u00bb dans Antonio Cassese, Paola Gaeta et John RWD Jones, dir, <em>The Rome Statute of the International Criminal Court\u00a0: A Commentary<\/em>, vol 2, Oxford (R-U), Oxford University Press, 2002, 1497 \u00e0 la p 1506; Scalia, \u00ab\u00a0Peines et juridictions \u00bb, <em>supra <\/em>note 4 \u00e0 la p 350; Micaela Frulli, \u00ab\u00a0Are Crimes Against Humanity More Serious Than War Crimes?\u00a0\u00bb (2001) 12:2 Eur J Intl L 329 \u00e0 la p 338).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref183\" name=\"_ftn183\">[183]<\/a> Voir <em>Katanga<\/em> 2014,<em> supra <\/em>note 95 au para 145.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref184\" name=\"_ftn184\">[184]<\/a> <em>Al Mahdi,<\/em> <em>supra <\/em>note 96 au para 77. Dans cette affaire, malgr\u00e9 la prise en compte de son plaidoyer de culpabilit\u00e9 au titre des circonstances att\u00e9nuantes, les juges insistent sur l\u2019importance limit\u00e9e de cet \u00e9l\u00e9ment dans la peine prononc\u00e9e. En effet, la CPI accorde un poids important \u00e0 l\u2019aveu de culpabilit\u00e9 (voir <em>ibid<\/em> au para 100). Or, dans la pr\u00e9sente esp\u00e8ce, cette pr\u00e9cision est d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral. En l\u2019occurrence, l\u2019aveu de l\u2019accus\u00e9 a vu sa port\u00e9e limit\u00e9e en termes de r\u00e9duction de peines, au m\u00eame titre que sa coop\u00e9ration avec l\u2019accusation (voir <em>ibid<\/em> au para 97), ce que confirme \u00e9galement la CPI lorsqu\u2019elle nuance son d\u00e9veloppement en affirmant que\u00a0: \u00ab\u00a0[c]ela dit, la Chambre rel\u00e8ve qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 fait alors que des preuves accablantes attestaient de la culpabilit\u00e9 d\u2019Ahmad Al Mahdi\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em> au para 100). Ajoutons \u00e9galement que la peine requise varie de neuf \u00e0 onze ans d\u2019emprisonnement (voir <em>ibid<\/em> au para 106).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref185\" name=\"_ftn185\">[185]<\/a> Voir <em>Le Procureur c Pavle Strugar<\/em>, IT-01-04-T, Jugement (31 janvier 2005) au para 474 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance), en ligne\u00a0: <em>TPIY<\/em> &lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/7SXL-NBD5]; <em>Le Procureur c Zoran Kupre\u0161ki\u0107<\/em>, IT-95-16-T, Jugement (14 janvier 2000) aux pp 344\u201347 (Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, Chambre de premi\u00e8re instance), en ligne\u00a0: <em>TPIY<\/em> &lt;www.icty.org&gt; [perma.cc\/ZQ9B-W5MJ]; <em>Le Procureur c Issa Hassan Sesay<\/em>, SCSL-04-15-T, Sentencing Judgement (8 avril 2009) aux pp 93\u201398 (Tribunal sp\u00e9cial pour la Sierra Leone, Chambre de premi\u00e8re instance I), en ligne\u00a0: <em>TSSL <\/em>&lt;www.rscsl.org&gt; [perma.cc\/YV7F-AZ3F] [<em>Sesay<\/em>]; <em>Le Procureur c Jean-Pierre Bemba Gombo<\/em>, ICC-01\/05-01\/08, D\u00e9cision relative \u00e0 la peine rendue en application de l\u2019article 76 du Statut (21 juin 2016) \u00e0 la p 53 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre de premi\u00e8re instance III), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/NK8M-4ATY].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref186\" name=\"_ftn186\">[186]<\/a> La quasi-totalit\u00e9 des documents de politique g\u00e9n\u00e9rale du Bureau du Procureur insistent sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une prise en compte particuli\u00e8re de ces crimes\u00a0(voir Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Document relatif \u00e0 la s\u00e9lection et \u00e0 la hi\u00e9rarchisation\u00a0\u00bb, <em>supra <\/em>note 129\u00a0au para 46; <em>Rapport sur les activit\u00e9s men\u00e9es en 2018<\/em>,<em> supra<\/em> note\u00a090; Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Rapport poursuites\u00a0\u00bb, <em>supra<\/em> note 115\u00a0\u00e0 la p 8; Bureau du Procureur, \u00ab\u00a0Plan strat\u00e9gique 2016-2018\u00a0\u00bb, <em>supra<\/em> note 140 aux para 37\u201340, 48\u201352; <em>R\u00e8glement du Bureau du Procureur<\/em>,<em> supra<\/em> note 115)<em>.<\/em> \u00c0 c\u00f4t\u00e9, d\u2019autres documents sont pr\u00e9par\u00e9s afin de sp\u00e9cialiser l\u2019action du Bureau (voir par ex <em>Document de politique g\u00e9n\u00e9rale relatif aux crimes sexuels et sexistes<\/em>, Doc off CPI, 2014, en ligne (pdf)\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/<br \/>\n5NMG-L8HC]; <em>Politique g\u00e9n\u00e9rale relatif aux enfants<\/em>, Doc off CPI, 2016, en ligne (pdf)\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/52NM-TXLX]).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref187\" name=\"_ftn187\">[187]<\/a> Voir par ex <em>Le Procureur c Alex Tamba Brima<\/em>, SCSL-04-16-T, Judgment (20 juin 2007) aux para 2093\u201397 (Tribunal sp\u00e9cial pour la Sierra Leone, Chambre de premi\u00e8re instance), en ligne\u00a0: <em>TSSL<\/em> &lt;www.rscsl.org&gt; [perma.cc\/NCL4-5DNM]; <em>Sesay<\/em>, <em>supra <\/em>note 185 aux pp 6, 8; <em>Le Procureur c Moinina Fofana<\/em>, SCSL-04-14-T, Judgment (2 ao\u00fbt 2007) \u00e0 la p 291 (Tribunal sp\u00e9cial pour la Sierra Leone, Chambre de premi\u00e8re instance I), en ligne\u00a0: <em>TSSL &lt;<\/em>www.rscsl.org&gt; [perma.cc\/ZQM9-LUFD]; <em>Le Procureur c Charles Ghankay Taylor<\/em>, SCSL-03-01-T, Judgment (18 mai 2012) \u00e0 la p 2476 (Tribunal sp\u00e9cial pour la Sierra Leone, Chambre de premi\u00e8re instance II), en ligne\u00a0: <em>TSSL &lt;<\/em>www.rscsl.<br \/>\norg&gt; [perma.cc\/A9J5-WQU8].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref188\" name=\"_ftn188\">[188]<\/a> \u00a0Voir <em>Sesay<\/em>, <em>supra <\/em>note 185 aux pp 94, 96.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref189\" name=\"_ftn189\">[189]<\/a> Voir <em>Le Procureur c Thomas Lubanga Dyilo<\/em>, ICC-01\/04-01\/06, D\u00e9cision relative \u00e0 la peine rendue en application de l\u2019article 76 du Statut (10 juillet 2012) aux para 98\u201399 (Cour p\u00e9nale internationale, Chambre de premi\u00e8re instance I), en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/AU56-MXV4].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref190\" name=\"_ftn190\">[190]<\/a> Voir <em>Katanga<\/em> 2014, <em>supra<\/em> note 95 aux para 1, 147.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref191\" name=\"_ftn191\">[191]<\/a> Un m\u00e9canisme pourrait \u00eatre pr\u00e9vu afin de permettre aux juges, sous r\u00e9serve d\u2019une motivation approfondie, de ne pas tenir compte de ces paliers en pronon\u00e7ant des peines plus ou moins s\u00e9v\u00e8res (voir Jouette, <em>supra<\/em> note 4 aux para 681\u201397).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref192\" name=\"_ftn192\">[192]<\/a> Voir Bitti, \u00ab\u00a0Article 53\u00a0\u00bb, <em>supra <\/em>note 155 aux pp 1473\u201375.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref193\" name=\"_ftn193\">[193]<\/a> Voir Abdoul Aziz Mbaye et Sam Sasan Shoamanesh, \u00ab\u00a0Article 17\u00a0: Questions relatives \u00e0 la recevabilit\u00e9\u00a0\u00bb dans Fernandez, Pacreau et Ubeda-Saillard, dir, <em>supra <\/em>note 27, t\u00a01, 867 \u00e0 la p\u00a0881; deGuzman, \u00ab How Serious \u00bb, <em>supra <\/em>note 4<em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref194\" name=\"_ftn194\">[194]<\/a> Voir les sections I-B-2-a et I-B-2-b, ci-dessus.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref195\" name=\"_ftn195\">[195]<\/a> Voir <em>Abu Garda<\/em>, <em>supra<\/em> note 117 au para 32.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref196\" name=\"_ftn196\">[196]<\/a> <em>RPP de la CPI<\/em>, <em>supra<\/em> note 14, r\u00e8gle 145.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref197\" name=\"_ftn197\">[197]<\/a> Voir <em>Registered Vessels <\/em>2015, <em>supra<\/em> note 141.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref198\" name=\"_ftn198\">[198]<\/a> C\u2019est-\u00e0-dire\u00a0: \u00ab\u00a0la gravit\u00e9 relative des \u00e9ventuelles qualifications juridiques des faits apparents\u00a0\u00bb [notre traduction] (<em>ibid<\/em> au para 28).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref199\" name=\"_ftn199\">[199]<\/a> L\u2019ensemble des documents relatifs \u00e0 cette affaire sont accessibles en ligne, voir g\u00e9n\u00e9ralement \u00ab\u00a0Affaire Al Hassan: ICC-01\/12-01\/18\u00a0\u00bb, en ligne\u00a0: <em>CPI<\/em> &lt;www.icc-cpi.int&gt; [perma.cc\/<br \/>\nCK7G-GBWB].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref200\" name=\"_ftn200\">[200]<\/a> Les juges expliquent que \u00ab\u00a0l\u2019exigence de gravit\u00e9 doit \u00eatre \u00e9valu\u00e9e au cas par cas, compte tenu des faits sp\u00e9cifiques d\u2019un cas donn\u00e9\u00a0\u00bb [notre traduction] (<em>Al Hassan<\/em>, <em>supra<\/em> note 116 au para 53).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref201\" name=\"_ftn201\">[201]<\/a> Voir Grebenyuk, <em>supra <\/em>note 4<em>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c9voquer ensemble la gravit\u00e9 et le droit international p\u00e9nal peut relever de la lapalissade, tant l\u2019\u00e9troitesse du lien qui les unit est \u00e9vidente. 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